L’uranium appauvri (isotope U238, abréviation « UA ») est un sous-produit de l’enrichissement de l’uranium et du traitement du combustible usé. Il ne possède pas les propriétés nécessaires pour être utilisé dans un réacteur mais cela ne le rend pas moins dangereux, bien au contraire. Cette substance est très toxique.
L’uranium appauvri est utilisé dans l’armement pour ses propriétés physiques. Étant un métal lourd, il est d’une efficacité redoutable pour transpercer les parois des chars blindés et des tanks. Il est tellement dur qu’il ne se déforme pas lorsqu’il entre en contact avec sa cible.
Au contact de sa cible, l’uranium s’enflamme, relâchant en grande quantité de minuscules particules radioactives. En effet, l’uranium appauvri utilisé pour la fabrication d’obus-flèches provient de la filière civile, et notamment des étapes d’enrichissement et retraitement du combustible. L’UA équipe aujourd’hui les chars Leclerc.
En France, deux sites militaires accueillent les essais d’obus à l’uranium appauvri : à Bourges (Cher,) les essais se font en plein air, tandis qu’ à Gramat (Lot), les tirs d’obus ont lieu dans des cavités souterraines .
Ces armes ont d’ores et déjà fait beaucoup de victimes sur la planète, ayant été utilisées dans de nombreux conflits.
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Les propriétés chimiques et radiologiques de l’uranium appauvri ont des impacts désastreux sur l’environnement et les êtres humains. La contamination à l’uranium appauvri se fait quasi exclusivement de manière interne, car le rayonnement émis par l’UA est de type alpha, et donc très court. Ainsi, il y a trois voies majeures de contamination, par inhalation, ingestion ou lésion cutanée.
Étant à la fois chimiotoxique et radiotoxique, l’uranium appauvri atteint les reins, les poumons, le squelette, les organes reproducteurs, la thyroïde, les muscles, les ganglions lymphatiques ainsi que le système neurologique.
Les types de pathologies observées sont principalement les cancers (dont leucémies) et les malformations congénitales. Les effets ne sont pas les mêmes selon l’intensité et la durée d’exposition, mais aussi selon la nature physique et chimique de l’uranium appauvri, qui peut varier d’un obus à l’autre. En outre, les enfants sont beaucoup plus vulnérables aux effets de l’uranium appauvri. Même une faible dose peut avoir des effets.
Pour la première fois en 2011, une prestigieuse revue médicale, l’International Journal of Environmental Research and Public Health, publiait des données sur les conséquences de l’usage d’armes chimiques par l’armée américaine en Irak, et plus particulièrement d’armes à l’uranium appauvri. Les armes utilisées dans ces combats contiennent des substances chimiques comme le phosphore, le napalm, et l’uranium appauvri.
Mais de nouveaux chiffres sur les effets de l’uranium appauvri sur la population irakienne ont récemment été dévoilés. Des médecins de l’hôpital de Falloujah ont observé une croissance très inquiétante du nombre de bébés naissant avec des malformations congénitales : celles-ci y concerneraient 144 naissances sur 1000, soit 14,4%. Ce taux est normalement inférieur à 2%, explique le docteur Alaani, qui étudie ce phénomène depuis de nombreuses années à Falloujah.
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« Je suis le Docteur Samira ALAANI, je suis pédiatre à l’Hôpital Général de Falloujah. Dans les années qui ont suivi les attaques des forces américaines sur notre ville, mes collègues et moi avons remarqué une augmentation horrifiante du nombre de bébés nés avec des malformations congénitales graves : spina bifida, anomalies cardiaques et des malformations auxquelles je ne peux même pas donner de nom. Beaucoup ne survivent pas. Nous sommes convaincus que, même aujourd’hui, ces cas sont liés à la contamination provenant des conflits dans notre ville il y a plus de dix ans maintenant. Ce phénomène n’est pas unique à Falloujah : les hôpitaux dans tout le Gouvernorat d’alAnbar ainsi que d’autres régions d’Irak constatent une hausse similaire.
Les auteurs résument leurs observations en une phrase qui veut tout dire : « Le taux de cancers, de leucémies et de mortalité infantile observé à Falloujah est plus élevé qu’il ne le fut à Hiroshima et Nagasaki en 1945. »
Située à soixante-cinq kilomètres à l’ouest de Bagdad, Falloujah est toujours, en cette année 2004, un bastion des fidèles de Saddam Hussein et, pour cette raison, l’objet de fréquentes attaques menées par l’armée américaine. En représailles, l’artillerie lourde et l’aviation sont déployées. Un premier assaut meurtrier est lancé pour y déloger les insurgés - sans réel succès -, puis quelques mois plus tard, une seconde offensive, pendant laquelle les bombardements intensifs se prolongeront sur plusieurs semaines.
Le Pentagone reconnaîtra plus tard, dans une brève note, avoir utilisé des bombes au phosphore blanc [3]. Le nombre de morts côté irakien est incertain : plusieurs centaines d’insurgés et plusieurs milliers de civils.
C’est au bas mot des milliers de tonnes de munitions éclatées en petites particules toxiques de métaux lourds, notamment du mercure et du plomb, qui contaminent les sols et l’eau. À Bassorah, l’étude présente des résultats similaires. Bien des voix appellent à ce que des recherches plus poussées soient pleinement entreprises à travers tout le pays.
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Après le retrait des forces armées étrangères en 2010, la situation environnementale de l’Irak est calamiteuse. En 2005, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), dans un rapport intitulé Assessment of environmental hot spots in Iraq, estime à plusieurs milliers le nombre de zones contaminées cumulant - à des degrés divers - pollutions industrielles et contaminations militaires. Plus de trois cents « points chauds » - comprendre hautement toxiques -, sont identifiés, parmi lesquels quarante-deux sites concentrant des taux considérables de dioxine et d’uranium appauvri.
L’uranium appauvri provient des munitions utilisées par la coalition en 1991 et 2003. Ce métal lourd a les faveurs de l’industrie de l’armement en raison de son fort pouvoir de pénétration des matériels blindés. Une fois la charge explosée, les composants chimiques se dispersent et s’infiltrent dans le sol et dans l’eau, occasionnant des pollutions persistantes dans la nature et les espaces de vie : rues, jardins, cultures, et les aires de jeu pour enfants… Il contamine aussi les soldats sans que le commandement ne s’en émeuve.
Syndrome de la guerre du Golfe : l’hypothèse des armes nucléaires Rappel des faits. Dans les mois suivant l’intervention des forces armées américaines et de ses alliés en Irak (1990-1991), de nombreux GI sont victimes d’un mal inexpliqué, baptisé ” syndrome de la guerre du Golfe “. Il se traduit par des dysfonctionnements respiratoires, du foie et des reins, des pertes de mémoire, de la fièvre, ou encore une pression artérielle anormalement basse. En même temps, en Grande-Bretagne, aux États-Unis et en Irak, des soldats, qui avaient opéré particulièrement dans le sud de l’Irak et le nord du Koweit, ont donné naissance à des bébés présentant de monstrueuses malformations. En Irak, certains cancers ont augmenté dans des proportions alarmantes.
L’armée américaine a admis avoir utilisé des munitions à uranium appauvri en Irak. Une expérimentation grandeur nature dont on n’a pas encore mesuré toutes les conséquences.
Des études menées ultérieurement en Irak confirment ce risque sanitaire. « Les preuves disponibles suggèrent des associations possibles entre l’exposition à l’uranium appauvri et les effets néfastes sur la santé de la population irakienne », affirme ainsi la revue BMJ Global Health. Les scientifiques ont notamment constaté une hausse du nombre de cancers et de malformations congénitales dans les zones touchées.
Malgré leur incroyable dangerosité, les armes à l’uranium appauvri sont toujours « légales », bien qu’elles ne remplissent aucun des critères du droit international humanitaire, censé définir ce qui est « acceptable » lors d’un conflit. Tout d’abord parce qu’on ne peut pas limiter les effets de l’uranium appauvri au champ de bataille. Avec le vent, les particules radioactives sont dispersées dans l’environnement et ne peuvent être circonscrites à un lieu donné.
Deuxièmement, l’UA continue d’avoir des effets sur l’environnement et la population même après la fin du conflit. Rappelons qu’il faut 4,47 milliards d’années pour qu’il perde la moitié de sa radioactivité ! Il continue donc d’agir pendant des laps de temps impossibles à se représenter à l’échelle humaine.
Au regard des effets de l’UA sur l’être humain, on ne peut qualifier cette arme « d’humainement acceptable ». Elle provoque des cancers, des leucémies, des fausse-couches, des malformations congénitales, des maladies des reins. Mais le plus inhumain ici vient du fait qu’en s’attaquant à l’ADN, l’uranium appauvri met en péril le capital génétique des personnes et détruit donc à petit feu des populations entières. De génération en génération, les effets s’accumulent… Son utilisation constitue un crime contre l’humanité.
Enfin, les effets de l’UA sur l’environnement peuvent être considérés comme irréversibles tant ils perdurent dans le temps et sont néfastes. Les eaux, les terres agricoles, l’air et, au final, toute la chaîne alimentaire sont contaminés.
Les armes à l’uranium appauvri devraient donc être considérées comme illégales. Mais pour un arrêt définitif de leur utilisation, il faudrait que les instances internationales se saisissent du problème. D’autant plus que cela sous-entendrait que les pays utilisateurs de ces armes doivent procéder à la décontamination des zones où ils ont utilisé l’UA et au dédommagement des victimes.
Depuis 1959, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est liée à l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) par un accord qui lui interdit de publier des rapports qui concernent la radioactivité, sans l’aval de cette dernière.
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