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Michel Random et sa Recherche sur le Budô

En 1968, Michel Random se rendait au Japon avec l'ambition de retrouver le maître Awa, qui initia le Pr E. Herrigel au tir à l’arc. Le livre d’Herrigel, « l’Art chevaleresque du tir à l’arc », fut le point de départ d’une aventure qui permettra à M. Random de découvrir un grand maître du tir à l’arc et d’entreprendre une recherche qui le conduira en 1970 au sein de quelques très secrètes écoles de Budô au Japon.

Il en rapportera les éléments d’un film : « les Arts martiaux du Japon », diffusé par plus de trente télévisions, et les très belles images d’un livre : « les Arts martiaux ou l’Esprit des Budô », aux éditions Nathan. Ce livre a été salué par l’ensemble de la critique et des professionnels comme un grand ouvrage, complet, et, en tous points, unique à ce jour. Michel Random a réalisé pour France-Culture de nombreuses émissions, et est l’auteur du livre « les Puissances du dedans » (éd. Jean Varenne.

Les Voies du Budô

La première de ces voies fut celle de Kyuba no Michi : la Voie de l’Arc et du Cheval. Elle est restée (depuis le XIIIe siècle) sans doute la plus noble et la plus parfaite des voies. Puis la Voie du Sabre, comprenant aujourd’hui, outre le sabre, le Kendo, le Boken ou sabre de bois, les bâtons courts et longs, et le Naginata ou lance.

On peut, à ces trois voies majeures, ajouter une liste de techniques qui se trouvent annexées par le Budô sans constituer des voies pour autant.

La Transmission des Connaissances et les Ryû

Une minorité de vieilles écoles (Ryû), dont nous venons de parler, subsistent encore. A l’exception de quelques-unes qui ont une vitalité notable, telles que Katori-Shinto-Ryû, Maniwa-Nen-Ryû, ou Araki-Ryû, beaucoup de ces vieux Ryû ne sont plus représentés que par un vieux maître et au mieux quelques pratiquants.

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Les lois des anciens Ryû sont toujours respectées. La transmission des connaissances se fait au Japon, et ce, dans toutes les disciplines traditionnelles (artisanat, danse, musique, etc.), de père en fils. Par ailleurs, l’interdiction de révéler l’enseignement et surtout son contenu ésotérique subsiste toujours, ce pourquoi il a été si difficile d’approcher ces vieilles écoles.

Et beaucoup de démonstrations n’ont pu être ni photographiées ni filmées. Les dojo ou salles d’entraînement modernes, telles que nous les connaissons dans l’aïkido, le judo, le karaté, etc., ont une ambiance très différente des vieilles écoles : les interdits propres aux Ryû disparaissent.

L'Évolution des Arts Martiaux

Après l’abolition de la classe des samouraï en 1870, les guerriers, pour survivre, imaginèrent de donner des démonstrations publiques de leur savoir-faire. Des maîtres adaptèrent les enseignements anciens sous des formes neuves où l’accent était mis sur la formation intérieure : ainsi, apparurent le judo, le karaté-do, l’aïkido, etc. Ces disciplines sont toujours des branches du Budô.

BUDO: les arts martiaux japonais en tant que Voie (dô) des Chevaliers (Bu). MEIJI : nom que prend l’empereur réformiste Mutsu-Hito lorsqu’il accède au trône en 1867. TANDEN : centre spirituel de l’être humain.

Il reste que le respect du maître, la salutation, la vénération du petit temple shinto, qui se trouve dans tout dojo, l’esprit d’obéissance, la méditation, sont de règle dès que vous pratiquez l’une de ces disciplines. Cette hiérarchie, même profondément altérée parfois, se trouve partout au Japon, et en particulier dans les arts martiaux. Elle possède un sens spirituel. Il n’est que de voir l’importance du maître, le « Senseï », à qui l’on porte un immense respect et qui possède une importance inconnue en Occident.

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Le Hara et l'Énergie Ki

C’est là une connaissance que nous avons perdue depuis le XIIIe siècle. De fait, si l’on pénètre un peu dans l’enseignement du Budô, que découvre-t-on ? L’importance donnée au Hara. Et qu’est-ce que le Hara ? C’est un point situé à deux centimètres au-dessus de l’ombilic, et c’est là que se trouve le centre de notre énergie psychique et physique et spirituelle.

Si l’on veut maîtriser les trois pouvoirs en un, il faut posséder un solide Hara, le développer par l’exercice et la respiration. A partir du Hara, on apprend à développer et à libérer l’énergie : c’est ce qu’on appelle avoir le Kokyu. Et cette énergie que l’on libère n’est autre que l’énergie de l’univers, on la nomme le Ki. Le Ki, c’est précisément l’énergie même de la Création, ce qui, depuis la Création, est le principe vital et agissant de chaque chose. L’essence du Ki est d’être une énergie pure qui traverse.

Le Ki est une force spontanée, jaillissante, c’est une dimension du temps aussi, un temps qui s’apparente à un présent permanent. C’est pourquoi un grand maître perçoit son adversaire, il saisit sa pensée et ses perceptions les plus subtiles, et, s’il le juge nécessaire, il répond instantanément à cette perception. L’efficacité absolue qui caractérise les grands maîtres vient de cette spontanéité absolue.

L'Unité et le Tir à l'Arc

Et, de fait, de Myamoto Musashi - le plus grand des samouraï du Japon, qui mourut après avoir médité les dernières années de sa vie dans une grotte, comme saint François d’Assise, au maître Ueshiba (fondateur de l’aïkido), nous voyons une même vénération de la Nature et, au-delà, de la nature cosmique, une même exaltation et une même pénétration du divin. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre, par exemple, l’aïkido et le tir à l’arc.

Quant à l’archer, regardez-le, il est parfaitement stable sur ses deux jambes écartées, ses bras ouvrent et tendent l’arc comme on tend la corde même de l’univers. La tension de l’arc et de la flèche, la maîtrise du souffle et de l’attention doivent se résoudre dans un geste spontané et innocent : la flèche doit être tirée malgré tout librement, sans effort… Quand un tel tir est réalisé, c’est l’unité qui est atteinte. C’est pourquoi l’on dit : un tir, une vie.

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Quand la flèche est tirée, elle ne perce pas le but, elle continue en esprit, et l’archer garde un instant de suspension pour s’imprégner de ce sentiment de la flèche qui continue.

La Tactique et le Rythme

La transparence intérieure signifie dans la voie des Budô adéquation instantanée entre l’attaque et la défense. Mais comment parvenir à une telle adéquation ? L’arme (épée, sabre, boken, jo, bo, shinai, etc.) ou la discipline elle-même (Aïkido, Karate, Judo, etc.) sont à l’origine de la tactique. L’exercice répété maintes et maintes fois devient naturel. C’est alors que se découvre le rythme.

Tout mouvement est rythme, à l’égal de la peinture, de la musique ou de la poésie. Si le rythme est perçu, on peut ressentir ce qui est contraire au rythme, ou ce qui va dans le sens du rythme. Quand se découvre le rythme, le temps d’un combat n’est ni plus long ni plus court. Le rythme est hors du temps. Il peut en apparence être lent ou d’une rapidité fulgurante. Mais ce n’est ni la lenteur ni la rapidité qui sont exprimées.

« Voir, dit Musashi, est plus important que de regarder. La règle est de voir sans voir, de percevoir sans fixer l’attention, de pressentir et non de parer ou de répondre à une attaque. Tout l’art consiste à s’exercer au point que l’adversaire devienne transparent, autrement dit que l’intention de son attaque soit perçue avant l’attaque elle-même. Cette faculté de percevoir une attaque fait l’objet du développement d’un sixième sens.

Un Tir, Une Vie : Le Coup Décisif

Autre règle des Budô qui s’exprime dans l’idée « un tir, une vie » ; c’est de faire du premier coup le coup décisif. Cela se dit aussi « rythme unique ». Un coup engage l’être tout entier. Cela signifie qu’il faut visualiser le coup, le mouvement. La projection a déjà été faite devant soi. Le coup a déjà été frappé.

Dans le Kendo, le Kiaï, la puissance donnée au bond en avant, la puissance de frappe du shinai, tout est coordonné dans un rythme puissant et vivace pour donner au premier coup une totale efficacité. C’était aussi une règle du combat au sabre. Le maître Ueshiba a fait de cette règle un principe essentiel de l’Aïkido.

Domination et Tactique

Combattre avec de nombreux adversaires équivaut à combattre avec un seul. L’efficacité de la tactique est totale ou elle n’est pas. Si un grand maître de sabre était pratiquement invincible contre dix ou vingt adversaires à la fois, c’est bien la preuve qu’il n’employait aucune technique.

Musashi mit plusieurs fois en fuite ou tailla en pièces des groupes de Samouraï armés de sabres, de longues lances et d’arcs. Il agissait de telle façon qu’il sortait de la bataille indemne et sans une égratignure. Cette règle aussi d’ordre tactique peut se résumer ainsi : dominer toujours l’adversaire physiquement et psychologiquement, dans l’espace et le temps.

Il est dit que la victoire appartient à celui qui sait prendre l’initiative de l’attaque, et sait en quelque sorte manœuvrer l’adversaire selon sa volonté. La voie de la tactique est très complexe. Toutefois, dans les Dô, l’adversaire se mue en partenaire alors que dans les Bugei d’autrefois il s’agissait le plus souvent de détruire l’adversaire par tous les moyens loyaux de la tactique.

Il était recommandé non seulement de détruire l’adversaire, mais de lui ôter « le fond » c’est-à-dire jusqu’au désir même de combattre à nouveau. Cette règle ne signifie pas que tous les moyens sont bons pour parvenir à la victoire, mais que l’étude poussée de certaines techniques est insuffisante en elle-même.

Tout ce qui vient d’une démarche et d’une préparation efficace et volontaire, n’est rien en regarde d’une vision globale et d’une vraie maîtrise intérieure. Un maître peut vaincre avec n’importe quelle arme, voire même sans armes. Quand la tactique est dépassée, c’est-à-dire parfaitement assimilée, l’homme ressemble au novice qu’il était quand il ne savait rien. Il retrouve le même état d’innocence. Maintenant comme alors il ignore toutes les règles.

Il a réalisé la voie sans voie : la réalité ultime qu’exprime Lao Tseu et après lui les maîtres de Zen : « La voie qui est la voie n’est pas la voie, le nom qui est le nom n’est pas le nom. Musashi dit alors : « Considérez la voie comme « vide ». Dans ce « vide », il y a le bien et pas le mal. L’intelligence est « être » : les principes sont « être ». Les voies sont « être ». Mais l’esprit est vide.

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