Envie de participer ?
Bandeau

Donald Trump est passé à un centimètre de la mort, samedi. L’ancien président a été touché par la balle d’un AR-556, un fusil semi-automatique de type AR-15, en plein meeting. Ces fusils, conçus à Los Angeles dans les années 1950 pour la société ArmaLite, sont devenus un symbole du débat sur les armes à feu aux Etats-Unis.

L'AR-15 : une arme au cœur de la controverse

L'AR-15 est l'arme la « plus populaire » des Etats-Unis, rappelle Politico. D’après les chiffres de l’industrie, l’AR-15 est, en effet, le fusil le plus vendu du pays, avec environ 25 millions d’armes de ce type dans les rues. Environ un Américain sur vingt en possède.

La vente des AR-15 a été prohibée de 1994 à 2004. Mais après la fin de cette interdiction, les ventes ont explosé. Si la plupart des propriétaires de ce fusil semi-automatique évoquent l’autodéfense, la chasse ou le tir sportif, l’AR-15 est l’arme la plus souvent utilisée dans les tueries de masse qui endeuillent régulièrement le pays.

En 2022, c’est un fusil AR-15 qui est utilisé à Uvalde, au Texas, pour tuer 19 enfants et deux enseignantes. Même chose à Parkland, en 2018, où 17 personnes sont tuées avec ce fusil d’assaut. Mais aussi à Las Vegas en 2017, Orlando en 2016 ou dans l’école primaire Sandy Hook en 2012. Le groupe audiovisuel américain ABC estimait ainsi en 2018 que l’AR-15 était devenu « l’arme de choix des meurtriers de masse ».

Facilité d'acquisition et caractéristiques de l'AR-15

Souvent, ces armes sont achetées légalement. D’après Kevin Rojek, agent du FBI en Pennsylvanie chargé de l’enquête, l’AR-15 qui a failli tuer l’ancien président américain a été acheté légalement par le père de Thomas Matthew Crooks, abattu sur place. Renommés M16 pour la version militarisée de l’armée américaine, ils sont facilement accessibles et relativement économiques.

Lire aussi: Donald Trump : Détails sur l'échec de la tentative d'assassinat

Dans certains Etats, il est plus facile d’acheter un fusil d’assaut de type AR-15 qu’une arme de poing, comme en Floride, expliquait le New York Times en 2018. Dans cet Etat, s’il faut avoir 21 ans et attendre trois jours pour obtenir une arme de poing, il suffit en revanche d’être âgé de 18 ans pour entrer dans une armurerie et en ressortir immédiatement avec un fusil d’assaut et des seaux de munitions, explique le journal. Et selon le journal, « dans la plupart des Etats, il est aussi facile d’acheter un fusil d’assaut de type AR-15 qu’en Floride ».

En plus d’être incroyablement facile à acquérir, l’AR-15 est léger, facile à manier et surtout, il tire deux fois plus vite que la plupart des armes de poing. Pour les meurtriers de masse, sa funeste efficacité est donc particulièrement attractive. Un « tireur peut tirer plus d’une centaine de fois en quelques minutes », estime le New York Times.

Marketing et perception de l'AR-15

Tout comme le téléphone made in USA, l’AR-15 fait l’objet d’un marketing agressif. La NRA, le lobby des armes à feu aux Etats-Unis, la présente comme un « fusil de sport moderne » et tente d’effacer l’étiquette de « fusil d’assaut », trop liée aux multiples tueries de masse qui endeuillent régulièrement les Etats-Unis.

En 2022, la société WEE1 Tactical a conçu le JR-15 (JR pour Junior), un fusil d’assaut spécialement conçu pour les enfants, calqué sur l’AR-15, « l’arme de papa et maman ».

Les positions divergentes sur la régulation des armes

Si pour certains, l’AR-15 est un symbole du manque de régulation des armes à feu, les aficionados du second amendement y voient, eux, un symbole de la liberté à s’autodéfendre. En février 2023, des membres républicains du Congrès se sont présentés dans les hémicycles avec des pins en forme d’AR-15, provoquant l’indignation d’élus démocrates qui y voyaient un manque de respect pour les victimes de tueries de masse.

Lire aussi: Butler : Attentat manqué contre Trump

Mais l’influence de la NRA reste très forte dans les couloirs du Congrès américain où les tentatives de réguler la vente d’armes sont presque systématiquement bloquées. Une tendance que cet attentat ne risque pas d’inverser.

L'influence de la NRA

À l'origine association sportive américaine crée en 1871, la National Rifle Association est petit à petit devenue un puissant lobby pro-armes à l'influence politique redoutable. Le lobby pro-armes, très puissant aux États-Unis, a infiltré le monde politique à coups de millions de dollars et de spots de télévision.

Avec un budget total d'environ 300 millions de dollars par an, le lobby qui revendique 6 millions de membres réserve une grande partie de ses finances aux politiques. Une manière, au moment des votes sur la législation des armes à feu dans le pays, de s'assurer qu'un durcissement ne soit pas mis en place. Et pour l'instant, ça marche.

La NRA ne se contente pas de donner de l'argent, elle fait campagne, presque à la manière d'un parti politique. Sur son site internet, la NRA note également les élus américains, de "A" à "F", en fonction de leurs positions politiques sur le contrôle des armes. Le "A" correspond à la meilleure appréciation, quand le "F" vise les élus qui vont à l'encontre de la doctrine de la NRA.

Les tueries de masse et le débat sur le contrôle des armes

Alors que la précédente est toujours dans les esprits, deux nouvelles tueries secouent une fois encore les États-Unis. Si la population réclame plus de contrôle sur la circulation des armes dans le pays depuis des années, les mouvements « Pro-Gun » soutenu par la NRA, puissant lobby en faveur des armes, s’activent dans les médias américains à coup de slogans fallacieux.

Lire aussi: Donald Trump : tentative d'assassinat

Nous sommes à la moitié de l’année 2022, et plus de 200 tueries de masse ont déjà eu lieu aux États-Unis selon l’observatoire Gun Violence Archive. 27 écoles ont été la cible d’une attaque à main armée au cours des 6 derniers mois seulement… C’est plus d’une école attaquée par semaine. Les chiffres ne mentent pas. Ils sont même en constante augmentation.

En parallèle, le très puissant lobby américain de l’armement, voguant sur une culture de la liberté totale couplée à un historique guerrier, « conspire » en haute sphère à ce que le port d’armes reste un droit fondamental dans de nombreux États, usant de tous les subterfuges intellectuels. Il faut l’avouer, l’enjeu économique est colossal.

Les arguments des pro-armes et leur réfutation

Fatiguée par ce lobbying s’appuyant sur un vide argumentatif, Rolling Stone avait « débunké » en 2015, lors d’un précédent drame, quatre de ces idées préconçues qui circulent sur les réseaux sociaux, y compris francophones, pour justifier le libre port des armes à feu. Bientôt 5 ans après, la situation reste inchangée, les drames continuent avec une tendance à se banaliser, et les excuses sont exactement les mêmes.

  1. « Les armes ne tuent pas les gens. L’arme ne serait qu’un simple outil au même titre qu’un marteau ou une pelle. En pratique, il s’agit d’un sophisme séduisant mais totalement fallacieux. La solution concrète, rationnelle et immédiate est donc bien de limiter l’accès aux armes les plus meurtrières comme le font des pays pacifistes comme le Japon. C’est bien l’arme à feu qui rend la tuerie de masse possible.
  2. « Si tout le monde était armé, il y aurait moins de tueries ». Si vous regardez le monde réel, vous verrez que, loin d’être notre seul espoir, les bons gars avec des fusils ne sont d’aucune aide. Aucune fusillade dans les 30 dernières années n’a été arrêtée par un civil armé. Les civils n’ont généralement ni l’expérience ni le savoir-faire pour gérer une situation de stress où leur vie et celle des autres sont en jeu.
  3. « Le problème, c'est la santé mentale ». S’il est vrai que la prise en charge des malades est insuffisante dans le pays, rien n’indique que les Républicains (la droite réactionnaire américaine) ne souhaitent s’attaquer politiquement à cette question. Donald Trump était d’ailleurs revenu sur toutes les avancées sociales de son prédécesseur, abandonnant les individus à leurs problèmes personnels et économies.
  4. « Le deuxième amendement de la Constitution garantit le droit de porter des armes ». Selon l’interprétation la plus raisonnable, la précision d’une « milice organisée » ne signifie pas que chaque individu a droit à une arme sur lui. Le deuxième amendement a été écrit par des esclavagistes avant que nous ayons l’électricité, et ne concernait pas les armes que les meurtriers peuvent acheter aujourd’hui.

Donald Trump et la NRA

Donald Trump a suscité la polémique ce week-end en utilisant les attentats du 13-Novembre à Paris pour faire la promotion des armes à feu devant le puissant lobby de la National Rifle Association. Pour le président américain, si les Français avaient été plus armés, ils auraient pu stopper les terroristes.

Donald Trump, l'un des plus fervents défenseurs du droit à porter une arme, a été acclamé par la foule, lors du congrès annuel du NRA à Houston (Texas, États-Unis), vendredi 27 mai. "L'existence du mal dans notre société n'est pas une raison pour désarmer des citoyens respectueux de la loi. (…) L'existence du mal est la raison pour laquelle il faut armer les citoyens responsables", a-t-il déclaré.

Le milliardaire républicain Donald Trump s’exprimait vendredi devant le premier lobby américain des armes (NRA), qui hasard du calendrier, tenait sa convention annuelle à quelques centaines de kilomètres de la ville texane où a eu lieu la fusillade qui a coûté la vie à 19 enfants et deux enseignantes, mardi 24 mai.

« L’existence du mal dans notre société n’est pas une raison pour désarmer des citoyens respectueux de la loi », a déclaré l’ancien président. « L’existence du mal est la raison pour laquelle il faut armer les citoyens respectueux de la loi ».

Aux appels à limiter le nombre d’armes à feu, les conservateurs opposent l’argument de mieux traiter les problèmes de santé mentale aux États-Unis, un point sur lequel Donald Trump a particulièrement insisté vendredi.

Invité au congrès de la NRA à Houston, Donald Trump a proposé d'armer un peu plus les citoyens pour combattre "le mal". Le 45ème président du pays a également proposé d'armer les instituteurs, pour mieux lutter contre les tueries dans les écoles américaines.

Comparaison internationale

Selon l’enquête SmallArmSurvey.org, qui répertorie les violences par armes à feu dans le monde pour le compte de l’Institut des hautes études internationales et du développement à Genève, il y a eu en 2016 plus de 10 000 morts violentes par arme à feu aux États-Unis.

Selon les données collectées par GunPolicy.org, un site sur les armes dans le monde administré par l’université de Sydney, il y aurait aux États-Unis entre 270 et 310 millions d’armes en circulation. Au Japon, où la législation sur les armes est extrêmement contraignante, on compte seulement 0,6 arme pour 100 habitants. En France, toujours selon GunPolicy, le nombre d’armes à feu chez les particuliers a fortement baissé entre 2005 et 2016, passant de 19 millions d’unités à 10 millions, soit un peu moins de 15 armes à feu pour 100 habitants.

Pays Nombre d'armes pour 100 habitants
États-Unis Plus de 100
Japon 0.6
France Environ 15

L'exemple australien

Le 28 avril 1996, un Australien de 28 ans, armé d’un fusil semi-automatique, tuait trente-cinq personnes dans la ville de Port-Arthur, en Tasmanie. La pire tuerie jamais enregistrée en Australie.

En un an, 650 000 armes ont été collectées. Soit achetées par l’État, soit reprises contre une amnistie si elles étaient détenues illégalement. Depuis, aucune tuerie de masse n’a eu lieu en Australie, contre treize entre 1979 et 1996.

tags: #trump #armes #à #feu #polémiques

Post popolari: