Le débat autour de l'utilisation des flashballs par les forces de l'ordre en France est un sujet récurrent, notamment en période de manifestations et de tensions sociales.
Tandis qu’une enquête est en cours pour déterminer si la mort d’un jeune homme de 27 ans à Marseille, samedi 1ᵉʳ juillet, est due à un tir de flashball, Bruno Retailleau a tenu à soutenir l’usage de ces armes par la police. Sur franceinfo ce mercredi 5 juillet, le chef de file des sénateurs LR a défendu le travail des forces de l’ordre, "en face de violences qui sont déchainées" et qui "doivent pouvoir se protéger".
Et de poursuivre : "Les flashballs sont apparus au moment des Gilets jaunes, on en a beaucoup discuté à l’époque, et ils ont une doctrine d’emploi très stricte. Il n’est pas question de les leur retirer. Entre les gaz lacrymogènes et la matraque et l’arme à feu, il faut une arme intermédiaire : le flashball".
Ce que dit Bruno Retailleau est historiquement incorrect. En effet, les flashballs ou lanceurs de balle de défense ont été créés en 1990 par un certain Pierre Richert, en témoigne une archive de l’Institut national de l'audiovisuel (INA). Ces armes dites intermédiaires ont été intégrées à des unités spéciales de la police, chargées du grand banditisme ou du terrorisme, ainsi qu’aux brigades anticriminalité (BAC) en 1995 par Claude Guéant, alors directeur général de la police nationale.
La polémique sur leur usage enfle à partir des années 2000, au moment où sont rapportées plusieurs blessures de personnes touchées par des tirs de flashballs. Dès les années 2010, les flashballs traditionnels sont progressivement remplacés par des armes plus précises, mais aussi plus puissantes.
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En 2012, l’ONG Amnesty International note que "le rapport sur les objectifs et les moyens de la sécurité intérieure à horizon 2013 prévoit que ce type d’armes, et notamment le lanceur de balles de défense 40x46 (LBD 40), doit équiper plus largement le personnel de police et de gendarmerie".
En 2015 puis en 2019, l’ancien Défenseur des Droits Jacques Toubon alertait sur leur dangerosité au cours de manifestations et demandait "l'adoption d'un moratoire général" sur leur emploi. Il est vrai que ces armes ont de nouveau fait parler d’elles lors du mouvement des Gilets jaunes, qui a débuté en novembre 2018. Des manifestants ont perdu leur œil, comme le cas très médiatisé de Jérôme Rodriguez.
Voilà plus d’une dizaine d’années que le débat perdure autour de leur maintien dans la police. Tandis que les uns renvoient au nombre de blessés par des tirs de flashballs, les autres parlent, comme Bruno Retailleau, des risques encourus et du nombre de morts par balles qui serait évité par leur maintien.
Le défenseur des droits souhaiterait, dans un rapport que "Le Monde" s'est procuré, que l'usage des armes non létales, par les forces de l'ordre, soit limité. Les Taser et les Flash-Ball ont beau être des "armes non-létales", selon leurs fabricants, ils n'en restent pas moins des armes, dont l'usage est désormais courant chez les policiers et les gendarmes.
Pour la première fois, le défenseur des droits a donc décidé de consacrer un rapport général sur ces "moyens de force intermédiaire", rendu public mardi 28 mai. "Le recours à ces armes, assimilé à l'usage de la force, est soumis à une exigence de stricte nécessité et proportionnalité", rappelle le défenseur, qui est régulièrement saisi d'abus, de mauvaises utilisations et de dérapages.
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Le défenseur insiste donc sur un "strict encadrement de l'utilisation du Taser" : "Le fait de recevoir une forte décharge d'électricité conduit à une douleur localisée très intense, ainsi qu'à un traumatisme psychologique et une atteinte à la dignité humaine."
Le défenseur dénonce également les "recours irréguliers ou disproportionnés" aux lanceurs de balles de défense - le Flash-Ball -, qui permet de "riposter instantanément à une agression", et le LBD, une "arme de neutralisation", qui réclame un tir plus cadré. Leur usage est essentiellement policier, et il augmente : 2 573 munitions tirées en 2012, contre 2 224 en 2010.
Il recommande ainsi de cumuler les interdictions de visée des policiers et des gendarmes, ce qui ne laisse plus grand chose à cibler au-dessus des genoux. Il souhaite proscrire leur usage lors des manifestations, vu le risque de "dommages collatéraux", et pour sécuriser les contrôles d'identité et les contrôles routiers, "notamment en raison de la distance à laquelle se situe le porteur de l'arme des personnes contrôlées, généralement inférieure à sept mètres".
Au fond, le défenseur se montrerait plutôt favorable à une interdiction de ces armes. Mais il doit se montrer pragmatique devant le refus des policiers de les remettre en cause.
Cyril Hanouna, animateur de C8, a été une cible privilégiée des journaux ces dernières semaines. Fin janvier, c'est Charlie Hebdo qui le caricaturait, pour la troisième fois en seulement trois ans. Cyril Hanouna était représenté comme une munition de flashball, sautant dans l'oeil d'un téléspectateur de C8. "Hanouna, la répression dans votre salon", titrait l'hebdomadaire satirique.
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"Les unes de Charlie Hebdo, maintenant j'ai l'habitude, avait alors réagi l'animateur sur son propre plateau. J'en ai fait une pièce spéciale chez moi, merci à eux, continuez, ça fait plaisir à ma mère... Ce n'est pas si grave que ça. Ils ont cette liberté de crayon, nous n'allons pas leur interdire et leur dire 'attention'."
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