Le 15 novembre, alors que l’Ukraine était lourdement bombardée par l’armée russe, un tir de missile a frappé la Pologne, suscitant de nombreuses inquiétudes. Tandis que l’enquête concernant l’origine du tir suit son cours et que la piste d’un accident est privilégiée, plusieurs photos sont devenues virales sur les réseaux sociaux. Une a été attribuée de manière erronée au missile responsable de l’explosion, qui a fait deux morts dans le village de Przewodow, à environ 6 km de la frontière ukrainienne.
Deux photos de débris de missile ont été particulièrement partagées ces dernières heures sur les réseaux sociaux. Mais la photo à gauche ci-dessous, présentant des débris à la lumière du jour, n’a pas été prise le 15 novembre 2022. Les premiers partages remontent au 8 octobre 2020, et font référence à ce qui apparaît comme un autre accident : des débris d’un missile avaient été retrouvés dans les montagnes du Caucase, près de Chirag dans le Daghestan. Des médias russes, comme RBC, ont également utilisé cette photo, attribuée à un utilisateur du réseau social russe VK, pour illustrer cette explosion en 2020. D’autres photos du site de l’explosion, montrant la remorque d’un tracteur renversée, ont par contre été publiées par Reuters par exemple.
Les pistes de tir d’un missile KH-101 ou S300 ont été évoquées sur les réseaux sociaux. Le président polonais a estimé « hautement probable » qu’il s’agisse d’un « accident malheureux » dû à un projectile ukrainien. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a, cependant, réaffirmé que le missile était russe. De son côté, l’Otan a indiqué ce 16 novembre, ne disposer « d’aucune indication » permettant d’attribuer l’explosion mortelle en Pologne à « une attaque délibérée » contre ce pays.
Les ambitions militaires de la Pologne en Europe sont fortes mais en-a-t-elle les moyens humains et financiers ? Certes la volonté d’en découdre éventuellement avec la Russie n’est pas à écarter si l’Ukraine perdait la guerre. Le 19 mars 2023, sur LCI, l’ambassadeur de Pologne à Paris engageait d’une manière imprudente son pays dans cette direction suscitant une mise au point polonaise.
La Pologne est membre de l’OTAN depuis 1999. Son soutien à l’Alliance Atlantique est sans équivoque avec 89% des personnes sondées y adhérant (Cf. Rapport 2022 du Secrétaire général de l’OTAN, 21 mars 2023). Elle privilégie aussi ses relations avec les Etats-Unis au détriment d’ailleurs de l’Union européenne avec qui les affrontements politiques sont fréquents. Depuis le 21 mars 2023, faisant suite à une décision de Joe Biden en juillet 2022 qui répondait à une demande insistante de la Pologne depuis de nombreuses années, le Camp Kosciuszko à Poznan devient la première garnison permanente américaine en Pologne, la huitième en Europe. Il aura pour missions de coordonner les opérations, de superviser les forces terrestres américaines en Europe, dont 10 000 soldats sont présents en Pologne, et d’assurer la planification opérationnelle avec les autres forces des Etats membres de l’OTAN sur le front Est de l’Alliance.
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Les forces polonaises sont constituées de 114 000 soldats pour une population de 38 millions d’habitants (France, 206 000 hommes pour une population de 68 millions d’habitants) dont 58 500 pour l’armée de Terre. Une partie de ses équipements militaires ont été livrées à Kiev soit plus de 260 chars d’assaut T72, une centaine de canons et d’obusiers automoteurs ainsi que 40 véhicules de combat d’infanterie BMP-1, quatre avions Mig 29 modifiés aux normes OTAN sur la vingtaine que la Pologne détient. Dans ce contexte de renforcement de la présence otanienne à l’intérieur de ses frontières, Varsovie cherche également à développer ses propres capacités.
La Pologne est déjà l’un des pays de l’OTAN qui consacre la plus grande part de son PIB à la défense : 2,4 % pour l’année 2022. Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a annoncé fin janvier que Varsovie allait consacrer 4 % de son PIB en 2023 à la défense. Pour satisfaire ses ambitions, la Pologne a signé en juillet 2022 l’un des plus importants contrats militaires de son histoire avec la Corée du Sud. 180 chars de bataille seront livrés en 2023 ainsi que 48 obusiers K9, 12 avions FA-50 (48 à terme), avions d’entraînement et d’appui d’ici à la mi-2023. La Pologne a également passé des commandes auprès des États-Unis pour l’acquisition de 366 chars Abrams pour des livraisons en 2023 et 2024. Une partie est financée par la partie américaine. S’ajoutent 32 avions de chasse F-35, 8 batteries de missiles anti-aériens Patriots et 96 hélicoptères Apache AH-64E.
En 2019, la Pologne signa un contrat d’une valeur de 414 millions de dollars pour se procurer auprès du groupe américain Lockheed-Martin vingt lance-roquettes multiples [LRM] M142 HIMARS [High Mobility Artillery Rocket System]. La commande comprenait également 30 missiles balistiques tactiques MGM-140 ATACMS [Army Tactical Missile System], d’une portée de 300 km, 270 roquettes GMLRS guidées par GPS et des systèmes de données tactiques d’artillerie de campagne [AFATDS].
L’armée polonaise aura été obligée d’attendre quatre ans pour otenir ses premiers M142 HIMARS. En effet, ceux-ci lui ont été officiellement remis ce 15 mai. Et ils équiperont désormais la « 1ère brigade d’artillerie de Mazurska, de la 16e division. C’est à dire qu’ils seront déployés dans la partie nord-est du pays », a précisé Mariusz Blaszczak, le ministre polonais de la Défense. En clair, ces systèmes d’artillerie seront positionnés non loin de l’enclave russe de Kaliningrad, laquelle a récemment été rebaptisée « Królewiec » par la Commission polonaise de normalisation des noms géographiques.
Le M142 HIMARS est une « excellente arme qui, entre les mains des non moins excellents artilleurs polonais, sera un argument important pour dissuader l’agresseur russe », a justifié M. Blaszczak, dans le communiqué publié par ses services. Et comme pour les chars Abrams [366 ont été commandés par Varsovie, ndlr], pour lesquels une « académie » a été créée à Biedrusko afin de former sans délais ses premiers équipages, il est question d’en faire autant pour le M142 HIMARS, cette fois à Toruń. Ce site sera également dédié à l’entraînement des artilleurs mais aussi à la logistique et au maintien en condition opérationnelle de ces systèmes.
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Cette « Académie ‘HIMARS » sera un atout supplémentaire pour nous quand il s’agira de former des artilleurs d’autres pays de l’Otan. Et ce sera aussi un argument très important pour que la co-production de ces systèmes se fasse en Pologne, que ce soit pour ceux destinés à l’armée polonaise ou ceux qui seront acquis par d’autres membres de l’Alliance », a fait valoir M. Blaszczak. D’autant plus que la Pologne n’entend pas se contenter de 20 M142 HIMARS. En novembre, la Defense Security Cooperation Agency [DSCA], chargée des exportations de matériels militaires américains, a en effet approuvé la vente potentielle à la Pologne de dix-huit systèmes supplémentaires et de 468 lanceurs HIMARS pour un coût estimé à 10 milliards de dollars.
Et cela alors que Varsovie a aussi confirmé la commande de 288 lance-roquettes multiples K-239 « Chunmoo » auprès de la Corée du Sud. « Nous négocions un autre accord ‘HIMARS’. Le Congrès américain a autorisé la vente de près de 500 lanceurs à la Pologne. […] Dans le cadre de ce nouveau contrat, nous souhaitons obtenir une co-production, à la fois pour les lanceurs et les missiles, en Pologne », a affirmé le ministre polonais de la Défense.
« Ces lanceurs seront livrés dès que possible et seront montés sur châssis Jelcz, avec le système de contrôle de tir Topaz », a-t-il ajouté. « Nous observons ce qui se passe en Ukraine. L’artillerie y joue un rôle central pour repousser l’invasion russe. Ainsi, la capacité de missiles à longue portée est sans aucun doute pertinente pour les forces armées polonaises. D’où nos efforts liés pour la renforcer », a ensuite justifié M. Blaszczak.
| Type d'armement | Quantité | Pays d'origine |
|---|---|---|
| Chars K2 | 1000 | Corée du Sud |
| Chars Abrams | 366 | États-Unis |
| Obusiers K9 | 650 | Corée du Sud |
| Lance-roquettes HIMARS | 20 (actuels) + 468 (en commande) | États-Unis |
| Lance-roquettes Chunmoo K239 | 288 | Corée du Sud |
Varsovie est absolument sur le pied de guerre. Ce 28 février, Mariusz Blaszczak, le ministre polonais de la Défense, a signé une commande portant sur l’achat de 1 400 blindés chenillés qui seront construits par un consortium polonais formé par Polska Grupa Zbrojeniowa (PGZ) et par HSW Group. Cette commande va permettre de remplacer la flotte de BMP-1 obsolètes.
Forte de la loi Défense de la patrie qui porte à 3 % du budget l’effort en matière de défense, Varsovie entend ne pas compter sur les seuls parapluies otanien et américain en cas de confrontation armée directe avec la Russie et la Biélorussie. D’où ces commandes à répétition de la Pologne pour se doter, à brève échéance, d’une armée de Terre robuste et moderne.
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