L'artillerie, bien qu'ayant cédé le titre de reine des batailles à l'infanterie, conquiert tandis que l'infanterie occupe, selon le général Pierre Schill, chef d'état-major de l'armée de Terre française.
Pour la petite histoire, le calibre de 155 mm a vu le jour en France, dans les années 1874. Que demande-t-on à ces canons de 155mm ? De la précision, de la létalité, de la mobilité et de la portée accrues. Les fabricants d'obus, dont le norvégien Nammo, l’allemand Rheinmetall, le français Nexter et le britannique BAE Systems, ainsi que les américains American Ordnance LLC et General Dynamics OTS, usinent à tour de presse pour répondre à la demande.
Une nouvelle unité doit produire à partir de 2025 des munitions d’artillerie de 155 mm, visant progressivement une capacité de 200 000 obus par an. Rheinmetall entend produire, sur l’ensemble de ses sites en Europe, jusqu’à 700 000 obus d’artillerie par an en 2025, contre 400 à 500 000 cette année.
Les prix varient selon les types d’obus. Un obus de 155 mm classique pourrait coûter environ 6 000 € et un obus guidé 60 000 €. Aux USA, il faut compter 3 300 dollars pour un coup complet. Selon les fournisseurs, une certitude toutefois : les prix ont grimpé depuis le début de la guerre en Ukraine.
NEXTER munitions a achevé la livraison des obus BONUS commandés par la France. La munition de 155 mm BONUS consiste en un obus "cargo" équipé d’un bloc de réduction de traînée de culot et contenant deux cylindres emportant chacun un sous-ensemble antichar. Cette munition de type cargo, équipée de capteurs et d’un dispositif de reconnaissance de cible, permet désormais à l’artillerie française de détruire des objectifs blindés ou mécanisés tout en limitant les dommages collatéraux induits par ses feux. En outre, les contraintes induites par l’utilisation de cette munition sur les théâtres d’opération sont limitées. L’entrée en service de ce nouvel obus diversifie les effets de l’artillerie ; elle réduit les consommations d’obus classiques et ainsi modifie significativement la logistique associée.
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Le 15 avril 2008 restera une date historique pour l’artillerie française. Le premier tir d’obus BONUS dans des conditions opérationnelles a été une réussite totale en dépit d’une météo impitoyable (rafales de vent supérieures à 80 km/h). Les tirs ont montré, avec un taux de coups au but de 100%, l’impressionnante capacité des modules d’attaque BONUS à détecter et à percer des engins blindés. Afin de permettre l’observation et la sécurité du tir en temps de paix, les tirs ont été volontairement décalés de quelques minutes.
Une campagne de tir BONUS a eu lieu en avril 2015 lors des journées NEXTER sur le camp de Canjuers. Les équipes d’observation des régiments d’artillerie ont participé à cette expérimentation, et plus particulièrement 3 équipes d’observateur du 1er RA. La munition en est déjà à sa deuxième évolution.
La définition du char moyen nécessite quelques précisions et arbitrages sémantiques. En termes de doctrine, le char moyen n’est pas conçu pour la percée des lignes ennemies. Plus concrètement, le char moyen moderne accueille généralement trois membres d’équipage, et est armé pour le combat jusqu’à 3 000 m avec un canon de 105 mm, jusqu’à 4 000 m avec un 120 mm (125 mm pour le 2S25 Sprut‑SD russe). La présence de missiles antichars sur certaines tourelles autorise l’extension du domaine d’emploi jusqu’à 8 ou 10 km.
Sa capacité d’emport d’obus est limitée à environ 40 obus pour le 105 mm, moins lorsqu’il s’agit d’un 120 mm, pour des raisons d’encombrement. Pour ce qui est du blindage, ces chars doivent aujourd’hui pouvoir résister à des calibres de 14,5 mm sur les flancs, et de 30 ou 35 mm de face. Il est néanmoins possible d’utiliser des protections passives ou actives additionnelles. Outre ses moyens de camouflage, le char moyen doit pouvoir compter sur le soutien aérien, comme sur une bonne défense antiaérienne.
Les programmes contemporains misent d’ailleurs désormais sur des synergies avec les drones et les munitions rôdeuses. Ces héritiers des glorieux Sherman, déclinés à l’époque en de multiples versions, certaines redoutables, se situent désormais dans le segment des 25 à 45 t. Ce type de véhicule est donc de facto chenillé, un tel châssis permettant le support d’une tourelle lourde dotée pour le combat antichar.
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La structuration des forces armées terrestres autour des MBT dès le milieu de la guerre froide va très largement mettre à mal le marché du char léger ou moyen, par le passé vivace. Toutefois, les bureaux d’études des industriels de l’armement n’ont jamais cessé de proposer des plateformes plus légères associées à des innovations renforçant la létalité comme la survivabilité des chars légers/moyens, avec même une augmentation du catalogue au cours des dernières années. Citons ici BAE Systems avec le véhicule de combat d’infanterie d’origine suédoise CV90 doté d’un canon de 120 mm : le CV90120 Ghost.
Toujours en Europe, le géant allemand Rheinmetall propose depuis 2022 le Lynx 120 qui, comme son nom l’indique, repose sur le châssis du VCI KF41 Lynx. Il affiche donc lui aussi un fort potentiel de modularité. Ultra mobile, le Lynx 120 bénéficie du système de protection actif de Rheinmetall, le Strikeshield.
Chez les émergents qui ont déjà un pied sur le marché global de l’armement terrestre, l’israélien Elbit Systems coopère avec GDELS (General Dynamics European Land Systems) pour proposer sur le convoité marché asiatique le char léger Sabrah de 33 t. La très ambitieuse Turquie n’est pas non plus inactive sur ce segment du marché asiatique, au contraire, puisqu’elle a placé en Indonésie 18 chars Harimau de 35 t en 2019.
L’Asie représente assurément le marché principal pour le char léger ou moyen. La Chine déploie par exemple depuis plusieurs années dans ses plateaux himalayens le Type-15 (ZQT‑15), un char de 33 à 36 t équipé d’un canon de 105 mm à chargement automatique. À cela s’ajoute le fait que l’ennemi héréditaire, le Pakistan, fait également partie des prospects pour le Type‑15. New Delhi lance donc en 2021 le développement d’un char léger national dans le cadre de sa politique « Make in India », la mission étant confiée au conglomérat L&T en association avec la DRDO (Defense Research and Development Organisation).
L’autre programme absolument majeur, à la fois indépendant et concomitant du chinois, est bien entendu le MPF (Mobile Protected Firepower) de l’US Army. Le MPF aboutit finalement en 2023 à la révélation du M10 Booker, un char de 38 à 40 t équipé d’un canon rayé de 105 mm et d’un système de combat semblable à celui du MBT Abrams M1A2 SEPv3. Le Booker est en fait un char Griffin II de General Dynamics, basé sur la plateforme ASCOD modernisée.
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Le phénomène de prise de masse des MBT n’est naturellement pas sans conséquence sur la mobilité des engins, et surtout, sur l’ensemble de la logistique associée (transport, munitions, carburant), maintenance comprise. La problématique est identifiée depuis des années, et le conflit en Ukraine et ceux au Haut-Karabagh ou au Proche-Orient nous ont enseigné encore davantage de leçons : vulnérabilité face aux drones, à l’artillerie, aux mines…, enjeux de communication, etc.
Certains constructeurs ont pris les devants en proposant des MBT allégés, comme les démonstrateurs Abrams X (General Dynamics) ou KF‑51 (Rheinmetall). In fine, en observant attentivement le marché, il est évident que le char de combat n’est pas destiné à disparaître, tant il reste un instrument structurant pour les forces et notamment pour l’appui à l’infanterie.
Lors d’une description sur les avancées du programme à la conférence Defence iQ en janvier 2024, un haut responsable de la Bundeswehr a présenté une vision radicalement allégée du système de combat blindé futur : 50 t maximum, grâce à l’adoption d’une équation multiplateforme mêlant combat, artillerie, et défense surface-air. C’est la première fois que la Bundeswehr se rapproche si radicalement de la vision française.
Il a toujours été assez clair que le MGCS reposerait sur des principes comme l’infovalorisation et son cloud de combat, ou sur une létalité renforcée grâce à de nouveaux calibres capables d’engager des cibles à 8 000 m. Fin 2023, le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Schill, regrettait publiquement des success stories comme celle du char léger AMX‑13, en appuyant sur l’argument selon lequel le char du futur devrait être avant tout mobile, bien armé, et surtout facile à produire en masse, « donc à remplacer, et également à entretenir ou à réparer ».
L’Europe n’enterrera pas le char de combat de sitôt. Derrière la notion de démonstrateur, il est surtout question de progresser sur des briques technologiques susceptibles de contribuer à l’amélioration des chars actuels et récemment entrés en service. Ce sera, sans surprise, la recherche du meilleur compromis entre mobilité, protection et puissance de feu mais en mettant l’accent sur cette dernière.
Pour le duo franco-allemand à la manoeuvre, il s’agit désormais de contractualiser la prochaine étape de développement et de démonstration auprès de la co-entreprise formée par KNDS France, KNDS Allemagne, Thales et Rheinmetall.
L’autre sujet terrestre majeur, ce sont les frappes dans la profondeur et, plus spécifiquement, le segment du lance-roquettes multiple. Il s’agira d’évoluer vers une solution non seulement européenne mais aussi apte à délivrer des effets répondant aux menaces actuelles tout en opérant dans un environnement contesté, sans GPS.
Le char Challenger 2 incarne l'excellence de l'ingénierie blindée britannique. Considéré comme l'un des chars les plus protégés au monde, ce véhicule de combat a forgé sa légende sur les champs de bataille modernes en affichant un taux de survie exceptionnel. C'est en 1994 que le Challenger 2 entre en service actif au sein de la British Army, remplaçant progressivement le Challenger 1. Le programme Challenger 2 démarre officiellement en 1986, avec pour objectifs principaux : un blindage inégalé, une précision de tir exceptionnelle, et une fiabilité maximale.
La décision britannique de conserver un canon rayé plutôt qu'un canon lisse comme tous les autres chars modernes est délibérée : les rayures impriment une rotation au projectile, garantissant une précision supérieure sur longue distance. Ce système confère au Challenger 2 une probabilité de touche au premier coup supérieure à 90 % à 2 000 m, même en conditions de combat difficiles.
Le Challenger 2 incarne la philosophie britannique : "survivre d'abord, détruire ensuite". En 2023, le Royaume-Uni fournit 14 Challenger 2 à l'Ukraine, marquant leur premier engagement contre forces russes modernes. Le programme Challenger 3 garantit que le Royaume-Uni disposera d'une capacité blindée de premier plan jusqu'en 2040.
Le char Leclerc représente l'excellence française en matière de blindés lourds. C'est une véritable merveille d'ingénierie, conçu initialement pour contrer les chars soviétiques dans les plaines d’Allemagne. Le char Leclerc est le premier char de combat de 3e génération qui représente l’essentiel d’un système d’arme novateur. Il dispose de capacités de feu, de mobilité et de protection, ainsi que d’une capacité d’information de commandement grâce à l’informatique de bord et à la transmission de données. Son équipage se compose de trois opérateurs seulement : le chef de char, le tireur et le pilote.
Sa motorisation Diesel hyperbar Wärtsilä V8X développant 1500 chevaux lui confère une autonomie de 615 km et des vitesses impressionnantes : 65 km/h sur route et 50 km/h en tout-terrain. Ce qui est particulièrement apprécié dans ce char, c’est sa capacité unique à toucher sept cibles mobiles jusqu’à 3000 mètres en une minute tout en roulant à 50 km/h en tout-terrain. Aucun autre char au monde ne peut se vanter d’une telle performance !
L'armement principal du char Leclerc est un canon de 120 mm capable d’atteindre des cibles jusqu’à 4000 mètres. Sa cadence de tir de 6 coups par minute en fait une machine redoutable sur le champ de bataille. L'armement secondaire comprend une mitrailleuse de 12,7 mm coaxiale.
La Direction générale de l’armement (DGA) a récemment commandé la rénovation de 100 chars Leclerc en version XLR, portant le total à 200 engins rénovés. Ces rénovations sont réalisées par KNDS France à Roanne, dans la Loire. Le char Leclerc rénové XLR intègre des technologies de pointe qui le rendent compatible avec le programme SCORPION. Ces évolutions permettent au Leclerc de s’intégrer parfaitement dans le concept de guerre moderne interconnectée.
Les Leclerc XLR livrés actuellement à l’armée de Terre sont dotés des équipements nécessaires au combat collaboratif (Système d’information du combat SCORPION, radio CONTACT), d’un tourelleau téléopéré de 7,62 mm, et d’un brouilleur BARAGE. Cependant, il leur manque les viseurs PASEO, commandés auprès de Safran Electronics & Defense qu’en février 2024.
L’amélioration de la conduite de tir avec les « viseurs numérique tireur et chef de char nommés ‘PASEO' » va constituer la « principale innovation » du programme Leclerc XLR, grâce à l’apport de l’IA. L’IA intégrée au viseur PASEO va améliorer quatre fonctionnalités :
Les premiers exemplaires ne seront pas livrés avant 2028.
Face à la détérioration de la situation en Europe de l’Est, la France se trouve confrontée à un choix stratégique crucial. La France n’a pas exclu la livraison de chars Leclerc à l’Ukraine. Le Leopard 2 combine puissance de feu, mobilité et protection. Il est considéré comme l’un des meilleurs chars au monde. Le char peut rouler jusqu’à 65 km/h avec une autonomie de 615 kilomètres. Le char Leclerc est le premier char de combat de 3e génération qui représente l’essentiel d’un système d’arme novateur.
Le char Leclerc dispose de capacités de feu, de mobilité et de protection. S’ajoute à cela la capacité d’information de commandement grâce à l’informatique de bord et à la transmission de données dont il dispose. Armement secondaire : une mitrailleuse de 12,7 mm coaxiale.
| Caractéristique | Leclerc | Leopard 2 | Abrams |
|---|---|---|---|
| Calibre du canon | 120 mm | 120 mm | 120 mm |
| Portée du canon | 4000 mètres | Non spécifié | Non spécifié |
| Cadence de tir | 6 obus par minute | Non spécifié | Non spécifié |
| Vitesse maximale | 65 km/h | 70 km/h | 70 km/h |
| Autonomie | 615 km | 450 km | 400 km |
| Équipage | 3 | 4 | 4 |
En 2021, Nexter [filiale de KNDS] avait annoncé le développement du SHARD [SHardenered ARmour Defeat], une munition de nouvelle génération à « hautes performances » susceptibles d’être utilisée par le char Leclerc. Plus précisément, il s’agissait de mettre au point, dans un délai relativement court, un obus de type APFSDS [Armor-Piercing Fin Stabilized Discarding Sabot] censé établir un « nouveau standard de performance, avec une capacité de pénétration accrue, combinée à une très haute précision ».
Ce 29 février, l’industriel a annoncé qu’il venait d’achever la qualification du SHARD, ce qui signifie que sa production de masse peut débuter dès à présent. Par rapport aux munitions précédentes, le SHARD a une capacité de pénétration supérieure de 15 %, avec un « très faible niveau de dispersion ». Sa vitesse initiale est de 1720 m/s avec le canon de 52 calibres du char Leclerc… et de 1734 m/s avec le canon de 55 calibres du Leopard 2 allemand. le SHARD a fait l’objet d’une démonstration à Alcochète [Portugal], organisée à la fin de l’année 2023.
Le « design » de cet obus-flèche, optimisé numériquement, est décrit par Nexter comme étant « totalement innovant ». Il a été conçu avec le souci de gagner en puissance tout en réduisant le niveau de pression, et partant, l’usure du canon. Le SHARD se compose ainsi d’un sabot en aluminium, d’un pénétrateur fabriqué avec un nouvel alliage à base de tungstène et d’un système de propulsion qui, conforme à la réglementation européenne REACH, lui garantit une « excellente vélocité ».
Le SHARD a été conçu « selon les normes Stanag 4583 et le Interface Control Document 120 [ICD120] », ce qui fait qu’il offre « des avantages opérationnels, logistiques et économiques significatifs à ses utilisateurs » et qu’il est compatible avec tous les chars de l’Otan dotés d’un canon à âme lisse de 120 mm, souligne Nexter.
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