Le suicide est un problème de santé publique majeur, et les méthodes utilisées varient considérablement. Parmi celles-ci, l'utilisation d'armes à feu représente une part significative, en particulier chez les hommes. Cet article examine les statistiques et les tendances du suicide par arme à feu en France, en s'appuyant sur les données disponibles et les études récentes.
Avant d'aborder spécifiquement le suicide par arme à feu, il est essentiel de comprendre les tendances générales du suicide en France. Selon Santé publique France, 8 848 personnes se sont ôté la vie en 2023. Bien que ce nombre représente une baisse de 4 % par rapport à 2022, le suicide reste une cause de décès préoccupante. Cela correspond à un taux de 13 décès pour 100 000 habitants.
Les données du Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc-Inserm) indiquent une tendance à la diminution du taux de décès par suicide, avec une baisse de 33,5 % entre 2000 et 2016. Cette diminution est plus marquée entre 2008 et 2016 (-23,5 %) qu’entre 2000 et 2008 (-13,0 %).
En France métropolitaine, les dernières données disponibles du Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc- Inserm) font état de 8 948 décès par suicide en 2015.
En 2016, les armes à feu représentaient 13 % des suicides en France. Cependant, il est important de noter que l'utilisation d'armes à feu varie selon le sexe. Chez les hommes, les armes à feu sont impliquées dans 16 % des suicides, ce qui en fait la deuxième méthode la plus courante après la pendaison (62 %). Ce chiffre est significativement inférieur à la pendaison, qui est le mode de suicide le plus fréquent (58 %).
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Une étude publiée dans Plos One a révélé qu'en 2019, il y a eu 52 694 morts par suicide par arme à feu dans le monde, avec six fois plus d'hommes que de femmes.
Le principal mode opératoire de suicide est la pendaison (58 %) devant les armes à feu (13 %) et la prise de médicaments et autres substances (10 %). Ces modes diffèrent selon le sexe : chez les hommes, la pendaison représente 62 % des suicides et les armes à feu 16 % tandis que chez les femmes, la pendaison (44 %) et la prise de médicaments et autres substances (21 %) sont les modes opératoires les plus fréquents.
Les taux de décès par suicide varient considérablement selon les régions françaises. Il est crucial d'interpréter ces données avec prudence, car les chiffres peuvent être affectés par des défauts d'exhaustivité dans la collecte des données. Ainsi les différences de taux de suicide sont vraisemblablement en partie imputables à la qualité de la remontée de l’information et ne reflètent pas la situation épidémiologique réelle. Par exemple, le CépiDc-Inserm estime une sous-estimation globale de 10 % des décès par suicide en France métropolitaine, avec des variations régionales atteignant 46 % en Île-de-France.
Malgré ces limitations, certaines régions présentent des taux de suicide plus élevés que d'autres. Entre 2014 et 2016, la Bretagne avait un taux de suicide supérieur de 52 % à la moyenne nationale. Les régions Pays de la Loire, Normandie et Hauts-de-France affichaient également des taux supérieurs de plus de 30 % à la moyenne nationale. Les régions Bretagne, Pays de la Loire, Normandie et Hauts de France, ont des taux nettement au-dessus (>20 %) de la moyenne nationale pour les deux sexes, ainsi que la Nouvelle-Aquitaine pour les hommes et la Bourgogne-Franche-Comté et le Centre-Val-de-Loire pour les femmes en 2014-2016.
A contrario, les taux de mortalité par suicide étaient nettement inférieurs (<20 %) à la moyenne nationale en Ile de France, en Corse et dans les DROM à l’exception de la Réunion. Ils sont au contraire nettement inférieurs (<20%) aux taux nationaux en Ile-de-France, Occitanie, Corse et dans les DROM à l’exception de la Réunion.
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Les certificats de décès révèlent que 40 % des suicides sont associés à la présence de troubles mentaux, plus fréquemment chez les femmes (48 %) que chez les hommes (36 %). Il s’agissait en grande majorité de troubles dépressifs (38% chez les femmes et 28% chez les hommes). Ceux-ci étaient 41 fois plus fréquemment associés aux suicides qu’aux autres décès. Les troubles dépressifs sont les plus courants, étant 41 fois plus fréquemment associés aux suicides qu'aux autres décès.
D'autres facteurs de risque incluent :
Les données sur les hospitalisations pour tentatives de suicide fournissent également des informations précieuses. Les taux d'hospitalisation pour "geste auto-infligé" (tentative de suicide ou automutilation non suicidaire) ont augmenté chez les jeunes filles et jeunes femmes en 2024. Ces taux restent largement supérieurs à ceux des autres classes d'âge. Quant aux hospitalisations pour « geste auto-infligé » qui ont pu être recensées pour 2024, les taux ont augmenté pour les jeunes filles et jeunes femmes. Et ils sont restés « largement supérieurs » à ceux des autres classes d’âge : 674 hospitalisations pour 100 000 chez les 11-17 ans et 424 pour 100 000 femmes chez les 18-24 ans.
Les évolutions annuelles du nombre de séjours hospitaliers pour tentative de suicide et du nombre de patients entre 2008 et 2017 sont parallèles. Le nombre d’hospitalisations augmente entre 2008 et 2010 puis baisse jusqu’en 2013 pour se stabiliser ensuite.
En 2017, 7,2 % des 18-75 ans déclaraient avoir tenté de se suicider au cours de leur vie et 0,4 % au cours des 12 derniers mois. Globalement, les hospitalisations sont plus élevées chez les femmes que chez les hommes, sauf au-delà de 85 ans, avec un pic observé chez les femmes âgées de 15 à 19 ans et chez les femmes de 40 à 49 ans.
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Il est également pertinent de situer la France dans un contexte international. Selon l'étude publiée dans Plos One, le Groenland et les États-Unis sont les pays les plus touchés par le suicide par arme à feu, rapportés à leur population. La France figure au dixième rang pour les hommes. Les chercheuses soulignent que les différences majeures entre pays suggèrent qu’il existe des marges de manœuvre pour réduire ce fléau.
La prévention du suicide est un enjeu majeur de santé publique. La base de données nationale sur les causes médicales de décès produite par l’Inserm-CépiDc permet d’élaborer des indicateurs essentiels à la connaissance épidémiologique du suicide en France. Les données sont exhaustives et couvrent la période 1968 à 2005 (dernière année validée, mais des études peuvent être réalisées sur les fichiers provisoires correspondant à des années plus récentes).
Le suicide a été déclaré priorité de santé publique à partir de 1996 et une politique nationale de prévention a été mise en place par les pouvoirs publics. A cet effet, au cours de ces années, des actions de prévention du risque ont été inscrites au travers de plusieurs plans gouvernementaux et programmes nationaux d’actions contre le suicide et les tentatives de suicides.
Plus récemment, le ministère chargé de la Santé a fixé des orientations dans sa feuille de route santé mentale et psychiatrie du 28 juin 2018, avec deux objectifs complémentaires :
La stratégie, déclinée dans l’instruction du 19 juillet 2019, est de proposer aux agences régionales de santé, de combiner à l’échelle de leurs territoires un ensemble d’actions repérées comme efficaces dans la littérature scientifique.
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