La civilisation occidentale ou atlantique est en voie de régression marquée depuis le début de ce siècle. Il est intéressant d'étudier les causes profondes de notre décadence et les méthodes à employer pour essayer d'y porter remède. L'historien, le sociologue et le savant qui feront l'histoire du dernier demi-siècle mettront l'accent sur deux faits essentiels qui paraissent le caractériser.
C'est tout d'abord le développement extraordinaire du phénomène de la guerre. Il y a eu des guerres de tout temps ou plus exactement depuis l'origine de la civilisation. Sorokin présente un relevé de 902 conflits armés entre nations, sans compter 1.615 conflits intérieurs. Mais le fait qui frappe les yeux de l'observateur, c'est que la guerre est devenue globale et mondiale, sa capacité de destruction complète, son caractère de plus en plus barbare.
Par contre et en même temps le cerveau de l'homme a connu des réussites presque invraisemblables. La science nous offre chaque jour des présents inestimables ; elle nous ouvre des vues sur des régions inexplorées; elle nous fait connaître l'immense et l'infime qui échappent l'un et l'autre à l'emprise de nos sens; elle réduit les barrières qui séparent le domaine rationnel du royaume de la magie ; elle accomplit des miracles.
Ce qu'il y a de tragique et de terrifiant, c'est qu'il n'y a pas de compensation entre le mal de la guerre moderne et le bien du progrès technique. Allons plus loin : entre ces deux phénomènes qui se développent à une allure vertigineuse, il n'y pas seulement parallélisme troublant mais relation de cause à effet et alliance satanique. La science travaille pour la guerre et la guerre travaille pour Je progrès technique. Nous sommes pris dans un véritable cercle infernal dont nous ne savons pas comment nous évader.
Au cours des cinquante dernières années, le progrès technique s'est développé à un rythme extraordinaire. Dans le même temps, le caractère catastrophique de la guerre a pris une allure vertigineuse. Nous nous proposons d'examiner successivement les deux questions suivantes :
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Dans quelle mesure le progrès technique est-il ou peut-il être une cause de guerre? Dans quelle mesure est-il de nature à en accentuer le caractère destructeur? Le progrès technique met entre les mains de l'homme des moyens d'annihilation de plus en plus redoutables. Maître des forces de la nature, l'homme se sent de jour en jour plus puissant et par suite plus enclin à abuser d'une supériorité parfois éphémère pour l'imposer aux autres hommes. « Le pouvoir est un poison » écrivait Henry Adams.
En un mot, le progrès technique augmente la probabilité, le champ d'action et le caractère dévastateur de la guerre. Cette influence néfaste du progrès technique apparaît clairement lorsqu'on passe en revue rapidement l'évolution de la guerre à travers les âges. Sans remonter à l'antiquité, nous résumerons les caractères de la guerre moderne puis ceux de la guerre de demain tels que nous pouvons les imaginer.
La guerre est, dans l'histoire de l'homme, une institution relativement récente. Elle suppose l'existence de collectivités organisées dont les ambitions ou les intérêts peuvent se trouver en opposition et qui, pour dénouer leurs conflits, s'en remettent au jugement de la force. La collectivité en guerre ne se bat pas ; elle confie cette tâche à une armée équipée, entraînée et payée. Entre les armées qui se battent, il y a des règles et coutumes, écrites ou non écrites, qui évoluent avec le temps.
Jusqu'à l'époque moderne, la puissance de la collectivité en guerre, cité, principauté, royaume, empire, dépend en grande partie du chiffre de sa population, mais également de ses qualités guerrières, vigueur, endurance, entraînement, traditions. L'armement se transforme peu à peu. L'arme blanche, épée, lance ou sabre fait place à l'arc, à l'arbalète, puis, après l'apparition de la poudre à canon, au mousquet, à la bombarde, au fusil, au canon.
La Révolution française, pour la première fois, a marqué ce caractère d'une guerre qui n'est plus la guerre de l'armée ou la guerre du roi, mais la guerre de la nation. C'est la collectivité toute entière qui se bat et non plus sa délégation militaire. Mais cette mobilisation de tout un peuple ne dure pas et le système de l'armée de métier domine encore le XIXe siècle.
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Pendant la première moitié du XXe siècle, la guerre a changé de caractère à tous les points de vue. C'est véritablement la guerre totale et la guerre à mort. Nous sommes loin de la guerre en dentelles, de la guerre qui se passait aux frontières ou chez l'ennemi, qui commençait aux premières fleurs pour cesser à la tombée des feuilles, qui laissait subsister la vie civile à l'intérieur, la vie élégante à la ville et les bals à la Cour.
Cette mobilisation générale, systématique et permanente est devenue possible par suite du progrès technique qui a libéré, pour l'effort de guerre, une grande partie des bras autrefois indispensables à la nourriture de la nation. C'est le progrès technique qui permet la guerre permanente, ainsi que le développement colossal des effectifs et de l'armement, nécessité de la guerre moderne.
Dans les siècles derniers, les armées des deux pays en guerre se déplaçaient au gré de la fantaisie des capitaines qui les commandaient. Surprendre l'ennemi, tourner l'une de ses ailes, manœuvrer pour se battre le dos au soleil, couper deux groupes d'armées afin de les écraser successivement, telles étaient les possibilités qu'offrait la guerre de mouvement à l'imagination des grands stratèges. Rien de tout cela n'est plus.
La nation est organisée comme une grande mécanique; elle forme un tout homogène dans lequel chaque être humain a son rôle, chaque usine sa tâche, chaque moyen de communication son objet militaire. Il n'est plus question de laisser avancer l'armée ennemie sur une partie du sol national; puisque tout le territoire participe à l'œuvre de la guerre, un recul est un grave échec, une percée un désastre. La nécessité s'impose donc du front continu inviolable.
Mais, si l'on compte qu'en présence d'un adversaire puissamment armé une division ne peut défendre que deux ou trois kilomètres de front, le pays en guerre doit mobiliser des effectifs énormes. Seul le progrès technique, qui réduit le nombre de travailleurs indispensables à la nourriture ou à l'armement, permet de répondre à cette exigence de la guerre moderne.
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Quelques chiffres permettront d'illustrer cet accroissement des effectifs mobilisés. Le nombre des combattants ayant pris part à la bataille de Hastings n'atteignait pas 12.000, à la bataille de York Town, en 1776, 28.000. Au moment de leurs plus fortes expéditions Louis XIV n'avait sous les armes que 300.000 hommes et Napoléon 1.000.000, tandis qu'en 1914, la France dont la population n'avait pas doublé mobilisait plus de 4.000.000 d'hommes.
Mais, même en utilisant tous les hommes valides, une seule nation se trouve incapable de maintenir et d'alimenter un front continu sur un territoire de plusieurs centaines de kilomètres. Elle doit faire appel aux femmes dans les usines, dans les arsenaux, dans les administrations publiques et même dans les services de l'armée. Cette pratique, inaugurée dans la deuxième partie de la guerre de 1914, se développa de façon massive pendant la guerre de 1939.
La proportion de femmes travaillant pour les besoins militaires atteignit 32 % aux Etats-Unis et 45 % en Angleterre. Mais cela ne suffit pas encore. La nation qui lutte pour son existence appelle d'abord à son secours les nations voisines et amies capables de lui apporter une aide immédiate. Mais, si leur concours est insuffisant, elle s'adresse à toutes les nations de tous les continents.
Les progrès considérables réalisés dans la capacité et la rapidité des transports maritimes et aériens permettent à leur intervention d'être efficace. Etant donnée la durée des guerres contemporaines, les nations d'outre-mer, généralement peu préparées à une mobilisation rapide, ont le temps de créer des armées et d'équiper des flottes nouvelles.
Dans le même temps, elles construisent de toutes pièces, grâce à leurs puissants moyens mécaniques et industriels, des armements pour leurs propres troupes et pour celles de leurs alliés d'Europe. Peu à peu, le globe tout entier se trouve impliqué dans le conflit et c'est par là que la guerre nationale puis totale devient la guerre mondiale.
Le nombre des nations neutres devient de plus en plus petit; elles se trouvent soumises à un contrôle de plus en plus sévère qui porte non seulement sur la contrebande de guerre, mais sur toute aide matérielle, économique ou financière accordée à un pays en guerre. On peut déjà prévoir le temps où la notion de neutralité aura entièrement disparu.
Dans la guerre mondiale, le montant des effectifs mobilisés ne se chiffre plus par millions mais par dizaines de millions. Dans son troisième rapport au Président des Etats-Unis, le général Marshall estime à 90 millions le montant total des effectifs mobilisés au cours de la dernière guerre.
| Pays | Effectifs Mobilisés (millions) |
|---|---|
| U. R. S. S | 22 |
| Allemagne | 17 |
| Etats-Unis | 14 |
| Royaume-Uni | 12 |
Si l'on veut apprécier l'effort imposé par la guerre aux pays belligérants, il est intéressant d'examiner non seulement l'importance des effectifs mobilisés mais également et surtout le rapport entre les effectifs mobilisés et le chiffre de la population.
Parmi les caractères saillants de la guerre moderne, il faut signaler l'assimilation de plus en plus complète des militaires et des civils. Ils sont enrégimentés, les uns et les autres. Ils sont soumis à des risques analogues sinon identiques. Le nombre des victimes civiles s'est accru rapidement par suite du développement systématique des bombardements.
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