Confondus à tort avec la fronde, le lance-pierre est un objet dont l’utilisation est répandue à travers le monde. Si pour plusieurs il n’est qu’un simple accessoire de jeu, d’autres s’en servent pourtant à des fins plus utiles. Pour s’informer davantage sur le lance-pierre, lisez cet article.
Il est difficile même pour les historiens et les scientifiques de dire avec précision l’inventeur des lance-pierres. De fait, plusieurs attribuent l’invention du lance-pierre (1891) à Michelin Édouard, car il est l’inventeur des pneumatiques dotés de chambre à air.
Pendant longtemps, le lance-pierre est resté une arme artisanale fabriquée par soi-même. Il fallait simplement disposer d’un branchage fourchu en forme de « Y ». Au fil du temps, et plus précisément au cours de la décennie 1940, la fabrication du lance-pierre a connu des évolutions remarquables.
L’entreprise Wham-O, l’une des pionnières dans le domaine inventa de façon particulière son premier lance-pierre de chasse. En 1950, le bois a été remplacé par un alliage en aluminium dans la fabrication du lance-pierre. Le mérite de cette innovation revient à Saunders Archery Co. Le Wrist-Rocket ainsi créé comportait aussi une attelle capable de s’étendre en arrière.
Au départ, bon nombre de personnes percevaient le lance-pierre comme un objet de vandalisme. En réalité, cet objet servait à lancer de façon efficace des cailloux de taille proportionnelle. Depuis leur invention, les lance-pierres ont été utiles à de nombreuses fins.
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Dans le monde du sport par exemple, de nombreuses compétitions s’organisent autour de l’utilisation du lance-pierre. Il serait intéressant de mentionner aussi que ces objets ont servi d’arme d’insurrection pour des militaires dépourvus de munitions appropriées. Pendant cet affrontement de Marawi, le caillou a été remplacé par des grenades.
Dans son roman Die Zwille (Le Lance-pierres, 1973), Ernst Jünger évoque les affres d’un jeune lycéen orphelin, Clamor, arraché par le sort à son village natal au début du xxe siècle. Le jeune homme s’initie à la vie citadine dans un collège austère où ses camarades ont une manière d’être et de parler très éloignée de sa fruste authenticité de villageois contemplatif. Clamor se montre en effet attentif aux reflets, dans les apparences du visible, d’une vérité supérieure dont il pourra peut-être, si le destin le veut bien, approcher l’essence dans une quête artistique.
Si l’être de Clamor semble inentamé par ces artifices qu’il ressent douloureusement, sans pourtant les remettre en cause, il n’en va pas de même pour ses partenaires immédiats, dans ce collège carcéral. Le souci du paraître, le poids obsédant de modèles comportementaux, caractérisent les collégiens. La réflexion de Jünger sur ces formes répandues du snobisme a peut-être été nourrie par les écrits de Schopenhauer, fort prisé par Jünger, où le philosophe, notamment dans L’Art d’avoir toujours raison, stigmatise avec un génie acerbe l’incapacité de la plupart des hommes à avoir un jugement qui ne soit pas un écho de l’opinion d’autrui.
Le contentement des hommes à juger selon autrui, et à rejeter celui qui penserait par lui-même, peut-il se voir comme une forme intellectuelle de snobisme ? Quoi qu’il en soit, la réflexion de Jünger dépasse l’idée du snobisme dans une vision des aspects culturels du mimétisme, et jusqu’aux modèles livresques qui influent sur la sensibilité et le vécu de certains personnages. Cette thématique s’étend aux modèles artistiques, évoqués à propos du thème pictural.
Cet aspect du mimétisme n’est pas indépendant du snobisme dans ce roman puisque Jünger, dans un de ses chapitres, met l’accent sur l’altération du talent pictural de certains artistes, en l’occurrence musulmans, au contact de modèles occidentaux. Les aspects rayonnants de ce problème peuvent évoquer la manière dont Proust les aborde, notamment dans Un amour de Swann, qui semble justement avoir laissé des traces dans l’imagination de l’auteur de Die Zwille ou de Eine gefährliche Begegnung (Une dangereuse rencontre), roman plus tardif de Jünger.
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Comme Proust, Jünger a éprouvé le danger d’une déperdition de l’être, dans une survalorisation de soi-même qui serait dépendante de codes sociaux fugitifs, dont la succession même est le signe d’une instabilité du monde, en proie à un constant besoin de rénovation. René Girard, pas seulement en lisant Proust, a tout dit de ce climat délétère dont le remède serait à chercher sur des voies quasi mystiques. Quoi qu’il en soit, l’originalité de Jünger tient d’abord au relief de la figure du père qui, dans les multiples formes qu’elle prend dans Die Zwille, domine sa réflexion sur le snobisme, entendu comme la volonté d’adopter un modèle jugé supérieur grâce auquel le snob croit dominer les échelons de la hiérarchie sociale.
Le snobisme n’a pas vraiment été, dans son sens le plus social, un sujet de préoccupation pour Jünger, ni dans ses romans ni dans ses journaux. Peu d’années avant la rédaction de Die Zwille, maints passages de ses journaux intimes rassemblés sous le titre Siebzig verweht (Soixante-dix s’efface) effleurent pourtant ce sujet. La pensée de Jünger est dominée par les causes, ultimes et premières, de la Création. En stigmatisant dans ces passages les efforts de certains peuples exotiques pour renier les signes apparents de leur race, Jünger condamne en fait leur ignorance de l’équilibre des différences ethniques, métaphore ou reflet du Principe dont il pressent l’existence en amont des formes de la Création. Cette critique se prolonge dans Die Zwille, ne serait-ce qu’à travers les exclusions pratiquées par les collégiens sous le regard de Clamor.
Clamor, dans son nouveau lycée, éprouve des affres comparables à celles des êtres qui, en raison de la couche sociale défavorisée dont ils proviennent, sont exclus des sphères supérieures : « Wenn man nicht dazu gehörte, dann war das so ähnlich wie vor der Klassentür. Cette attitude est caractéristique du snobisme, tel que Marcel Proust en analyse les mécanismes.
Dans la suite de ce passage, les précisions sur le langage des lycéens qui se distinguent en adoptant dans le parler quotidien les subtilités des formes temporelles les plus livresques ou les plus surannées, complètent cette évocation. La gravité de ce snobisme, dont Clamor n’est pas la seule victime, est accrue par l’inconscience de ceux qu’il caractérise : « Offenbach wußten sie nicht einmal, daß sie schön sprachen ».
Comble du snobisme, un jeune fils de général se permet des manquements à ces règles linguistiques, en introduisant dans son vocabulaire des expressions grossières : « Den anderen schien das zu imponieren, wenngleich nicht übermäßig »… Assez curieusement, cette admiration nuancée s’adresse aussi bien, quelques pages plus loin, aux écarts langagiers de Buz, un cancre fini, « der Dümmste in der Klasse », qui est pourtant d’abord présenté par ces mots : « In den Pausen war Buz der Meister ».
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Ces coutumes langagières s’accompagnent d’une gestuelle particulière : « Es war eine Sprache für sich, eine Fremdsprache. Die Ausdrücke wechselten, sie hatten, oft nur für Tage, ihre Modezeit. Man mußte auf dem laufenden sein. Ces détails impliquent le lien du snobisme et du phénomène de la mode, dont Jünger indique le sens néfaste dans Siebzig verwehrt comme dans certains passages de son roman Eine gefährliche Begegnung.
Cet univers du lycée n’est pas différent des images de la société rassemblées dans ce roman. Le snobisme des collégiens génère un climat qui, au-delà des différences apparentes, ressemble à celui qui règne dans le village natal de Clamor, dont les habitants sont agités par la haine et l’envie.
Quoi qu’il en soit, cet élargissement sémantique du snobisme prend une forme subtile, dès le début du récit, dans les difficultés de Clamor à adopter les usages de la table, dont il n’a pas pris l’habitude dans son village : « Wie man mit der Gabel umgeht, das hatte Clamor erst hier in der Hauptstadt gelernt ». L’usage citadin de cet ustensile est opposé par Jünger à celui des couteaux de différente taille avec lequel le père défunt de Clamor tranchait le pain et la saucisse : « Das Brotmesser war größer als das, mit dem der Vater von der Wurst und vom Schinken Stücke abschnitt und sie dem Sohn und der Magd zuteilte. Alle drei schnitten dann mit noch kleineren Messern die Bissen zurecht ».
On doute de la pure fonctionnalité de ces différences où l’on peut voir, d’après le sens que reçoit le motif de la fourchette dans ce passage, un équivalent paradoxal des rituels observés par les snobs. Abordé dans d’autres passages avec plus de franchise, le snobisme n’est qu’une forme exacerbée et quasi ludique d’une maladie de l’âme dont la raison profonde est énigmatiquement associée au thème paternel, avec les connotations sacrificielles que lui attachent les motifs du couteau et de la saucisse. On peut interpréter dans ce sens le toast qu’un jeune collégien anglais lance à l’occasion d’une innocente beuverie au pensionnat. « Er […] brachte, ohne eine Miene zu verziehen, den Trinkspruch aus, den er einmal von seinem Vater gehört hatte, als die Tür offen stand ». La valeur expressive de ce toast, hérité du père, est soulignée par ces mots : « als ob er einer Konvention genügt hätte ».
Cet élitisme n’est pas moins impliqué dans le désir du secret qui réunit dans une alcôve ou un cagibi certains collégiens autour de Teo, leur jeune chef : « Was hier im Alkoven und im Kabinett vorgeht, bleibt unter uns. » Cette déclaration de Teo fait suite au privilège exorbitant qu’il accorde au pauvre Clamor, son souffre-douleur, ennobli par la distinction que lui accorde Teo : « Du kannst bei mir Erster Mann werden ».
Le rapport de Teo et de ses inférieurs n’est que l’exemple d’une perversion de la société, plus finement illustrée dans le comportement de certains collégiens lors d’un repas. L’un d’eux, surnommé Makakos (Macaque) en raison de ses bouffonneries, dérobe une friandise à l’un de ses camarades, Paulchen, l’ami du jeune Anglais William avec lequel il forme un couple fort chic. On peut hésiter sur le sens de cette phrase qui concerne Clamor, spectateur de la scène : « Er hatte nicht mitgelacht, nicht mitgesungen, und Makakos Zugriff hatte ihn um so mehr erschreckt, als er bis dahin das Benehmen des Beraubten kopiert hatte ».
Le rusé Macaque a-t-il imité Paulchen pour tromper sa vigilance ? Ou est-ce plutôt Clamor, toujours en quête d’un modèle, qui a essayé d’adopter les manières raffinées de Paulchen ? Ce dernier n’apparaît pas dans le récit comme un représentant du snobisme des collégiens, mais ses manières aristocratiques évoquent des pratiques sociales qui débordent leur univers. L’intérêt de cet épisode est accru par le lien impalpable entre Makakos et le professeur Zaddeck qui violente, dans tous les sens du terme, le malheureux Paulchen qui finit par se pendre.
On peut qualifier d’ingénieux le paradoxe du rapport de Paulchen, probable parangon des jeunes snobs, avec ce Makakos moins favorisé, qui a raison de lui. Le snob ne souffrirait pas moins que celui qu’il exclut, même inconsciemment. La distance spirituelle de Jünger par rapport à ce phénomène se signale encore par la convergence symbolique des détails relatifs aux parents de Paulchen et au père de Makakos.
Les collégiens, à commencer par Teo, ont des modèles livresques adaptés au culte de leur propre ego. Une des lectures préférées de Teo, les exploits de « Texas Jack », vaut comme un exemple de la recherche du modèle, inhérente au snobisme, même si le sens immédiat de cette évocation n’est pas en rapport avec cette thématique. Aux victimes de Texas Jack succèdent celles du lance-pierres, dans les opérations punitives menées par Teo avec un art pervers qu’il a appris au Caire, en compagnie de l’amant de sa propre mère. Cette passion étrange des « filatures », exercée par Teo dans la petite ville abritant le collège, implique certaines capacités : « Dabei unterstützte ihn ein erstaunliches Personengedächtnis und das Gespür für soziale Differenzierungen ». Ce flair est la meilleure arme spirituelle du snob. Teo incarne, mieux que le snobisme proprement dit, la force de cette arme. La comparaison de cette occupation : « wie über einer spannenden Lektüre » valide le rapprochement, dans la présente analyse, de ce passage avec le récit des exploits de Texas Jack.
La filature est d’ailleurs un apprentissage auquel Teo initie ses camarades, dont le savoir-faire est une marque d’élection, convoitée entre toutes. Clamor n’est sans doute pas le meilleur élève de Teo. On peut d’ailleurs apprécier l’effet de contraste entre le dévouement de certains des émules de Teo, ces éclaireurs malveillants, et une pensée de Clamor lors de son arrivée dans la ville, avant qu’il soit impliqué dans les machinations de Teo : « Vielleicht war er der Sohn eines mächtigen Königs, und man hatte ihn als Kundschafter in diese Stadt geschickt ».
Cette aristocratie fictive suggère une sorte d’équivalence entre ces prétentions pardonnables et les pratiques de Teo, obscurément liées à la défaillance d’un modèle paternel. Cette femme a elle-même, depuis son mariage, des comportements extravagants : sa fréquentation nocturne du cimetière où elle errait seule parmi les tombes est sans doute le signe de la névrose révélée par sa certitude de mourir jeune. Mais il s’agit surtout d’une imitation d’une mode de l’époque, imposée par des modèles romanesques. L’équivalent, en quelque sorte, du goût de Teo pour Texas Jack.
En effet, le snobisme de cette femme est rendu manifeste par les raisons qui lui font prendre un amant : « Auch die Kronprinzessin von Sachsen war mit einem Musikanten auf und davon ». Certes, cette pensée n’est que celle du pasteur, qui se console ainsi de l’infidélité de sa femme. Mais il est fort probable que cette femme ait pensé de même. Son identification à cette princesse recouvre un désir de faire partie de son monde, pas si fermé aux roturiers ; la princesse elle-même aurait été influencée par une mode, imposée par les héroïnes de romanciers prisés à la cour. Dans les phrases qui suivent, s’opère un déplacement malicieux, non dénué de sens critique, de cette réflexion sur le snobisme : « Hundertunddreißig Jahr früher hätte man sie in den Turm gesperrt. Aber was konnte der Kronprinnz dafür?
Le vicaire débauché est moins concerné par la thématique qui nous occupe, même si le terme « polichinelle » que lui applique le pasteur concerne ses probables rodomontades, imitées de quelque avantageux modèle. Mais si le snobisme a partie liée avec les rituels sociaux et avec leur pouvoir unificateur et séparateur, une idée qui obsède ce personnage concerne une forme étrange de rites : « einen Orden gründen, der mit seinen Riten die Gesellschaft durchflocht wie der Stern den Rubin, wie das Moos den Achat ».
Cette métaphore se rapporte au pouvoir de la femme : « Die Verwandlung des Adepten, seine Einweihung durch die wissende Frau » ; et cette initiation s’accompagne d’un lot contradictoire d’ivresse et de frustration, évoqué dans des termes qui expriment la valeur culturelle bien plus que sentimentale de ce mystère. Teo est le premier intéressé par cette initiation très proche, dans son esprit et ses enjeux, de l’aventure de la princesse dont sa mère semble avoir suivi les traces. Le jeune Anglais du collège porte une tenue singulière : « ein blaues Jackett, das wie für einen Erwachsenen geschnitten war. Mit dem weißen Tuch in der Brusttasche, dem sorgfältig gezogenen Scheitel, der sicheren Miene sah er wie das Modell eines künftigen Diplomaten aus ».
Le costume de son ami Paulchen est un condensé de la mode « marine » de l’époque : « Paulchen trug einen gestreiften Matrosenanzug mit breitem Schlips und einem Kragen, der auf die Schultern… ». Mais dans la suite de ce passage qui relate un repas en commun auquel participent ces deux garçons, le contenu des assiettes : « auf jeden Teller kamen eine schwarze und eine helle Wurst » se lit comme une dérision du mythe gémellaire incarné par les deux garçons.
La malice de Jünger est plus apparente dans un chapitre où sont évoqués les élèves de première : « Es gab Primaner wie Rudolf Möller, die große Rosinen im Kopfe hatten und sich als Künstler kostümierten, mit Sammetjacke und langer Mähne; die waren für den Stammtisch prädestiniert ». Le snobisme se mord encore la queue dans la passion du professeur de langues pour ses propres cheveux : « Jedes einzelne Haar war vielmehr in sich geringelt ; es lösten sich weiße und rostige Sprenkel ab ».
La répétition du pronom « sich » exprime le culte de soi-même, dans le rituel maniaque dont ces cheveux sont l’objet, avec un peigne qui en redouble le symbolisme : « einige Male zog er...
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