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L’enchaînement des drames a pour effet de relancer une série de débats : les dirigeants sont-ils à la hauteur ? Les moyens sont-ils adaptés ? À qui la faute ? Les budgets sont-ils suffisants ? Est-ce la guerre ? Jusqu’où faut-il la faire ? Ici, ou là-bas ? L’ennemi est-il nommé, ou innommable ?

La mouvance skinhead et le trafic d'armes

Quatre membres du groupe néo-nazi, « Blood and Honour Hexagone », comparaissent en correctionnelle à Marseille pour « participation à un groupe de combat », un délit pour lequel ils encourent trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. À leurs côtés, quatre individus répondent de trafic d’armes. 164 armes et munitions ont été saisies dans l’enquête dont 45 armes de poing. Créé en mai 2011, BHH a été dissous par décret en juillet 2019.

À l’origine, en mars 2015, l’attention des gendarmes se porte sur un fusilier marin suspecté d’avoir sorti de l’explosif C4 de la base navale de Toulon pour des attaques de distributeurs de billets. L’enquête remonte un réseau de fournisseurs et revendeurs d’armes qui rayonnent dans le Sud, la région lyonnaise et la Lorraine et gravitent pour certains autour de la mouvance skinhead.

Ainsi de Jérémy Recagno, tatoueur à Aubagne, passionné d’armes comme son père, Jean-Yves, armurier clandestin. Sur écoutes avec des membres de BHH, il leur propose de recruter des combattants en vue d’un rassemblement à Lyon avec des combats de « MMA » (Mixed Martial Arts). En juin 2015, les gendarmes saisissent un stock impressionnant d’armes et de munitions dans la propriété familiale de Roquefort-la-Bédoule où il faut se faire annoncer sauf à se faire tirer dessus. Jean-Yves le père, un entrepreneur du BTP, est en permanence porteur d’une arme à feu. Son fils aussi, toujours sur ses gardes, qui s’est mis en tête après les attentats du 13 novembre à Paris d’acheter une Kalachnikov.

Chez lui à Carnoux, les enquêteurs mettent la main sur un 7.65 et un fusil à pompe. Les Recagno sont tout sauf des inconnus. Jérémy, 32 ans aujourd’hui, tatoué d’une croix gammée et d’hirondelles aux ailes SS, a été condamné en 2009 pour trois agressions : celle d’un militant de SOS Racisme assis à un café d’Aix frappé à coups de casque de moto et de poing américain. Celle d’un militant communiste cogné à Salon-de-Provence pour avoir eu le tort de porter un tee-shirt figurant une faucille et un marteau. Celle en décembre 2008 à la faculté de lettres d’Aix où il a encore bastonné un étudiant après lui avoir demandé s’il était « antifa ».

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Il a 19 ans en juin 2009 quand le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence lui inflige deux ans de prison ferme. Mais après un an à la maison d’arrêt de Nice, il se met en cavale à l’occasion d’une permission de sortie. En fuite aux USA, il trouve refuge auprès du Ku Klux Klan. Jusqu’à un assistant parlementaire de Nicolas Bay, alors député européen RN, et colistier marseillais de Marion Maréchal-Le Pen, qui lui fournit de l’aide. En octobre 2021, on le retrouve, mais cette fois aux assises avec son père où tous les deux sont condamnés avec un ancien légionnaire à dix ans de réclusion criminelle pour le braquage en novembre 2018 d’un antiquaire de 67 ans à Aubagne. Un verdict dont ils ont fait appel. Depuis, Jérémy Recagno a lâché Hitler. Il a vu la Vierge en prison et est devenu évangéliste, se disant « sorti des ténèbres ».

L’ancien skinhead nie avoir été membre attitré de BHH même s’il frayait avec ces nostalgiques du IIIe Reich qui depuis 2010, célèbrent le néo-nazisme et le suprémacisme blanc sous couvert de concerts de musique patriotique où se mêlent hardcore, metal et « RAC » (Rock Anti Communiste). Une extrême droite radicale qui se retrouve quatre fois par an, notamment pour un Noël entre blancs (« White Christmas ») et des conventions de tatouages assorties de combats alors interdits de freefights amateurs.

Le groupe créé en mai 2011 a sa maison mère en Angleterre avec des « chapitres » en Italie, au Portugal, en Belgique, Suède, Finlande, Slovénie, Allemagne, Croatie, Hongrie, Bulgarie. « Blood and Honour tire son origine de la devise des Jeunesses hitlériennes ˝Blut und Ehre˝ », rappelle le décret du président de la République du 24 juillet 2019 qui a dissous ce « groupe de combat » alors en pleine croissance. Une officine qui « exalte la violence » par son « organisation militaire », sa « structure hiérarchisée ».

« Ses membres affichent ouvertement leur fascination pour le fascisme et le néonazisme » et expriment « leur adhésion à des thèses xénophobes, antisémites et exaltant l’Allemagne nazie ». BHH « met en place des actions destinées à entraîner ses membres au combat, par l’organisation régulière de combats et tournois de MMA, actions commises de manière organisée, après un entraînement dispensé à cette fin ».

Ces messes brunes, souvent dans la campagne autour de Lyon et où le lieu n’est diffusé que quelques heures avant, attirent des centaines de crânes rasés venus de toute l’Europe. On boit, on danse, on lève les trois doigts en référence au IIIe Reich. En décembre 2015, à Nantoin dans l’Isère, parmi 330 participants, 17 étaient fichés « S » (Sûreté de l’État). Dans les coffres des véhicules, les gendarmes ont saisi des drapeaux à croix gammées, des emblèmes SS, mais aussi des affiches sur un « camp d’entraînement » prévu près de Lyon. En mars 2016, Torchefelon a vu débarquer 400 fêtards. Parmi eux, 68 faisaient l’objet d’une fiche « S » selon les gendarmes qui avait cerné le petit village.

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Ces célébrations haineuses sont l’occasion de bastons voire de sérieux affrontements comme le 1er août 2015 aux arènes de Fréjus gentiment ouvertes aux identitaires. Les membres de BHH s’étaient affrontés aux CRS. Le 30 mars 2016, les membres et proches de BHH sont interpellés dont le leader fondateur, Loïc Delboy, un Marseillais. Fiché S, l’ancien sergent de 41 ans aujourd’hui était manager dans une boîte de maintenance de machines à café et physionomiste le week-end en discothèque. Dans son appartement trônait une grande peinture d’Hitler visitant les troupes sur le front, « un cadeau du BH Belge ».

« L’extrême droite, c’est l’engagement de ma vie » et BHH « fait partie intégrante de ma vie », assume-t-il, sans nier les saluts et chants nazis dans les concerts qu’il organise via une société dédiée. « Nous ne sommes pas un groupe de combat, juste des gens avec des forts liens d’amitié qui aiment cette scène musicale. » De Jérémy Recagno, il dément qu’il fut membre de BHH. « Je l’ai toujours trouvé instable et je pense qu’il est un nid à emmerdes. » Pour lui, c’est quelqu’un de « perdu » : « Un coup il est nazi, un coup il est catho à fond, un coup il est évangéliste. » Le comptable de BHH, David Dumas, 51 ans, réfute aussi le caractère de groupe de combat.

« Déjà nous, on n’a pas d’arme, on fait de la musique. » Des photos lui sont présentées faisant le salut nazi et levant une batte de base-ball avec un inconnu cagoulé. « C’est des photos mytho pour faire genre. C’est l’époque où j’étais plus foufou et plus actif dans mes idées. » Qu’arriverait-il, lui demande l’enquêteur, si un Arabe venait à leur contact lors d’un rassemblement ? « Ce serait du suicide ».

La radicalisation post-attentats et la menace terroriste

Il appartient à la « génération Bataclan », ces jeunes militants d’extrême droite ultraviolents qui se sont radicalisés à la suite des attentats djihadistes de 2015. Dix ans plus tard, Baptiste C. purge lui-même une peine pour terrorisme. Le terme d’un parcours de vie chaotique, sur fond de carence affective, maltraitance, sévices et délinquance. Aujourd’hui, à 28 ans, l’ancien skinhead revendique sa volonté de décrocher de l’idéologie nazie.

Au tribunal judiciaire de Paris, Logan Nisin a davantage la dégaine d’un informaticien que d’un skinhead. C’est pourtant un jeune homme aux idées solidement ancrées à l’extrême droite que doit juger le tribunal correctionnel de Paris depuis ce mardi. Agé de 25 ans, il est accusé d’avoir été le chef de l’OAS, un groupuscule qui projetait, courant 2017, de commettre des attentats afin de « lutter contre l’islamisation de la France » et « provoquer la remigration par la terreur », rappelle le président du tribunal.

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Chemise bleu turquoise, lunettes fines, visage d’ado timoré, l’ancien chaudronnier est seul dans le box vitré. Les cinq autres prévenus jugés comme lui pour « association de malfaiteurs terroriste », âgés aujourd’hui de 23 à 29 ans, comparaissent libres. « Mon parcours de vie personnel m’a rendu comme ça, il y a des choses qui ont pu me rendre xénophobe », raconte Nisin, mains croisées devant lui. Au premier jour du procès, il revient sur sa scolarité, le harcèlement dont il était victime de la part « d’enfants maghrébins ». « Ça laisse des traces. »

A 13 ans, alors que d’autres adolescents jouent au foot ou aux jeux vidéo, il commence à s’intéresser au néonazisme grâce à un copain. « J’y suis resté six mois avant de m’éloigner car tout ne me plaisait pas », poursuit-il. Mais quelques années plus tard, il adhère aux Jeunesses nationalistes, « avec ce sentiment de trouver des gens qui ont les mêmes idées ». Condamné pour avoir dégradé un radar, il en est renvoyé.

Puisque les autres groupes ne veulent pas de lui, Nisin va en créer un. En 2014, il fonde le MPNA, le Mouvement populaire nouvelle aurore, en référence au parti politique Grec d’extrême droite, Aube dorée. « Mais le groupe a été créé avant qu’Aube dorée commette des actions violentes en Grèce », tient-il à préciser. En un an et demi d’existence, le MPNA s’est illustré une fois, lors de la marche des fiertés LGBT à Marseille. Ses membres avaient accroché une banderole sur laquelle était inscrit « MPNA contre l’exhibition », avaient scandé des slogans de la Manif pour tous, avant d’en venir aux mains avec un groupe d’antifas.

« On n’avait rien contre les homos mais on n’acceptait pas que ça soit manifeste… » A l’entendre, le MPNA n’était « pas forcément » raciste, même si plusieurs membres avaient des « velléités xénophobes ». Le groupe finit par se séparer, une partie rejoignant l’Action française, l’autre le Parti de la France. « Les gens de ces organisations pensent tous plus ou moins la même chose », souffle-t-il. Il participe à la création de deux autres groupes, dont un « écovillage communautaire a tendance survivaliste ». « On voulait prendre uniquement des gens qui avaient des valeurs nationalistes, de droite voire d’extrême droite. » Les attentats du 13-Novembre constituent un tournant. Dans sa tête germe l’idée de recréer un groupuscule, l’OAS pour « Organisation des armées sociales ».

L'influence du 13 Novembre

Les attentats du 13-Novembre constituent un tournant. Dans sa tête germe l’idée de recréer un groupuscule, l’OAS pour « Organisation des armées sociales ». Logan Nisin propose alors à d’autres garçons, à la xénophobie décomplexée, de le rejoindre. L’un explique à la barre avoir assuré « la sécurité rapprochée de Jean-Marie Le Pen » et avoir été condamné pour des tags antisémites.

Un autre, qui a aussi été adhérent au FN, explique avoir été séduit par l’OAS, « une alternative à la montée de l’islamisation de la France ». Un troisième reconnaît avoir animé un blog néonazi à l’âge de 14 ans. Il l’ignore, mais le jeune homme fait l’objet d’une fiche S. En mai 2017, les gendarmes débarquent chez lui, à Vitrolles. Ils découvrent des armes, des gilets pare-balles, et une esquisse de projet terroriste. Placé en détention provisoire, Logan Nisin a continué à inciter ses partenaires, pas encore arrêtés, à détruire des preuves et à continuer l’activité de l’OAS.

Mais aujourd’hui, les autres prévenus jurent qu’ils regrettent cette période de leur vie. « Avec le recul des années, je peux comprendre que mes propos racistes sont moralement condamnables et je regrette tout ce qui s’est passé », déclare ainsi Romain, 33 ans. « J’ai prôné beaucoup de choses, mais je ne les pensais pas toutes », complète Thomas, considéré comme le numéro 2 de l’OAS, citant des « propos homophobes » alors qu’il est « lui-même homosexuel ».

Alors qu’aux États-Unis l’inquiétude monte face à la menace des groupes d’ultradroite à quelques jours de l’investiture de Joe Biden, le choix de franceinfo s’intéresse à l’ultradroite en France. Aux États-Unis, à quelques jours de l’investiture de Joe Biden, l’inquiétude monte face à la menace des groupes d’ultradroite. Selon une note du FBI, plusieurs complots de nature terroriste ont été identifiés cette semaine. Une menace de l'intérieur qui inquiète aussi en France.

La nébuleuse de l'ultradroite en France

Ils sont moins nombreux, moins organisés et surtout moins visibles qu'aux États-Unis. En France, ils seraient environ 3 000 militants, dont 1 000 considérés comme très violents. Des skinheads, identitaires, ultranationalistes, néonazis, ou hooligans. Une galaxie instable, difficile à cerner, où les groupes se font et se défont.

Ce qui inquiète les services de renseignement, c'est surtout l'apparition récente d'une nouvelle frange de l'ultradroite, les spécialistes parlent de "néopopulistes". Des individus qui s’entraînent, dans la clandestinité, pour être en capacité de se défendre face aux attaques islamistes. Il y a "un regain de la mouvance suprématiste et survivaliste en France", estime l'ancien patron de la DGSI Laurent Nuñez, aujourd'hui coordinateur national du renseignement.

On voit apparaître maintenant au sein de la mouvance d'ultradroite des groupes qui se détachent des structures traditionnelles, dit-il, pour créer des cellules qui fonctionnent en mode plus clandestin, qui s'organisent pour communiquer de manière sécurisée, qui se réunissent en secret et qui se préparent à ce qu'ils appellent 'le grand soir', ou le moment où la France sera victime d'attentats massifs des islamistes, ou qu'il y aura un grand basculement, voire un 'grand remplacement' comme certains le nomment en faisant référence à un théologien d'extrême droite.

Depuis 2017, les services de renseignement disent avoir déjoué cinq attaques terroristes de l'ultradroite, comme le groupuscule AFO (Action des forces opérationnelles), survivaliste, paranoïaque, composé de militaires, policiers, mais aussi d'une infirmière, d'un informaticien ou d'un téléopérateur. Ils se disent meurtris par les attaques du 13 novembre 2015. Armés de fusil à canon, de milliers de cartouches et même de TATP, l'explosif utilisé par les jihadistes, ils sont soupçonnés d'avoir fomenté des attaques terroristes contre les musulmans, en voulant notamment les empoisonner.

Ce qui inquiète aussi dans cette nouvelle mouvance, c'est l'acte isolé. On l'a vu récemment avec le forcené Frédérik Limol, ancien militaire, qui a abattu au fusil automatique trois gendarmes dans le Puy-de-Dôme, à Saint-Just, juste avant Noël, dans la nuit du mardi au mercredi 23 décembre. Son ex-femme le décrit d'ailleurs comme raciste, complotiste, violent, pour qui "l'État français était un gouvernement illégitime". Ce n’était pas elle son objectif, dit-il.

Quand j'en discute, certains disent qu'il rêvait d'une intervention de la gendarmerie pour pouvoir les abattre, parce qu'il avait décidé que c'était peut-être son grand soir. Moi j'ai une vraie inquiétude pour ces gens qui sont de vrais solitaires, qui sont capables de se fondre dans le paysage et qui un jour vont décider d'agir. Et pourtant, en octobre dernier, la préfecture du Puy-de-Dôme avait renouvelé ses autorisations de détention d’armes, malgré deux plaintes déposées pour violence et menaces de mort, mais son nom n'est pas apparu dans les fichiers, car il n'avait pas été entendu.

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