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Les vieilles munitions tuent, polluent et sont les ennemis de la biodiversité. Les déchets de guerre n’ont pas de filière spécifique, ce qui pose des problèmes considérables en termes de sécurité et d’environnement.

L'inventaire et ses limites

L’inventaire de Robin des Bois n’est pas exhaustif et couvre les années 2008, 2009, 2010 et 2011. Les découvertes ne font pas systématiquement l’objet de communiqués ou de relations dans la presse.

Problèmes majeurs identifiés

  • L’information préventive sur les dangers des déchets de guerre est sous-dimensionnée.
  • Les démineurs de la Sécurité civile ne sont pas assez nombreux et leur corporation est vieillissante.
  • Dans l’état de la réglementation, une vieille munition abandonnée n’est pas considérée comme un déchet, et son brûlage ou « pétardage » à l’air libre se fait sans étude d’impact.

Divergences ministérielles

Le Ministère de l’Ecologie souhaite en finir avec cette habitude, mais le Ministère de l’Intérieur et le Ministère de la Défense ne veulent pas en entendre parler.

Immersion des munitions

L’immersion des munitions ne pouvant être éliminées à terre sans présenter des risques graves est autorisée par le Code de l’environnement. La prolongation potentielle de cette pratique, prohibée et condamnée dans le monde entier, s’explique par l’incapacité technique et surtout financière de la France à se doter d’une usine de destruction des armes chimiques.

Projet Secoia

Le projet Secoia (Site d’Elimination et de Chargements d’Objets Identifiés Anciens) est constamment différé et pourrait être opérationnel à la fin de cette décennie dans la plus optimiste des hypothèses.

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Manque de transparence

Robin des Bois n’a pas obtenu de réponse à son courrier de mai 2003 demandant un rapport public annuel exhaustif et cartographié sur les récupérations des vestiges de guerre. Au contraire, le verrou s’est encore refermé grâce à un amendement qui s’est glissé dans la loi de 2008 sur les archives.

Zones à risque

Les ball-traps ou les étangs de chasse aux canards sont considérés comme des sites pollués par le plomb des balles. Le Nord-Pas-de-Calais, la Lorraine, la Champagne-Ardenne, l’Ile-de-France, la Picardie, l’Alsace et la Franche-Comté sont des terroirs de guerres superposées.

Dans le nord et l’est de la France, un milliard d’obus de tous calibres, équivalant à 15 millions de tonnes de métaux, ont été tirés entre 1914 et 1918. Un quart de ces obus n’ont pas explosé et 6% contenaient des gaz de combat. Pendant la Seconde Guerre mondiale, 1.700 communes françaises ont été bombardées.

Dans les 7 régions du nord et de l’est de la France, 25 millions de personnes vivent et travaillent sur un sol truffé de munitions non explosées ou cachées et morphologiquement déformé par les cratères, les boyaux, les sapes, les tranchées, les trous de bombe, les cratères, les entonnoirs de mines.

« A chaque printemps, dans un secteur que l’on croyait nettoyé, les grenades, les obus repoussent, sortent du sol, font ça et là quelques victimes peu glorieuses. En temps de paix, l’éclatement d’un obus s’appelle un accident du travail » (Pierre Mac Orlan).

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Accidents et incidents

En avril 2007, deux démineurs de la Sécurité civile de Metz ont été tués dans l’explosion du dépôt de vieilles munitions de Ressaincourt. En mai 2012, deux démineurs de la Sécurité civile de Marseille ont été très gravement blessés et mutilés dans une carrière du Vaucluse.

Pollution chimique

Près de Verdun, des taux considérables d’arsenic ont été repérés là où des obus chimiques ont été détruits par incinération. Les composés d’arsenic ont été utilisés par les troupes françaises dès 1915 et par les troupes allemandes à partir de septembre 1917.

Dans le nord de la France, les concentrations élevées de sels de perchlorate dans l’eau du robinet sont attribuées aux effets différés des munitions enfouies dans les sols. C’est notamment le cas pour les agglomérations d’Arras, de Lens et de Douai. Le perchlorate était utilisé comme explosif dans les obus par l’armée allemande et est un perturbateur endocrinien.

Les autres munitions dégradées et rouillées ou leurs fragments enfouis dans le sol contiennent des explosifs ou des résidus d’explosifs comme le trinitrotoluène (TNT), le dinitronaphtalène et le trinitrophénol ou acide picrique. En cours de dégradation, ils libèrent dans l’environnement des substances toxiques, écotoxiques, herbicides, insecticides, biocides, solubles dans l’eau.

Un seul détonateur d’obus de la Première Guerre mondiale contenait 2 grammes de mercure.

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Impact sur la biodiversité

Les études sur les pollutions résiduelles et les effets de la guerre sur les espèces animales et végétales autour de Verdun sont rares. Elles décrivent l’extinction des salamandres, la raréfaction et la recolonisation très lente par les tritons, les crapauds, les grenouilles et les reptiles.

Les naturalistes luxembourgeois estiment que « la Zone Rouge de Verdun n’est pas sans rappeler l’exemple souvent cité de l’île de Guam dans l’archipel des Mariannes où la dizaine d’espèces de l’avifaune endémique avait survécu au bombardement de l’île pendant la Seconde Guerre mondiale et fut décimée plus tard après l’introduction du serpent brun importé d’Australie pour éliminer les rats de plantation ».

Armes chimiques spécifiques

Ypérite

Au cours de la Première Guerre mondiale, 112.600 tonnes de munitions chimiques ont été employées. C’est la pire des armes chimiques utilisées pendant 14-18. Elle est insidieuse et ses effets toxiques persistants se déclarent plusieurs heures après l’exposition et vont en s’aggravant.

Phosgène

Le phosgène a de multiples utilisations industrielles, en pharmacie, dans la chimie fine, dans la fabrication des matières plastiques,… C’est un gaz incolore et lui aussi insidieux. A faible concentration, son odeur est plutôt agréable. Elle s’apparente à celle du foin frais.

Phosphore

C’est un agent incendiaire. Le phosphore s’enflamme au contact de l’air et brûle à des températures très élevées, de l’ordre de 1.300°C. La combustion du phosphore produit une flamme éblouissante et une épaisse fumée généralement blanche.

Exemples de découvertes

Le gouffre de Jardel sur la commune de Chaffois dans le Doubs contient 3.000 t de munitions conventionnelles jetées après la guerre de 14-18. En juin 2008, sous la surveillance des services de déminage de Colmar, le cours de la Feschotte fait l’objet de curages précautionneux. 150 détections ressemblant à des munitions viennent d’être repérées à l’occasion de travaux de voirie.

Dans le Territoire de Belfort, un promeneur découvre sous les branches mortes « dans une forêt du pays sous-vosgien que nous éviterons de localiser pour éviter aux petits malins d’essayer de retrouver le site une caisse de 26 obus et une caisse de poudre ».

Saulnot (70). Un conducteur de tractopelle découvre un obus de 155 mm « en parfait état de conservation » alors qu’il travaillait aux fondations d’une maison au lieu-dit Roselychamp. Nevy-lès-Dole (39). Les agents de la société d’autoroute procèdent à un débroussaillage sous des arbres et découvrent une grenade offensive datant de la Seconde Guerre Mondiale.

Que faire en cas de découverte ?

Ecartelés entre les obligations de balisage des découvertes fortuites et de discrétion pour ne pas attirer les curieux et les collectionneurs, les autorités à tous les niveaux et parfois les journalistes restent très flous dans la localisation des munitions.

Les enfants doivent avertir immédiatement « un parent, un instituteur ou une personne adulte ». « Seuls les démineurs seront juges de la dangerosité de la découverte du vestige de guerre ».

Régularisation des armes trouvées

Vous faites partie des milliers de français qui possèdent une arme, trouvée ou acquise par héritage, sans connaître les obligations réglementaires qui s’y attachent ? Vous souhaitez régulariser votre situation ? Deux options : l’enregistrement ou l’abandon ! Une arme détenue en toute légalité, c’est une arme enregistrée… ou abandonnée !

Quel que soit son mode d’acquisition (achat, héritage, découverte), la possession d’une arme est encadrée par la loi. La première obligation, c’est de la déclarer aux services de l’État, en l’enregistrant dans le SIA selon sa catégorie. La seconde, c’est de la conserver dans les conditions réglementaires de sécurité.

Aménagement de terrains militaires

L’aménagement de terrain militaire est soumis à un cadre réglementaire strict, notamment en raison des munitions et autres engins explosifs présents, ou potentiels, sur zone. L’aménagement de terrain militaire peut aussi consister en une opération de dépollution pyrotechnique.

Geomines est expert en dépollution pyrotechnique. La détection d’une pollution pyrotechnique passe par différentes étapes dont la première est l’étude historique. Ce travail consiste à dresser un rapport historique des événements survenus sur la zone. Le diagnostic de pollution pyrotechnique permet de cartographier les anomalies magnétiques présentes dans le sol. Différentes méthodes géophysiques sont utilisées, dont la magnétométrie.

Définitions légales

On entend par :

  • Arme : tout objet ou dispositif conçu ou destiné par nature à tuer, blesser, frapper, neutraliser ou à provoquer une incapacité.
  • Munition à projectile expansif : munition dont le projectile est spécialement façonné pour foisonner, s'épandre ou champignonner à l'impact.
  • Armurier : toute personne physique ou morale dont l'activité professionnelle consiste en tout ou en partie dans la fabrication, le commerce, l'échange, la location, le prêt, la réparation ou la transformation d'armes, d'éléments d'arme, de munitions et de leurs éléments.
  • Port d'arme : fait d'avoir une arme sur soi utilisable immédiatement.

Incendie dans un dépôt de munitions

Un feu se déclare vers 13h15 dans un dépôt de munitions historiques de 3 700 m² appartenant à l’Etat et abritant plusieurs tonnes d’obus et d’explosifs des 2 guerres mondiales. Des explosions en chaîne se produisent et propagent l’incendie à plusieurs zones de stockage.

Le feu s’est déclaré dans le secteur dédié au stockage provisoire de munitions anciennes découvertes dans les sols de la région et récupérées par les démineurs des services spécialisés de l’Etat lors de campagnes de ramassage. Ce secteur est en grande partie détruit.

Un arrêté préfectoral suspend l’exploitation du site jusqu’à sa totale dépollution et sa remise en état. Les causes de l’accident sont inconnues. Le jour de l’accident, des bombes incendiaires au phosphore blanc étaient présentes sur le site. Le site était initialement équipé de rampes d’arrosage mais celles-ci avaient été neutralisées en 2013. Cette absence de système d’arrosage a favorisé la propagation de l’incendie.

Situation en France

Les deux guerres mondiales ont laissé dans le sol des quantités de munitions non explosées lors de leur impact ou abandonnées après les conflits.

Selon les chiffres du service de la défense et de la sécurité civile du ministère de l'Intérieur, plus d'un milliard d'obus ont été tirés au cours de la Première Guerre mondiale : un quart n'aurait pas explosé. S'y sont ajoutés ceux de la Seconde Guerre mondiale dont un sur dix est resté intact. Entre 1945 et 2000, plus de 660 000 bombes, 13,5 millions de mines et 24 millions d'obus et d'engins divers ont été découverts, neutralisés et détruits ; 617 démineurs ont été tués lors de ces opérations.

Chaque année, de 500 à 600 tonnes de munitions sont trouvées, dont 20 à 25 tonnes d'obus chimiques, souvent issus de la guerre de 1914-1918, chargés en phosgène (gaz de combat asphyxiant) et d'ypérite (autre gaz asphyxiant et vésicant, aussi appelé « gaz moutarde »).

Méthodes d'élimination

Jusqu'en 1994 et la ratification par la France de la convention internationale sur la destruction des armes chimiques, les services de la défense et de la sécurité civile ont, pendant trente ans, détruit des tonnes de munitions chimiques en les faisant exploser en Baie de Somme entre deux marées. Depuis et dans l'attente de la réalisation du programme de traitement Secoia, le futur site d'élimination des chargements d'objets identifiés anciens, le problème reste pendant.

Si les munitions conventionnelles sont habituellement détruites par explosion sur place, en mer ou dans des fours, les obus chimiques s'amoncellent dans des centres de regroupement et de tri. L'essentiel dort cependant sur le terrain de façon erratique ou dans des dépôts sauvages.

Risques

Le danger est d'abord humain en cas de découverte fortuite et d'explosion inopinée. Les personnels du secteur des travaux publics et du bâtiment y sont particulièrement exposés. Le risque est également environnemental. Si les obus chimiques sont susceptibles de répandre leur contenu toxique (ypérite, phosgène, chlore, arsenic, cyanure...), l'innocuité des munitions conventionnelles est controversée.

Entreprises de dépollution

En complément des services de l'Armée et de la Sécurité civile, des entreprises privées ont développé un savoir-faire. « En amont, analyse Jérôme Costil, président de l'UPDS (Union professionnelle des entreprises de dépollution de sols), la dépollution pyrotechnique est du ressort d'entreprises spécialisées. En aval, après enlèvement, il reste un problème classique de pollution industrielle telle qu'en traitent les entreprises de notre groupement... »

Désindustrialisation et munitions de petit calibre

Mme Nathalie Da Conceicao Carvalho appelle l'attention de M. le ministre des armées sur la désindustrialisation de la France en matière de fabrication d'armes et de munitions de petit calibre (moins de 20 mm) et l'intention de l'Europe d'investir 2 à 4 milliards d'euros dans la fabrication d'armes et de munitions à la suite du retour des guerres de haute intensité.

tags: #risque #munition #militarie #ancienne

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