Panzer : ce mot, né en 1940, évoque encore aujourd’hui l’idée d’une force destructrice et d’une puissance en mouvement. Il y a un mythe autour de ces Panzer comme autour de la légion romaine ou des hordes de cavaliers mongols de Gengis Khan. Les chars, et les divisions allemandes en général, furent toujours précédées d’une vague d’effroi et d’une envie de fuite. Aujourd’hui encore, les blindés sont le fer de lance de l’armée moderne (bien que très vulnérables désormais).
Pourtant que de difficultés pour mettre sur pied, dans une Allemagne déchirée par l’entre-deux-guerres, une telle force. Tous les industriels allemands furent mis à contribution, toutes sortes de techniques et d’innovations mises au point durant cette période. Le problème était le suivant : faire mouvoir un véhicule blindé et armé d’un canon dans les conditions d’un champ de bataille. Mais qui pouvait penser en regardant les A7V de 1918, char monstrueux, qu’un jour naîtraient les Königstiger ou les Maus. Entretemps, on fit du solide, comme le Panther, le Tiger ou le Jagdpanther. Les Alliés en savent quelque chose !
1. Les chars mis en œuvre en nombre par les Alliés contribuèrent à la défaite finale de l’armée impériale allemande en 1918 . Dès les limitations imposées à la nouvelle armée allemande concernant les armes lourdes par le Traité de Versailles, de jeunes officiers pensaient déjà à une nouvelle dimension du combat terrestre.
La vraie histoire des blindés allemands commence en 1926, avant la montée du parti national-socialiste comme force politique prédominante en Allemagne. Dix ans avant le programme « les canons avant le beurre » de Hitler. À ce moment, les forces allemandes, regroupées au sein de la Reichswehr, étaient très affectées par le Traité de Versailles : limitée à 100 000 hommes, sans chars, seules quelques automitrailleuses étaient autorisées.
Le général von Seeckt, homme qui voyait loin, avait tiré des enseignements de la défaite, c’est à dire la mobilité et la souplesse, comme le montraient les FT-17 français. Du fait de moyens limités, von Seeckt utilisa au mieux le personnel dont il disposait, mettant l’accent sur les manœuvres et l’entraînement. C’était sous son commandement que furent formés Guderian, Rommel et tant d’autres.
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Pour rendre sa fierté à l’Allemagne la Reichswehr, en ces années difficiles, s’entraîna durement. L’apothéose de von Seeckt fut le lancement du programme clandestin d’un char expérimental. Construit en acier doux par Rheinmatal-Borsig, il fut désigné sous le nom de Grosstraktor, un nom anodin destiné à induire en erreur les comités d’inspection alliés. Dans ses grandes lignes, l’engin était semblable au Mark II, pesait 20 tonnes et était armé d’un 75. L’année suivante, la même firme sortit le Leichttraktor, avec un 37. Un autre engin fut à son tour équipé d’un 75, mais en 1929, une version améliorée vit le jour. Elle pesait 10 tonnes, armée en tourelle d’un 37.
Ces engins permirent à l’armée allemande d’acquérir une certaine expérience de l’arme blindée. Pendant ce temps l’emploi de chars factices, idée attribuée à Guderian, permit aux Allemands d’expérimenter l’arme nouvelle à plus grande échelle. Ces blindés étaient en fait des voitures légères BMW Dixi, véhicules d’état-major recouverts de plaques de bois et d’acier.
Guderian fut un des disciples de Liddel Hart et de Fuller, ainsi que de différents officiers du corps royal des chars de 1917. Ces mêmes officiers avaient eu un impact limité dans leur pays du fait d’une optique conservatrice et d’un faible budget. Au contraire, Guderian les étudia patiemment. En 1931, il devint chef d’état-major du général Lutz, inspecteur des forces motorisées. Les deux hommes étaient convaincus que l’arme blindée devait être organisée en grandes unités blindées, appelées Panzerdivisionen.
Ces conclusions furent acceptées, sauf pour le char léger dont le calibre passa à 37 mm, calibre du canon de campagne allemand anti-char standard. Le chef des matériels de guerre et l’inspecteur de l’artillerie étaient favorables à ce canon en vue d’une standardisation. Pendant ce temps, Rheinmetal sortit le NbFz A, abréviation de Neubaufahrzeug A, inspiré du Independant, et du Mark III. Il ne sera pas retenu. Un nouveau projet fut lancé, qui aboutit aux Panzers III et IV étudiés ci-après.
Pour répondre à l’impératif d’une mise en service rapide on décida la construction d’un char léger, qui permettrait un approfondissement des connaissances en matière de guerre blindée.
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Tout en continuant sa politique d’armement, le Heereswaffenamt exprima le besoin d’un char de 5 tonnes, avec deux mitrailleuses en tourelle pour un tir tous azimuts et à l’épreuve des armes de petit calibre. Cinq firmes furent mises en concurrence, Rheinmatal-Borsig, Daimler-Benz, MAN, Henschel et Krupp. Toutes possédaient un service d’étude et de conception. Finalement, c’est le LKA 1 de Krupp, sur châssis Carden-Loyd Mark VI, qui fut choisi. Krupp eut pour charge de construire le châssis, tandis que Daimler-Benz devait se charger de la tourelle et de la caisse.
Il reçut le nom de Landwirtschaftlicher Schlepper, dont l’abréviation était LAS. La présérie fut finie au moment où le parti national-socialiste prit le pouvoir, prêt à passer ouvertement outre le traité. De son côté, Krupp fournit 3 prototypes. C’est en février 1934 que le premier véhicule roula : il était très simple en réalité, avec un châssis dérivé.
La désignation LAS fut conservée jusqu’en 1938, où les chars en reçurent une nouvelle, par exemple 700 ou 2 000 comme série d’identification. Le premier ou les deux premiers chiffres désignaient la classe de l’engin et son poids, les deux derniers le numéro du prototype. Le préfixe VK signifiait que l’engin était entièrement chenillé. Les initiales de la firme étaient entre parenthèses. Exemple : VK 2001 (H), char de 20 tonnes construit par Henschel. Une fois le char adopté, il était désigné par le nom de la classe, puis par le numéro du modèle. Par exemple : Panzerkampfwagen I Ausf. C.
Il recevait aussi un numéro de répertoire du département des matériels de guerre. Ainsi PzKpfw I Ausf. Ce char était rustique, sans rien de spécial, avec un moteur Krupp M 305, de 3,5 litres, 4 cylindres développant 57 chevaux à 2500 tours/mn, à l’arrière du char, avec refroidisseur à huile. Le mouvement était transmis directement à une boîte à vitesse à cinq rapports et à pignons coulissants. D’autres engins furent équipés d’un Krupp M 601 de 45 CV à 2200 tours/mn, mais les essais ne furent pas concluants.
Le premier prototype de Krupp comportait 4 galets de suspension de chaque côté, une poulie arrière de tension de chenille en contact avec le sol et trois rouleaux porteurs montés sur la caisse. Sur les modèles de série un longeron arrière recouvrait les deux galets de suspension arrière, fixé à l’axe des seconds galets de suspension et à la poulie arrière de tension des chenilles par des barres d’accouplement à fourche portant des ressorts elliptiques dont les extrémités reposaient sur les axes des 3e et 4e galets de suspension. Le mouvement des galets était contrôlé par des ressorts hélicoïdaux.
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Le Panzer I était un très petit char, de 4 mètres 30 sur 2 mètres 10 et 1 mètre 70. Mais il était très souple d’emploi et avec ses deux MG 34 de 7,92 mm il donnait bonne impression (certains prototypes étaient équipés de MG 13). Le 1BLAS, ou Panzer 1 Ausf. B, était très proche du modèle A mais comportait de nombreuses petites améliorations. Le moteur passa à un Maybach NL 38 TR à refroidissement par eau, avec un compartiment moteur plus long et haut. La longueur du char fut accrue ainsi que celle des superstructures, afin de donner au char un volume supérieur.
Le moteur développait 100 CV à 3 000 tours/mn. En 1941 une transmission modifiée, avec boîte de vitesse à 5 rapports dotée d’une meilleure démultiplication, remplaça celle qui équipait le modèle A. L’avant du char fut redessiné, mais rien ne fut prévu pour faciliter l’observation du chef de char qui était tireur et chargeur. Dans le modèle B, la suspension fut modifiée, et on ajouta un galet. La poulie de tension arrière fut relevée de manière à ne plus toucher le sol, ce qui lui conféra plus de maniabilité. La tourelle fut installée à droite de la superstructure, le pilote à gauche.
2. Les colonnes de chars faisaient très bonne impression lors des défilés, mais cet étalage de forces dicté par la propagande était très éloigné des réalités de la guerre.
Deux modèles de Panzer I subirent les combats de la guerre d’Espagne de 1936 à 1939. Pour les Allemands, c’était l’occasion rêvée d’essayer leurs différentes armes nouvelles lors de vraies batailles, le Panzer I fut ainsi testé par la légion Condor. Il en sortit que des chars plus lourds, mieux armés et blindés, seraient nécessaires à une guerre blindée à grande échelle. Guderian eut la charge de dresser les plans des chars complémentaires. L’autre type de char, futur Panzer IV, serait un engin d’appui avec un canon de 75 à faible vitesse initiale.
Mais la mise au point de ces deux chars mit plus de temps que prévu, et il fallait un successeur au Panzer I. Ce char « bouche-trous », sera finalement déterminant au cours de la guerre d’Espagne et en 1940/. Il y eut trois prototypes : le LKA II ressemblait beaucoup au Panzer I ( LKA I), de Krupp également, et les autres prototypes furent réalisés par Henschel et MAN, semblables au Panzer I à part pour la suspension. Ce fut l’engin de MAN qui se démarqua sous la désignation de LAS 100.
Le Panzer II Ausf. a (SdKfz 121), pesait 9,5 tonnes et avait un équipage de 3 hommes. Il était équipé d’un canon KwK 30 de 20 mm, et d’une mitrailleuse coaxiale. Le moteur était à essence, un Maybach HL 57 TR à six cylindres. Un embrayage à disque et une boite de vitesse à six rapports transmettaient la puissance à un arbre transversal. La suspension consistait en six galets de roulement groupés deux à deux. Un longeron extérieur reliait les extrémités des axes de pivot des supports de galets. Bientôt un second lot de 25 Panzer II Ausf. a2 suivirent, très semblables aux a1 mais avec un meilleur système de refroidissement et un compartiment moteur plus spacieux.
En 1936 sortirent 50 Panzer II Ausf. a (espace) 3, améliorés au niveau du refroidissement, des chenilles et de la suspension. La même année sortit le 2/LAS 100 ou PzKpfw II Ausf. b. Les Allemands construisirent 100 de ces chars, avec un blindage porté à 30 mm, et un poids de 8 tonnes. Un nouveau moteur Maybach HL 62 TR fut installé sur ces modèles, développant 140 CV. En 1937 sortit le 3/LAS 100 ou Panzer II Ausf. c, avec le même canon Solothurn de 20 mm et la plaque de blindage devant le pilote prolongée sur toute la largeur du char. La suspension subit un changement radical, les longerons externes et les petits galets disparurent au profit de cinq galets de roulement chacun contrôlé individuellement par des ressorts, qui fut utilisée sur les modèles suivants.
Les premières versions du Panzer II furent employées en Espagne, et leur comportement s’avéra très bon pour des chars d’instruction : ils étaient de bonne facture mais mêmes les plus petits canons pouvaient percer leur blindage. La vulnérabilité des chars fut sous-estimée et, en 1939, la production continue de ce char commença, alors qu’il était dépassé. Malgré un blindage accru, il ne faisait pas le poids face à des chars plus lourds, et ne tirait pas de munitions à effet brisant. Les Panzer II Ausf. a, b et c virent le jour entre 1937 et 1939. Peu différents des modèles c, la protection devint soudée au lieu d’arrondi et en acier coulé.
En 1940, pour attaquer la France, l’Allemagne disposait de 955 Panzer II, et de 1067 en 1941 contre l’URSS. Au début 1942, ils n’en avaient plus que 866, du fait des très puissants chars moyens T-34 et KV-1, qui leur étaient très supérieurs. À la fin des années 30, les Allemands ressentirent douloureusement l’absence des chars prévus. Le mythe créé par la propagande allemande, entretenu encore aujourd’hui, que les Panzerdivisionen qui déferlèrent en Pologne et en France étaient impossibles à arrêter est faux. Seule l’acquisition de l’industrie tchécoslovaque après les accords de Munich procura aux Allemands suffisamment de chars pour constituer une Panzerwaffe adéquate. De plus, les chars étrangers étaient souvent égaux voire supérieurs aux chars allemands.
Les principaux chars tchèques étaient les Skoda LT 35 et le CKD, renommés Panzers 35 (t) et 38 (t). À partir du 15 mars 1939 la Wehrmacht s’empara de tous les blindés de l’armée tchèque, et poursuivit leur construction jusqu’en 1942. En 1940, la firme CKD fut rebaptisée BMM. Au départ les Allemands produisirent 40 chars par mois pour en obtenir au final 1168. Le chiffre tomba à 522 en avril 1942 du fait de la résistance russe. Le Panzer 38 (t) servit sur tous les fronts, et constituait 25% des forces allemandes en 1941. Ce char était très supérieur aux Panzer I et II.
En 1940, 90 chars fabriqués pour la Suède furent réquisitionnés, équipés de radios et devinrent les Panzerbefehlswagen 38 (t), chars de commandement. Sur ces chars, les Allemands portèrent le blindage à 50 mm sur l’avant et à 30 mm sur les cotés. L’avant de la tourelle faisait 25 mm plus une autre plaque de 25 mm, ils modifièrent parfois le canon.
| Modèle | Nom Allemand | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Skoda LT 35 | Panzer 35 (t) | Blindage de 35 mm, canon de 37 mm, maniable avec boîte de vitesse à 12 rapports. |
| CKD | Panzer 38 (t) | Supérieur aux Panzer I et II, utilisé sur tous les fronts. |
La conception du Panzer 35 (t) date de 1934, quand la Skoda sortit le T-11, qui devint le LTM-35. Il devait pouvoir franchir de vastes espaces avec son carburant, ainsi qu’être très maniable et très en avance pour son époque. Il sortit en masse en 1935, avec un blindage de 35 mm, un canon de 37, monobloc et semi-automatique avec des possibilités de blindage allant de -10° à 25°. Au moment du tir, le canon était maintenu par un système hydraulique. Il y avait une mitrailleuse coaxiale pouvant faire feu en même temps que le canon, avec sa propre lunette de visée. L’avantage de ce char était sa capacité de manœuvre, avec sa boîte de vitesse à 12 rapports et son système de direction à servomécanismes. Il pouvait parcourir 200 kilomètres par jour à 26 km/h, avec des pointes à 40 km/h. La durée des galets de suspension était de 8 000 kilomètres, ce qui était beaucoup pour l’époque. Les chars tchèques représentaient le gros des forces allemandes au cours des années décisives de la constitution des Panzerdivisionen mais ils souffrirent du froid russe.
3. Les chars lourds allemands d’avant-guerre étaient construits sur les mêmes bases et représentaient une bonne propagande. Il y eut trois grands modèles : les Grosstraktor I, II et III, produits par Daimler-Benz, Rheinmetal et Krupp. Ils avaient les mêmes dimensions mais différaient quant à la suspension et à certains détails. Le premier avait un armement principal de 105 mm et les autres un canon de 75. Tous avaient une tourelle à mitrailleuse à l’arrière pour prendre les tranchées en enfilade. Ce nouveau modèle fut appelé Neubaufahrzeug. Six furent construits par Rheinmetal et Krupp.
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