La prise de vue sur film est aujourd’hui une forme de philosophie car elle demande du temps et de l’application, de la volonté même pour transporter des appareils parfois lourds, encombrants ou anciens. On ne mitraille pas, on réfléchit, on visualise avant de déclencher. On choisit le film, le papier, la chimie qui donnera l’effet escompté.
Les deux pratiques sont très différentes : enrichi par une histoire de plus de 200 ans l’argentique impose une vrai réflexion artistique, plastique et technique, une attente et le temps de la réflexion, une démarche avec des choix à faire à chaque étape.
Le choix du format est tout aussi important dans la démarche ; il y a un monde entre le travail à la chambre sur trépied et la prise de vue à main levée au Leica M en 35mm. Pour ce qui est du noir et blanc, une maîtrise complète du processus est nécessaire (développement de vos films…) ; les labos automatisés sont très décevants.
L’analogique demande un vrai travail ; tout le contraire de notre époque impatiente. Il y a beaucoup de questions et de choix techniques à régler avant de commencer à vraiment « faire de la photographie » : choix du format, film, développement…sans parler du tirage (labo argentique avec agrandisseur, scan et jet d’encre ou sous-traiant…). Si vous êtes pressé(e), passez votre chemin !
L’idéal est de pratiquer un thème suffisament longtemps par exemple 3 ou 6 mois en numérique, puis oublier le numérique et se concentrer sur l’autre technique. Naturellement une des deux techniques va creuser l’écart en terme de qualité d’image sur le plan artistique.
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De nombreux paramètres peuvent influer sur le résultat en bien ou en mal. Par exemple le fait de s’habituer à travailler sur trépied en studio avec un viseur inversé du type Mamiya RB67 ou Hasselblad 500C est un vrai challenge au début puis petit à petit on trouve ses marques.
Idem pour la focale ; par exemple je ne suis pas du tout à l’aise en studio avec le 90 mm en 6×7 alors qu’avec un 50 mm à mains levée sur un reflex cela fonctionne pour moi. L’approche dans la composition des images en format carré ou rectangulaire est différente… C’est un peu le même phénomène en reportage quand on est habitué au reflex puis quand on passe au télémétrique.
Concernant l’outil, s’il est bien adapté à la démarche et en harmonie avec le photographe (qui doit aussi réaliser son autocritique), la créativité se libère petit à petit avec des progrès constants…
Quand à la définition en 35 mm avec des films de 400 ASA, elle est bien sûr inférieure (grain et perte au tirage). Reste que l’on peut peut jouer avec les révélateurs et agir sur le grain, l’acutance, le contraste et la courbe de noircissement pour un résultat choisi.
Pour celles et ceux qui ne savent pas ce qu’est le moyen format, je vais le présenter brièvement. Si vous vous intéressez à la photographie argentique, vous connaissez déjà certainement le 35mm, qui fut le format le plus populaire pendant des décennies (le film dans une petite capsule en métal que nos parents utilisaient).
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Ce format est compact, mais n’offre pas une taille de négatif très large dès que l’on veut faire de grands agrandissements. Le moyen format utilise un film que l’on nomme film 120, qui possède une largeur de 6.5cm.
Puisque la taille du film est plus grande, l’image nécessite un moins grand agrandissement lorsque l’on souhaite la tirer, ce qui donnera des images plus nettes.
Si la taille et le poids des appareils que j’ai présenté vous ont effrayé, les appareils télémétriques (en anglais : rangefinder camera) devraient vous plaire!
Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un appareil télémétrique, la différence notable avec un reflex est le mode de visée. Vous ne voyez pas exactement ce que l’appareil va prendre en photo. En effet, le viseur n’est pas comme sur la visée reflex (qui voit à travers l’objectif). Il faut donc un certain temps d’adaptation pour bien connaître ce que « voit » votre appareil par rapport à ce que vous voyez dans le viseur!
On adore ou on déteste ce système!
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La marque la plus célèbre pour cette catégorie d’appareil est Fujifilm, qui a par ailleurs produit un boîtier moyen format neuf (le Fuji GF670), en 2008!
Il existe des dizaines de modèles différents, qui sont listés sur l’excellent site Camerapedia (en anglais).
Deux boîtiers intéressants en format 6×9: le Fuji GS690III qui est équipé d’un objectif 90mm f/3.5 et le GSW690III (GSW= Super Wide) qui est doté d’un objectif grand angle 65mm f/5.6. Les deux modèles acceptent des films 120 et 220.
Vous trouverez ces caméras pour un prix allant de 800$ à 1200$ selon le modèle et l’état de l’appareil.
Vous allez me dire que 65mm ce n’est pas un grand angle… mais il faut se rappeler que l’on est dans du moyen format ici, en plus du 6×9! Donc en équivalent 35mm (comme votre reflex numérique), il s’agit en fait plus d’un 28mm, ce qui est déjà beaucoup mieux.
Attention aussi au format 6×9: tous les agrandisseurs ne permettent pas de tirer un si grand format! Si vous prévoyez de faire des tirages en chambre noire, vérifiez avant que vous puissiez utiliser ce format.
Le roi des 6×7 télémétriques est le Mamiya 7. Le boîtier accepte plusieurs objectifs (au nombre de 5: un 43mm, un 65mm, un 80mm, un 150mm et un téléobjectif 210mm), tous avec une qualité optique irréprochable. Très compact, il s’agit du boîtier idéal pour le voyage et pour ceux qui veulent s’équiper léger. Par contre la demande sur le marché de l’occasion est forte et les prix sont très élevés!
Comptez plus de 1000$ pour un Mamiya 7 en bon état sans objectif (et presque 1000$ par objectif….). La version la plus récente est la Mamiya 7ii.
Il existe aussi une version au format 6×6, la Mamiya 6, tout aussi bonne!
Un boîtier un peu mis de côté et qui pourtant mérite toute notre attention est le Bronica RF645. Il s’agit d’un appareil produit jusqu’en 2005. Il est resté longtemps dans l’ombre du fabuleux (et coûteux) Mamiya 7. Assez difficile à trouver sur le marché de l’occasion, surtout avec un objectif grand-angle.
L’un des appareils avec la plus belle optique est sans doute la Makina 67. Doté d’un 80mm f/2.8 Nikon, il s’agit-là d’un appareil à soufflet produisant des images incroyables au format 6×7. Il est doté d’une cellule incorporée pour la mesure d’exposition, mais qui est très fragile.
La valeur sur le marché de l’occasion est encore très haute. Il existe aussi une version « wide », encore plus dispendieuse.
| Format Moyen | Équivalent 35mm |
|---|---|
| 6x9 | Environ 28mm (grand angle) |
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