Une récente étude européenne menée par l’Université suédoise des sciences agricoles et l’INRAE rejoint les constats faits de leur côté par les chercheurs de l’OFB : le réchauffement climatique ne sera pas sans impact, en Europe du Nord, sur les populations de cervidés. En France, le cerf élaphe, le chevreuil et le daim sont les espèces les plus concernées.
C’est le cas pour l’élan, la plus grande espèce de cervidés et l’une des mieux adaptées aux climats froids. Il est très sensible à la chaleur et les populations d’élans les plus au sud, comme au sud de la Scandinavie, sont plus affectées par le changement climatique et pourraient disparaitre de ces zones.
Certaines espèces de cervidés peuvent réduire ces effets délétères en choisissant de se réfugier dans des habitats moins chauds et en réduisant leurs activités journalières pendant les heures les plus chaudes. Mais cela peut avoir des effets néfastes à long terme sur la dynamique des populations. En effet, le stress que subissent les élans et les chevreuils induit une baisse de leur masse corporelle.
Selon l’article L.121-1 du Code forestier, "l’Etat veille (…) à la régénération des peuplements forestiers dans des conditions satisfaisantes d’équilibre sylvo-cynégétique". Ce dernier terme, au sens de l’article L.425-4 du Code de l’environnement, signifie notamment de rendre compatible la présence durable d’une faune sauvage et d’assurer la pérennité des activités sylvicoles, notamment en permettant la régénération des peuplements forestiers dans des conditions satisfaisantes.
Ce déséquilibre forêt-ongulés nuit aussi à la faune en forêt. Il faut enfin ajouter les dommages collatéraux pour la filière forêt-bois, qui représente aujourd’hui en France 400 000 emplois locaux non délocalisables.
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"Selon l’état du déséquilibre sylvo-cynégétique, les coupes d’arbres prévues et nécessaires pour renouveler les peuplements ne sont pas effectuées, ou alors plus tardivement. 90 millions de tonnes de CO2 sont stockées grâce à l’utilisation des produits bois en France. Dans le bois construction, la capacité de stockage de carbone s’étend sur une durée de 50 à 100 ans.
La régénération naturelle des forêts n’est pas épargnée non plus. Les grands ongulés sont très friands des essences qui s’adaptent le mieux au réchauffement climatique (Merisier, Chêne, Erable, Tilleul, Douglas...).
"Cette problématique est souvent invisible pour le grand public. Avec l’accélération du changement climatique, les phénomènes accrus de sécheresses et de crises sanitaires un peu partout en France, la reconstitution des peuplements forestiers impose impérativement une maîtrise absolue des effectifs de grands ongulés. D’ores et déjà, les fortes densités de cervidés hypothèquent, dans de nombreuses zones, la régénération des peuplements.
Face à ces constats alarmants, trois grands types d’actions sont menées par les forestiers pour garantir une gestion durable des forêts, conformément aux missions attribuées par l’Etat à l’ONF.
L’Office national des forêts, qui loue aux chasseurs près de 3 000 baux de chasse, a renforcé en 2016 les objectifs à atteindre en matière d’équilibre forêt-ongulés. Tous les trois ans, l’ONF évalue désormais ces résultats et attribue en fonction un bonus (remise sur le loyer…), un malus (pénalité financière…) ou des sanctions plus graves (résiliation du contrat de location…).
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Les enclos sont utilisés en forêt pour mettre en évidence les effets des ongulés sur la végétation forestière. Il s’agit d’exclure les ongulés d’une zone donnée et de comparer, au cours du temps, l’état du milieu sans ongulés (l’enclos) à celui du milieu environnant où circulent librement la faune sauvage (l’exclos).
Une telle comparaison, aussi simple puisse-t-elle sembler, constitue une méthode de référence pour de nombreuses études scientifiques. "Les données recueillies produiront des indicateurs renseignant l’équilibre forêt-ongulés et centrés sur le renouvellement des peuplements, stade critique pour les forestiers.
Autour des parcelles ou en protection individuelle, ces clôtures constituent une gêne paysagère importante pour les citoyens nombreux à se promener dans les espaces naturels. Elles ne sauraient pourtant être une solution pérenne. En effet, engrillager entraîne un surcoût et produit des déchets. "Le tarif varie selon le type de plantation, de terrain et la région.
L’année 2024 était celle du bilan triennal des baux de chasse en forêt domaniale (contrat définissant les conditions d’exercice du droit de chasser). Cette troisième échéance triennale, pour les baux conclus en 2016, a permis d’actualiser les contrats qui définissent les objectifs cynégétiques et sylvicoles de chaque lot. Cette échéance triennale a été l’occasion de mettre à jour la situation de l’équilibre sylvocynégétique dans les lots de chasse domaniaux.
Le niveau d’équilibre n’est plus jugé satisfaisant que sur 45% de la surface des forêts domaniales, contre 50% en 2021 et 61% en 2018. En nombre de lots, l’équilibre est qualifié de « satisfaisant » pour 54% des lots, contre 60% en 2021 et 69% en 2018. Cette évolution ne répond pas à l’objectif de réduire de moitié les situations de déséquilibre sur cinq ans et du besoin de restaurer les équilibres forêt-ongulés comme condition de réussite de la stratégie d’adaptation des forêts au changement climatique.
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En février 2024, la Fédération nationale des chasseurs (FNC) et l’ONF ont conclu un accord global national relatif à la gestion des grands ongulés dans les forêts domaniales afin de favoriser l’équilibre forêt-ongulés. Cet accord se décline autour de plusieurs thématiques : fourniture d’indicateurs en vue d’un diagnostic partagé, mise en œuvre de dispositifs incitatifs à l’augmentation des plans de chasse et des prélèvements, utilisation de l’agrainage (pratique consistant à nourrir des animaux sauvages dans leur habitat naturel) en conformité avec les schémas départementaux de gestion cynégétique, développement de mesures visant à favoriser le prélèvement des chevreuils de manière adaptée.
Effets des événements météorologiques plus intenses sur la reproduction du petit gibier, tendances des hivers plus doux favorables à la prolifération des sangliers, altération des ressources alimentaires, conséquences sur les interactions entre les espèces... le chasseur côte-d'orien Dominique Rigaud partage son expérience de l'année 2021.
Des dérèglements climatiques en Bourgogne ? Dominique Rigaud voit «certaines choses». «Ça touche tout le monde, chasseurs et non-chasseurs. Maintenant, voir le changement chez nous, ce n'est pas évident. En 2021, on s'est retrouvé avec des cailles très tardives sur nos territoires». «Je n'explique pas forcément ça par le fait du réchauffement climatique. J'explique ça plutôt par le fait d'avoir des pluies importantes peut-être provoquées par le dérèglement climatique.
«Pour nous, l'espèce sur laquelle on voit le plus d'impact de ce pseudo-réchauffement, c'est le sanglier notamment. Le sanglier est un animal qui reproduit relativement en importance. «Là, aujourd'hui, effectivement, on s'aperçoit qu'il n'y a plus de mortalité importante des jeunes sur l'espèce sanglier. (…) Je pense que depuis 10-15 ans, on s'aperçoit que les hivers sont moins rudes mais c'est partout. La population de sangliers a augmenté en France, elle a augmenté en Europe, elle a augmenté dans le monde. Donc, ce n'est pas quelque chose qui ne se passe qu'en Côte-d'Or. Je sais que certains voudraient bien amalgamer les choses en disant que c'est l'agrainage, c'est faux.
«C'est plutôt favorable au petit gibier. Ce qui est défavorable pour la reproduction, c'est justement les pluies que l'on a connues au printemps. Le lièvre, par exemple. «Tout ce qui est les oiseaux qui nichent au sol, ça fait des dégâts immenses. «On a le perdreau, que ce soit le rouge ou le gris, il y a une incidence forcément partout.
«Sur les gibiers de passage, la palombe, la bécasse, la bécassine, les canards... on s'aperçoit qu'il y a une migration mais qui est peut-être moins importante que ce qu'elle était fut un temps. «La bécasse, je la trouve dans les bois, chez moi, dans l'Auxois, à 60 km au nord-est de Dijon. On a des bécasses qui arrivent d'habitude à partir du 15-20 octobre.
«On s'est aperçu qu'il y avait plus de bécasses beaucoup plus tôt mais ces bécasses-là, on sent qu'elles sont restées sédentaires, elles n'ont pas migré, elles ne sont pas descendues en Afrique et elles ne sont pas remontées pour nicher dans l'Oural ou dans les pays de l'est.
«On a très attentif à cela parce que - quoique nos détracteurs en pensent - on fait très attention aux prélèvements que l'on fait suivant les premiers prélèvements. (…) Pour les lièvres, quand ils ont été prélevés, on récolte les pattes pour passer des radios pour regard s'il y a une incidence ou pas sur la reproduction. Si, dans les pattes, on a plus de 60% de jeunes qui sont prélevés à la chasse le premier dimanche, cela veut dire qu'on est dans une excellente reproduction. Si on est à 50% ou 45%, cela veut dire qu'il n'y a pas beaucoup de jeunes.
«On fait de même avec les bécasses. Les vrais bécassiers, à chaque fois qu'on prélève un oiseau, on regarde si c'est un jeune. (…) C'est ce qu'on fait en France. Dans les pays d'Afrique, il n'y a pas cette réglementation. Dans les pays de l'est, malheureusement, ils la chassent longtemps, il n'y a même pas de fermeture. «Nous, bécassiers, on a un protocole grand froid, on n'attend pas qu'on nous dise qu'il faut fermer la bécasse. La bécasse se nourrit de vers, elle peut rester une journée ou deux sans manger. Quand il y a plusieurs jours de gel très profond, il y a un risque d'affaiblissement. On ne va pas tirer des animaux faibles. On va fermer immédiatement. Il faut protéger ces animaux-là.
«C'est cyclique. On s'aperçoit que le renard, dans certains endroits, augmente beaucoup. La régulation ne se fait pas naturellement. Le lien entre le lièvre et le renard, on suit ça depuis des décennies. Quand on a beaucoup de renards sur un territoire, on n'a pas beaucoup de lièvres.
«Ce sont des animaux qui vivent très bien l'hiver, ils ont une fourrure. Un oiseau, ça reste un oiseau, le duvet n'augmente pas.
«Pas par rapport au climat. L'exemple en Côte-d'Or, c'est le fait que le monde agricole ne puisse plus récolter le colza à cause de l'altise, cet insecte qui détruit la production. On s'aperçoit que ces animaux, les cerfs - là où ils étaient concentrés parce qu'il y avait cette nourriture qui était très appétente pour eux - vont se rejeter sur d'autres plantes.
«Quand on regarde cette année, le taux d'hygrométrie que l'on a eu, vous allez en forêt, vous ne voyez pas de glands, vous ne voyez pas de faines, vous ne voyez pas de fructification. C'est surprenant parce que, quand il y a un été très chaud, on s'aperçoit que c'est compliqué, il n'y a pas assez d'eau pour que les glands grossissent.
«Il faut que les gens comprennent que l'on est chasseurs et, aussi, on pense à nos animaux. En période de disette, il faut aussi les aider à survivre. Certains vont dire que c'est pour les tuer plus tard, peut-être, mais, en tous les cas, aujourd'hui, la chasse, celle du petit gibier par exemple, s'il n'y avais pas de chasseurs, il y a des espèces de gibier qui auraient totalement disparu de nos territoires.
«On a le plaisir de les chasser mais on a aussi le plaisir de les voir. Quand je vais dans la nature, quand je vois des faisans hors-chasse, je suis très heureux.
«On sait très bien que quand il y a une bonne année glandée, il y a une grosse reproduction des sangliers et ce n'est pas les quelques kilos de maïs qui sont mis par semaine dans les bois qui font que la population augmente. (…) Les grands animaux sont des animaux de forêts, la faune se nourrit avec les glands et avec les feuilles des arbres.
L’ouverture de la chasse 2025 met en lumière un paradoxe criant : partout en France, les chevreuils déclinent, tandis que les sangliers prolifèrent. Partout sur le territoire, les chevreuils montrent des signes inquiétants de fragilisation.
Selon Sonia Saïd (Office français de la biodiversité), leurs effectifs sont en baisse à l’échelle nationale, conséquence directe du changement climatique et de la compétition avec d’autres herbivores. La Franche-Comté illustre ce phénomène de manière particulièrement marquée : dans le Doubs et le Territoire de Belfort, les chevreuils sont retrouvés amaigris, parasités ou morts sans signe de tir.
Le chevreuil souffre d’un régime alimentaire dégradé : la ronce est devenue moins digeste, les glandées sont plus irrégulières, et les chevrettes peinent à élever deux faons. De plus, la date fixe des naissances ne suit pas l’avancée de la végétation (≈2 semaines en 30 ans), ce qui augmente la mortalité des jeunes.
Mais si cette baisse concerne tous les départements, le nombre de chevreuils tués en 2024-2025 varie : certains plafonds baissent (ex. Doubs), d’autres augmentent légèrement (ex. Orne), ou restent stables (ex.
À l’inverse, les sangliers se multiplient. Le chevreuil décline, victime du réchauffement et de la compétition alimentaire. Mais les données sur la baisse nationale des chevreuils selon Sonia Saïd ne semblent pas encore incorporées dans tous les plans de chasse départementaux. Le sanglier explose, favorisé par les mêmes changements climatiques et par des pratiques cynégétiques qui entretiennent son abondance.
Alors que la perte de biodiversité menace l'équilibre écologique de notre planète, les chasseurs agissent en tant que défenseurs de la flore mais aussi de la faune. Découvrez tous les efforts déployés par divers acteurs dont les chasseurs pour combattre les menaces qui pèsent sur la biodiversité et leurs causes profondes.
En France, même si les chasseurs sont quelquefois mal jugés par méconnaissance, il faut savoir qu’ils participent activement à la préservation de la nature et de la biodiversité. Les chasseurs sont profondément attachés à la nature et à la faune sauvage. Ils sont les premiers témoins des changements qui affectent les écosystèmes, la faune et la flore.
L’implication des chasseurs en faveur de la préservation de la biodiversité est reconnue par les autorités compétentes.
Les chasseurs jouent ainsi un rôle essentiel dans la préservation de la nature et la sauvegarde de la biodiversité. Les chasseurs apportent une expertise précieuse sur le terrain, basée sur une connaissance intime de la faune, de la flore et des écosystèmes. En définitive, les chasseurs, par leur pratique, sont aussi des gardiens de la nature. Leur engagement en faveur de la préservation de la biodiversité mérite d’être salué et soutenu.
La biodiversité désigne la variété des formes de vie sur Terre, qu’il s’agisse d’animaux, d’espèces végétales ou microbiennes, ainsi que des interactions complexes qui existent entre elles et leur environnement. La perte de biodiversité, ou la diminution du nombre et de la diversité des espèces vivantes sur Terre, est l’un des défis les plus pressants auxquels nous sommes confrontés en ce 21e siècle.
Changement climatique : l’émission de gaz à effet de serre à grande échelle, principalement due à l’utilisation des combustibles fossiles, provoque le réchauffement de l’atmosphère. Ce changement climatique a des conséquences graves telles que l’augmentation de la température des océans, la fonte des glaces et l’élévation du niveau de la mer. Des millions de personnes à travers le monde sont directement menacées.
Espèces exotiques envahissantes : l’introduction d’espèces exotiques dans l’environnement peut perturber les écosystèmes locaux et entraîner le déclin des espèces autochtones.
Altération des écosystèmes : La diminution du nombre et de la diversité des espèces peut altérer le fonctionnement des écosystèmes, compromettant leur rôle dans la régulation du climat, la purification de l’eau et la fertilité des sols.
Disparition de services écosystémiques : Les services écosystémiques, tels que la pollinisation des cultures, la régulation des ravageurs et la fourniture de ressources naturelles, sont essentiels à la survie et au bien-être de l’humanité.
Disparition de savoirs traditionnels et culturels : Les espèces et les écosystèmes jouent un rôle fondamental dans les cultures humaines, , et certaines traditions ancestrales.
La terre se réchauffe, c’est indéniable. Depuis 30 ans, des études sont menées sur la faune sauvage pour mesurer l’impact du changement climatique sur sa reproduction, son flux migratoire et même, sa morphologie. La FDCI a dressé pour vous, une synthèse concernant les grands ongulés.
Les printemps étant plus chauds, la végétation pousse plus tôt et plus vite mais sa qualité diminue. Lors des étés caniculaires, la végétation ralentit et réduit encore la nourriture disponible à l’entrée de l’hiver. L’impact du réchauffement climatique sur une espèce dépend de sa capacité à s’adapter. Le Chevreuil peine en ce domaine.
En effet, les chevrettes mettent bas au printemps, lorsque les jours et la luminosité rallongent. Or, les naissances interviennent toujours à la même période (entre fin mai et début juin) depuis 30 ans alors que le printemps arrive de plus en plus tôt. Ce décalage entre l’arrivée des faons et la végétation est estimé à 10 jours de 1985 à 2010 ! Les faons naissent donc dans des conditions moins favorables puisque le lait des femelles baisse en qualité après le débourrement de la végétation.
D’autres espèces, à l’inverse, ont su adapter leur cycle de vie au changement climatique. C’est le cas du Cerf élaphe de l’île de Rum en Ecosse, pour lequel la période de naissances a avancé de trois semaines en 30 ans. Le changement climatique semble avoir des effets contrastés sur les grands ongulés. Davantage de recherches, mobilisant diverses méthodes (capture-marquage-recapture, mensurations, baguage, etc.) sont nécessaires pour comprendre les effets à long terme.
L’Oise et l’Aisne sont touchés par une surmortalité des chevreuils ces derniers mois. Et si l’image d'Epinal des chevreuils broutant dans la plaine venait à disparaître ? Ces derniers mois, randonneurs et chasseurs ont découvert plusieurs corps de cervidés dans l’Aisne et dans l’Oise. Dans ce dernier département, plus de cent cadavres ont été recensés. Une situation critique qui inquiète la fédération de chasse.
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