Le fusil M1 Garand, officiellement désigné aux États-Unis comme "United State rifle, Caliber .30, M1" et plus tard simplement appelé "rifle, caliber .30, M1", est chambré pour le calibre .30-06 Springfield. Le fusil M1 est le premier fusil semi-automatique à avoir été adopté par une grande puissance militaire. Son concepteur, John Cantius Garand, est reconnu comme un génie dans son domaine. Le fusil M1 n’a jamais reçu officiellement la désignation de Garand, mais tout le monde le connaît sous cette appellation. Pour beaucoup, le fusil M1 symbolise une élégance issue de temps disparus.
Semi-automatique, bénéficiant d’un système de visée performant et d’un recul modéré, le M1 permettait à un fantassin de délivrer un feu nourri et précis. Ces faits, cumulés avec un démontage et un nettoyage aisés, faisaient de lui une arme facile à prendre en main, réduisant du même coup les impératifs d’entraînement. Pourtant, quelques critiques peuvent lui être adressées : son poids, sa capacité d’emport de munitions limitée, et surtout le fait qu’il soit impossible d’introduire une seule balle dans la culasse à la fois (chargeur de 8 cartouches ou rien), mais on pouvait en placer une dans la chambre.
Appelé "le plus bel instrument de bataille jamais imaginé" par le général George S. Patton, le Garand a officiellement remplacé le fusil à verrou M1903 Springfield comme fusil règlementaire des États-Unis en 1936 et a ensuite été remplacé par le M14 en 1957. Cependant, le Garand a continué à être utilisé en grand nombre jusqu'en 1963 et, dans une moindre mesure, jusqu'en 1966. Le Garand a été largement utilisé par les forces américaines durant la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Corée, et, dans une bien moindre mesure, pendant la guerre du Vietnam. La plupart des Garand ont été délivrés à des soldats de l'armée de terre et du corps des Marines, mais plusieurs milliers ont également été prêtés ou donnés à titre d'aide aux alliés de l'Amérique.
À la fin du deuxième conflit mondial, entre 4 et 5 millions de M1 avaient été fabriqués (principalement par les firmes Springfield et Winchester) ; aucun chiffre plus précis ne pouvant être établi. Le Garand est encore utilisé pour les parades et des gardes d'honneur militaire. Il est également très recherché par la population civile en tant que fusil de chasse, fusil de tir et de collection militaire. Il est disponible aux civils américains à travers le Programme de tir "Civilian Marksmanship program".
Bien que l'armée américaine se soit intéressée aux fusils semi-automatiques avec le Bang et le Murphy-Manning de 1911, et qu'il y ait eu une pré-production de ces modèles en 1916, l'origine du Garand date bien de 1919, quand les armées du monde entier ont réalisé que les cartouches utilisées étaient plus puissantes que nécessaire pour la plupart des combats, entraînant des fusils plus lourds que ce qu'ils devraient être. Les essais de l'armée dans les années 1920 demandaient un calibre minimum de 0,256 pouce, à comparer à la .30-06 alors standard.
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Né au Canada, M. Garand est allé travailler aux USA dans la Springfield Armory et a commencé à travailler sur un fusil semi-auto calibre .30 à réarmement par recul de l'étui ("primer operated ou blowback"). À l'été de 1924, vingt-quatre fusils, nommé "M1922", ont été construits à Springfield. Au cours de l'été 1925, à Fort Benning, ils ont été testés avec d'autres modèles de Berthier, Hatcher-Bang, Thompson et Pedersen, ces deux derniers utilisant le recul de l'étui et une ouverture retardée. Cela a conduit à d'autres essais d'une version améliorée du Garand "M1924" contre la Thompson, sans que ce soit concluant. En conséquence, les décideurs (Ordnance board) ont demandé une variante en .30-'06 de ce Garand.
En Mars 1927, on rapporte des essais entre le Thompson, le Garand et le Springfield 1903 sans conduire à un gagnant clair. Cela a conduit à un fusil à emprunt de gaz de calibre 0.276 (breveté par Garand le 12 Avril 1930). Au cours du printemps 1928, des rapports de l'infanterie et de la cavalerie relatent des essais du fusil Pedersen T1 calibre .276, le qualifiant de "très prometteur" (en dépit de son utilisation de munitions enduites de cire, comme pour le Thompson). Le 13 Août 1928, un test de fusil semi-automatique effectué conjointement par l'armée de terre, la Marine et l'USMC est mené entre le Thompson .30, les versions cavalerie et infanterie du Pedersen T1, le "M1924" Garand, le Bang cal. .256, et le 21 Septembre, le Conseil a encore déclaré ne pas trouver de gagnant clair. Toutefois, le Garand cal. .30, a été abandonné au profit de celui au cal. 0.276.
D'autres essais par le "SRB" en Juillet 1929, qui comprenait des fusils conçus par Browning, Colt-Browning, Garand, Holek, Pedersen, Rheinmetall, Thompson et un fusil incomplet de chez White, conduisent à la conclusion que les travaux abandonnés sur le Garand cal. 30 à emprunt de gaz devaient être repris, et le T1E1 a été commandé le 14 Novembre 1929. Vingt Garand T3E2 à emprunt de gaz calibre 0,276 ont été fabriqués et ont concouru avec des fusils Pedersen T1 au printemps 1931. Le Garand 0.276 est sorti grand vainqueur de ces essais. Le Garand calibre .30 a également été testé, représenté par un unique T1E1, mais il s'est disqualifié à cause de sa culasse fendue le 9 Octobre 1931.
Une réunion le 4 Janvier 1932 recommande l'adoption du calibre 0.276 et la production d'environ 125 T3E2. Pendant ce temps, Garand a repensé sa culasse et son fusil amélioré T1E2 a été testé à nouveau. Le lendemain de la fin de ce test, le chef d'état-major le général Douglas MacArthur désapprouvait personnellement tout changement de calibre, en partie parce qu'il y avait de vastes stocks existants de cartouches calibre 0,30 à balle M1. Le 25 Février 1932, l'adjudant-général John B . Shuman, au nom de la ministre de la Guerre, a ordonné que le travail sur les fusils et les munitions de calibre 0.276 cesse immédiatement et complètement, et que toutes les ressources soient utilisées pour identifier et corriger les défauts du Garand calibre .30.
Le 3 Août 1933, le T1E2 est devenu le fusil semi-automatique, calibre 30, M1. En mai 1934, 75 M1 subissent des essais sur place. 50 partent à l'infanterie, 25 à des unités de cavalerie. De nombreux problèmes ont été signalés, ce qui oblige à modifier le fusil, une fois encore, avant qu'il ne puisse être recommandé pour le service et aptes à l'adoption, le 7 Novembre 1935, puis standardisé 9 Janvier 1936. Le premier modèle de production a été éprouvé, s'est avéré fiable, et a montré sa précision le 21 Juillet 1937.
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Les difficultés de production retardent les livraisons à l'armée jusqu'en Septembre 1937. La production a commencé à la Springfield Armory ce mois là à la vitesse de dix fusils par jour, et atteint la centaine par jour dans les deux ans. bien qu'il soit entré en production, les problèmes de conception ne sont pas terminés. Le canon, le piston, et l'assemblage du guidon ont été redessinés et ces modifications sont entrées en production au début de 1940. Les fusils existants utilisant le gaz à la sortie du canon "gaz trap" ont été rappelés et modernisés, à l'image des problèmes connus avec le fusil Springfield M1903 plus tôt qui avaient du également être rappelés et retravaillés environ trois ans après l'entrée en production et la préfigurant la reprise du M16 au même stade dans son développement. La production de Garand a augmenté en 1940 en dépit de ces difficultés pour atteindre 600 par jour le 10 Janvier 1941, jusqu'à ce que l'armée soit entièrement équipée vers la fin de 1941.
Après le début de la Seconde Guerre mondiale en Europe, Winchester a obtenu un contrat "éducatif" de production de 65.000 fusils, avec des livraisons à partir de 1943. L'armée britannique envisage alors le Garand comme un remplaçant possible pour fusil à verrou Lee-Enfield n °1 Mk III, mais il a été rejeté lors des tests rigoureux qui ont suggéré qu'il s'agissait d'une arme peu fiable dans des conditions boueuses.
Le fonctionnement semi-automatique du Garand a donné aux Etats-Unis un avantage significatif en puissance de feu et temps entre deux tirs sur les fantassins ennemis au combat (les soldats allemands, italiens, et japonais étaient généralement armés de fusils à verrou). Le général George S. Patton l'a appelé "le plus bel instrument de bataille jamais imaginé". L'impact des armes d'infanterie légères à cadence de tir plus élevée a incité à la fois les forces alliées et les forces de l'Axe Rome Berlin Tokyo à augmenter considérablement la part des armes à feu semi-et entièrement automatique dans la production, ainsi qu'à développer de nouveaux types d'armes à feu pour l'infanterie.
Une grande partie des Garand de la période post-Seconde Guerre mondiale a subi une réparation ou une reconstruction en arsenal. Alors que les forces américaines étaient toujours engagées dans la guerre de Corée, le ministère de la Défense décide une production supplémentaire de Garand, et deux nouveaux contrats ont été attribués. Au cours de 1953-56, les Garand ont été produites par International Harvester et Harrington & Richardson. Un dernier lot très petit de Garand a été produit par Springfield Armory au début de 1957, en utilisant des composants finis déjà à portée de main. Beretta a également produit des Garand à l'aide d'outils Winchester.
Le M1 s'est avéré être un excellent fusil tout au long de son service durant la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée. Les surplus de fusils Garand ont aussi armé de nombreux pays alliés aux Etats-Unis après-guerre, y compris la RFA, l'Italie, le Japon, le Danemark, la Grèce, la Turquie et l'Iran. Après la guerre de Corée, des Garand ont été prêtés à la Corée du Sud. Certains Garand étaient encore utilisées dans la guerre du Vietnam en 1963, malgré l'adoption officielle du M14 en 1957, ce n'est qu'en 1965 que la disparition complète du Garand a été atteinte dans l'arsenal en service actif de l'armée (à l'exception des variantes pour tireur d'élite, qui ont été introduites durant la Seconde Guerre mondiale et qui ont servi en Corée et au Vietnam). Dans d'autres composantes des forces armées, comme la Réserve de l'Armée, la Garde nationale et de la marine, le Garand a continué à servir jusque dans les années 1970 voir plus.
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Certaines équipes de parade de toutes les branches de l'armée américaine continuent d'utiliser le Garand, par exemple "l'US Marine Corps Silent Drill team, "the Norwegian Royal Guards Drill Team", "the United States Air Force Academy Cadet Honor Guard", et aussi le "Reserve Officer Training Corps (ROTC)" et certains "Junior Reserve Officer Training Corps (JROTC) ". La garde grecque présidentielle utilise encore le Garand, et il a été utilisé comme arme de formation dans l'armée grecque, jusque tard dans les années 1990.
Le Garand est un fusil semi-automatique, à emprunt de gaz, alimenté par clip. Selon les normes modernes, le système d'alimentation du Garand est archaïque, en exigeant des clips pour approvisionner en munitions, et c'est la principale source de critiques de l'arme. Les fonctionnaires de l'Armée chargé du matériel ont exigé un magasin fixe, non saillant pour le nouveau fusil standard. À l'époque, on pensait qu'un chargeur amovible sur un fusil de dotation standard serait facilement perdus par les soldats américains (une critique formulée par des soldats britanniques et leurs Lee-Enfield 50 ans auparavant), qu'il rendrait l'arme trop sensible à l'encrassement par des saleté et des débris (une croyance qui s'est avérée sans fondement à l'adoption de l'USM1), et qu'un magasin en saillie compliquerait le maniement des armes. En conséquence, l'inventeur John Garand développé un système de clip "en bloc" qui a permis d'insérer les munitions par le haut, clip inclus, dans le magasin fixe. Bien que cette conception convienne au cahier des charges du chargeur, le système de clip augmente le poids du fusil et de sa complexité, et fait que sans clip, on peut charger les cartouches seulement une par une.
Le fusil Garand a été chambré initialement pour la cartouche Pedersen calibre 0.276, chargé au moyen de clips de 10 cartouches. Plus tard, il a été chambré pour le calibre standard .30-06 Springfield. Avec cette nouvelle cartouche, le Garand a une portée maximale de 440 mètres (400 m), avec la possibilité de faire des victimes avec des munitions perforantes bien au-delà jusqu'à 875 yard (800 m). En raison du grand diamètre de la cartouche de .30-06, le clip a été modifié avec une contenance de seulement 8 cartouches.
John Garand lors de la conception de son fusil a initialement eu recours à un système de prise de gaz compliqué avec un piège à gaz placé devant la bouche du canon, plus tard il a été abandonné au profit d'un simple trou dans le canon plus classique. Parce que la plupart des fusils originaux ont été rénovés, les Garand d'avant 1939 encore munis de ce piège à gaz sont très rares aujourd'hui et sont devenus des pièces de collection prisées. Dans les deux systèmes, les gaz d'une cartouche tirée sont détournés vers un piston. Ici, les gaz animent un piston à longue course fixé à une tringle de commande. La tringle est donc repoussée vers l'arrière par la force de ce gaz sous haute pression. Ensuite, cette tringle entraine la culasse en rotation pour la déverrouiller. La culasse qui était retenue en translation par deux ergots à la carcasse, peut maintenant commencer l'éjection de l'étui usagé et le cycle de rechargement. La tringle de commande (et avec la culasse) sont ensuite ramenés à leurs positions initiales.
Le poids du Garand varie entre 4,31 kg et 4.63 kg à vide (selon le type de sangle et la densité du bois de la crosse), soit une augmentation considérable par rapport à son prédécesseur le 1903. La longueur est de 1107 mm. Le fusil est alimenté par clips de huit cartouches. Lorsque la dernière cartouche est tirée, le fusil éjecte le clip et laisse la culasse ouverte. Les clips peuvent aussi être éjectés manuellement à tout moment. Le clip est éjecté manuellement en tirant sur la tringle de commande tout en arrière, puis en appuyant sur le bouton de déverrouillage de clip. Très critiqué de nos jours, le clip était novateur pour son époque. Le concept d'un chargeur jetable n'avait pas été adopté, et les clips étaient peu chers et fiables. Les fusils de son époque permettant de retirer le chargeur etaient le M1941 Johnson, l'obsolète Krag-Jørgensen et le Lee-Enfield No1 et No4.
La capacité de l'arme à feu à tirer rapidement des cartouches de .30-06 s'est avéré être un avantage considérable au combat.
Des débats existent autour de l'authenticité des stocks de porte-chargeurs USM1 découverts en Chine. En 1941, les États-Unis ont lancé un programme de prêt-bail pour aider les pays en guerre contre les forces de l'Axe. Après la Seconde Guerre mondiale, la Chine est restée divisée, avec des communistes soutenus par l'URSS et le Kuomintang par les États-Unis. En 1949, après la victoire des communistes, les stocks d'armement et de matériels abandonnés par le Kuomintang ont été dispersés sur le continent. Cela a conduit à la réapparition de porte-chargeurs USM1 dans les années 1990.
L'usine 3521, fondée en 1941, a servi de base logistique pour l'Armée Populaire de Libération. Des stocks actuellement en vente sont parfois dans des sacs, des caisses ou des cartons portant l’inscription de cette usine. Il est possible qu'à la privatisation de l’usine 3521 en 1989, celle-ci ait écoulé les vieux stocks de matériels qu’elle avait à sa disposition.
Certains experts remettent en question l'authenticité de ces porte-chargeurs en raison de marquages incorrects ou d'erreurs d'orthographe. D'autres soutiennent qu'il pourrait s'agir de vestiges du prêt-bail américain à la Chine de 1941 à 1949. La question de savoir si ces porte-chargeurs sont des reproductions ou des originaux reste un sujet de débat.
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