Le pistolet à poudre noire à silex, arme emblématique des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, fascine toujours autant les passionnés d'histoire, les tireurs sportifs et les collectionneurs. Cet article explore en détail son fonctionnement, son histoire, son évolution, ainsi que les techniques de rechargement, d'entretien et les aspects liés à la collection.
Depuis l'avènement des civilisations, les êtres humains se sont toujours dotés d’armes à distance (arcs, javelots, lances, pierres…). L’arme semble bien être la plus ancienne invention de l’homme. Dès les origines préhistoriques, l’homme se saisit d’un bâton et le lança en direction d’une cible. Ces armes furent les plus utilisées jusqu’à la fin du Moyen Âge. Au début, les lames des armes et les pointes de flèches étaient faites en silex. Autour de 4000 avant J.C., le travail du métal se développa et les lames, les hampes et pointes de flèches ainsi que les harpons furent faits en bronze. Le fer apparut vers 2000 J.C.
L'invention de la poudre noire, vers le VIIIe siècle par les Chinois, a révolutionné l'armement. Ce mélange de salpêtre, de soufre et de charbon de bois, lorsqu'il est comprimé dans un canon, brûle à une vitesse d'environ 300 à 600 mètres par seconde. Les Arabes l'utilisèrent sous la forme de canons rudimentaires dès 1150-1200. La poudre noire produit beaucoup de flammes et d’étincelles ainsi qu’un gros nuage de fumée grise. L’expression « le brouillard de la guerre » vient du fait de cet immense nuage de fumée qui s’élève au-dessus des champs de bataille.
En Europe, la redécouverte de la poudre noire vers 1280 mena à la création de canons primitifs. En Août 1324, apparait une des premières utilisations en France d’une bombarde pour l’attaque de la ville de la Réole (Gironde). Celle-ci est montée sur un fût en bois, et posée à même le sol. Son pointage rudimentaire, se fait à l’aide de cales de bois glissées sous le fût. Vers 1380, l’hacquebute (primitive) : Littéralement « canon à croc » du germanique « hakenbüchse , destinée à tirer en crochetant un mur ou une palissade avec son croc de fer situé en dessous de l’arme pour que le mur encaisse le recul à la place du tireur. Elle comporte un long fût de bois (ou parfois de fer), à l’avant duquel est fixé un canon de fer de courte dimension (20 à 25 cm).
Le pistolet à silex est une arme à feu emblématique utilisée du XVIIe au XIXe siècle. Le mécanisme de la platine à silex est un système d'allumage qui emploie une pierre de silex qui, en frappant une batterie en acier, produit des étincelles. Ces étincelles enflamment la poudre placée dans le bassinet, ce qui provoque le départ du coup. La platine à silex est une invention attribuée à Marin Bourgeois, un arquebusier qui combina les systèmes des platines à chenapan et à miquelet.
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La portée et la létalité des fusils à silex sont des sujets de débat. Certaines sources affirment que les balles perdaient rapidement leur énergie cinétique, causant au plus des contusions à longue distance. D'autres estiment que ces armes étaient capables d'infliger des blessures mortelles à des distances considérables.
Selon des essais réalisés en 1835, sur 100 coups tirés sur une cible de 6 mètres de long sur 2 mètres de haut, 71 % ont atteint la cible à 200 mètres. À 300 mètres, seulement 22 % des tirs ont touché une cible de 16 mètres sur 2. La portée maximale était de 600 mètres, avec une perforation de 2 cm dans du peuplier. À 250 mètres, la perforation était de 4,6 cm dans du sapin.
Il faut considérer que la précision diminue considérablement au-delà de 100 mètres, mais la létalité reste possible.
Le fusil français modèle 1777 et le "Brown Bess" britannique sont souvent comparés. Le "Brown Bess" avait un calibre plus grand (19 mm) et une cadence de tir plus rapide (3 à 4 tirs par minute contre 2 à 3 pour le fusil français). Le fusil français (modèle 1777 modifié an IX) tirait une balle en plomb de 21 g, tandis que le "Brown Bess" tirait une balle de 32 g, ce qui le rendait plus efficace contre la cavalerie. Le serrage de la balle dans le canon du fusil français améliorait la précision, mais rendait le chargement plus lent.
Le rechargement d'un fusil à silex nécessitait plusieurs étapes précises :
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La vitesse de rechargement dépendait de l'entraînement et de l'expérience du soldat. En 1728-40 Généralisation en France de la cartouche de guerre en papier, comportant 10 à 12 grammes de poudre noire (suivant la qualité de la poudre) et une balle de 16,3 mm en général. La balle est plus petite d’environ 1,2 mm que le calibre de 17,5 mm, pour qu’elle rentre facilement lors du rechargement, même si le canon est un peu encrassé par le tir précédent. Il n’y a plus de calepin de tissu graissé avec la cartouche, le papier de celle-ci en faisant office, tassé avec elle lors du rechargement.
Le tir avec des armes à poudre noire est soumis à des règles de sécurité strictes. Il est recommandé de porter des gants et des lunettes de sécurité.
Le rechargement et l’entretien des pistolets à poudre noire requièrent une attention particulière et des connaissances spécifiques. L’entretien après le tir est crucial pour préserver la durée de vie et la fiabilité de l’arme. La poudre noire laisse des résidus corrosifs qui peuvent rapidement endommager le métal si on les laisse en place.
La pratique du tir au pistolet à poudre noire est encadrée par des réglementations spécifiques qui varient selon les pays. Le tir au pistolet à poudre noire connaît un regain d’intérêt ces dernières années, avec l’émergence de compétitions spécialisées. Les compétitions se déroulent généralement selon des règles strictes, visant à reproduire les conditions de tir de l’époque.
La restauration et la collection de pistolets à poudre noire anciens constituent un domaine passionnant pour les amateurs d’histoire et d’armes anciennes. La restauration d’un pistolet à poudre noire ancien est un processus délicat qui vise à préserver l’intégrité historique de l’objet tout en le rendant présentable, voire fonctionnel.
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Il est crucial de respecter l’authenticité de l’arme lors de sa restauration. Une restauration trop poussée, effaçant les marques du temps, peut diminuer la valeur historique et financière de l’objet. La collection de pistolets à poudre noire anciens nécessite également une attention particulière aux conditions de conservation. Ces armes sont sensibles aux variations d’humidité et de température.
Sous le Premier Empire (1804-1815), période faste et tumultueuse dominée par Napoléon Bonaparte, les armes à silex sont à la fois des instruments militaires, des symboles de prestige et des œuvres d’art.
Nicolas-Noël Boutet représente l’apogée de ce goût pour l’armurerie de prestige sous le Premier Empire. Issu d’une famille d’armuriers de Versailles, Nicolas-Noël Boutet est nommé directeur-artiste de la Manufacture d’armes de Versailles par décret le 23 août 1792. Ses pistolets à silex de luxe arborent souvent des incrustations d’or ou d’argent, des gravures détaillées représentant des scènes mythologiques ou allégoriques, ainsi que des crosses en bois précieux comme l’ébène.
Jean Lepage, également issu d’une prestigieuse famille d’arquebusiers, se différencie de Nicolas-Noël Boutet par son approche centrée sur l’innovation technique.
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