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En 1990, Luc Besson, réalisateur français en pleine ascension, dévoile "Nikita", un thriller d'action viscéral qui propulse Anne Parillaud au rang d'icône. Loin des clichés habituels, cette œuvre sombre et saisissante nous plongeait dans le destin chaotique d'une jeune femme condamnée pour meurtre, transformée par les services secrets français en machine à tuer impitoyable.

Cette oeuvre culte pour de nombreux home-cinéphiles, disponible en édition Blu-ray depuis 2009, revient en 2024 dans une version remasterisée en 4K. Si la section sonore reste fidèle à l'original, cette édition s'adresse avant tout aux home- cinéphiles désireux de revisiter "Nikita" avec un regard neuf. L'effort de restauration est indéniable, et l'impact de cette mise à niveau est appréciable.

L'esthétique visuelle de Nikita (1990)

Le chef opérateur Thierry Arbogast, fidèle complice de Luc Besson, a insufflé à Nikita (1990) une identité visuelle unique et saisissante. Tourné en 35mm et utilisant le procédé Technovision, le film se pare d'un format d'image large anamorphique, conférant une profondeur de champ distinctive et une distorsion forte des bords de l'image, accentuant l'intensité des scènes et parfois leur caractère claustrophobe. L'esthétique de Nikita (1990) s'inscrit pleinement dans les codes du cinéma d'action des années 90, marqué par une violence stylisée, une esthétique léchée et un grain 35mm rugueux et omniprésent.

Surtout, aucune tentative de suppression de la texture 35mm n'est à déplorer. Ce grain, loin d'être un défaut, renforce l'impression d'un monde violent et impitoyable, tout en reflétant la nature brute et tumultueuse des émotions de Nikita.

Améliorations de la version remasterisée en 4K

D'emblée, on remarque une fluidité accrue dans le défilement des images, un avantage notable pour ce film d'action aux nombreux mouvements dynamiques. L'absence totale de poussières pellicules parasites, un fléau souvent rencontré dans les anciens masters, contribue à une expérience visuelle plus confortable. Si le cadrage, légèrement plus ample que sur le précédent master HD, reste un apport marginal, l'amélioration de la définition d'image est quant à elle bien palpable.

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Les textures sont plus fines, révélant des détails plus subtils. Les visages de Nikita/Marie/Joséphine gagnent en profondeur et en expressivité, tandis que les plans larges, comme la salle d'entraînement ou l'atmosphère romantique de Venise, s'imprègnent d'une finesse bénéfique.

L'apport du HDR et du Wide Color Gamut

Malgré une intensité lumineuse maintenue sous contrôle - les pics de luminosité ne dépassent que rarement les 230 nits - l'impact de ce nouvel étalonnage HDR est indéniable. Les hautes lumières gagnent en finesse et en détail, redonnant vie à des zones qui semblaient surexposées sur le Blu-ray précédent. Cette évolution est particulièrement visible sur les lumières traversant les fenêtres de l'appartement de Nikita, la cellule glaciale où elle est enfermée après son procès, et même les reflets sur les peaux ou les phares des véhicules lors de l'évasion finale.

Mais cet étalonnage HDR ne se contente pas de simples ajustements. Il s'agit d'une refonte totale de la palette colorimétrique mobilisée, avec des couleurs plus riches et bien plus intenses. La présence fréquente de couleurs vibrantes tirées du Wide Color Gamut, omniprésente dans cette édition 4K, confère un nouveau souffle à l'image. Le bleu électrique de la pharmacie dévalisée par les junkies lors de la scène d'ouverture, par exemple, crée une ambiance irréelle et magnifiquement anxiogène. Les rouges vifs, qui s'étendent à l'écran lors des interventions du "Nettoyeur", tout autant.

Afin de mettre en évidence l'utilisation concrète du Wide Color Gamut (WCG) sur cette édition (voir tutoriel ici), les pixels qui se situent dans la gamme standard/BT.709 (confinés à l'intérieur du petit triangle REC.709) vous sont présentés ici entièrement désaturés.

La section sonore

La section sonore s'enrichit elle-aussi. D'abord par la présence d'une VF 2.0 DTS-HD Master Audio (sous 16-bit, 1558 kbps). On retrouve aussi une version anglosaxone en DTS-HD Master Audio 5.1 (16-bit, 2112 kbps). La version française principale, et qui a été privilégiée pour l'écriture de cette chronique, reste la version "5.1", également restituée en DTS-HD Master Audio (16-bit, 2252 kbps).

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Petite parenthèse : l'absence d'activité concrète du canal LFE, confirmée par l'analyse du Waveform, nous amène à qualifier cette piste de "5.0" plutôt que "5.1", ce qui correspond à ce que proposait le précédent Blu-ray français. L'immersion sonore reste correcte, grâce à une reproduction fidèle des dialogues et un placement large et précis de la musique de Serra, qui constitue le point fort de cette section. La scène surround n'est pas inactive. Mais elle se concentre essentiellement sur les notes de la bande-originale.

On note tout de même une certaine retenue dans la dynamique globale, et un manque de transparence dans l'éclat des scènes d'action, où les impacts (coups de feu, ricochets, etc.) n'ont pas la même puissance que les oeuvres contemporaines.

L'héritage de Nikita et la "Femme Bessonienne"

Depuis quelques années, de déroutes financières en cataclysmes artistiques, l’aura de Luc Besson, réalisateur et producteur, s’est ternie. S’enfermant dans un système et dans une recette toujours plus simple, l’artiste et industriel a sorti ces derniers jours Anna, proposition de film d’action qui évoque un décalque, non seulement de Nikita, mais de l’ensemble de ses fabrications récentes.

De Nikita aux Transporteur, en passant par From Paris with love ou encore 3 Days to Kill ainsi que Colombiana, la femme Bessonienne s’est progressivement déshumanisée. Si la fragilité d’Anne Parillaud, tueuse en permanence au bord de la crise de nerfs, avait des airs très artificiels, l’héroïne avait au moins pour elle une sensibilité débordante.

Dans les années 90, Nikita était un personnage fort et spécial dans le paysage, et Leeloo apparaissait comme un être unique en son genre, sortie d’une BD pour s’imposer d’emblée sur grand écran. Aujourd’hui, la femme forte est devenue un stéréotype usé jusqu’à la moelle, repris dans tous les sens (pensée pour Colombiana, production Besson co-signée de sa plume), et qui a donc besoin d’autres arguments et raisons pour exister dignement.

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Nikita Mandryka : L'hommage à un créateur de génie

Nikita Mandryka, dit Mandryka, est un auteur de bande dessinée français, d’origine russe. Connu pour être le créateur du célèbre Concombre masqué, il a également fondé avec Claire Bretécher et Marcel Gotlib L’Écho des savanes et il a été le rédacteur en chef des magazines Charlie Mensuel et Pilote. Parmi les nombreuses récompenses qu'il a reçues, on lui a notamment décerné le Grand Prix du Festival d'Angoulême en 1994, rendant ainsi hommage à son œuvre.

Origine russe pur jus pour ce dessinateur né un 20 octobre 1940 à Bizerte, en Tunisie par un hasard de circonstances qui influença son génie créateur. Le grand-père maternel, commandant d'un torpilleur, chassé par la révolution bolchevique, part de Sébastopol en 1918, demande l’asile de la France, qui le dévie vers Bizerte. Les parents de Nikita, étudiants en médecine à Lyon, retrouvent la diaspora slave sous le soleil maghrébin et y conçoivent leur fiston.

Mandryka dessine dès l’âge de 7 ans après la découverte de Spirou, véritable « explosion » dans son jeune cerveau. Il copie avec application les personnages. Ses balbutiements en BD accompagnent ses premiers émois de spectateur assidu de westerns, de Zorro et Flash Gordon sur grand écran. En 1968, Mandryka entre à l’IDHEC à Paris. Aguerri au dessin, Nikita publie avec succès ses premières BD chez Vaillant et dans Pif.

Avec un humour aussi décalé que décoiffant, un sens aigu de la dérision et de l'absurde, un langage réinventé, un délire contrôlé et un graphisme percutant, le monde de Mandryka ne ressemble à aucun autre. Le Concombre paraît dans Pilote en 1967 puis l’auteur fonde avec Bretécher et Gotlib L’Écho des savanes au début des seventies. Il quitte L’Écho en 1969, manquant de feeling pour gérer une entreprise, et réfractaire aux contraintes éditoriales. Il poursuit en parallèle ses publications dans Pilote, soit six albums.

Après quatre publications du Concombre chez Dupuis, entre 1990 et 1992, Mandryka déménage à Genève où sa future épouse, Alicja Kuhn, on crée une adaptation théâtrale des aventures de son héros. Grand Prix d’Angoulême en 1994, Nikita Mandryka est célébré l'année suivante dans un album collectif, Tronche de Concombre, qui dépeint son « Concombre masqué » du point de vue de trente-quatre autres auteurs. Il relance son légume en 1995 avec un album, Les Inédits, pour finalement abandonner la bande dessinée pour quelque temps.

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