Lundi dernier, le ministère de la défense ukrainienne a tweeté un « message du capitaine HIMARS aux occupants russes ». La vidéo, vue plus de deux millions de fois, met en scène un soldat ukrainien masqué et cagoulé, baignant dans l'atmosphère crépusculaire d'un lancement de roquette, et se tenant devant un HIMARS (ou « Système d'Artillerie à Haute Mobilité »).
« Soldat russe ! Je m'appelle Capitaine HIMARS, et je suis ta chance de rentrer chez toi en vie. Donne-moi l'adresse de tes stocks de munitions et de tes blindés, et je ne tirerai pas sur tes quartiers. Je détruirai seulement tes tanks, ton artillerie, tes obus, tes stocks d'essence. Et donc, personne ne t'enverra au front. C'est ta chance de sauver ta peau et celle de tes amis . »
Les lance-roquettes HIMARS, actifs dans le conflit depuis juin, sont les lanceurs de missiles les plus modernes au monde. Fournis à l'armée ukrainienne par les Américains, ils lui permettent d'atteindre des positions que le commandement russe pensait intouchables, comme des dépôts de munitions, ou des quartiers militaires temporaires.
Les HIMARS auraient détruit cinquante entrepôts de munitions russes entre le 4 et le 20 juillet, selon Mediapart . Début septembre, ils auraient détruit 400 déploiements stratégiques russes. Ces lance-roquettes, alliés aux munitions guidées GMLRS, ont doublé la portée potentielle des frappes ukrainiennes de forte puissance : elle est passée d'une vingtaine de km, avec notamment les obusiers M777, à une distance d'entre 50 et 70 km.
Les HIMARS brisent la possibilité d'avoir une chaîne logistique fluide, avec des positions arrières à l'abri du feu : des cibles que l'armée russe pensait invulnérables sont désormais à la portée des troupes ukrainiennes. Ce qui les ralentit, puisqu'ils doivent reculer leurs postes d'approvisionnement en armes - et trouver les camions et le carburant nécessaire pour transporter les armes au front au dernier moment. Ou les entreposer proche du front, quitte à mettre des armes et les soldats qui les gardent en danger.
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Cette vulnérabilité nouvelle de la chaîne logistique russe a été rendue visible lors de la frappe de Makiivka - frappe la plus meurtrière pour l'infanterie russe depuis le début de l'invasion. Six missiles lancés depuis des lance-roquettes HIMARS ont réduit à néant le lycée professionnel où les Russes avaient établi des quartiers militaires temporaires. Au moins 89 soldats russes y ont trouvé la mort.
Une vulnérabilité aussi manifeste lors du bombardement du pont Antonivsky, à Kherson. Lors de la bataille pour reprendre Kherson, des bombes GMLRS tirées depuis des lance-roquettes HIMARS ont rendu le pont impraticable pour les forces russes. Lesquelles se sont retrouvé coupées de la Crimée, le pont servant de noeud logistique entre la Crimée et Kherson. L'impossibilité d'acheminer du matériel de l'arrière a participé à ce que les Ukrainiens reprennent la seule ville d'importance régionale sous contrôle ennemi, le 11 novembre 2022.
Les HIMARS envoyés en Ukraine sont bridés. C'est la révélation du Wall Street Journal début décembre . Le Pentagone, craignant de livrer une arme qui pourrait atteindre le territoire russe à Kiev, a fait modifier les lance-roquettes pour qu'ils ne puissent pas tirer de missiles ATACMS. Les missiles ATACMS ont une portée de 300 km (portée suffisante pour toucher le territoire russe), quand celle des GMLRS se limite à 70 km. Ils contiennent aussi plus d'explosifs que les GMLRS, et pourraient souffler des ponts ou des bâtiments en un seul tir.
Les Etats-Unis n'ont pas livré de missiles ATACMS à l'Ukraine. Ils ont néanmoins tenu à brider les HIMARS afin d'être certains que qu'elle ne puisse pas tirer sur Moscou avec du matériel américain si d'autres pays venaient à livrer des ATACMS à son armée.
« Nous ne sommes pas en train d'encourager l'Ukraine à tirer au-delà de ses frontières, ni en train de lui en donner les capacités », a écrit Joe Biden dans l'article où il annonçait la livraison des HIMARS, en juin dernier . Une livraison appartenant au plan d'aide plus large voté par le congrès en mai, prévoyant l'envoi de 40 milliards de dollars d'armes et d'aide humanitaire en Ukraine.
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Les lance-roquettes HIMARS et leurs missiles guidés GMLRS ont une très faible marge d'erreur : un mètre seulement. « Les HIMARS permettent une plus grande tranquillité d'esprit », confiait un soldat ukrainien au Washington Post fin août. Les précédents lance-roquettes de l'armée ukrainienne, des Uragan datant de l'ère soviétique, avaient une marge d'erreur de 0,8 km.
Avant les HIMARS, le soldat affirme que ses confrères et lui n'osaient pas tirer sur de nombreuses cibles par peur que le missile ne rate sa cible et tue des civils. Ils ne tiraient qu'à travers des champs ou des forêts. La précision des HIMARS change la donne. « On n'a plus peur de tirer, puisqu'on sait que l'arme atteindra son objectif », affirme-t-il.
Pour l'instant, les Ukrainiens ont très peu de HIMARS. Une trentaine seulement. Comme les missiles qu'ils tirent, les GMLRS, sont également des armes très chères, les HIMARS ne sont efficaces que pour des frappes ciblées : ils ne seraient pas suffisants à sécuriser l'avancée de troupes ukrainiennes en créant un feu de protection, par exemple.
Les lanceurs HIMARS effectuent des tâches similaires à celles de l'aviation militaire. « Il n'y a rien qu'un HIMARS puisse faire que de l'aviation ne puisse faire également. Mais un lance-roquette n'a pas de famille », commente le professeur Yagil Henkin. Les pilotes ukrainiens peuvent être abattus. Les HIMARS, eux, tirent des roquettes depuis du territoire contrôlé par les Ukrainiens, ce qui minimise les risques pour les soldats qui les manient. D'autant plus que les HIMARS sont des véhicules très rapides : ils peuvent se déplacer à 60 km/h, alors qu'ils pèsent cinq tonnes. Il est aisé pour les forces Ukrainiennes de tirer des missiles et puis de conduire les HIMARS dans des fossés ou en forêt, à l'abri de tirs de contre-artillerie. Des opérations de camouflage facilitées par la lenteur de la chaîne de commande russe, peu efficace contre les cibles mobiles.
L'armée russe a elle aussi des missiles guidés de longue portée. L'équivalent des HIMARS, donc. Mais l'historien militaire Yagil Henkin souligne qu'il « n'y a pas eu de déploiement effectif des armes de précision russe pour l'instant ». Cela s'explique par « un manque d'accès à du renseignement de qualité, et le délabrement des armes avancées russes : à cause de la corruption de l'armée russe, et du manque de financement, ces armes ont souffert d'un certain abandon ces dernières années ».
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Les militaires russes concentrent leurs tirs d'artillerie contre les infrastructures ukrainiennes. Des cibles fixes, qui peuvent être atteintes indépendamment de la qualité du renseignement et de la précision des armes. Les forces ukrainiennes utilisent les HIMARS pour frapper au coeur des noeuds logistiques russes (quartiers généraux, stocks de munitions…).
L'armée russe utilise en majorité de l'artillerie non-guidée, ou guidée par signal radio, quand les GMLRS que tirent les HIMARS sont guidés par satellite, ce qui les rend bien plus précis. « Il n'y a pas d'arme miracle. On ne gagne pas la guerre avec une seule arme, mise-à-part l'arme nucléaire. Dans tous les autres cas de figure, les avancées sont graduelles. Un camp a une nouvelle arme, et l'autre s'y adapte », commente Yagil Henkin.
S'il est certain que les HIMARS, en autorisant des frappes d'une grande précision jusqu'à 70 km derrière la ligne de front, sont un atout stratégique majeur pour l'armée ukrainienne, cette trentaine de lance-roquettes n'empêchera pas la guerre d'agression russe de «s'étirer», regrette Yagil Henkin.
Les armes à sous-munitions, utilisées dans divers conflits, présentent des risques humanitaires importants. Ces armes dispersent de nombreuses sous-munitions sur une large zone, augmentant la probabilité de dommages collatéraux et de restes explosifs de guerre.
Les sous-munitions non explosées peuvent rester dangereuses pendant des années après la fin du conflit, affectant les populations civiles et entravant le développement économique. Des pays comme le Laos, le Vietnam et la Croatie ont été particulièrement touchés par ces armes.
| Risque | Conséquence |
|---|---|
| Dommages collatéraux | Blessures et décès de civils |
| Restes explosifs de guerre | Accidents post-conflit, entrave au développement |
| Dispersion large | Difficulté de déminage et de sécurisation des zones |
Il est crucial de traiter cette question avec sérieux pour minimiser les risques pour les populations civiles et assurer une meilleure protection internationale.
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