Dans le contexte des manifestations et des mouvements sociaux, il est crucial d'analyser les outils utilisés pour le maintien de l'ordre et la perception de la violence qui en découle.
Avec Boum Boum, Laurie Lassalle documente à la fois le mouvement des Gilets Jaunes et son histoire d’amour avec un jeune homme rencontré en manifestation.
Pour la réalisatrice, ce parti pris revient non seulement à adopter un point de vue engagé, mais aussi à prendre part elle-même aux évènements.
C’est d’abord un « je », celui des sentiments contradictoires, de la peur et de l’excitation ressentis tous les samedi matins.
C’est aussi un « nous » intime, celui du couple : en manifestation comme en dehors, Laurie laisse souvent la parole à son amant.
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C’est enfin un « nous » plus large, parfois puissant, finalement défait, qui embrase l’ensemble des gilets jaunes, tous bords politiques confondus.
Ce qui compte, donc, ce sont autant les faits que la manière dont ils ont pu être vécus de l’intérieur.
Pour beaucoup de Français, le mouvement s’est résumé à des ronds-points bloqués une fois par semaine.
À Paris, on se souvient davantage de violences ou de commerces vandalisés.
Mais les Gilets Jaunes n’étaient - ne sont - pas que des vitres brisées et des trains retardés.
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Des poubelles renversées, des lacrymos, des flash-balls.
Et plus largement, ça raconte la « section spéciale », une parodie de justice contrevenant à tous les principes du droit pour condamner les résistants (ou faire semblant de…) pendant l’occupation.
Le film suit une affaire spécifique, et on a donc toute une machine politique puis judiciaire qui se met en branle, l’instrumentalisation de la deuxième par la première, les rouages institutionnels et humains.
Et le tout aboutit vraiment à un truc totalement indignant mais au nom de la raison d’etat.
Il montre précisément les rouages de la machine.
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Il a un regard acéré et sévère, mais il ne désigne pas *un* mec comme le mal : il montre un vaste chaine de collaboration (pun intended) chacun ayant ses motivations, certains font le mal en pensant agir au nom du bien, certains en se persuadant, certains sans vraiment se poser de questions, certains au nom d’un principe supérieur d’obeissance à l’état, certains dans un but politique affirmé et assumé.
Le scénario est construit sur ces successions de réunions où les décisions se prennent, descendent hiérarchiquement à condition que chacun y consente, dans des batiments officiels prestigieux, jouant sur le contraste entre ces lieux prestigieux et les comportements mesquins et terriblement humains dans ce qu’il y a de plus médiocre.
C’est d’une violence et d’une intelligence terrible, et ça parle évidemment d’un moment très spécifique, mais ce que ça dit et ça montre sur la réalité du pouvoir (et du devoir) est totalement intemporel, et tellement français dans le fonctionnement de l’appareil d’état qu’on ne doute pas que - sans comparer les faits en soi - il est évident que tant de choses continuent de se passer comme ça.
Parce que un axe fondamental est bien l’"état de droit", le fonctionnement de la justice, les hommes qui jugent.
C’est assez dévastateur, tant ça montre que tout ça est quand même une vaste blague à laquelle chacun se persuade de croire, l’instrumentalisation de tous les concepts pour satisfaire ses intérêts immédiats, le droit comme une pâte à modeler à qui on fait dire ce que l’on veut.
Dans cet article, nous étudions les stratégies de communication des collectifs Sauvons Calais et Calaisiens en colère, groupes vigilantistes anti-migrants.
Ces derniers recourent aux appels à la violence, tout en mettant en place des tactiques pour atténuer leur image de groupes radicaux, dans le but d’éviter les sanctions juridiques, mais aussi de préserver leurs outils de communication en ligne.
Nous souhaitons mettre en évidence l’existence d’une posture à visée persuasive, qui mobilise les trois piliers fondamentaux de la rhétorique classique : l’ethos cherche à préserver la moralité des groupes, le logos fait appel à la raison pour éviter les sanctions juridiques, le pathos vise à susciter la sympathie à travers notamment le recours à l’humour.
Ce positionnement permet aux groupes de se situer dans l’idéal de « respectabilité » (worthiness), évoqué par Charles Tilly en tant qu’élément constitutif des mouvements sociaux - avec la mise en scène du nombre, de l’unité et de la détermination collective.
En effet, ils naviguent en quelque sorte entre les deux pôles des mouvements anti-immigration identifiés par Lesley Wood (2017).
D’un côté, ils aspirent à être un mouvement de contestation sociale, large, respectable et crédible.
De l’autre côté, ils prônent un vigilantisme d’action directe et « radicale », dans le sens premier du terme, à savoir qui cherche à s’attaquer « à la racine » des problèmes.
Ces groupes n’auront dès lors de cesse de tenter de se positionner en tant qu’apolitiques, en essayant de canaliser le ras-le-bol des habitants de Calais.
Contrairement à d’autres formes de vigilantisme, Sauvons Calais et Calaisiens en colère nient toute participation à ces violences, les renvoyant à des personnes extérieures.
En outre, le rapport ambigu à la violence de ces collectifs se retrouve dans leurs publications en ligne.
Celles-ci désignent clairement les migrants en tant qu’ennemis et font la promotion du vigilantisme, que ce soit par des appels à l’autojustice ou la mise en scène de patrouilles, voire de combats avec les migrants par des vidéos en direct.
Cependant, pour ne pas encourir de poursuites judiciaires ou risquer la fermeture de la page, les groupes incitent parallèlement à une activité de publication évitant certains mots trop clivants ou utilisant l’humour pour désamorcer partiellement la violence de certains propos.
Les collectifs posent en filigrane les jalons d’une dynamique de persuasion, faisant appel au triangle aristotélicien ethos, logos et pathos.
Il s’agit, cependant, d’une posture traversée par des contradictions, reflétée dans les discours des représentants et leaders de l’association.
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