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Près de Bourges, à La Chapelle-Saint-Ursin, se trouve un site industriel d'importance stratégique: l'usine de munitions Nexter. C'est un endroit ultra-sécurisé auquel personne ou presque n’a accès.

Dans 216 bâtiments, tous séparés de merlons de plusieurs mètres de hauteur et répartis sur plus de 200 hectares au milieu de la campagne du Berry, Nexter fabrique ce qui constitue le nerf de la guerre : les munitions.

Production et Types de Munitions

Sur le site de La-Chapelle-Saint-Ursin, l'entreprise française produit des munitions de moyen calibre ainsi que des obus de plus gros calibre, comme le 105 mm, tiré par les blindés de reconnaissance AMX-10 RC, dont la France a fait don d'une trentaine de spécimens à Kiev. Mais aussi les 155 mm tirés par l'artillerie de l'Otan, notamment les fameux canons Caesar.

Ces obus font également 80 cm de longueur pour 50 kg et sont très utilisés sur le front ukrainien.

Contexte Géopolitique et Augmentation de la Production

En février 2022, avant le déclenchement de l'invasion russe, Nexter produisait sur ce site environ 40 000 obus par an, à ajouter aux 20 000 fabriqués par une filiale en Italie. Mais la guerre de haute intensité menée par Moscou contre Kiev a vite révélé un problème d'échelle majeur : l'Ukraine tire en moyenne plusieurs milliers d'obus par jour, et la Russie a été en mesure de tirer un an de production française en 24 heures de conflit.

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Le site de La Chapelle est donc au cœur des préoccupations du politique, qui souhaite monter en puissance dans le cadre de la création d'une « économie de guerre ». En mars dernier, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a annoncé que la France doublerait ses livraisons d'obus de gros calibre à Kiev pour les porter à 2 000 unités par mois dès la fin mars.

Pour répondre à ces besoins colossaux, Nexter travaille à augmenter sa production de 50 % d'ici à 2024 et pourrait bien la doubler (par rapport à début 2022) en 2025, si la demande se fait encore sentir.

Accélérer la cadence pour satisfaire les besoins ukrainiens Des canons Caesar, également produits par Nexter, ont été donnés aux Ukrainiens par la France. Mais les combats sont tellement intenses que les obus manquent sur le front. Il faut donc accélérer la cadence.

Investissements et Infrastructures

La société a investi 30 millions dans un nouveau bâtiment destiné à réintégrer la fabrication des douilles sur le site. « Cet investissement était déjà prévu quelques années avant la guerre, mais les événements récents nous ont motivés à voir plus grand », explique Hervé Le Breton, directeur du site ainsi que de celui de Bourges, où sont notamment fabriqués les tubes des canons Caesar. En tout, 1 140 salariés travaillent sur les deux entreprises, dont 440 pour les munitions.

Le directeur de NEXTER Bourges est M. Hervé le Breton, le directeur du site, travaille depuis plus de trente ans dans les munitions. Avec sa barbe, ses lunettes, sa blouse bleue et son franc-parler, il nous reçoit devant le robot qui prépare les corps d'obus, la partie métallique fuselée dans laquelle seront ensuite placés les explosifs.

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Mais pour lui, la machine atteint ses limites de production. En 3/8, cela veut dire 6 jours sur 7, 24h sur 24. L’outil industriel fonctionne déjà à plein régime, il faut donc envisager autre chose. "La solution est très simple : on est en train d’acheter une deuxième machine, on double la machine et on la triplera s'il faut. Les autres ateliers devront, eux aussi, accélérer. Car il ne suffit pas de fabriquer des obus vides, il faut ensuite les remplir d’explosifs. Mais difficile de savoir comment la production d’explosifs va accélérer, tant le sujet est sensible. "On regarde pour s’adapter à la demande, on a la possibilité de produire plus. Mais je ne vous dirais pas comment", consent à peine à dévoiler le chef de production Jérôme Druon. Le secret fait aussi partie de l’industrie militaire.

Sécurité et Procédures

Comme les bâtiments de La Chapelle accueillent des poudres hautement explosives, la sécurité est un enjeu majeur : 700 tonnes d'explosif sont réparties sur le site, en moyenne. Outre les merlons censés détourner le souffle d'une explosion, les installations sont toutes très espacées. Certains bâtiments sont conçus comme des bunkers, l'atmosphère y est contrôlée.

L'ensemble de l'activité, classée Seveso III, est soumise à quelque 7 500 normes et réglementations, selon le directeur du site.

Si la plupart des opérations sont automatisées et tournent en « 3 x 8 », certaines actions nécessitent un savoir-faire tout particulier. Sur les obus les plus précis, par exemple, la poudre est compressée selon un procédé spécifique et très contraignant, qui implique de comprimer les granules de matière explosive à 2 000 bars (l'eau sort de votre robinet à 2 bars, 150 bars pour un nettoyeur haute pression).

L'Histoire Réutilisée : La Culasse du Cuirassé Richelieu

Pour cela, l'entreprise a eu l'idée de récupérer la culasse (là où l'on charge l'obus et la charge propulsive) d'un des huit canons de 380 mm du cuirassé Richelieu, fierté de la marine française lancé en 1939 et désarmé en 1967.

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La culasse d'un canon de 380 mm de l'ancien cuirrassé Richelieu utilisée pour comprimer les charges explosives : une fois chargée avec les paquets de granules d'explosif et refermée, celle-ci est mise sous pression pour les comprimer et assurer une parfaite homogénéité des charges, gage de qualité.

Lorsqu'on lui demande s'il pourrait produire davantage, l'ouvrier pyrotechnicien, incollable sur la pièce historique qu'il manie, nous souffle qu'il « en reste d'autres en Bretagne ou dans des musées ».

Qualité et Précision

Mais cela ne concerne que les obus les plus haut de gamme, la plus grande partie des munitions étant produite selon des procédés moins techniques et plus rapides, notamment les munitions de moyen calibre (de 20 mm à 40 mm). Dans tous les cas, le processus de fabrication normé et très exigeant garantit un très haut niveau de qualité alliant précision, sûreté et efficacité. Un obus de Caesar est capable de tomber dans la surface d'un demi-terrain de football à 40 kilomètres.

Hervé Le Breton insiste sur la technicité du moindre obus produit sur le site. « Il faut se rendre compte, tout ça va subir une énorme accélération au moment du tir, passer de 0 à 900 mètres seconde d'un coup, en quelques mètres, et quand même fonctionner », s'émerveille-t-il devant un panneau détaillant le mécanisme de neutralisation automatique d'une munition de 25 mm, dans le cas où elle n'atteindrait pas son but.

Défis et Perspectives

Pour répondre à l'économie de guerre, l'entreprise a décidé d'augmenter ses stocks et ses capacités de production : elle réfléchit notamment à réintégrer à La Chapelle la peinture des obus, qui nécessite aujourd'hui un aller-retour des munitions à Tulle entre deux étapes industrielles.

Mais les facteurs limitants ne sont pas forcément sur les cadences de production. Frantz Caillau, directeur de Nexter Arrowtech (la filiale « munitions » de l'entreprise), insiste sur les goulets d'étranglement des fournisseurs : « Dès le déclenchement de la guerre, tout le monde s'est rué sur les poudres. Nous nous fournissons en Europe, notre sous-traitant Eurenco, va réintégrer sa production sur le territoire national, mais les matières premières font encore l'objet d'une rude compétition », explique-t-il.

En Europe, Nexter fait face à 14 producteurs dans 11 pays différents, dont certains beaucoup plus gros, comme l'allemand Rheinmetall. Sur d'autres produits, comme l'acier, le munitionnaire reste un « petit » client des aciéries, bien qu'il commande des alliages haute performance qui nécessitent des savoir-faire très spécifiques.

« Pour augmenter nos capacités, il nous faut de la visibilité sur plusieurs années », plaide Frantz Caillau, saluant toutefois la décision de mettre en place des commandes pluriannuelles pour l'armée française consacrée dans le projet de loi de programmation militaire 2024-2030 récemment présenté.

Parmi d'autres gros programmes, l'Union européenne a lancé fin mars une initiative visant à fournir 1 million d'obus à l'Ukraine d'ici à la fin d'année, en prélevant sur les stocks nationaux et procédant à des achats groupés.

Personnel et Formation

Au-delà des matériaux, une telle industrie de pointe ne tourne pas sans personnel très qualifié. « Il faut au moins un an et demi pour former un nouveau salarié, et près de dix ans pour en faire quelqu'un de complètement polyvalent », détaille Hervé Le Breton. La guerre en Ukraine et la visibilité du matériel Nexter sur le terrain ont permis de dynamiser les recrutements, nécessaires pour augmenter les cadences, mais la formation manque toujours.

Tableau Récapitulatif : Production et Objectifs

PériodeProduction AnnuelleObjectif
Avant Février 202240 000 obusN/A
2024 (Prévu)Augmentation de 50%N/A
2025 (Prévu)Doubler la production (par rapport à début 2022)Répondre à la demande

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