La vie est une lutte où l'on apprend à se battre, dit un proverbe danois. Dans le dictionnaire Proverbia latina publié en 1908, un proverbe latin nous donne ce conseil : Il faut, non pas pleurer sur son malheur, mais se battre pour en sortir.
Un proverbe des Chinois de la Mongolie nous explique que : Si l'on attache un battoir à une hampe de drapeau, un bâton heurte l'autre. Explication : Se dit de deux individus, deux mauvais coucheurs, qui se sont pris de querelle et qui ne veulent de part et d'autre faire aucune concession.
Si vous appréciez les anciennes expressions françaises, dans le Dictionnaire du bas-langage publié en 1808, il est écrit : Le dos lui démange. Explication : Signifie qu'il fait tout ce qu'il faut pour se faire battre, se faire corriger. Autre expression : Il faut battre aux champs. Explication : Ancienne expression pour dire qu'il faut s'esquiver, prendre la fuite, se sauver à toutes jambes. Et celle-ci : Autant vaut bien battu que mal battu.
Au cœur de cet article se trouve un proverbe coréen : « Ne bande pas ton arc, si ton carquois est vide ». Ce dicton simple mais profond met en lumière l'importance cruciale de la préparation avant l'action.
Ce proverbe signifie qu'il ne faut pas se préparer à agir si l'on n'a pas les ressources nécessaires pour mener à bien cette action. C'est une invitation à la prudence et à l'évaluation réaliste de ses moyens avant de s'engager dans une entreprise.
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Les opérations préparatoires sont celles qui rendent l’action possible ou qui la facilitent ou encore celles qui rendent possible ou facilitent son exécution. Essayons de distinguer parmi elles l’élimination des obstacles, l’élaboration préliminaire du matériau brut et des ressources techniques, la disposition de l’acteur et l’élaboration d’un plan.
Le déblaiement du terrain où doit s’élever un immeuble est un exemple de suppression d’obstacles. À ce propos, notons une erreur fréquente dans la façon de procéder, critiquable du point de vue de l’économie des actions.
Très souvent, en déblayant des déchets sur un site, nous détruisons un élément qui pourrait être utile. Parfois, la faute en incombe à l’automatisme, par manque de réflexion, par paresse ou par routine. Parfois, nous estimons à tort qu’il ne vaut pas la peine de compliquer l’enlèvement global des gravats en s’efforçant d’en protéger certains fragments.
Parfois, nous procédons ainsi parce que nous ne savons pas conjuguer nos efforts pour enlever les déchets avec le souci d’en garder ce qui peut être utile. Mais il arrive aussi que nous commettions, sans doute plus ou moins consciemment, une erreur de raisonnement en confondant l’objectif d’élimination de la structure globale de l’objet encombrant, avec l’objectif d’élimination des seules parties gênantes.
Quand un plan est un échec, on le jette à la poubelle, y compris les annexes. Quand un professeur a mal utilisé l’espace du tableau, il efface le tout, alors qu’il aurait pu en garder une partie. Les hommes ont bien souvent confondu, dans le passé, l’élimination d’un mouvement contestataire, dans le but de former une société homogène, avec la liquidation physique de ses membres.
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En effet, des idées pertinentes viennent spontanément à l’esprit de quiconque y est globalement préparé. Celui qui a une bonne connaissance pratique du rythme et de la rime s’exprimera aisément en vers à la demande.
Le sens de la formule citée se résume ainsi : une préparation préalable conditionne la possibilité d’accomplir une action. Cette généralisation peut paraître un peu trop téméraire ; peut-être existe-t-il des cas d’improvisation absolue, mais ces derniers restent, sans aucun doute, de rares exceptions.
La pratique quotidienne confirme le rôle décisif que joue la préparation dans le développement de toutes sortes de spécialisations et permet de formuler la recommandation suivante (c’est d’ailleurs une application du principe d’anticipation) : au moment d’entreprendre une action, il faut faire en sorte que cette action soit entièrement préparée ; il ne faut pas, par exemple, se mettre à faire ses bagages au moment du départ.
Ne ménageons donc ni le temps ni l’effort pour accomplir des actions préparatoires, sauf, évidemment, ce qui peut être une préparation à des actions réputées irréalisables ou qui ne peuvent pas être envisagées sérieusement ; par exemple, une accumulation excessive de provisions.
Pour ce qui concerne le matériau brut, il doit être, d’abord, livré au bon endroit ; par exemple, il faut transporter les briques nécessaires à la construction de manière à ce que le maçon puisse facilement les utiliser. Ensuite, ce matériau, avant d’être soumis à transformation, doit être passé par différentes étapes, être un produit semi-fini (nous entendons par là un matériau qui n’est pas entièrement façonné, donc qui n’est élaboré qu’en partie par rapport à l’objectif de la transformation).
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Dans certaines villes du monde civilisé, les ménagères ont la tâche facilitée par le fait que les fournisseurs livrent à la maison des produits préparés, par exemple de la viande sous forme de côtelettes prêtes à être grillées, du lait pasteurisé propre à la consommation immédiate sans être bouilli. Pour ce qui concerne le matériel, il faut également l’acheminer sur place et le préparer à l’emploi, mais, avant tout, il faut le produire.
On entend, sous la dénomination générale de montage, des opérations entrant dans le cadre de la préparation, comme l’assemblage d’un appareil à partir des pièces livrées et sa mise en service qui rend possible une utilisation facile (la place d’un téléphone est importante pour qu’il soit fonctionnel). En plus, il faut effectuer une série d’opérations d’entretien de l’appareil, comme le nettoyage, le graissage ou bien des réparations.
Le besoin d’acheminement sur place est commun au matériau brut et au matériel. Le transport peut être plus ou moins bien effectué. Il peut être plus économique, plus rapide (c’est-à-dire plus économe en temps). Il occasionne aussi des dommages plus ou moins importants. On connaît, par exemple, le souci qu’ont les marins de conserver dans un état de fraîcheur le produit de la pêche, en dépit d’un long transport maritime.
Pourtant, la préparation des matières premières, des outils, des locaux n’est pas suffisante. Le sujet agissant doit se préparer lui-même, acquérir la force, le savoir, l’efficience pratique convenables. Au moment où il lui faut exercer l’impulsion lui permettant d’atteindre un but, le sujet agissant doit se tenir entièrement prêt (en anglais, on dit d’une manière très concise : to be fit).
Se tenir prêt dans les cas exigeant une mobilisation de toutes ses ressources (dans ces cas-là, mais aussi dans les cas exigeant une mise en condition préalable) comprend nécessairement outre les aspects de la préparation déjà cités, la décision d’exercer l’impulsion nécessaire au moment propice. Doivent ainsi se tenir prêts un soldat prêt à agir au commandement, un chasseur à l’affût, un coureur qui n’attend que le signal du départ pour s’élancer, un anesthésiste prêt à injecter un produit dès que la demande lui en sera faite par le chirurgien.
Nous nous intéressons, avant tout, aux conditions de l’acquisition de l’efficience. Les directions dans ce domaine se résument probablement à trois : reprendre les exercices d’entraînement spécifique, graduer les difficultés de ces exercices, à un certain niveau, stimuler l’individu qui s’entraîne pour qu’il dépasse les compétences acquises sous réserve d’un nouvel effort.
Il faut, d’ailleurs, faire remarquer la vertu des pauses qui permettent le développement inconscient et la fixation des efficiences acquises. C’est en hiver que nous apprenons à nager et en été que nous apprenons à patiner.
Rappelons aussi qu’il est recommandé de se proposer et de proposer aux autres des tâches exigeant de surmonter certaines difficultés, non seulement parce que cela pousse à augmenter l’efficience en tant que disposition durable, mais aussi - entre autres - parce que cela fait augmenter l’efficience immédiate en dynamisant le sujet-acteur, qui redouble d’effort et accroît son niveau de vigilance.
Ainsi, par exemple, on observe souvent que les dactylos recopient mieux des textes plus difficiles que des textes faciles. On peut donc dire paradoxalement qu’il n’est pas toujours plus facile d’effectuer un travail plus simple.
Par exemple, cette déclaration, authentique si l’on en croit la presse, d’une femme tisserande émérite : « En 1938, je suis passée à seize métiers à tisser et jusqu’à aujourd’hui, avec de petites interruptions je sers autant de machines. Mais un jour, à cause des travaux de réfection, je suis passée, pour quelques jours, au travail sur huit métiers ; je me suis sentie beaucoup moins à l’aise ».
Le conseil de Mickiewicz : « Adapte tes forces à ton but » peut être un guide d’actions qui façonnent une efficience de plus en plus grande (pourvu qu’on n’oublie pas alors qu’il faut de toute façon adapter aussi « le but à ses forces »). Contre toute attente, John Stuart Mill répond à l’appel du poète en écrivant : « Un élève de qui on n’exige jamais rien de ce qu’il ne peut pas faire, ne fera jamais tout ce qu’il peut ».
Ces préceptes sont bien connus des pédagogues, par exemple, des professeurs de musique ou de langues. Dans les progrès de la technique de l’entraînement apparaît le passage de la simple imitation des meilleurs à des exercices plus personnalisés. C’est le cas, par exemple, de l’enseignement des langues.
Le procédé, naturel, pour ainsi dire, consiste à essayer de parler comme parlent les gens rompus à cette langue. En revanche, l’école produit des recueils de textes à traduire, spécialement choisis ; elle exige d’apprendre par cœur des modèles de déclinaison et de conjugaison et d’appliquer le savoir grammatical à des problèmes linguistiques préparés à cet effet.
Le dépassement de la simple imitation est sans aucun doute un pas important sur la voie des progrès dans l’apprentissage, mais malheureusement, c’est aussi souvent l’origine de la routine scolaire qui maintient des formes dépassées sous prétexte de leur nécessité didactique.
L’extension trop poussée des exercices de la casuistique du syllogisme traditionnel dans l’enseignement de la logique en est un exemple, comme la persistance d’une énorme quantité d’exercices en latin, alors que cette langue a déjà perdu son rôle de véhicule principal de la culture humaniste.
Les exercices préparatoires requièrent très souvent un matériel spécial ; par exemple, ce qu’on appelle les « fournitures scolaires » comme des tableaux noirs, des globes terrestres, instruments de laboratoire. Leur caractère utilitaire facilite la réalisation des objectifs des exercices.
On économise des actions quand on effectue des exercices en utilisant des matériaux de substitution. Les tailleurs débutants n’apprennent pas la coupe des robes sur le matériau utilisé pour la fabrication des vêtements mais sur des morceaux de papier, et les sculpteurs s’exercent à façonner des blocs en se servant de l’argile, avant de passer à la taille du marbre.
De même, les dentistes s’exercent sur les mannequins dans l’extraction des dents, et les chirurgiens acquièrent une pratique d’incision des tissus du corps humain en s’exerçant sur des cadavres.
Ce qu’on a dit sur les manières d’acquérir de l’efficience peut être aussi attribué aux démarches ayant pour but de développer chez le sujet agissant une force adéquate, par exemple sa force musculaire. Celui qui veut arriver à soulever de grands poids, fait plusieurs essais en soulevant des objets de plus en plus lourds, en veillant à la progression du nombre de kilos et, une fois parvenu à soulever un poids déterminé, il s’efforce de soulever un poids auquel il ne pouvait pas se mesurer jusque-là.
Passons aux formes que prend la préparation de l’acteur en matière de connaissance. C’est un domaine extrêmement large. Un proverbe dit qu’il faut voir la route avant d’y mettre le pied.
Nous nous intéresserons d’abord à la modification de l’état des connaissances qu’entraînent chez l’acteur l’élaboration d’un plan. La planification en tant qu’élaboration d’un plan, autrement dit la programmation de l’action, est, en même temps, une préparation en tant qu’élaboration d’un support technique, si l’on élabore un plan sous la forme d’un graphique ou d’un texte.
Nous obtenons alors un modèle visible et tangible de l’action. Pourtant, avant que ce modèle ne se forme, il faut qu’une « image » du plan naisse, comme on dit, « dans la tête » du planificateur. Ainsi, le planificateur lui-même doit en quelque sorte se former psychologiquement. Il se formera convenablement s’il a une bonne conception du plan, s’il imagine un plan correct, s’il imagine de manière adéquate à quoi ressemblerait un graphique ou un autre projet visible et tangible.
Rechercher les conditions d’une bonne préparation nous oblige alors à prendre en compte les signes caractéristiques d’un bon plan au sens de modèle élaboré et identifiable, et indirectement, de sa bonne conception.
Le plan doit d’abord être conforme au but, c’est-à-dire qu’il doit être utile au but en fonction duquel il a été conçu. Par exemple, un plan de voyage est correct si, en le suivant, on arrive à l’endroit et à l’heure où on avait l’intention d’arriver. Un itinéraire qui proposerait un accès facile jusqu’au lieu d’un congrès mais en empruntant des moyens de transport si lents qu’on arriverait après le congrès, serait incorrect ; ou encore celui qui recommanderait un changement de train qui ferait arriver après le départ du second train.
Dans le dernier cas le plan non seulement ne serait pas conforme au but, mais il serait de surcroît impossible à exécuter. Les conceptions utopiques du développement des rapports sociaux, qui ne sont pas fondées sur des bases scientifiques, ont ce défaut.
Par exemple, les projets naïfs proposant d’enrichir chacun en imprimant de grandes quantités de billets de banque et en les distribuant en abondance ou bien en incitant l’ensemble des gens riches à pratiquer la philanthropie de la manière la plus active.
Dans d’autres cas, le produit dont il constitue le modèle (par exemple, l’immeuble dans le cas d’un plan d’immeuble), peut être plus ou moins économique dans son exploitation. Voici un exemple d’une méthode plus économique et d’une autre qui l’est moins, pour planifier l’itinéraire d’un voyage en train à partir de la localité A, en passant par la correspondance B, jusqu’à la localité C.
Le procédé le moins économique consiste à étudier dans l’indicateur les trajets de cinq trains (partant tous de A dans la direction de B), et à constater que les quatre premiers n’ont pas de correspondance avec C et à ne trouver cette correspondance que pour le cinquième. Chercher des trains allant de B à C est le procédé le plus économique puisque l’on constate qu’il n’y en a qu’un.
Cela implique nécessairement le choix du train de A à B qui a une correspondance avec lui. Autre exemple : l’élaboration d’un emploi du temps dans une école pour la prochaine rentrée. Ce travail serait très fastidieux si l’on recueillait les demandes en matière d’organisation des horaires des disciplines d’enseignement selon les vœux des professeurs et si l’on essayait, les unes après les autres, toutes les possibilités qui les prendraient en compte, pour arriver, à la fin, à définir la formule où il y aura le moins de contradictions et tenter d’éliminer ces contradictions en consultant les professeurs.
Le plan qui prendra comme point du départ l’emploi du temps de l’année précédente proposera des aménagements en fonction des préférences exprimées et supprimera les chevauchements d’horaires signalés procédera d’une façon plus simple. Il n’est pas étonnant que cette deuxième méthode soit plus pratique que la première, car elle prend en compte la recommandation déjà évoquée d’économiser les actions, recommandation qui non seulement préconise l’élaboration d’un plan mais est également importante pour les autres opérations.
Nous pensons à cette directive qui veut que l’on prenne pour matériau brut celui qui exige le moins de transformations.
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