L’idée d’une arme de défense personnelle ayant une capacité offensive certaine (supérieure au pistolet) est souvent vendue comme un concept nouveau, avec l’apparition sur le marché et dans la culture populaire d’armes du type H&K MP7A1, ou encore du P90 de la Fabrique Nationale. En réalité, c’est loin d’être nouveau comme concept et l’un de ses ancêtres directs de cette catégorie d’arme est lui aussi loin d’être nouveau. Cette arme, c’est l’US M1.
Les armes de poing utilisées pendant la première guerre mondiale avaient avant tout un usage défensif à courte distance. Mais, déjà au sortir de la première guerre mondiale, les USA songeaient à s’équiper d’une arme ayant plus de portée pratique que le Colt 1911 dont le gros 45 acp avait été justement conçu pour cette défense immédiate. En effet, quelles que soient les capacités du tireur, l’arme de poing est bien trop limitée dès qu’on dépasse les quelques mètres sur le terrain. Mais ces mêmes américains donnèrent in fine priorité à un projet encore plus urgent et ambitieux : doter chaque soldat d’une arme semi-automatique ayant les capacités d’un fusil à verrou pour le combat d’infanterie standard. Et être les premiers au monde à le faire.
Le M1 Garand, entrée en service dans l’armée américaine depuis 1936 (mais plus qu’au compte-gouttes!) correspond à un usage de combat dans la zone 300 / 1200 mètres mais il possède un gabarit très imposant (plus d’un mètre et près de 5 kg chargé). Absorbé par le très long et très itératif développement du M1 Grand, le projet d’arme courte semi automatique de défense individuelle n’est plus considéré comme prioritaire et aucun financement de recherches ne lui fut attribué.
Ce sont paradoxalement les opérations aéroportées du Blitzkrieg en Belgique et en Hollande qui remettent en avant la nécessité d’une telle arme. Les américains sont fort impressionnés par les attaques d’infanterie sortie de planeurs venant frapper directement derrière les lignes amies par surprise. La décision de se lancer à la recherche d’une arme d’épaule appropriée est prise dès le 15 juin 1940 par le secrétaire à la Guerre des États-Unis et un cahier des charges est rédigé.
Ce cahier des charges extrêmement précis, où étaient aussi pris en compte les futurs détails physiques et de fonctionnement, les organes de visées et accessoires de l'arme à construire, fut rédigé le 1er Octobre de l'année 1940 et envoyé à vingt-cinq soumissions possibles. La nouvelle carabine aura les caractéristiques suivantes:
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La possibilité de garder l’arme à la bretelle en permanence est tout aussi requise, tout comme le fait d’utiliser une cartouche similaire au calibre .32 Winchester Self Loading (.32 WSL), cartouche précédemment utilisée dans des armes comme la Winchester 1905.
Au même moment, la firme Winchester mettait au point la munition en étroite collaboration avec le service du matériel de l'US-ARMY. C'est tout naturellement qu'on s'aperçut que la série des cartouches de carabine Winchester semi-auto pouvait servir de base à la future munition (32 WSL - 35 WSL - 351 WSL - 401 WSL).
Voici les caractéristiques de la munition développée :
La date limite de la soumission qui avait été fixée pour la présentation des armes était le 1° Février 1941. Des difficultés dans la fabrication des cartouches eurent pour effet un report d'échéance au 1° Avril puis au 1° Mai de l'année 1941.
C'est en mai 1941, que les 250.000 munitions destinées aux essais sont prêtes, la maison Winchester les a fabriquées. Les prototypes présentés par les différents fabricants sont là et les spécialistes du Service du Matériel US vont procéder aux essais.
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Sont présents les représentants de l'infanterie, l'artillerie, les blindés, la cavalerie (Il y a encore des chevaux dans l'armée Américaine en 1941), c'est à dire tous les services qui vont avoir besoin de cette nouvelle carabine. Les armes sont examinées et sur les vingt-cinq entreprises contactées, neuf seulement ont répondu à cet appel d'offres.
Les neuf carabines présentées étaient :
Sur les neuf carabines présentées, sept furent soumises aux essais pratiques qui eurent lieu sur le terrain de Tir d'Aberdeen, dans l'état du Maryland. Deux armes avaient été délibérément écartées dès le début, celles de White et de Simpson, car leurs caractéristiques étaient trop éloignées du cahier des charges. Les essais eurent lieu du 08 Mai au 31 Mai de l'année 1941, trois jours étant consacrés à chaque arme. Par la suite des essais complémentaires furent effectués sur certains modèles au mois de Juin.
A l'issue de cette confrontation, seulement deux armes furent retenues :
Les inventeurs furent invités à y apporter des modifications et à les présenter à une nouvelle séance d'essai dont la date fut fixée au 15 Septembre 1941.
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Un concurrent de taille se lance dans la compétition et c'est le 08 Avril de l'année 1941 que Winchester présente une arme qui est plus une maquette qu'un prototype. Présenté par Edwin Pugsley, le modèle en question est d'une grande rusticité, constitué d'éléments soudés et brasés.
Favorablement impressionnée par la conception de cette arme, la commission invite Winchester à réaliser un prototype digne de ce nom et à le présenter aux prochains essais.
C'est donc en Septembre 1941, que les essais officiels reprennent avec :
Pendant ce temps d'autres fabricants sont revenus à la charge avec des armes améliorées par rapport à celles qui ont été essayées auparavant :
Et à la veille de la date limite de présentation Winchester arrive avec le nouveau prototype.
Pendant trois jours des essais d'une sévérité extrême, seulement deux concurrents sont en liste, Springfield et Winchester. La commission finira le 22 Octobre 1941 par recommander à l'unanimité, l'adoption de la carabine Winchester moyennant quelques modifications mineures.
L'appellation officielle de cette arme sera désormais : CARBINE - CALIBER 30 M 1 - et sa mise en fabrication fut déclarée prioritaire.
Il est bon de savoir que pendant la guerre plusieurs fabricants essaieront en vain de proposer un remplaçant éventuel à la carabine M 1 :
Après toutes les péripéties administratives, c'est le 24 Novembre 1941, que Winchester reçut commande de 350.000 armes et c'est à la maison Inland Division of General Motors que l'armée commanda les 336.698 exemplaires suivants. Ayant fabriqué les prototypes de Hyde-Bendix, ce n'était pas un hasard que "Inland" fût choisi pour la fabrication de cette carabine.
La société "Inland" avait bien sûr, pris des dispositions, pour une éventuelle production en série de la carabine US 30 M 1. Chacune de ces deux sociétés devait assurer une production journalière de 1000 carabines.
La suite des événements tragiques de la Guerre du Pacifique allait vite démontrer que ce chiffre était loin d'être suffisant puisqu'en Février 1942, le besoin exprimé en carabine M1 s'élève à 1.098.494 pièces, uniquement pour la seule 'année 1942.
Il fut donc décidé de trouver d'autres fabricants et le gouvernement achète à Winchester la licence de production pour la somme de 886.000 dollars (Somme très confortable à cette époque pour un brevet).
C'est donc le 25 mars 1942 que l'accord est signé et c'est à partir de cette date que les besoins en carabines US-M1 seront désormais croissant.
Pour pouvoir coordonner toute la fabrication de la carabine US-M1-A1, il fut créé un service qui porterait le nom de "Carbine Industry Integration Committee" et serait chargé d'assurer la liaison entre les fabricants.
Une dizaine d'entreprises avaient effectivement signé des contrats avec le gouvernement et on ne dénombrait pas moins de 1600 sous-traitants. Ils assuraient généralement la fabrication d'armes, mais il y avait parmi eux des sociétés de construction mécanique qui , avant le conflit fabriquaient du matériel dans des domaines aussi divers que les machines à écrire, le matériel de bureau, les machines à coudre, les accessoires pour automobiles, les machines à affranchir le courrier, la quincaillerie, l'électroménager, etc...
Presque toutes les carabines M1 auront le marquage suivant permettant d'identifier la provenance.
CARBINE .CAL. .30 M 1........................CAL.
À l'arrière de la carcasse, entre le pied de hausse et le chanfrein, la raison sociale de la société qui a assuré le montage de l'arme. Ce nom correspond à celui des entreprises contractantes de la liste ci-dessus. Il est aussi suivi du numéro de série.
WINCHESTER ...........................INLAND DIV .............................UNDERWOODROCK OLA ...............................QUALITY H.M.C .........................POSTAL METERCOMMERCIAL ......................IRWIN PEDERSEN .....................SAGINAW S.G/C CONTROLS ............................... .S.T.D. PRO. ...................................I.B.M. CORP.
Cette carabine semi-automatique fut l'arme américaine la plus produite durant la Seconde Guerre mondiale. Elle fut conçue a priori pour équiper des artilleurs, mitrailleurs, commis, cuisiniers, manutentionnaires. Acceptée en 1940, l'arme a une apparence miniaturisée d'un Garand mais son mécanisme était différent. Il s'agit d'un système à gaz actionnant un piston à recul court. L'arme était parfaitement équilibrée et facile à pointer. Cependant, son plus grand défaut tient à la munition utilisée qui n'avait pas un grand pouvoir d'arrêt.
Les Allemands apprécièrent cette carabine courte car elle allait dans leur théorie du fusil d'assaut. Après la guerre, cette arme fit partie des commandes de base d'armes fournies aux "amis" des USA, notamment des Sud-Coréens et Sud-Vietnamiens. La version civile de cette arme était disponible pour usage de police. Elle fut aussi utilisée telle quelle par les civils aux USA, Canada et en Amérique du Sud sous certaines restrictions.
Malheureusement, l’Ordnance Corps en charge de tester/adopter la nouvelle carabine fait preuve de malchance. Les armes proposées sont tellement inappropriées qu’on attend Winchester qui, pour diverses raisons, est arrivée très en retard aux essais.
Winchester finit par soumettre aux essais un prototype de fusil M2, tiré de leur concurrent malheureux au projet de fusil semi-automatique M1 (gagné par Garand) et dont la taille a été réduite. Fusil qui chambrait initialement la grosse cartouche de .30-06, difficilement envisageable dans une petite semi-auto.
L’idée venait du Major René Studler, patron de l’Ordnance, qui voyant que les essais se passaient mal, était allé de son propre chef trouver les équipes de chez Winchester pour les appeler au secours.
Winchester monta donc fissa une équipe d’ingénieurs comprenant notamment Ed Browning, le demi-frère de John Moses Browning, et le fameux David « carbine » Marshall Williams, personnage fantasque, inventeur très doué dans le semi-auto, et embauché par Winchester lors de sa sortie … de prison pour meurtre (!) sur intervention personnelle de Studler! L’Amérique de l’époque était un pays un peu dingue. De cette dinguerie sans préjugé, totalement orientée vers l’objectif, qui pourrait se résumer à « N’importe quoi pourvu que ça marche ! Débrouillez vous ! Et c’est ce piston, bien plus simple que le système Garand, qui sera utilisé dans le prototype final.
Pour ce qui est des différences / similarités avec le M1 Garand, la culasse du fusil M2 expérimental reprend en revanche exactement la cinétique de celle de son grand frère.
Une des raisons pour lesquelles Winchester était arrivé à la bourre pour les essais est surtout … qu’on ne leur avait pas demandé d’y venir ! On leur avait juste demandé de concevoir une cartouche à partir d’une des rares cartouches pour semi-automatique léger déjà existante à l’époque et qui justement sortait déjà de chez Winchester, la fameuse .32 WSL (Winchester Self Loading). Ce sera la fameuse cartouche M1 ou « .30 carbine ».
Pour éviter les foudres immédiates de Mac Arthur qui s’était comme souvent mêlé de choses en dehors de sa compétence en exigeant le maintient coûte que coûte de la 30-06 springfield pour le M1 Garand (alors qu’une cartouche plus réduite aurait été mieux adaptée et aurait facilité grandement la mise au point du Garand) , on en resta prudemment à un projectile en 7,62 pour faire comme et ne dire que cela. C’était du 7,62, du 7,62 quand même. Mais on l’ajusta sur un étui sensiblement plus court. En le faisant pousser par encore 110 grains au lieu de 165 et surtout avec une poudre renouvelée. La .30 était née.
Bref Winchester eu rapidement un fusil et une cartouche à soumettre à de nouveau essai. A vrai dire, le tout premier prototype chargé en .30 ne fut pas beaucoup plus concluant que ceux des autres concurrents. Williams, subitement bombardé chef de projet, revu donc sa copie et, lors du second essai de la version améliorée, l’arme fonctionna absolument parfaitement.
La production de l’arme fut répartie entre 9 fournisseurs officiels durant la seconde guerre mondiale (pour la plus grande joie des collectionneurs d’aujourd’hui), totalisant 6 millions d’exemplaires produites en seulement 3 ans et 2 mois.
Plus étonnant encore, Winchester est la seule des 9 firmes qui avait un savoir-faire en matière de production d’armes à feu avant le début de production ! Cela veut dire que la carabine M1 était la toute première arme produite par des entreprises qui produisaient usuellement des machines-outils, des ascenseurs, des juke-box, des casseroles ou des calculatrices comme IBM… Aucune expérience. Et pourtant.
Après la seconde guerre mondiale, les carabines M1 survivantes furent retournées aux États-Unis où elles sont inspectées et restaurées en arsenal. Les pièces furent abondamment mélangées aussi et trouver une USM1 pur jus 2° WW est aujourd’hui une gageure.
Beaucoup restèrent aussi dans les pays où ces armes avaient été envoyées avec leurs porteurs durant le conflit et commencèrent à équiper les forces alliées des USA. Cinq ans plus tard, l’arme désormais doté d’un tenon de baïonnette, jouera un rôle majeur, cette fois lors du conflit coréen. Elle deviendra également iconique dans les mains des forces françaises en Indochine.
De fait, la carabine M1, arme normalement destinée à la seconde ligne, du fait de ses grandes qualités en combat rapproché, de sa maniabilité et de son tir très agréable, passera souvent en dotation de première ligne au front. Cela a soulevé beaucoup de critiques, souvent exagérées, et souvent encore répétées dans les Clubs de tir contemporains bien plus que par les acteurs de l’époque.
Des balles auraient été arrêtée dans la doublure des manteaux d’hiver chinois à moins de cent mètres! La USM1 serait un « jouet » à la puissance de feu enfantine, meilleure en foire que pour affronter les redoutables combats de Normandie. Je caricature à peine.
Certes, sa puissance de feu est relative et le problème ne sera réellement résolu qu’avec le fusil d’assaut mais elle reste extrêmement opérationnelle pour qui ne doit pas tirer à plus de 200/250 mètres, faiblesse à mon sens compensée largement par nombre d’autres de ses qualités. Ce qui est sûr, mais ce fut le cas de nombre d’autres armes à réarmement automatique américaines, elle vécut assez mal le froid glacial des hivers très rudes du conflit coréen.
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