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L'usage des drones d'attaque utilisables à quelques dizaines de kilomètres de leur point de départ, a reçu une illustration spectaculaire depuis le début de la guerre en Ukraine. Les Russes et les Ukrainiens en utilisent en grand nombre et ne manquent pas d'utiliser les images des frappes de précision qu'ils permettent de déclencher.

Dans ce contexte, la France a pris la décision de réagir et la Direction générale de l'armement (DGA) a lancé avec l'Agence de l'innovation de défense (AID) un appel à projet afin que l'industrie leur propose des solutions pour deux modèles de drones d'attaque légers.

Le Projet LARINAE et ses Enjeux

Les capacités opérationnelles recherchées pour le premier engin, appelé Larinae sont les suivantes :

  • La neutralisation d'un véhicule blindé (par impact direct du système ou en délivrant une munition) avec une précision de ciblage métrique.
  • L'autonomie en vol minimale doit être de 60 minutes sur la zone d'intérêt située à 50 km du point de mise en œuvre.
  • Une garantie de mise en œuvre en sécurité pour le(s) opérateurs(s), sans piste ni terrain préparé et sans risque de déni de service ou de prise de contrôle extérieure du dispositif, non sans disposer d'une fonction « robuste » permettant d'informer l'opérateur de l'état du système en cas de non-utilisation.

La DGA demande également des précisions sur les effets contre différents types de cibles (personnel, véhicule léger, blindage lourd, infrastructure, navire…), ainsi qu'une capacité de neutralisation d'une cible en mouvement (environ 50 km/h). Cet engin devra également disposer d'une capacité à percer une fenêtre et exploser à l'intérieur d'un bâtiment.

L'appel à projet précise que le ministère des Armées n'est pas seulement intéressé par des technologies nouvelles; le caractère innovant des propositions pourra consister à « détourner l'usage des technologies existantes ».

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La partie « consommable » (la munition et éventuellement le porteur) ne devra pas dépasser un prix de 200 000 euros. La première démonstration du projet retenu devra intervenir avant le 30 juin 2024.

Le Projet COLIBRI

Les ambitions du projet Colibri sont plus modestes. Cette « munition téléopérée » doit pouvoir voler 30 minutes sur la zone d'intérêt située à 5 kilomètres à partir du point de mise en œuvre. Il est clairement destiné au champ de bataille, pour une section d'infanterie ou un commando de forces spéciales avec « une mise en œuvre facilitée en quelques minutes, sans piste ni terrain préparé, accessible à un opérateur seul sans formation spécialisée ».

Le prix de la partie consommable est dix fois moins élevé que dans le cas du projet Larinae : 20 000 euros au maximum. La DGA précise dans son appel à projets que toutes les candidatures seront appréciées.

EOS Technologie et le Rôdeur 330

La France continue de muscler en silence sa frappe dans la profondeur. Le week-end dernier, lors du forum franco-ukrainien sur les drones à l’Élysée, la pépite française EOS Technologie a dévoilé le Rodeur 330, une munition téléopérée capable de frapper à 500 km.

Les trois armées ont déjà reçu 17 exemplaires de Veloce 330, qui ouvre la voie : aile fixe de 3,30 m, petite turbine, charge militaire de 2,5 kg dérivée de l’obus BONUS et vitesse terminale de plus de 400 km/h pour traiter des cibles blindées à une centaine de kilomètres.

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Le Rodeur 330 reprend cette architecture mais mise clairement sur l’endurance plutôt que sur la vitesse. EOS Technologie remplace le réacteur par un moteur à pistons, porte la charge militaire à 4 kg et vise cinq heures de vol à une vitesse de croisière d’environ 120 km/h, avec un plafond de 5000 m.

Concrètement, l’engin peut tenir en l’air, patrouiller, attendre l’ouverture d’une fenêtre tactique puis frapper un poste de commandement, une batterie sol-air ou un dépôt logistique loin derrière la ligne de front.

EOS affirme par ailleurs qu’une seule station au sol peut contrôler jusqu’à trente Rodeur, avec des trajectoires préprogrammées et un guidage terminal de précision.

Le couple Veloce/Rodeur apporte déjà un début de réponse très concret à ce besoin. Enfin, derrière l’effet d’annonce, une question très opérationnelle se pose désormais à l’armée de Terre et à l’OTAN : comment intégrer, à l’échelle des brigades puis des corps d’armée, des campagnes de munitions téléopérées à 500 km dans la planification des feux et la protection des infrastructures critiques européennes ?

Les Munitions Rôdeuses en Ukraine

La Direction générale du renseignement du ministère ukrainien de la Défense a signalé au mois d’avril l’apparition d’une nouvelle munition rôdeuse russe connue sous le nom de « Banderol », comme le rapporte Forbes.

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Contrairement aux autres munitions rôdeuses de taille similaire, généralement équipées de moteurs à pistons, la particularité de ce drone réside dans l’utilisation d’un moteur à réaction.

Un moteur à réaction qui lui permettrait d’atteindre des vitesses comprises entre 400 et 500 km/h, tout en volant plus haut et plus loin que les munitions rôdeuses, également appelées munitions téléopérées (MTO), traditionnelles.

Cette portée plus importante permet ainsi à la Russie de lancer des drones depuis des zones plus éloignées, réduisant le risque d’attaques ukrainiennes contre des bases aériennes et des sites de lancement comme l’Ukraine l’a fait ces derniers mois.

Elle rend également plus difficile pour l’Ukraine d’anticiper les schémas d’attaque, d’autant que sa vitesse et son potentiel pour divers systèmes de guidage, tels que la navigation GPS/GLONASS, les capteurs électro-optiques/infrarouges ou les capacités de recherche radar, compliquent les efforts de détection et d’interception, comme le précise le magazine spécialisé Army Recognition.

Le prix actuel de ce drone serait similaire à celui du Shahed-136, dont le coût est estimé à 1,4 million de dollars, avance Forbes.

Le Drone Lancet-3

Le petit drone explosif russe Lancet-3 est devenu au fil du conflit un atout notable de l'armée russe, particulièrement contre certains canons fournis par l'Occident, tout en présentant l'avantage d'être rustique et peu coûteux.

Le Lancet est une arme précieuse près du front, où il empoisonne les défenses adverses.

Chargée d'explosifs, elle s'illustre depuis des mois par son efficacité, et sa production semble pour l'instant étanche au régime de sanctions mis en place contre Moscou.

Les performances du Lancet mettent sous pression l'artillerie ukrainienne, notamment certains canons de155 mm fourni par les Occidentaux, les Russes utilisant ce drone "comme une forme de contrebatterie", abonde l'analyste indien Girish Linganna dans la publication Frontier India.

D'un faible coût, estimé entre 20 et 40.000 dollars, "il présente l'avantage d'être peu vulnérable aux moyens de défense" dont dispose actuellement l'Ukraine, souligne Stéphane Audrand.

Le Switchblade Américain

L’urgence opérationnelle poussera-t-elle la France à acheter sur étagère des Switchblade, ces « munitions rôdeuses » américaines ? Ces armes téléopérées (les Loitering Munitions, en anglais) tiennent à la fois du drone téléopéré et du missile guidé visant une cible désignée.

La firme américaine AeroVironment a présenté son Switchblade 300 dès 2012. D’une masse de 2,7 kg au décollage, il a une portée de l’ordre de 10 km et une autonomie de 15 minutes. Ce système téléopéré a été produit à plusieurs milliers d’exemplaires, mais sa charge explosive a vite été jugée limitée.

L’industriel a donc présenté le Switchblade 600 en octobre 2020. La tentation de s’équiper en munitions rôdeuses américaines ne satisfait pas les industriels français qui préconisent une solution souveraine.

L'Intelligence Artificielle au Service des Munitions Rôdeuses

Depuis l’été, l’arsenal de drones quadrirotors FPV (munitions rôdeuses) de l’armée ukrainienne s’est enrichi d’un système capable de prendre le relais du pilote dans la phase de vol finale, soit les derniers 500 mètres jusqu’à la cible.

Le système, baptisé TFL-1, est utilisé pour des frappes dans des zones spécifiques où il est impossible au pilote de maintenir un lien radio avec son drone, à cause du relief ou du brouillage électronique.

« Lorsque nous avons testé le module, nous avons tout de suite constaté qu’il accrochait réellement une cible en mouvement à 400 mètres de distance », raconte le militaire.

Tableau Comparatif des Munitions Rôdeuses

Nom de la Munition Pays d'Origine Portée Charge Utile Vitesse Coût Estimé
Rodeur 330 France 500 km 4 kg 120 km/h N/A
Banderol Russie N/A Comparable au Shahed-136 (40 kg) 400-500 km/h 1.4 million USD
Lancet-3 Russie N/A N/A N/A 20,000-40,000 USD
Switchblade 300 USA 10 km Limitée N/A N/A

Le Hellhound S3 de Cummings Aerospace

La munition rôdeuse Hellhound S3 de Cummings Aerospace a été lancée lors d’un essai le 18 septembre 2025. L’appareil a maintenu une vitesse moyenne de 80 mètres par seconde, soit environ 180 miles par heure.

Le Hellhound S3 est spécifiquement conçu pour les missions de frappe de précision et la lutte contre les drones de groupes 2 et 3, comme les Shahed largement utilisés en Ukraine par l’armée russe.

Cummings Aerospace mise sur l’impression 3D pour accélérer la production, réduire les coûts et modifier facilement les composants selon les besoins.

« Cet essai valide la capacité de vol stationnaire du Hellhound S3 à longue portée », a déclaré Sheila Cummings, PDG de l’entreprise. Elle souligne que la combinaison de portée, de vitesse et de modularité du drone en fait un atout majeur pour les forces armées.

La guerre en Ukraine a démontré l’importance stratégique croissante des drones sur le champ de bataille moderne. Face à ces évolutions, des systèmes comme le Hellhound apparaissent comme des réponses concrètes aux nouvelles menaces.

tags: #munition #rodeuse #ukraine #fonctionnement

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