La piraterie est une activité aussi vieille que la navigation elle-même. Comme l’avait écrit Hubert Deschamps, la piraterie est vieille comme les navires. Si une institution humaine a pu paraitre indestructible, sinon vénérable, c’est bien elle. Sa puissance s’est affirmée dans tous les temps, dans tous les espaces.
Dans les forêts de la frontière sino-tonkinoise, comme sur les confins annamites, les bandes pirates et rebelles bravèrent les forces coloniales qui avaient l’ambition de les maîtriser, de les domestiquer ou de s’en accommoder.
Si une institution humaine a pu paraitre indestructible, sinon vénérable, c’est bien elle. Sa puissance s’est affirmée dans tous les temps, dans tous les espaces. On l’a vu dévaster les civilisations méditerranéennes, affamer les redoutables Romains au moment où la République était à son apogée et régentait le monde. Elle insulta Charles-Quint, maître universel d’un empire sur lequel jamais l’astre solaire ne se couche.
Durant les guerres coloniales des temps modernes et contemporains, la conquête française, pourtant qualifiée de « petite guerre au Tonkin » par les métropolitains, marqua lamentablement le pas au Tonkin et en Annam du fait d’un obstacle quasi insurmontable : la piraterie, véritable bourbier.
L’Annam-Tonkin, depuis des lustres, est la terre d’élection d’une piraterie endémique. Elle se décline sous plusieurs aspects suivant les aires géographiques du pays concerné :
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Les bandes chinoises déferlent toujours sur la région du Yên Thê par les cols de Deo Inh, Deo Cat et Mô Xat. Cette région, durement éprouvée et mise à feu et à sang, les autorités gouvernementales annamites décident de verrouiller le passage des bandes du Yên Thê vers le Delta en construisant, près de Nha Nam, une fortification à la Vauban, la citadelle de Tinh Dao.
Mais, en vain, pirates chinois, notamment les Pavillons Noirs de Luu Vinh Phuc et les Pavillons Jaunes de Hoam Sung Anh et pirates annamites font front commun face à l’armée régulière qui ne cesse de les poursuivre sans jamais les abattre durant toute la seconde moitié du XIXe siècle.
Celle-ci, qui s’appliquait exclusivement au pillard qui court les mers, se trouva, par la suite, généralisée et l’on désigna ainsi, aussi bien ceux qui se rebellèrent contre la domination française que les bandits vivant de rapines et de contrebande, à l’intérieur des terres et sur les côtes. Devant ce fléau généralisé, la France, autant le dire, s’enlisa pour un temps. Elle peina à vaincre ces ennemis aussi furtifs que teigneux car forgés dans les guerres de rapines et de brigandages, activités devenues « leurs usages et leurs mœurs ».
Des centaines de soldats venus de France, secondés par des tirailleurs venus d’horizons divers, perdirent leurs vies, non seulement du fait des pathologies tropicales particulièrement meurtrières mais aussi, sous les embuscades, guet-apens savamment tendus et réalisés par les pirates et rebelles indochinois.
Face aux techniques d’attaque et de défense inventées par les marginaux des confins marécageux et montagneux, les forces françaises ont vécu dans la peur des coups de main et des opérations déclenchés par cette périphérie dangereuse et meurtrière, maîtresse de vastes régions de non-droits, sièges des chefs réputés sanguinaires et courageux, entrés dans les légendes et mythes populaires.
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Dans certains endroits, les troupes françaises opéraient même un net recul face à la détermination des bandes de pirates et de rebelles. C’est dire que la périphérie engagée dans les actes de subversion et de défiance de l’ordre colonial, restait inaccessible.
Détruire ou éradiquer la piraterie, rechercher les racines qui permirent son éclosion puis sa propagation, afin d’en éviter la résurgence et la combattre dans ses origines, telle fut l’obsession cauchemardesque qui agitait profondément une certaine partie de la société française qui ne souhaitait point faillir à ses engagements, à sauvegarder son honneur national, à maintenir son prestige entier, à prouver la vitalité de « son génie impérialiste et colonialiste ».
De fait, l’éradication totale de la piraterie ne pouvait être qu’une œuvre violente qui devait être conduite sur le terrain par les forces armées coloniales.
En 1883, le second gouvernement Jules Ferry avait décidé la conquête effective et définitive de tout le Tonkin. Bientôt, le Tonkin ne sera plus qu’un pays exsangue. Aux traditionnels saccages perpétrés par les pirateries chinoise et sino-annamite sont venus se superposer les combats et les exactions liés inévitablement aux innombrables campagnes de la guerre coloniale entreprise par les troupes françaises.
Au commencement de la campagne du Tonkin dans les années 1858-1862, la piraterie ne fit que croître, les autorités chinoises faisant toute sorte d’avances aux brigands de profession. Auparavant, le métier de pirate n’avait déjà rien d’infamant, c’était un signe d’activité et d’intelligence de la part de celui qui l’exerçait : pendant que le riz croissait, que la patate douce grossissait, l’agriculteur qui avait des loisirs disait tranquillement au revoir à sa femme et à ses enfants et se mettait en mer pour butiner les bateaux pendant la morte saison.
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Plus tard, quand se posèrent avec acuité les revendications territoriales à la frontière, le métier de pirate fut élevé à la hauteur d’une institution nationale, couverte par le drapeau jaune des « Fils du Ciel ».
En Indochine, l’Européen confond indifféremment sous cette appellation de « pirate », non pas seulement les maraudeurs, les détrousseurs de grands chemins, les contrebandiers, aussi bien que les aventuriers de tout ordre qui, cédant à l’appât d’une vie vagabonde et défiant l’impuissance des lois, exercent leurs dépré...
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