Dès le commencement de la Première Guerre mondiale, une arme de petit calibre va démontrer une efficacité redoutable sur les champs de bataille : la mitrailleuse. Cependant, ce type d’arme, par essence lourde, sur affut et donc peu mobile ne se prêtait pas un usage « polyvalent » dans son rôle d’appui de l’infanterie.
Aussi, une arme d’appui dotée d’une « portabilité » appropriée, dont les prémices précèdent la guerre de quelques années (avec par exemple, les fusils-mitrailleurs Madsen ou Hotchkiss M1909, Benét-Mercié) sera au cœur de la recherche et développement pendant et après la Première Guerre Mondiale.
Un DP28 ... fabriqué l'année de Barbarossa ...Dans son huile depuis 75 ans ! Bien content !
Au sortir de la guerre civile, l'Armée rouge ne dispose, en fait de mitrailleuses, que des vieilles mitrailleuses Maxim russes PM1910 dotées de leurs affûts caractéristiques à deux petites roues et de quelques Madsen Model 1902 achetées lors de la guerre russo-japonaise de 1905. Après un essai de Tokarev et de Kolechnikov sur la base de la Maxim, c'est Vassili Degtiarev qui est chargé de concevoir une nouvelle arme automatique.
Sa proposition est une arme originale, qui apparaît en 1926. Elle fonctionne par emprunt de gaz, avec un piston situé sous le canon, le ressort récupérateur est logé autour du corps du piston dans le même tube. L'arme est alimentée par un grand chargeur circulaire de 47 coups, placé à plat sur le dessus. Elle entre en service dans l'armée rouge en 1928.
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Deux autres versions en sont dérivées, l'une pour l'utilisation dans les blindés appelée Degtiareva Tankovy (Дегтярёва танковый) ou DT et une autre pour l'utilisation aérienne, la Degtiareva Aviatsionny (Дегтярёва авиационный) ou DA. Elles se distinguent de la version d'infanterie par l'absence de crosse et l'emploi d'un chargeur de 60 cartouches.
Au cours de la Seconde Guerre mondiale on s'aperçut que l'échauffement du canon lors des tirs prolongés dilatait le ressort récupérateur, tout proche, ce qui menait à des incidents de tir. Le ressort fut alors déplacé dans un autre tube, derrière la culasse, donnant naissance aux versions DPM et DTM ; le DPM recevant en plus une nouvelle crosse triangulaire et surtout une poignée-pistolet.
Après la guerre, une version de la DPM fut transformée pour utiliser des bandes de munitions plutôt que les chargeurs tambour et baptisée RP46. Au début des années 1950, les DPM et RP46 cédèrent la place au Degtiarev RPD. On en retrouvera néanmoins des exemplaires durant la guerre du Viêt-Nam aux mains du Vietcong, qui en reçut de la Chine et de l'URSS. Cette arme rustique est toujours en service dans les années 2010, notamment en Libye et en Syrie.
David Numovich Bolotin, historien soviétique de l’armement, nous raconte dans son excellent livre (malheureusement difficilement disponible…et même objet de spéculation !) « Soviet Small-Arms and Ammunition », que les études Russes sur la conception d’un fusil-mitrailleur, pré-date en réalité la Première Guerre Mondiale, mais que ces projets ont été tout simplement selon ses dires « enterrés dans les archives militaires ».
Ainsi, face à ce besoin, la Russie Impériale aura recours à des armes de conception étrangères, et notamment, à des fusils-mitrailleurs Madsen, Lewis, Benet-Mercier Mle. 1909 et CSRG Chauchat. Le tout, dans des calibres différents…autant dire une joyeuse pagaille logistique. Mais aussi sans doute, une mine d’informations et d’inspirations pour les concepteurs en herbe !
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Héritant de cette situation éclectique et très dégradée par des années de conflits, la première action des Soviétiques sur la voie d’une adoption d’un fusil-mitrailleur indigène sera de commander une « adaptation » de la mitrailleuse Maxim en fusil-mitrailleur.
Ainsi, suivant ce qui deviendra avec le temps une habitude (sans être systématique) en Union Soviétique, différents concepteurs d’armes seront appelés aux planches, dans une compétition dont l’unique but sera d’offrir à la Mère Patrie le meilleur des outils. Ici, les deux élus sont Ivan Nikolaevich Kolesnikov et Fedor Vasilievich Tokarev (le même qui concevra ultérieurement le TT-33 et les SVT 38 et 40).
L’idée est évidemment de mettre à contribution les infrastructures de production des mitrailleuses Maxim, existantes en Russie depuis le début du XXe siècle. De même, l’utilisation d’une conception et de pièce commune est un avantage évident d’un point de vue opérationnel et logistique.
Cependant, si l’idée était séduisante sur le papier, la mitrailleuse Maxim, utilisant un mécanisme de court recul du canon associé à un encombrant verrouillage « par genouillère », ne se prête que difficilement à l’exercice. Les deux fusils-mitrailleurs issus de ces travaux (tous deux refroidis par air et non par eau comme la MG 08/15), les « Maxim-Koleshnikov » et « Maxim-Tokarev », seront évaluées, ce qui conduira le 26 Mai 1925 à l’adoption du fusil-mitrailleur Maxim-Tokarev ou « MT ».
Ce premier fusil-mitrailleur de l’Union Soviétique sera donc sans surprise, profondément imparfait : outre un problème évident de poids et d’encombrement (et ce malgré le choix du refroidissement par air), l’arme ne s’avéra pas particulièrement fiable… Si F.V. Tokarev fera bien des propositions visant à corriger ces problèmes, les solutions envisagées comportaient un désavantage de taille : s’éloignant un peu trop de la mitrailleuse Maxim 1910 réglementaire, elles exigeaient la mise en production de nouvelles pièces et perdaient l’avantage de l’interchangeabilité et de la rationalisation productique, qui était une des principales raisons de faire un portage de la mitrailleuse Maxim en fusil-mitrailleur.
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Ces solutions ne furent donc pas retenues. Le fusil-mitrailleur MT fut tout de même produit à 2450 exemplaires à Tula (dans l’usine fabricant également la mitrailleuse Maxim 1910) entre 1926 et 1927.
Alors que seulement 50 exemplaires du très imparfait MT avaient été produit (et sans doute pas encore intégrés à l’arsenal des forces armées) au 1er Juillet 1926, un rapport du comité d’artillerie stipula très clairement le 31 Juillet de cette même année (soit environ 4 ans après la fin de la Guerre Civile) : « il est devenu évident que l’URSS ne dispose pas d’assez de fusils-mitrailleurs, et que parmi les armes en stock, aucune n’est chambrée pour la cartouche Russe ».
Vassili Alexeïevitch Degtyarev, née à Tula en 1880, commença sa carrière dans l’armurerie en tant qu’apprenti à l’usine de Tula à l’âge de…11 ans ! Il était issu d’une famille travaillant dans la région de Tula, sans doute dans des activités liées à l’armurerie.
À partir de 1906, il travaille avec Vladimir Grigoryevich Fedorov sur la conception d’un fusil automatique. Comme évoqué dans un autre de nos articles, V.G. Fedorov, fut un pionnier de l’armement petit calibre Russe et Soviétique, mais aussi à de nombreux égards, un des mentors de toute une génération de concepteur d’arme.
V.A. Degtyarev conçu sa première arme - un fusil automatique - en 1916. Au dire, de D.N. Bolotin, cette arme utilisait un système associant un emprunt de gaz à une culasse à verrou mobile (parfois qualifier « d’ailettes de verrouillage ») qu’on retrouvera sur ses fusils-mitrailleurs. Il commença ses travaux sur un fusil-mitrailleur de sa propre initiative en 1923.
Se type d’initiative sera en réalité assez courant en Union soviétique et un certain M.T. Kalashnikov commencera sa carrière armurière environ 20 ans plus tard de cette façon, en concevant, de sa propre initiative, un pistolet-mitrailleurPistolet-Mitrailleur More.
Le fusil-mitrailleur de V.A. Degtyarev sera testé en 1924 et sera remarqué pour - nous citons D.N. Bolotin - son originalité, sa fiabilité, sa cadence de tir et sa maniabilité.
De façon assez amusante, il semblerait que le fusil-mitrailleur eut été à cette époque, considéré par certaines autorités en URSS, comme un phénomène de mode plus que comme une avancé tactique. Fort heureusement pour l’URSS, comme mentionné plutôt, cette pensé ne sera pas dominante concernant le fusil-mitrailleur.
Cette même année (1924), V.A. Degtyarev et V.G. Fedorov seront convoqués à une importante réunion organisée par le « Vice-Président du Comité Révolutionnaire Militaire de l’URSS » (заместитель председателя Реввоенсовета СССР), Mikhaïl Vassilievitch Frounze, un des pères de la pensée militaire soviétique de l’époque. Au cours de cette réunion, V.A. Degtyarev se verra encourager dans la poursuite de ses travaux, notamment par l’adjonction de tout moyen nécessaire à cette tâche.
Les effets de cette réunion seront pérennes, malgré le décès de M.V. Frounze en 1925. Ainsi, avec l’aide notable de V.G. Fedorov, mais aussi dans son entourage Georgy Semyonovich Shpagin et Sergueï Gavrilovitch Simonov, le prototype de ce qui aller devenir la « Degtyarev Pekhotiny » (comprendre ici, « le Degtyarev d’infanterie ») sera prêt en 1926.
Si l’arme était résolument moderne dans sa conception (étant notablement plus simple aussi bien d’un point de productique qu’opérationnelle que la vaste majorité des fusils-mitrailleurs produits partout ailleurs dans le monde), l’arme se heurta néanmoins à plusieurs bris de pièces lors des essais qui auront lieu en à partir de septembre 1926 et qui pousseront l’arme dans ses retranchements en termes d’endurance.
On peut noter ici qu’on la voit parfois dénommée « DP-27 » ou « DP-28 » : ses deux appellations n’ont rien d’officiel en URSS mais ont couramment été employées dans la littérature spécialisée. De façon assez amusante (et pour le moins anecdotique), l’appellation DP-27 est plutôt utilisée à notre connaissance par les Anglophones et DP-28, par les francophones.
Au moment de son adoption, la mise en production de la DP avait en réalité déjà commencé à l’usine de Kovrov au cours de l’année 1927, avec une première commande de 2500 armes. Le développement de l’arme ne s’arrêtera pas avec son adoption : au cours de l’année 1928, elle sera améliorée notamment du point de vue de sa durabilité (utilisation de meilleurs aciers, emploi de traitements thermiques mieux maitrisés) mais aussi sur l’interchangeabilité des pièces entre les armes, enjeu crucial pour une arme de guerre, surtout prévue pour une production en grande quantité.
Car c’est bien le cas de la DP : compte tenu des moyens de l’époque, elle constitue bien une avancée d’un point de vue productique, divisant de façon considérable le temps de travail et la matière consommé par rapport à une mitrailleuse Maxim. Attention toutefois à ne pas se méprendre ici : on ne peut pas encore parler d’arme de « production de masse ».
L’arme sera également déclinée en mitrailleuse de char (Degtyareva Tankovy) et d’aviation (Degtyareva Aviatsionny).
Au sein de l’Union Soviétique, le fusil-mitrailleur DP passera glorieusement à la postérité, car il fit partie des armes clefs de la Grande Guerre Patriotique. Construit en nombre conséquent avant même la guerre, son atout tactique et ses qualités en feront une arme de prise de choix, aussi bien par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale (sous l’appellation MG 120(r)) que par les Finlandais pendant la Guerre d’Hiver qui précéda le conflit mondial (le conflit Finno-Soviétique débutant pendant la Second Guerre mondiale étant baptisé « Guerre de Continuation »).
On la rencontre encore fréquemment sur bon nombre de zone de conflit, et notamment en Afrique ainsi qu’au Moyen-Orient…et même en Ukraine notamment au début du conflit.
La carrière de V.A. Degtyarev ne se limitera bien évidemment pas à la conception de ces fusils-mitrailleurs et mitrailleuses. Pendant plusieurs décennies, il sera présent sur la majorité des projets d’arme à feu (et notamment, les pistolets-mitrailleurs PPD-34, PPS-34/38 et PPD-40, du fusil anti-char PTRD-41, évoqué dans notre article sur le PTRS-41 en lien ici), devenant lui aussi, à l’instar de V.G. Fedorov, un des pères de la pensée Soviétique en matière d’arme petit calibre.
Il sera également nommé général, directeur de l’usine de Kovrov (qui sera même rebaptisé en son nom en 1949, juste après ça mort), et sera décoré à de très nombreuses reprises (dont bien évidemment, les plus hautes distinctions du régime : trois fois par l’Ordre de Lénine et Héros de l’Union Soviétique,).
On peut lire dans la biographie de M.T. Kalashnikov « Ma Vie en Rafale », qu’il était « un des préférés du régime ». Staline lui offrit même une luxueuse voiture ZiS, luxe suprême et marque de très haute reconnaissance en URSS.
V.A. Degtyarev est décédé à Moscou le 16 janvier 1949, à l’âge de 69 ans.
Parmi les traits de caractère notables de V.A. Degtyarev, il faut souligner qu’a au moins deux reprises, il prit parti pour le travail de ses « concurrents » au détriment de ses propres conceptions. Il milita en faveur de la mitrailleuse SG-43 de Petr Maximovitch Goryunov face à sa DS-39, devant Staline même et alors que son arme avait les faveurs du dictateur ! De même, il abandonna publiquement ses travaux sur son Avtomat afin de favoriser les travaux du jeune M.T. Kalashnikov.
Alors, certains se demanderont ici : « et le Fedorov 1916 » ? Comme évoqué dans notre article « STG 44 & FG 42 : Origine et héritage », les armes développées en calibre 6,5×50 mm SR Arisaka ont été conçu en étant pensées comme « une arme individuelle entre le fusil et le fusil-mitrailleur », dans un contexte qui prédate la Premier Guerre mondiale (ses travaux ayant commencé en 1909).
Ainsi, l’arme qui en résulte est ainsi plus proche d’un fusil d’infanterie automatique (que les anglophones appelleront un « Battle Rifle ») que d’un fusil-mitrailleur (son canon n’étant pas assez étoffé pour supporter une utilisation intensive en tir automatique) ou d’un « fusil d’assaut » (le 6,5×50 mm SR Arisaka n’étant en rien un calibre intermédiaire).
Au début des années 1920, des prototypes de fusil-mitrailleur réalisés sur la base du Fedorov 1916 verront bien le jour, mis au point par V.G. Fedorov et un certain… V.A. Degtyarev. Munis de canons plus lourds, certains modèles furent dotés de système de refroidissement par air forcé (clairement copié de la LEWIS) et d’autres de système de refroidissement par eau.
Si ces prototypes n’ont pas convaincu les soviétiques en tant qu’arme opérationnelle, ils ont cependant semé une idée : l’intérêt d’un système d’arme unifié autour d’un mécanisme serait une avancée importante en matière d’armement d’infanterie. Cette graine va germer pendant 30 ans et sera concrétisée aux milieux des années 50 par l’adoption généralisée des armes conçues autour du « système Kalashnikov ».
Durant les années 1930, la Lituanie acheta 1 500 unités du fusil mitrailleur Darne. Darne est une prestigieuse marque familiale qui produisait des fusils de chasse luxueux.
Après avoir acquis le droit de fabriquer des fusils mitrailleurs Lewis durant la Grande Guerre, la maison Darne mit à profit son génie pour concevoir ses propres systèmes, une fois l’expérience nécessaire acquise. Le fusil Darne pouvait facilement se configurer en fusil mitrailleur ou mitrailleuse, devenant ainsi, avant l’heure, la mitrailleuse universelle que les Allemands développeront avec les MG34 et MG42.
La Lituanie préféra la configuration en fusil mitrailleur. Cette configuration recevait un chargeur par-dessus contenant 30 cartouches de calibre 7,92 mm. Le fusil mitrailleur Darne était fiable, endurant et facile à fabriquer.
Les Darne furent utilisées contre les Soviétiques durant l’invasion de 1940.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, face à la menace japonaise et avec l’imminence d’une confrontation directe, l’Australie, en tant que membre du Commonwealth, se trouve dans une situation délicate. Dans le contexte du blitzkrieg japonais qui avance rapidement dans la région, l’Australie se préoccupe de la chute rapide de plusieurs fronts dans les Philippines, le Vietnam, Singapour, l’Indonésie et la Nouvelle-Guinée.
En 1940, Evelyn Owen développe un prototype de pistolet-mitrailleur, et après quelques ajustements, la production en série débute en 1941 chez Lysaght Newcastle Works en Australie. Cette arme, connue sous le nom de Pistolet Mitrailleur Owen, est économique à produire et fait preuve d’une grande fiabilité, notamment dans les conditions climatiques difficiles de la jungle, grâce à sa culasse hermétique.
La conception de l’Owen MKI met l’accent sur la rusticité, la maniabilité et la réduction du recul. La culasse non calée, positionnée en arrière du centre de gravité, atténue le recul, offrant ainsi une expérience de tir agréable.
Les Australiens, satisfaits de la performance de l’arme, en produisent environ 45 000. Le Pistolet Mitrailleur Owen sera utilisé jusqu’à la guerre du Vietnam par le contingent australien.
Nos braves anciens ne manqueront certainement pas l'occasion de nous compter leurs aventures avec ce célèbre compagnon tout droit sorti des ateliers de Châtellerault sous la dénomination de Fusil-Mitrailleur de Châtellerault le 21/01/1924 .
Cette dénomination rapidement abandonnée pour finalement être FM Mle 1924 . Au début il a été chambré pour la nouvelle cartouche calibre 7.5X 58 Mle 1924 .
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