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Depuis son apparition, le tir en rafale est l’objet d’interrogations, de controverses et même de fantasmes. Comme pour les armes semi-automatiques en leurs temps, son intérêt tactique divise les opinions.

De prime abord, la rafale, est une évolution de la « mitraille », qui nous donne en français les mots « mitraillette » et « mitrailleuse ». La mitraille est une charge de canon composée d’une multitude de projectiles : une chose finalement très similaire - mais en plus gros - aux grenailles et chevrotines des fusils de chasse. Le principe est donc de multiplier le nombre de projectiles tirés dans un laps de temps très court, qui confère dans notre appréciation du temps, à l’instantanéité : à 600 cpm (coups par minute), 10 projectiles sont tirés en 1 seconde.

Le but est d’augmenter les probabilités d’atteinte sur un objectif (simple ou multiple, quelle que soit sa nature) par une augmentation de la surface traitée. C’est un sacrifice consenti : on accepte de gaspiller des projectiles (et par extension de notre cas, des munitions complètes) dans le but d’augmenter la « probabilité d’atteinte ».

La probabilité d’atteinte est une notion statistique qui dans le domaine du tir vise à évaluer les chances qu’a un tireur d’atteindre, au déclenchement du tir, un objectif d’une taille définie, à une distance définie et dans des conditions définies.

L'impact logistique du tir en rafale

Le sacrifice n’est pas anodin…car contrairement à la vision souvent fantasmée offerte par l’industrie du divertissement, la chaîne logistique nécessaire à l’approvisionnement en munitions (produits lourds par définition) est quelque chose de complexe et coûteux. La réalité, ce sont plutôt les photos de reporters de guerre montrant tous ces soldats qui portent des quantités de munitions avec eux…pour quelques minutes de tir. Sans compter les bandes et les caisses de transport…et les bras pour les porter !

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Autre image véhiculée par l’industrie du divertissement : le fait de ramasser armes et munitions sur le champ de bataille est une vision fantasmée de ce que le réel offre comme possibilité…et surtout, un état-major ne peut pas miser sur cette pratique pour planifier une action militaire ! Je sais bien que c’est ce qui est souvent présenté concernant les troupes Soviétiques traversant la Volga à Stalingrad, en distribuant un fusil pour deux.

Mais l’existence de cette pratique, très présente dans l’esprit du grand public (le cinéma et les jeux vidéo…toujours), reste controversée. Pour en revenir à notre rafale, le sacrifice consenti est donc considérable, car il a un impact à une échelle stratégique absolument terrible : augmentation des moyens de production, des livraisons, donc de la consommation de carburant, donc des besoins en ressources humaines…bref une augmentation des coûts et de la logistique ! Ainsi, si le sacrifice est considérable, le gain doit l’être d’autant plus : il est donc question ici d’une augmentation des probabilités d’atteinte.

Il est important ici de comprendre qui tient ces propos : je suis un technicien « petit calibre », spécialiste de l’arme de guerre. Je travaille depuis 2005 pour diverses institutions d’État en France (Police, Gendarmerie, Armée, Justice…). Ma spécialité est donc avant tout, la technique.

Cependant, au travers de ce travail et des rencontres faites au cours du temps, j’ai passé un temps non négligeable auprès d’hommes de terrain, d’unités conventionnelles comme spécialisées…et sur les champs de tir ! Et soyons clairs : j’ai beaucoup tiré. Cependant, je ne suis en aucun cas « un combattant », notamment au sens professionnel du terme : je n’ai jamais été soldat ou policier. En revanche, ma connaissance des armes et de leur comportement au tir est de première main. Et le panel des armes que j’ai eu le loisir de mettre en œuvre est large, notamment en ce qui concerne les pistolets-mitrailleurs, fusils d’assauts et fusils-mitrailleurs : pour faire synthétique, les armes automatiques de guerre. Et pour cause, il s’agit de mon principal sujet de travail et d’étude.

Évolution des armes et du tir en rafale

Commençons par ces armes car celles-ci furent les premières à être dotées du mode de tir si cher à Michael Mann dans « HEAT » (encore un excellent film !). Sans évoquer les prémices historiques, concentrons-nous sur les machines qui ont eu un véritable impact sur le champ de bataille.

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Mitrailleuses du XIXe siècle

Il y eut tout d’abord de véritables pièces d’artillerie au cours de la seconde moitié du XIXe siècle : mitrailleuse de Reffye ou Gatling par exemple. Mises en œuvre par une équipe d’artilleurs, ces pièces sont « rares » (la mitrailleuse de Reffye ne fut produite qu’à 168 exemplaires) et leur usage proche de celui d’un canon. Mises en œuvre de façon mécanique (par un levier actionné par un homme), leurs cadences de tir sont bien loin de notre standard actuel : 100 coups par minutes (cpm) pour une mitrailleuse de Reffye, un peu plus de 400 cpm pour une mitrailleuse Gatling.

Il faut ajouter à cela que le système d’alimentation n’est pas non plus aussi « sophistiqué » que nos machines actuelles : par gravité sur la mitrailleuse Gatling et par bloc de 25 coups sur celle de Reffye. Ces armes n’en demeurent pas moins efficientes bien servies : stables, elles sont capables d’un volume de feu inégalé au moment de leur apparition…et d’une efficacité terrifiante lorsqu’employées à bon escient.

Mitrailleuses à réarmement automatique

L’aube du XXe siècle va voir, notamment grâce à la cartouche à étui métallique et à la poudre sans fumée, la généralisation des mitrailleuses « à réarmement automatique », par opposition aux actions manuelles des machines évoquées précédemment. Leurs dimensions réduites par rapport à leurs devancières du XIXe leur permettra surtout de mieux s’intégrer dans le dispositif militaire : elles sont plus faciles à transporter, manœuvrer et à dissimuler/protéger. Leur alimentation, généralement par bandes rigides ou souples, est plus apte à des cadences de tir soutenues, au point même que beaucoup d’armes adopteront le refroidissement du canon par eau ou un canon très étoffé. En n’oubliant pas que celles-ci tiraient généralement à culasse fermée.

Impact sur la Première Guerre mondiale

La présence de ces « faucheuses » aura un impact terrible sur la Première Guerre mondiale…et elles deviendront des cibles de choix. En France, on entend souvent que l’expression « faire baisser les têtes » vient de l’usage des mitrailleuses pendant la Première Guerre mondiale, où leur mise en œuvre, lors des phases offensives servirait à forcer l’adversaire à rester caché dans les tranchés, donc à « baisser la tête ».

C’est oublier bien vite que les mitrailleuses de 14/18 ont surtout été un des hachoirs de toute une génération qui a permis aux deux camps de repousser des attaques de troupes massives, que l’on peut même qualifier de « suicidaires ».

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Bien qu’il ne soit pas complètement vérifiable, l’argument est bien évidemment entendable…pour la Chauchat, la Lewis voire même la MG 08/15. Cependant, ce sont les plus avisés qui feront cette distinction, et aujourd’hui, l’expression « faire baisser les têtes » est généralement associée à toute mitrailleuse / fusil-mitrailleur - voire à l’usage de la rafale tout court - lorsque vous discutez avec des tireurs (professionnels ou civils) sur les pas de tir. Le mal est fait.

Tir de suppression

On a même donné à cette pratique un nom militaire « le tir de suppression » ou « tir de couverture ». Dans un « tir de suppression », la rafale trouve donc un autre emploi : celui qui consiste à neutraliser, non pas directement une unité combattante (qui peut être un véhicule), mais l’utilisation d’une zone par l’ennemi…c’est une autre forme d’objectif.

Le concept est éminemment « bourgeois », car il admet de tirer un grand nombre de munitions (si l’on veut être suffisamment dissuasif) sans détruire l’ennemi, sur une période suffisamment longue pour permettre aux troupes de manœuvrer. Lorsque nous employons la formule « concept éminemment bourgeois », nous ne faisons pas de politique, camarade, nous renvoyons seulement la chose à un niveau économique.

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