Cet article explore l'histoire de l'utilisation navale de la mitrailleuse de petit calibre en France, en mettant l'accent sur la mitrailleuse Gatling et le canon revolver Hotchkiss.
La mitrailleuse et le canon à balles étaient le "truc" de Napoléon 3. Il a tout fait pour promouvoir ce type d'arme, mais son utilisation par l'artillerie a été un désastre.
La Défense Nationale ne s'en soucia plus du tout. Comment grouper dans un même régiment des pièces de 4 et des canons à balle? Les deux ont des portées très différentes et s'utilisent très différemment.
Les artilleurs étaient un peu gènés par ces canons à balle, déstockés des arsenaux juste au début de la guerre, car ils n'en avaient jamais eu l'occasion de s'en servir.
Il y avait pourtant 190 canons à balle de Reffye à la fin 1868: 24 batteries de 144 pièces stockées à Meudon et 46 pièces tenues en réserve dans les forts de Paris.
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La bataille de Mars la Tour le 16 août 1870 contre la 38° brigade prussienne a néanmoins vu leur emploi avec un immense succès.
La France acheta 25 mitrailleuses Gatling à la Gatling Gun Company.
Ces 25 Gatling ne sont relatées dans aucun combat de ma connaissance, à part les 3 qui participèrent, encore avec un gros succès, aux combats du Mans les 11 et 12 janvier 1871.
Après guerre, la République ignora mitrailleuses et canons à balles, et les combats de l'été 1914 rappelèrent que des mitrailleuses convenablement utilisées étaient plus que meurtrières!
Quant au canon révolver Hotchkiss 1879, il est le dernier avatar des mitrailleuses manuelles de l'Empire.
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D'après les commissions qui statuèrent sur leur sort, aucune doctrine d'emploi de ces canons à balle et mitrailleuses n'ayant été adoptée, elles avaient été reconnues justes bonnes dans un usage de flanquement des forts. De plus celles qui tiraient du petit calibre furent reconnues inexploitables.
Tout l'arsenal des canons à balles et mitrailleuses fut donc restocké dans les places fortes.
Le tout fut mis à la réforme en 1907 quand le stock de cartouches vieux de 25 ans s'avéra inutilisable.
Dans les années 1880/1890 tout de même, quelques régiments de cavalerie testèrent à nouveau des mitrailleuses petit calibre étrangères.
Seules les Nordenfeld, Maxim, Gardner et Gatling ont survécu aux essais.
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Toutes étaient à action manuelle, aucune n'était encore automatique.
C'est la dernière époque où l'on peut réellement constater que la France possédait encore des Gatling.
Jusqu'en 1900/1907, aucun règlement d'emploi de la mitrailleuse n'est vraiment décidé (à part un provisoire en 1900) malgré la venue de la Hotchkiss 1900 automatique mais étrangère.
La Puteaux 1905 française fera un peu avancer les choses, mais on lui préférera tout de même la Hotchkiss après qu'elle ait subi des aménagements... et dans la cavalerie, toujours pas dans l'infanterie!
Ainsi "l'arme secrète" de Napoléon III aura fait long feu pendant près de 45 ans, les premiers balbutiements en France ayant eu lieu en 1863.
CF une étude de Pierre Lorrain.
Pendant le siège de Paris, certains établissement construisirent des Gatling sous licence: Ets Cail, Ets Warral, Edgewell and Middleton.
Parmi les clients de la Gatling Gun Company depuis 1862 il y a eu les USA (plus de 600 rien que pour l'armée de terre), la Russie (400), la Grande Bretagne, la Chine, l'Egypte, le Japon, la Tunisie, la Roumanie, le Maroc, la Turquie (230 rien qu'en 1870), la plupart des pays d'Amérique du Sud etc...
L'armée américaine en comptait encore 131 en 1915!
Les dernières sortirent aux USA en calibre 30.06 en 1903.
Une version à bandes fut testée en calibre .30 Krag aux USA en 1893, ainsi qu'une version électrique dans ce même calibre.
Cf étude de C. Baschung en 1972.
La fabrication du canon à balles de Reffye a été menée dans le plus grand secret. Toutes les pièces étaient fabriquées secrètement par diverses entreprises parisiennes qui n'avaient aucune idée de ce qu'elles fabriquaient et qui n'avaient aucune liaison entre elles.
L'Empereur a effectivement puisé dans sa cassette impériale pour financer ce projet, mais ça n'a pas suffi.
La 1° série de 100 exemplaires coûtait alors 286 000 francs-or, dépassant déjà le budget impérial.
Sur ordre de l'Empereur, le commandant de Reffye dut donc demander des crédits au général Susane, directeur de l'artillerie, qui refusa catégoriquement en 1865.
Ce dernier fut convoqué par l'Empereur qui lui ordonna de donner tout de même ces crédits.
Enfin les 100 puis 90 canons à balle furent fabriqués, testés secrètement au polygone de Versailles pour les premiers puis éprouvés à Meudon pour le gros des séries, puis enfin stockés tout aussi secrètement.
Le "mode d'emploi" ne devant être donné aux artilleurs que lors de la livraison des pièces afin de maintenir le secret, personne ne put donc s'y habituer ni même en connaitre l'existence.
Or la livraison ne s'effectua que deux semaines après la déclaration de guerre!
L'ordre de lever le secret ne fut en effet rédigé que le 3 août 1870 par le général Lafaille, la guerre ayant été déclarée le 20 juillet...
Trop de secrets ont tué dans l'oeuf cette invention qui aurait pu changer le cours de cette guerre.
Le 3/11/70, le gouvernement de Défense Nationale ordonne la création de 12 batteries destinées aux gardes nationales de l'Ouest.
Ce sont certaines de ces batteries qui serviront dans l'Armée de la Loire, avec en plus des mitrailleuses Gatling.
Ce même gouvernement en fit refabriquer 36 entre septembre 70 et février 71, mais se heurta au secret pour retrouver les plans.
De Reffye dût donc refaire une série de ces plans pour notamment la manufacture de Châtellerault.
Pour en revenir au sujet principal, la Gatling, cette invention fut présentée à l'Exposition Universelle de Paris en 1867 et attira l'attention de Napoléon III qui la fit essayer au polygone de Versailles.
La marine en commanda alors deux exemplaires, celui qui est exposé au Musée de l'Armée (galerie supérieure de la cour d'honneur, du moins jusqu'à récemment) est l'un d'eux.
Ces pièces d’artillerie sont mise au point en 1873, mais le système définitif sera finalisé en 1878. La bouche à feu de ces trois types de canon est équipée de 5 tubes séparés, tournant autour d’un axe au centre de la pièce.
Sur le canon de 47, la mise à feu s’effectue grâce à une gâchette, comme sur un fusil, après avoir chargé le tube en tournant la manivelle qui fait aussi tourner les tubes au niveau d’un percuteur unique.
Sur les canons de 37 et de 53 mm, il n’y a pas de pistolet. La mise à feu s’effectue automatiquement en tournant la manivelle qui fait tourner les tubes au niveau d’un percuteur unique en assurant en même temps par ce mouvement rotatif, la percussion du projectile qui arrive directement du tiroir de chargement.
Ces trois types de pièce d’artillerie, qui n’ont pas de recul quand elles tirent, sont presque identiques.
Les canons revolver Hotchkiss de 37 et 47 seront exportés à l’étranger avec parfois avec quelques petites modifications.
Le canon revolver de 53 mm semble à notre connaissance ne pas avoir fait partie de l’armement des fortifications malgré plusieurs projets.
Les canons de 37 et de 47 sont principalement utilisés pour la défense des côtes, ils sont placés sur des batteries côtières de petits calibres pour surveiller un passage étroit comme une petite rade ou une passe.
Dans les fortifications terrestres, le canon revolver de 37 mm sera utilisé dans les organes de flanquement après 1910, afin de pallier au manque de canon revolver Hotchkiss de 40 mm suite au retrait des canons à balles de 13 mm et du nombre croissant d’ouvrages en construction.
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