Les répliques d'armes de la guerre de Sécession sont accessibles en France aux personnes majeures, sans autorisation particulière. Vendues quelques centaines d'euros, potentiellement mortelles, elles séduisent des militants d'ultradroite et survivalistes radicaux souhaitant s'armer, sans être recensés par l'État.
En France on peut entrer dans une armurerie, présenter sa carte d'identité, et en ressortir propriétaire d'une arme à feu moyennant 200 à 300 euros, le tout sans permis de chasse ni licence de tir. L'acquisition peut aussi tout simplement s'effectuer sur internet. Il suffit d'acheter une arme à poudre noire, classée en catégorie D. Unique condition : l'acheteur doit être majeur.
Ce qui peut motiver des membres de l'ultradroite, c'est que ces armes de catégorie D ne sont "pas tracées comme les armes de catégorie A, interdites, celles de catégorie B pour lesquelles il faut une autorisation avant l'acquisition ou encore les armes de catégorie C qui sont essentiellement les armes de chasse [ndlr : environ 5 millions en circulation en France] que l'on doit déclarer", décrypte Thierry Ourgaud.
Les détenteurs d'armes à poudre noire sont considérés comme ceux de lanceurs de paintball ou de carabines à air comprimé. Thierry Ourgaud juge "qu'une petite partie du public est intéressée par la capacité d'acquérir une arme à feu sans se déclarer auprès de l'État. Mais au vu des inconvénients propres à ces armes, on peut penser que malgré les vidéos qui en font la publicité, le nombre d'acquéreurs pour des besoins de défense est rare."
On ne peut donc pas déterminer le nombre de personnes qui possèdent une arme à poudre noire dans l'Hexagone. Une personne condamnée par la justice, interdite de détention d'arme, peut en théorie acquérir très facilement un pistolet à poudre noire.
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"En revanche, le port et le transport d'une arme de catégorie D sont interdits par la loi sans motif légitime", précise le commissaire général Thierry Ourgaud. L'appréciation de la légitimité du motif fourni par le propriétaire de l'arme se fait "au cas par cas" par les forces de l'ordre en cas de contrôle.
Thierry Ourgaud estime que le public qui achète ces pistolets est essentiellement constitué de passionnés : "Avec les armes à poudre noire, qu'elles soient d'origine, ou de simples reproductions, on entre dans l'histoire des armes. Pour certains amateurs, collectionneurs, elles représentent un véritable un patrimoine historique et sont recherchées à ce titre." Pour autant ce ne sont pas des jouets, d'où leur classification comme arme de catégorie D, car "une arme à poudre noire est une arme létale, bien entendu", rappelle le commissaire.
Au début du mois de novembre, StreetPress publiait un article sur un groupuscule d'ultradroite : la "Famille Gallicane". Ces militants radicaux, qui soutiennent Éric Zemmour, exhibaient sur une chaîne publique de la messagerie Telegram des vidéos d'exercice de tir en forêt. Ils visaient des caricatures racistes figurant un juif, un noir et un musulman. Particularité relevée par StreetPress : ces militants d'ultradroite sont armés de revolvers à poudre noire.
Autres affaires, mêmes pistolets de cow-boys : plusieurs armes à poudre noire ont été découvertes au domicile d'un proche de l'homme qui avait giflé Emmanuel Macron en juin dernier. On en retrouve également dans le petit arsenal constitué par Logan Nisin, le chef du groupuscule d'ultradroite OAS (Organisation des armées sociales - en référence à l'OAS des années 60), condamné récemment à neuf ans de prison ferme pour association de malfaiteurs terroriste.
« L’extrême droite théorise le fait de s’armer, il y a une culture des armes à feu. Les militants se préparent à combattre de manière violente et militaire les gens qui sont face à eux », relève Thomas Portes.
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« Dans l’extrême droite française, l’arme est un symbole politique », ajoute Aurélien Taché. Aussi les influenceurs d’extrême droite ont-ils pris l’habitude de conseiller leurs followers sur les meilleurs moyens de s’armer légalement.
De nombreux militants d’extrême droite semblent avoir fait le même constat. Claude Sinké, ancien candidat FN, auteur de l’attaque de la mosquée de Bayonne en 2019, avait utilisé un fusil à pompe et un pistolet 9 mm : deux armes qu’il détenait grâce à sa licence de tireur sportif. Un scénario qui tend à se répéter, notamment lorsque des réseaux d’extrême droite sont démantelés.
Les armes de catégorie D intéressent aussi les survivalistes. "Dans l'imaginaire survivaliste, notre système consumériste va s'effondrer, mais aussi tout ce qui l'accompagne : dont la sécurité, la stabilité de nos sociétés", rapporte Bertrand Vidal, sociologue à l'université Paul-Valéry Montpellier 3, auteur de "Survivalisme : êtes-vous prêts pour la fin du monde ?"
La plupart des survivalistes n'entretiennent ni lien ni proximité idéologique avec l'ultradroite, mais il existe une zone grise entre ces deux milieux. "Le survivalisme, à l'origine, était une pensée d'ultradroite", explique Bertrand Vidal, "Une pensée libertarienne nord-américaine qui s'est développée sous la plume de Donald Eugene Cisco, qui se faisait appeler Kurt Saxon. Il donnait dès les années 70 ses conseils survivalistes dans des revues qui étaient éditées par l'imprimerie du Parti nazi américain."
Mais en plus de ces activités pacifiques, certains "survivalistes plus radicaux considèrent qu'il faudra se défendre et donc cela peut passer par la possession d'armes, de munitions."
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Au deuxième jour du procès de Duncan Mateos-Ruiz, 34 ans, pour tentative d’assassinat, la matinée de ce lundi a été consacrée à la probable arme du crime. Un pistolet de calibre 31 autour duquel se sont succédé trois experts en balistique et en résidus de poudre.
L’arme est celle que l’accusé a lâchée lors de son interpellation par les gendarmes en fin d’après-midi ce jour-là. Un revolver de la taille d’une main d’adulte. Le barillet compte cinq chambres dont le chargement prend « plusieurs minutes » : il faut d’abord verser une dose de poudre noire dans la cheminée de la chambre, insérer « en force » le projectile, de diamètre 8 mm, puis une petite capsule d’amorçage que le chien de l’arme va percuter lorsqu’on appuie sur la détente.
L’arme a été retrouvée avec deux chambres vides. « Deux tirs ont été effectués, trois chambres étaient encore approvisionnées », indique l’expert. Il précise que la fumée blanche visible à deux reprises sur la vidéo est « caractéristique de l’usage de poudre noire d’une arme ancienne ».
Un projectile est venu taper le cadre de la porte d’un salon de thé, un second a atteint la victime, un commerçant de 32 ans, dans la lombaire droite. Il n’a pu être extrait et c’est un scanner qui permet de dire que ce projectile sphérique, typique de ce genre d’arme, est « compatible » avec le pistolet saisi.
Du côté des traces de poudre, c’est plutôt chiche. Des résidus « caractéristiques » n’ont été décelés que sur une casquette, le volant et le pommeau de vitesse du fourgon de Duncan. Ce type d'arme est pourtant considéré comme « contaminant ». Duncan a pu « se nettoyer correctement » les mains, hasarde l’expert.
Duncan continue de nier être l’auteur des tirs. « On ne voit aucun autre tireur sur la vidéo », relève un des experts.
L’arme, une réplique de revolver ancien, est classée catégorie D. Libre d’acquisition et de détention. « Toutes les armes à feu sont dangereuses, précise un des experts. Ce type d’arme a été conçu pour tuer. Après, c’est une question de distance et de zone d’impact sur la victime. » Le balisticien de la gendarmerie est plus abrupt : « C’était un pistolet de cow-boy. On peut dire que les Indiens ont eu à subir l’efficacité de cette arme. »
La défense de Mes Barnaba et Sagardoytho s’arrête sur le nombre de coups de feu qui ont pu être entendus par les témoins. Trois et non deux. « C’est assez fréquent que des témoins divergent sur le nombre de tirs », explique l’expert de la gendarmerie.
Plusieurs témoins évoquent le conducteur du fourgon « portant une casquette », comme celle où des résidus de poudre ont été retrouvés.
Une commerçante est plus formelle. « Le tireur, oui, je peux le désigner, il est à côté de moi, dit-elle en pointant l’accusé du menton. Il est descendu [de son fourgon], il a tiré et il est reparti comme de rien. »
Les derniers témoins sont frappés d’amnésie. Deux d’entre eux au moins avaient pourtant clairement indiqué que Duncan (lqu’ils surnommaient à l’époque « le Viking ») était le tireur, « tenant un pistolet dans sa main droite, bras tendu ».
La commerçante qui avait demandé à l’accusé de réaliser des travaux dans son local, entendue en visioconférence depuis Grenoble, fond en larmes en évoquant les faits. « Pour moi, ça a été un choc. Les menaces qu’il avait proférées à mon encontre, il aurait pu les mettre à exécution. Il avait menacé de tirer sur moi et mes enfants. » C’est son voisin commerçant, intervenu dans ce conflit lié au paiement des premiers travaux réalisés chez elle, qui a essuyé le 16 janvier 2020 un tir d’arme à feu. « Il a essayé de me protéger et il aurait pu y passer. À 16h30, la place était pleine. Il y aurait pu y avoir d’autres blessés.
Le 19 mars 2022, à Paris, l’international de rugby Federico Martín Aramburú boit un verre à la terrasse du bar Le Mabillon. À côté de lui, un groupe tient des propos racistes. Il intervient, une bagarre éclate, on les sépare. Federico Martín Aramburù règle la note et prend le chemin de son hôtel avec son associé Shaun Hegarty. Sur le retour, une jeep les rattrape. Deux hommes en descendent, les mêmes qui tenaient des propos racistes au Mabillon. Ils sont armés, hors de contrôle. Six coups de feu partent. Federico Martin Aramburù s’effondre.
Selon Me Christophe Cariou-Martin, l’avocat de Shaun Hegarty, les armes utilisées étaient « parfaitement légales ». Il s’agissait de « revolvers à poudre noire, une arme de catégorie D, en vente libre, sans permis ».
Chez l’un d’entre eux, les enquêteurs trouvent même une dizaine d’armes de ce type, rangées à côté d’une statuette de Hitler et d’un exemplaire de « Mein Kampf ».
Le député Thomas Portes se désole : « Ce sont des armes qui tuent mais qui peuvent être achetées sur simple dépôt d’une pièce d’identité, même par des gens déjà condamnés pour des actions violentes. »
Pour lui « l’affaire Martín Aramburú montre qu’il faut agir sur la classification et restreindre l’accès légal aux armes à poudre noire ».
Depuis août 2023, un décret interdit la vente libre de munitions à poudre noire fabriquées récemment. « Ce genre de munitions dans cette arme, c’était déjà formellement interdit », décrypte Jean-Pierre Bastié.
L’UFA plaide pour maintenir la législation actuelle, « la plus restrictive d’Europe ». « Si nous avons autant d’attaques à l’arme blanche, c’est que l’accès aux armes à feu est difficile. »
Peio Dufau, député EH Bai de la 6e circonscription, reprend les bases. Il pourrait déposer un projet de loi au second semestre 2025. « C’est un vide juridique. Une anomalie qu’il s’agit de combler, martèle le député basque. Il faut que ces armes de collection, toujours létales, fassent l’objet d’une déclaration. Cela relève du bon sens. »
Il estime pouvoir obtenir un consensus sur un fichier national regroupant les armes de collection, assorti d’une déclaration obligatoire sous peine de sanction.
« Si toute possession d’arme est déclarée, cela facilitera le travail de la police, estime Me Cariou-Martin. Est-il normal que Loïk Le Priol, déjà condamné pour violences avec armes, puisse acquérir un pistolet létal avec sa carte d’identité ? »
Jean-Pierre Bastié, président de l’Union française des amateurs d’armes (UFA), met en garde contre une usine à gaz. « Il y a des millions d’armes de collection en circulation. On en hérite de ses grands-parents, elles sont dans les greniers, chez les antiquaires. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la plupart n’ont même pas de numéro de série. Vous imaginez le bazar ? Depuis 2020, le SIA n’est pas parvenu à enregistrer toutes les catégories A, B ou C détenues légalement. »
L’expert devant les tribunaux ne croit pas à l’efficacité d’une obligation déclarative. « Elle n’aura aucune conséquence sur la voyoucratie. Entre les fusils de chasse, les armes de service, de contrebande, ou les pistolets d’alarme transformés, ceux qui veulent s’équiper trouveront un moyen. En revanche, on va embêter 100 000 collectionneurs honnêtes. »
Pour Aurélien Taché, cela prouve que le problème relève moins d’un angle mort de la législation que d’un aveuglement du ministère : « Dès qu’on sort du djihadisme, il y a une absence de volonté politique sur le sujet terroriste, insiste le député écologiste.
| Catégorie | Description | Conditions d'Acquisition |
|---|---|---|
| A | Armes interdites | Interdite |
| B | Armes soumises à autorisation | Autorisation requise |
| C | Armes soumises à déclaration (ex: armes de chasse) | Déclaration obligatoire |
| D | Armes en vente libre (ex: armes à poudre noire) | Pièce d'identité et majorité |
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