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Dans l’histoire des sciences et techniques, la poudre noire occupe une place particulière. Apparue très tôt en Chine, vraisemblablement avant le Xe siècle, elle est utilisée tardivement, au XVIIe siècle, dans les travaux miniers. Ce décalage chronologique résulte de la dangerosité du produit ainsi que de la difficulté d’élaborer un procédé de mise en œuvre efficace, praticable en situation souterraine.

En dehors des applications militaires et des armes à feu, les utilisations en travaux publics ont précédé l’usage minier. Le principal usage civil se rencontre face à des difficultés de construction de voies en montagne. D’après R. Vergani, plusieurs cas de travaux d’élargissement de passages sont répertoriés en Italie au cours du XVIe siècle.

D’une manière générale, la poudre, en raison de son effet de brisance incontrôlé lors de la déflagration, n’est pas utilisée en carrière pour produire des pierres de construction, seul un usage de dégagement de mort-terrain peut-être envisagé. Deux types d’effets sont à l’origine de l’usage de la poudre noire, tout d’abord l’effet de brisance résultant de l’action de l’onde de choc suivi de l’effet de poussée, conséquence de l’expansion du volume gazeux produit. Le résultat dépend ensuite du comportement et de la résistance des matériaux contenant la charge vis-à-vis de ces deux effets.

La raison de l’introduction de l’explosif en mine en complément puis en substitution des méthodes utilisant des outils métalliques, le marteau et la pointerolle, est la conséquence de la difficulté, voire de l’impossibilité de percer des galeries dans des roches très dures avec un coût acceptable.

Les Débuts de la Poudre Noire en Europe

Certains auteurs se sont attachés à fournir la chronologie des occurrences dans la zone européenne. Une étude critique a permis d’écarter d’abord deux dates légendaires : la première situant l’innovation aux mines de Rammelsberg dans le Harz au XIIIe siècle, une confusion étant faite avec l’usage du feu, et la seconde dans les mines d’or de Transylvanie autour de 1395-1396. Par la suite, la date de 1613, rapportée par la tradition pour les mines de Freiberg en Saxe, a été contestée.

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Enfin, à partir de la publication de J. Vozar, la date de 1627 pour l’utilisation de la poudre dans les mines de Schemnitz a été admise par les historiens. Toutefois, la documentation relative à cet événement présente pour chaque site des différences de qualité et de précision. L’histoire des techniques minières comporte des informations d’usages présumés de poudre en mine, car la grande majorité des sources consiste en une simple mention dans un texte.

La publication des résultats des recherches menées sur le site minier du Thillot (Vosges) ont modifié cet état de fait. Elles ont permis d’établir la précocité dans le contexte européen de l’achat de poudre noire, dès 1617, dix ans avant la date reconnue [de 1627] à Schemnitz. Les données originales obtenues dans les Vosges sont le résultat d’une approche archéologique combinée à l’analyse de documents d’archives du domaine minier lorrain des XVIe et XVIIIe siècles. Ces résultats étaient jusqu’alors pratiquement les seuls permettant de préciser les conditions opératoires au début du siècle. Les gestes du mineur, sa pratique et l’outillage liés à cette « révolution » technique avaient en effet été retrouvés sur le terrain par l’étude archéologique.

La Poudre Noire et les Mines de Villefort

Les environs de Villefort dans les Cévennes recèlent de nombreux gisements métallifères principalement exploités pour extraire l’argent. Une étude archéologique menée en 2011 avait révélé des indices qui semblaient correspondre aux premiers usages de la poudre noire dans les mines. Des investigations complémentaires alliant recherches historiques et archéologiques ont permis de caractériser ces indices et de démontrer la précocité de l’arrivée de la poudre à Villefort, dès 1640.

Entre le Mont Lozère et la vallée du Chassezac, aux limites du Gard, de la Lozère et de l’Ardèche, de nombreux gisements argentifères ont fait l’objet d’exploitations au moins depuis l’Antiquité. La concession de Villefort, dans ses limites actuelles, entre le lac de Villefort et le Chassezac, a connu une exploitation depuis le milieu de l’époque moderne jusqu’en 1931.

Plus de vingt ouvrages miniers ont pu être observés, décrits, topographiés et photographiés lors de l’expertise. Il s’agit principalement de recherches menées sur quelques mètres, parfois sur plusieurs centaines de mètres. Quelques chantiers, généralement modestes, ont tout de même permis la production de métaux. Un ouvrage particulier avait attiré notre attention. Dans le chantier de Maulevrier du secteur de Peyrelade, des traces de fleurets semblaient correspondre aux premiers usages de la poudre dans les mines. Cet indice rarement observé nécessitait des investigations complémentaires.

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Le chantier de Maulevrier devant être rendu inaccessible dans le cadre de la mise en sécurité, le Service régional de l’archéologie souhaitait, dans un objectif de sauvegarde, que les caractéristiques des traces de tirs soient enregistrées.

Les investigations archéologiques se sont attachées à l’étude architecturale de la mine, au relevé précis des traces de fleuret et à l’étude statistique des caractéristiques des trous de fleuret. Des moulages en silicone et tirages en résine époxy des traces significatives ont été réalisés. En complément de ces investigations, la nécessité de réaliser une prospection sur d’autres filons autour de Villefort s’est imposée en cours d’étude. Il s’agissait de confronter certaines données textuelles avec le terrain.

L'Exploitation Minière à Villefort : Chronologie

La première mention d’une exploitation de mines sur le territoire de Villefort correspond à une autorisation du 1er juin 1640 donnée à Firmin Mazelet de chercher et travailler toutes les mines d’or, d’argent, cuivre, étain, plomb et tout autre métal et minéral et demi-minéral dans l’étendue des provinces de Languedoc et Rouergue, pour une durée de six années. En 1641, un bail de bois de charbonnage précise que « le sieur Firmin Mazelet de Savage » faisait « travailler aux mines et minières de la paroisse du dit Villefor ». L’existence des mines et minières de Mazelet sur la paroisse de Villefort est également confirmée en 1642.

En 1649, le marquis de la Charce obtient une autorisation d’ouverture de mines en Languedoc et en Provence.

Le 23 mai 1733, Brown, un Irlandais, obtient une autorisation pour l’exploitation de toutes les mines de la province de Languedoc et des Cévennes. Dans un arrêt du conseil du 11 août 1739, il est précisé que Brown avait fait ouvrir des mines de plomb près de Villefort et d’Alès.

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Au cours des années 1734-1741, une contestation oppose Brown à un certain Bonnet. Ce dernier revendique la découverte des mines du Grand Vialas, du Blaymard, Peyrelade ou Aydon, Bayard, Boivel, La Rouvière, où il aurait travaillé en 1734 et 1736.

Une autorisation d’exploitation des mines à Villefort est accordée le 15 juin 1769 à une compagnie dirigée par Pierre-Louis, marquis de Luchet.

Un rapport de visite de Jars daté du 27 août 1771 donne l’état des travaux.

En 1776, la concession de Villefort et Vialas est instituée pour 30 ans et passe dans les mains d’Antoine de Gensanne, qui s’appliqua d’abord à relever les travaux des mines de Peyrelade, du Fressinet et de Mazimbert.

Les travaux sur les gisements de Mazimbert et Peyrelade cessent en 1781 pour se concentrer sur les filons du Villaret et Malfrèzes. La mine de cuivre du Fressinet eut plus de succès jusqu’en 1781.

Après plusieurs modifications de l’emprise de la concession, les travaux ne reprennent que vers 1821, mais les recherches sur les filons de Peyrelade et Mazimbert sont très modestes.

Le 7 août 1883, la Compagnie des Mines des minerais de fer magnétique de Mokta-el-Hadid devient concessionnaire. À la suite de l’épuisement du gisement de Vialas, le 13 octobre 1909, la Compagnie Mokta-el-Hadid obtient la réduction du périmètre de la concession de Villefort et Vialas à 3 563 ha. Ces nouvelles limites correspondent à l’actuelle concession de Villefort. Après quelques années de recherche, Mokta-el-Hadid renonce au titre minier en 1919, au profit de M. Joosten. Entre juin 1930 et le début de 1931, les derniers travaux sont entrepris dans le quartier du Chambon et à Mazimbert.

Le Filon de Maulevrier

Parmi les vestiges de ces travaux, seul le filon de Maulevrier présentait des traces d’abattage particulières. Il appartient à un groupe de quatre filons quartzo-barytiques à galène, verticaux et parallèles, encaissés dans les schistes micacés. Ces formations affleurent sur un versant redressé du Serre de Peyrelade, en rive gauche du Valat de Chalondres.

Les travaux menés sur ce gisement ont été démarrés à l’affleurement par un chantier à ciel ouvert. Ce dernier s’ouvre vers 640 m d’altitude, en amont de l’ancien chemin des Aydons aux Balmelles. La partie à ciel ouvert forme une tranchée verticale de 33,5 m de long pour une largeur limitée à la zone minéralisée, variant de 1,2 à 2 m, et une hauteur accessible de plus de 8 m, le fond du chantier étant encombré de gravats.

La partie à ciel ouvert présente les traces de trois niveaux d’attaque superposés, qui forment des gradins exploités par tranches horizontales du haut vers le bas. Au jour, vers le milieu de la partie à ciel ouvert, les bancs de schistes de l’éponte sud-est ont été percés en travers-bancs à ciel ouvert, pour donner accès au sommet du chantier. Les stériles de l’exploitation, jetés à l’aval du travers-banc, forment une halde s’étalant au-delà du chemin.

La partie souterraine présente trois niveaux d’exploitation superposés. Le niveau inférieur se développe à l’horizontale sur une quarantaine de mètres et s’achève sur un front de taille. À une vingtaine de mètres de l’entrée de la partie souterraine, un puits a été foncé à la base du niveau inférieur au croisement du filon et d’une faille.

L’ensemble de la partie souterraine a été ouvert à l’explosif par abattage de tranches superposées. Les nombreuses traces de tir observées, régulièrement réparties dans le réseau, présentent toutes les mêmes caractéristiques : diamètre 23-27 mm, fréquemment 25-27 mm, fond plat, longueurs conservées sur 15-25 cm.

À 12 m en aval de l’entrée du chantier à ciel ouvert, s’ouvre, dans l’axe du filon et à 627 m d’altitude, une galerie d’allongement. Cette galerie percée depuis le bord d’un ruisseau permet d’atteindre, après un parcours de 30 m en zone stérile, un secteur riche situé à la verticale du chantier à ciel ouvert. Un éboulement barre l’accès à la suite de l’exploitation. Il semblerait que cet éboulement provienne de stériles stockés dans le chantier. Cette galerie est entièrement percée à l’explosif. Les mesures effectuées sur les trous de fleuret dévoilent l’utilisation d’outils à tranchant plat de 25-27 mm de diamètre.

Analyse des Traces de Fleuret

Des traces de fleuret nombreuses et différentes sont visibles dans la partie à ciel ouvert du chantier de Maulevrier.

L’étude et la caractérisation de ces traces visent à déterminer quels outils étaient employés et selon quel mode opératoire. Une méthode d’acquisition spécifique a été développée sur la base de celle utilisée dans le sud des Vosges, afin de permettre la comparaison des résultats.

Ont ainsi été relevés : la hauteur du tir, l’angle du trou, le diamètre du trou à 3, 13, 23, 33, 43 et 53 cm du fond, la longueur conservée du trou, la rectitude, la présence ou l’absence d’encoche pour la mise en place d’un porte-fleuret, l’existence ou non d’une préparation à la pointerolle et le cas échéant ses dimensions et la forme du fond du trou.

Le corpus d’étude comprend 57 traces de tir réparties sur une surface de 80 m². 55 des 57 tirs sont localisés sur la paroi nord du chantier.

Les mesures montrent une grande variation du diamètre des trous allant de 23 à 50 mm. La distribution du diamètre des trous mesuré à 3 cm du fond présente deux groupes distincts. Le premier, qui comprend les trous de plus petit diamètre, montre une dispersion de 6 mm entre 23 et 28 mm et le second, formé par les trous de gros diamètre, avec une mesure parasite à 33 mm, présente une dispersion de 7 mm (35-40 mm).

Les fleurets laissent en fond de trou une empreinte qui varie selon la forme du taillant. Dans le chantier de Mauleu...

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