Vincent Macaigne, né le 19 octobre 1978 à Paris, est un artiste aux multiples talents : acteur, réalisateur et scénariste. Il est le fils d'un commercial et d'une artiste peintre iranienne, qui l'a initié très jeune au théâtre.
Il rentre au Conservatoire national supérieur d’Art dramatique de Paris en 1999 après un court passage à celui du 10ème arrondissement parisien. Après le Conservatoire national supérieur d’art dramatique, il crée sa première pièce professionnelle en 2005. C’est l’histoire d’un garçon qui se cherche et finit par se trouver sur les planches, à la fin de sa scolarité. D’emblée, Vincent Macaigne ne pratique pas le théâtre comme les autres, chamboulant les codes, assumant son côté bête de foire, au jeu et à la mise en scène.
Vincent Macaigne occupe une place singulière dans le paysage théâtral. Parce qu’il a inventé, dès 2014, un style un peu punk mêlant tragédie et spectacle Grand-Guignol. Parce que ses pièces sont aussi des happenings débordants d’énergie où l’on aime se retrouver.
Certains le porteront aux nues, d’autres le jugeront trop tapageur. Lui… S’en moque, réalisant son théâtre fait de bric et de broc où l’on hurle la fin du monde, où les litres de sang giclent au plateau, où l’on s’épuise pour mieux s’étreindre. Vincent Macaigne a inventé quelque chose au théâtre ; c’est certain.
Il se dirige par la suite au cinéma, malgré lui, supplié par son ami Guillaume Brac de jouer dans son moyen-métrage, Le Naufragé alors que sa carrière théâtrale bouclait déjà largement son calendrier. Grâce à cette expérience, Vincent prend goût au métier d’acteur et apparaît dans différents films comme De la guerre (2008), Un monde sans femmes (2011), ou La Bataille de Solférino (2013).
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Acteur multiforme du cinéma français, partout et pourtant inconnu du grand public, Vincent Macaigne est LE comédien du 'jeune' cinéma français : trentenaire, fauché mais hyperactif. Tout à la fois réalisateur, metteur en scène de théâtre, acteur et scénariste, sa carrière s'affiche sur tous les fronts : à Chaillot ou à Cannes, on le retrouve présent, pour des rôles ou des adaptations souvent des plus audacieuses.
Prolifique et bien entouré, il tourne avec Catherine Corsini (La Répétition, 2001), Bertrand Bonello (De la guerre, 2007) et Philippe Garrel (Un été brûlant, 2010).
En 2013, c'est dans pas moins de trois films où il joue de sa calvitie précoce et de son phrasé tout en douceur et malgré tout gouailleur : La Fille du 14 juillet d'Antonin Peretjatko, La Bataille de Solférino de Justine Triet et 2 automnes 3 hivers de Sébastien Betdeber.
Après cette année particulièrement dense pour lui, Vincent Macaigne se glisse dans la peau de Maxime, un musicien parisien qui décide de rentrer temporairement chez son père dans la petite ville de Tonnerre où il ne tarde pas à rencontrer une fille plus jeune que lui dont il tombe éperdument amoureux. Une prestation intense pour un film original.
Toujours en 2014, il apparait dans Tristesse Club face à Ludivine Sagnier et Laurent Lafitte. L'année suivante montre à quel point le comédien n'en a pas fini avec les personnages d'éternels amoureux... En témoignent ses prestations dans Une histoire américaine d'Armel Hostiou et Les Deux amis, premier long métrage du comédien Louis Garrel.
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Très sollicité, le natif de Paris tourne sous la houlette de prestigieux cinéastes, comme Anne Fontaine (Les Innocentes, Marvin ou la belle éducation, Blanche comme neige), Dominik Moll (Des nouvelles de la planète Mars), Cédric Kahn (Fête de famille) ou Olivier Assayas (Doubles vies).
Devenu un acteur incontournable du cinéma français, il n'hésite pas à faire preuve de versatilité. Il devient ainsi littéralement en 2018 le chien de Bouli Lanners dans une comédie dramatique dérangeante de Samuel Benchetrit, après avoir eu Le Sens de la fête pour le duo Toledano-Nakache ; puis devient l'amant de Camélia Jordana dans le chassé-croisé amoureux Les Choses qu'on dit, les choses qu'on fait.
En 2021, il est à l'affiche de pas moins de trois longs-métrages : la comédie grinçante et provocante L'Origine du monde de Laurent Lafitte, l'absurde et tendre Cette musique ne joue pour personne et le polar Médecin de nuit. Dans ce film noir, tendu et implacable, l'acteur fait preuve d'une présence imposante.
Son "Idiot!" (2009), librement inspiré du roman éponyme de Dostoïevski, ou "Au moins j'aurai laissé un beau cadavre" (2011), d'après Hamlet, constituent son meilleur bagage théâtral.
Dans le cadre du Festival d’Automne 2014, Vincent Macaigne reprenait au Théâtre de la Ville, puis aux Amandiers de Nanterre, Idiot !, spectacle créé en 2009. Avec une énergie aussi folle que pour son adaptation d’Hamlet, Au moins j’aurais laissé un beau cadavre, présentée en 2011 à Chaillot, le jeune metteur en scène s’appropriait une autre œuvre emblématique du patrimoine littéraire mondial, cette fois romanesque.
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Créé à Chaillot il y a un mois, «Idiot!» de Vincent Macaigne est un spectacle fleuve - trois heures - des décors énormes que l'équipe du CDDB s'apprêtait à recevoir, comme le raconte Joseph Le Saint, régisseur. «Nous sommes allés voir le spectacle à Chaillot. Une très grosse machine. Préoccupant mais pas inquiétant! Nous étions super-prêts à le recevoir. Deux semi-remorques de 100m³ plus un porteur de 60m³, un décor fait de grands châssis, des panneautages très classiques qui se défont au fur et à mesure du spectacle».
Adapter le décor dans un nouveau théâtre devient très compliqué, au point que proposition est faite, jeudi dernier, d'annuler carrément les deux représentations de Lorient. Cellule de crise, Bénédicte Vigner, directrice artistique du CDDB, s'entretient longuement avec Vincent Macaigne, metteur en scène, et ils prennent ensemble le pari «par amour du théâtre» de proposer la pièce dans une nouvelle création.
Jusqu'à la première, demain soir, l'équipe lorientaise sera mobilisée en totalité pour relever le défi d'improviser un nouveau décor. Une douzaine de techniciens s'affairent tandis que Macaigne, très calme, invente et réagit au quart de tour. Depuis hier, les comédiens ont commencé à répéter, une performance quand on sait la place que prend le décor dans les placements et déplacements des acteurs.
Au-delà même des portes vitrées du hall du théâtre, des morceaux de variété bien connus, tel Sara perche ti amo, retentissaient. Parmi les spectateurs et le personnel du théâtre assourdis, déboulait un homme avec un mégaphone, Rodolphe Poulain, coaché par le metteur en scène lui-même. L’acteur invitait à former une farandole à travers tout le théâtre, du hall au restaurant, des coulisses au sous-sol, et à crier, se mettre torse nu, ou chanter « Joyeux anniversaire » en chœur. Il apparaissait après coup que ce préambule n’était pas totalement déconnecté du reste du spectacle : le comédien interprétait en réalité déjà le rôle de Totski, père adoptif de Nastassia Filippovna, qui cherchait par ses encouragements à mettre en place une ambiance de soirée pour l’anniversaire de sa pupille.
Malgré l’entrée en matière déroutante du spectacle, la narration venait progressivement donner sens à l’énergie apparemment gratuite déployée au départ. Grâce de longues tirades, calquées sur la traduction d’André Markowicz, Macaigne mettait l’accent sur les nombreuses impasses amoureuses orchestrées par Dostoïevski - parti pris dramaturgique annoncé par le sous-titre de son spectacle, « Parce que nous aurions dû nous aimer ».
Chacun des personnages donnait en effet l’impression de se heurter à un problème insoluble, à l’origine d’une fureur exprimée grâce à l’appui de mégaphones, de micros ou de voix poussées jusqu’au cri. La puissance du volume sonore avec laquelle les acteurs cherchaient à se faire entendre soulignait autant la détresse des personnages qui s’expriment que la surdité de ceux à qui ils s’adressent.
Alors que la majeure partie de l’œuvre était réduite à l’état de citations, d’évocation extrêmement denses et concentrées peu lisibles pour ceux qui ne connaissent pas l’œuvre, la violence des situations engendrées par ces impasses amoureuses était immédiatement rendue sensible par celle infligée aux corps des acteurs, enduits d’eau, d’huile d’olive, de mousse, de peinture, de paillettes, de faux sang, de terre…
Lors d’une scène de lynchage particulièrement spectaculaire, organisée par Hyppolite et Gania, le prince, revêtu d’un habit à facettes lumineux qui le désignait comme un pur, se trouvait souillé par toutes ces matières. Nastassia Filippovna, à l’inverse, se souillait seule en se déversant une bouteille d’huile sur la tête et en recouvrant son visage d’une flaque de peinture noire épaisse.
En même temps qu’il soulignait le caractère destructeur des actions du prince, qui, voulant faire le bien, exacerbe les vices de ceux qu’il côtoie, le metteur en scène se servait de la figure de l’idiot pour faire le procès de la société qui se montre incapable de l’accueillir et qui provoque son anéantissement.
Au fur et à mesure de la soirée, ces références visuelles et sonores qui sollicitaient le public et le ramenaient au monde dans lequel il vit étaient de moins en moins nombreuses, de même que les adresses directes aux spectateurs. Les conditions d’appréhension de la scène longuement mises en place, il semblait enfin possible de laisser l’attention se porter sur les tirades des personnages.
L’intensité vocale avec laquelle les acteurs continuaient de se faire entendre tout au long des quatre heures de spectacle était progressivement intégrée par le spectateur, et cette modalité de parole finissait par être perçue comme un moyen d’exprimer la rage que les acteurs avaient identifiée avec Macaigne dans l’œuvre de Dostoïevski.
Le dénouement était cependant moins marqué par la mort de Nastassia et la réunion de Rogojine et Mychkine autour de son corps assassiné que par l’anéantissement moral du prince, retombé en enfance. Au-dessus de lui, pendu par les pieds et gesticulant, le sort de chacun des personnages était livré grâce à un petit panneau de gare.
Bien au-delà du geste insolent et provocateur auquel son théâtre est parfois ramené, Vincent Macaigne réussissait finalement à mettre au contact du roman de Dostoïevski, de ses personnages et des discours qu’ils tiennent sur le monde dans lequel ils vivent. Plutôt que de chercher à représenter l’œuvre, à l’adapter aux exigences de la scène, il se fondait sur une expérience de lecture innervée par la mémoire et l’improvisation pour en rendre le compte.
Grâce à cette approche volontairement subjective de L’Idiot, le metteur en scène parvenait à en restituer non pas tant les intrigues entremêlées que l’élan, l’énergie profonde qu’il nomme fureur.
L'auteur et metteur en scène du spectacle, Vincent Macaigne, pratique la réécriture comme on le fait peu en France, mais beaucoup en terre flamande et en Allemagne. On prend l'esprit d'un texte et l'on en rejette la lettre, on corrige tout, en utilisant généralement le langage de la rue, les mots les plus triviaux du monde d'aujourd'hui. Vive les classiques, à condition qu'ils soient modernes, ou plutôt modernisés !
Macaigne, qui fait par ailleurs une belle carrière d'acteur au cinéma mais joue peu dans ses spectacles (on l'aperçoit courant ici ou là pour aider un interprète qu'il a placé en équilibre ou dans une situation difficile), pratique cet art du détournement tapageur depuis quelques années. Il a acquis une certaine notoriété et n'a pas toujours raté ses coups.
Sa dernière mise en scène, une adaptation de Hamlet présentée au Festival d'Avignon 2012, avait divisé le public mais en déployant une vraie force inventive. Les acteurs s'y roulaient dans l'eau, la boue et l'hémoglobine. Un château gonflable occupait soudain la scène, figurant un Elseneur de tous les dangers. C'était saignant à souhait, et la soirée avait commencé dans la fièvre attisée par un chauffeur de salle excitant le public comme dans les boîtes de nuit où la participation du client est sollicitée sans ménagement.
L'objectif de Macaigne semble être de réaliser un tourbillon équivalent aux grands spectacles contestataires de l'Allemand Franck Castorf, maître européen du déluge d'images à rebrousse-poil. Mais les maelströms de Castorf, comme les tourbillons sacrilèges de Rodrigo García ou de Romeo Castellucci, sont philosophiques. Avec un mauvais goût assumé, ils mettent en cause les conventions du récit et de la pensée. Ils sont souvent inaboutis, mais ils démodent, ils liquident un certain académisme.
Toujours en 2013, le comédien est à l’affiche de La Fille du 14 juillet, qui lui vaut une nomination pour le César du meilleur espoir masculin. En 2017, Vincent brille de nouveau sur la scène française avec son rôle dans le film Le Sens de la fête, pour lequel il décroche une nouvelle nomination au César du meilleur acteur dans un second rôle.
| Année | Titre | Réalisateur |
|---|---|---|
| 2001 | La Répétition | Catherine Corsini |
| 2007 | De la guerre | Bertrand Bonello |
| 2010 | Un été brûlant | Philippe Garrel |
| 2013 | La Fille du 14 juillet | Antonin Peretjatko |
| 2013 | La Bataille de Solférino | Justine Triet |
| 2013 | 2 automnes 3 hivers | Sébastien Betbeder |
| 2017 | Le Sens de la fête | Éric Toledano et Olivier Nakache |
| 2021 | Médecin de nuit | Élie Wajeman |
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