La guerre la plus meurtrière pour la population américaine n’est pas la seconde guerre mondiale, ni la guerre de Corée, ou celle du Vietnam. C’est celle qui se poursuit chaque jour à coups de revolver dans les rues des Etats-Unis. Dans la majorité des cas, ces meurtres sont commis à l’arme à feu. Paradoxalement, c’est aussi le pays où l’on trouve le plus d’opposants irréductibles à toute forme de contrôle de la vente des armes. Dans la plupart des métropoles le journal télévisé commence par l’annonce du nombre de victimes de crimes violents de la journée.
Il y a en moyenne un meurtre toutes les vingt-deux minutes (soit plus de 26 000 par an), un hold-up à main armée toutes les vingt minutes. A la tombée de la nuit, Washington cesse d’être la ville des musées et des parcs pour devenir la capitale du crime. C’est parmi les jeunes que les armes font le plus de ravages. En 1985 elles en ont blessé ou tué (1) 27 000 entre douze et quinze ans. En 1986, il y eut 1 582 meurtres à New-York, mais seulement 67 à Londres ; 1 480 à Miami et 16 à Manchester ; 666 à Chicago et 61 à Toronto ; 695 à Detroit et 75 à Munich.
Le nombre d’armes produites a augmenté de 42 % entre 1985 et 1989 ; 200 millions sont en circulation (3). L’Association nationale des utilisateurs d’armes à feu (National Rifle Association - NRA) attribue cette évolution à l’intérêt croissant des Américains pour les sports de « tir ». En réalité, la majorité des membres et partisans de la NRA se trouvent plutôt parmi les fanatiques des armes. De plus, il n’y a pas que des honnêtes gens qui s’équipent. Autre tendance inquiétante, la part croissante des armes semi-automatiques. Au début des années 1980, les revolvers traditionnels représentaient encore 70 % de la production de pistolets ; aujourd’hui, le ratio s’est inversé en faveur des pistolets semi-automatiques.
Dans les salles d’urgence des hôpitaux, les chirurgiens doivent se reconvertir dans le traitement de blessures par balles qui se pulvérisent au moment de l’impact, écrasant os, organes et artères. Un phénomène encore plus aberrant est l’augmentation rapide de la violence armée dans les écoles. Le 20 mai 1988, par exemple, une femme souffrant de troubles mentaux tua 6 enfants à l’école primaire de Swinnetha (Illinois). En 1987-1988, des écoliers et lycéens ont été blessés ou tués par balle dans au moins vingt-huit Etats. On trouve même de plus en plus souvent des pistolets chargés dans les jardins d’enfants et les classes primaires, apportés par de jeunes écoliers.
Dans tout autre pays, ces chiffres alarmants provoqueraient une intervention immédiate des autorités. Aux Etats-Unis, les partisans de mesures de contrôle sont confrontés au formidable obstacle que représente la NRA. Comptant plus de deux millions et demi d’adhérents, parmi lesquels l’ancien président Reagan et le président Bush, qui en est membre à vie, ce lobby est l’un des groupes de pression les plus puissants. Forte du soutien financier et politique de ses adhérents et des fabricants d’armes, l’association a réussi jusqu’ici à bloquer la plupart des initiatives législatives, aussi bien à l’échelon fédéral que dans les différents Etats.
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Elle invoque le deuxième amendement à la Constitution, aux termes duquel une « milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un Etat libre, il ne sera pas empiété sur le droit de la population de garder et porter des armes ». Or, entre 1871 et 1983, la Cour suprême a eu l’occasion, à cinq reprises, de se prononcer sur la signification de ce texte. Un second argument de la NRA est de faire observer que ce ne sont pas les armes qui tuent, mais les criminels. Bien sûr, toute discussion de la violence criminelle doit distinguer entre les armes à feu en tant que moyen, les responsables directs qui sont les criminels pressant sur la détente, et les causes profondes de la criminalité.
Dans le cas des Etats-Unis, les fléaux sociaux comme la pauvreté, le racisme, la drogue ou le chômage sont à l’origine de nombreux actes désespérés. On sait que c’est le pays industrialisé où les contrastes entre l’opulence et la misère sont les plus marqués et les mécanismes de solidarité sociale les moins développés ; 12 % de la population vit dans la pauvreté et trois millions de personnes sont des sans-abri. Des chercheurs se sont livrés à une comparaison de l’impact de la criminalité dans deux villes voisines : Seattle, dans l’Etat de Washington, au nord-ouest des Etats-Unis, et Vancouver, en Colombie Britannique, au Canada, qui sont très similaires du point de vue démographique, social, culturel et économique (7).
De manière générale, la majorité des meurtres ne sont pas prémédités, mais sont commis sous l’emprise d’une émotion violente, telle que la colère ou le désespoir. L’instauration d’une période d’attente permettrait donc d’empêcher des achats impulsifs d’armes et d’éviter autant de crimes passionnels ou de suicides. L’assassinat de John Lennon, en 1980, tout comme la tentative d’assassinat contre le président Reagan en 1981 furent perpétrés par deux malades mentaux qui n’avaient eu aucune difficulté à acheter un revolver. John Kinckley, le déséquilibré qui tira sur le président Reagan, avait même été arrêté à Nashville quatre jours avant d’acheter son pistolet.
Les massacres ou assassinats multiples (plus de quatre personnes à la fois) constituent une autre forme de violence apparue dans les années 1970 et devenue de plus en plus fréquente. Le premier cas recensé date de 1966. Il fut commis par un déséquilibré, qui, après avoir abattu sa femme et sa mère, se rendit à l’université d’Austin, au Texas, et tua 14 autres personnes. Alors que le suicide, en tant que phénomène social, n’est pas plus répandu que dans le reste du monde, son incidence y est beaucoup plus meurtrière en raison du recours plus fréquent aux armes à feu. Il y a en moyenne un suicide réussi pour vingt tentatives infructueuses, ce qui correspond à un taux de « succès » de 5 % seulement.
Il est frappant d’observer la disproportion entre le traitement du terrorisme, de la drogue ou du sida, d’une part, et la passivité envers le fléau des armes, d’autre part. Pourtant ce dernier fait beaucoup plus de victimes. En 1986, par exemple, il y a eu 20 personnes victimes d’actes terroristes aux Etats-Unis et 508 morts par overdose, mais près de 10 000 décès par arme à feu. L’administration a tenu pendant de nombreuses années un langage très proche de celui de la NRA. Le président Bush déclarait encore en 1989 que "les hommes et les femmes libres ont le droit de posséder une arme à feu pour protéger leur maison (11)".
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Le programme gouvernemental de lutte contre les méfaits de la drogue ne comprend aucune référence au problème du surarmement des groupes de trafiquants. De même, la nouvelle loi de 1991 sur le crime se concentre sur les aspects répressifs de la lutte contre la criminalité, comme l’application systématique de la peine de mort pour les crimes les plus violents. Un des facteurs qui expliquent peut-être l’apathie du gouvernement est la concentration de la violence au sein des groupes sociaux les plus désavantagés. En effet, autant la société américaine est multiraciale, autant la violence ne l’est pas. Un adolescent noir a onze fois plus de risques d’être victime d’un meurtre qu’un adolescent blanc (12).
Mais quand la pression est si forte que le gouvernement ne peut faire autrement que de prendre des mesures de contrôle, la politique suivie manque de rigueur et de logique, comme l’indique clairement l’exemple des armes automatiques de type militaire. Après le massacre de Stockton, en janvier 1989, le président Bush, sous les multiples pressions du Congrès et des associations de policiers, ordonna la suspension de toutes les importations d’armes automatiques. Mais l’administration fédérale n’a pas, à ce jour, pris de mesure pour restreindre les ventes d’armes automatiques fabriquées aux Etats-Unis ! En revanche, le gouvernement a pris des mesures très strictes pour contrôler… les jouets imitation d’armes automatiques.
Plusieurs accidents tragiques ont en effet montré que ces imitations étaient si réalistes qu’elles induisaient en erreur même les policiers. Au cours de ces dernières années, une frange croissante de l’opinion publique a commencé à se démarquer de plus en plus des positions outrancières de la NRA. Nombreux sont les citoyens qui s’inquiètent en particulier de la prolifération des mitraillettes, fusils mitrailleurs et fusils d’assaut. On peut effectivement se demander quels sont ces chasseurs et sportifs - dont la NRA s’acharne à protéger les intérêts - qui utilisent des fusils mitrailleurs pouvant tirer plus de cent cartouches à la minute.
Les armes de cette catégorie ont fait leur apparition dans les bandes de jeunes qui terrorisent les quartiers populaires des métropoles comme Los Angeles, Detroit ou New-York. Alors que la NRA a entretenu pendant longtemps d’excellentes relations avec les représentants des forces de l’ordre - de nombreux policiers étant eux-mêmes membres à part entière de l’organisation, - les rapports se sont détériorés au cours des cinq dernières années. Les organisations de policiers n’ont pas apprécié son opposition catégorique à l’adoption de mesures tout à fait modérées, comme l’imposition d’un délai de sept jours avant tout achat, l’interdiction de la vente aux civils d’armes automatiques de type militaire, l’interdiction de la fabrication de pistolets entièrement en matière plastique, ou encore l’interdiction de la vente au public des munitions à haute vélocité qui traversent les gilets pare-balles des policiers.
La NRA a même organisé une campagne de protestation contre le chef de la police de Nashville, qui, en tant que président de l’Association nationale des chefs de police, avait exprimé son soutien à la proposition de loi visant à imposer une période d’attente obligatoire de sept jours : "En tant que sudiste et chef de la police, on pourrait s’attendre que je soutienne le lobby des armes à feu. Mais, comme beaucoup de mes collègues, j’en ai assez des positions et des discours irrationnels de la National Rifle Association.
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L’extrémisme de la NRA pourrait contenir les germes du déclin de l’organisation, comme l’indique l’évolution favorable en matière de législation au cours de ces dernières années. En 1988, par exemple, les autorités de l’Etat du Maryland organisèrent un référendum sur un projet de loi visant à interdire les saturday night specials, ces revolvers « spéciaux du samedi soir », bon marché, de qualité médiocre et sans aucune utilité sportive. En vente libre dans un grand nombre de magasins et de stations d’essence, ce sont les armes le plus fréquemment employées au cours des cambriolages et des agressions.
Mars 1991 a marqué également un tournant important avec l’approbation par le Congrès de la « loi Brady » - du nom de l’ancien ministre de M. Reagan blessé au cours de l’attentat contre le président en 1981. L’absence de législation nationale minimise beaucoup la portée des réglementations locales. A ce jour, vingt-deux Etats seulement ont adopté des mesures qui ne pourront être vraiment efficaces que lorsqu’il ne sera plus possible de s’approvisionner dans un Etat voisin. L’exemple de la capitale, où la vente est interdite depuis plusieurs années, est très éloquent à cet égard.
Rien n’est plus étranger à la culture et aux traditions américaines que la notion de contrôle, perçue comme une atteinte intolérable aux libertés fondamentales garanties par la Constitution. Il y a 230 000 points de vente d’armes à feu aux Etats-Unis, et le stock augmente de cinq millions d’unités chaque année. (1) « Have gun, will shoot », The Economist, 23 janvier 1988.(2) M. MacPherson, « Duels in the Sun : The Guns of Florida », The Washington Post, 22 octobre 1987.(3) M. Isikoff, « 200 Million Guns Reported in Circulation Nationwide », The Washington Post, 24 mai 1991.(4) J. Gross, « Epidemic in Urban Hospitals : Wounds from Assaut Rifles », The New York Times, 21 février 1989.(5) « The Handgun Violence Report », septembre 1988.(6) Cité dans Jamil Salmi, les Dividendes de la violence, essai sur les droits de l’homme dans la société libérale, Editions maghrébines, Casablanca, 1985, p. 13.(7) S. Okie, « Impact of Gun Control Indicated in Medical Study », The Washington Post, 8 août 1988.(8) G. Church, « The Other Arms Race », Time Magazine, 6 février 1989.(9) Dossier spécial sur les armes à feu, Time Magazine, 17 juillet 1989.(10) F. Bayles, « Researchers See Common Threads in Mass Murder Cases », The Washington Post, 3 janvier 1988.(11) G. Church, « The Other Arms Race », Time, 6 février 1989.(12) P. Taylor, « Guns and Youth : HHS’s Grim Statistics », The Washington Post, 5 avril 1991.(13) D. Priest, « Import of Fake M-16 Banned », The Washington Post, 20 avril 1991.(14) J.
Adopté il y a plus de deux cent trente ans, le deuxième amendement de la Déclaration des droits américaine demeure fondamental pour la population, en dépit des fusillades à répétition. De quoi relancer le débat sur le deuxième amendement de la Déclaration des droits qui autorise aux citoyens américains de « porter et détenir des armes » et de se constituer en « milice bien organisée » depuis 1791. Aujourd’hui encore, ce droit historique reste primordial pour les Américains, même si les armes et leurs victimes sont chaque année plus nombreuses dans le pays.
Après leur Déclaration d’indépendance (1776) et la rédaction de leur Constitution (1787), les Etats-Unis ont ajouté en 1791 une Déclaration des droits à la Constitution (cinquième article) pour limiter les pouvoirs de l’Etat fédéral (central) vis-à-vis des Etats fédérés. Au nombre de quatorze au moment de l’adoption de ce texte, ces territoires dirigés par des gouverneurs jouissent de pouvoirs exécutifs propres, distincts de ceux de l’Etat fédéral.
Avant l’adoption de cette Déclaration des droits, d’où provient le deuxième amendement, les Etats-Unis se trouvaient dans une situation assez particulière. La menace britannique n’était toujours pas écartée malgré leur victoire contre le Royaume-Uni, en 1783. Les forces policières et militaires de cette nation naissante étaient encore limitées, et la crainte de voir arriver un pouvoir tyrannique à la tête de l’Etat fédéral subsistait dans l’esprit des pères fondateurs de la Constitution et des Etats fédérés.
James Madison, rédacteur de la Déclaration des droits, estimait donc nécessaire d’offrir aux citoyens américains la possibilité de s’armer et de se réunir en « milice » pour se sécuriser. « A cette époque, nous sommes dans un contexte où les fédéralistes et les antifédéralistes s’opposaient, rappelle le politologue spécialiste des Etats-Unis Didier Combeau. Cet amendement prévoyait que chaque Etat fédéré puisse se doter d’une armée de conscription. Un moyen pour eux de garder un pouvoir vis-à-vis de l’Etat fédéral. »
Les Etats du Sud, esclavagistes, étaient aussi frileux à l’idée de se réunir avec ceux du Nord, mais ils ont finalement ratifié la Constitution et la Déclaration des droits grâce à l’opportunité qu’offrait ce deuxième amendement : se constituer en groupe armé pour garder la main sur les populations esclaves, jusqu’à quatre fois supérieures en nombre aux hommes libres, à cette période.
Les armes à feu sont définitivement entrées dans la culture américaine durant le XIXe siècle, avec la conquête de l’Ouest. Elles sont d’abord idéalisées par « les fabricants d’armes, comme Samuel Colt » qui construisent un récit fantasmé sur « le rôle des armes lors de la construction des Etats-Unis », rappelle M. Combeau. Puis mystifiées par les cinéastes américains au siècle suivant, qui leur accordent une place de choix, notamment dans les westerns.
Le gouvernement fédéral n’a pas la possibilité d’abroger ou de modifier ce texte sur le droit de s’armer. D’après le dixième amendement de la Déclaration des droits, les pouvoirs qui ne sont pas donnés à l’Etat fédéral par la Constitution appartiennent aux Etats fédérés. Cependant, des « moyens détournés » existent pour contourner cette norme constitutionnelle de 1791, assure Didier Combeau, auteur de l’article « Les Américains et leurs armes » (Revue française d’études américaines, 2002) : « Le gouvernement fédéral peut donner des subventions aux Etats fédérés pour les inciter à plus réglementer sur la question des armes. Il peut aussi légiférer sur le commerce [d’armes] entre les Etats fédérés. »
Plusieurs dispositions ont déjà été mises en place pour encadrer partiellement ce deuxième amendement dans l’ensemble des Etats-Unis, comme :
Les nombreuses tueries de masse qui se sont déroulées ces dernières années ont renforcé la mobilisation des présidents américains du camp démocrate sur ce sujet. Encadrer le droit de s’armer sur le sol américain était même l’une des priorités de Barack Obama lors de sa présidence (2009-2017). Mais ces tentatives de réformes se sont soldées par autant d’échecs du fait de l’opposition du Sénat. Joe Biden, élu en 2022, a obtenu plus de réussites, avec l’adoption du Bipartisan Safer Communities Act et la mise en place du Bureau fédéral pour la prévention de la violence armée, en septembre 2023.
Les cinquante Etats fédérés ont la compétence politique pour durcir ou assouplir la législation sur la question des armes, en vertu du dixième amendement de la Déclaration des droits. Ils ont le pouvoir d’imposer le permis pour porter ou acheter une arme, de contrôler les antécédents des acheteurs et d’interdire certains types d’armes à feu.
Concernant le permis pour détenir une arme, huit Etats fédérés (la Géorgie, l’Indiana, la Louisiane, l’Ohio, l’Alabama, la Floride, le Nebraska et le Dakota du Nord) ont décidé de ne plus l’imposer au cours de ces deux dernières années. Au total, vingt-sept Etats fédérés autorisent la possession d’armes à feu sans licence.
Le nombre d’armes à feu en circulation est supérieur à la population américaine. Selon le dernier décompte de l’observatoire Small Arms Survey, il y avait 393 millions d’armes à feu pour 325 millions d’habitants américains en 2017. Avec un tel ratio (120 armes à feu pour 100 habitants), les Etats-Unis sont en tête du classement mondial, devant le Yémen (52,8 armes pour 100 habitants) et le Monténégro (39,1 armes pour 100 habitants).
Les productions de pistolets, de revolvers, de fusils, de fusils à pompe et de toutes autres armes à feu ont fortement augmenté dans le pays au cours de ces vingt dernières années, passant d’environ 3,4 millions d’armes à feu fabriquées en 2002 à 13,4 millions en 2022, selon les chiffres du ministère de la justice américaine. Cette tendance s’est accompagnée d’une hausse de la mortalité ces dernières années. Au cours de la dernière décennie, plus de 40 000 personnes ont été tuées chaque année, par homicide ou suicide, du fait des armes à feu, selon le site Gun Violence Archive. Un niveau nettement plus élevé que d’autres pays industrialisés. A titre de comparaison, la France ne comptait « que » 1 594 morts par arme à feu en 2014, selon les derniers chiffres disponibles.
Voici un tableau comparatif du nombre d'armes à feu pour 100 habitants dans différents pays :
| Pays | Armes à feu pour 100 habitants |
|---|---|
| États-Unis | 120 |
| Yémen | 52.8 |
| Monténégro | 39.1 |
Deux tiers des Américains se déclaraient en faveur d’une réglementation plus stricte du droit de s’armer, selon un sondage USA Today/Ipsos en 2021. Les fusillades de masse semblent inquiéter de plus en plus une partie des Américains. Même si l’immense majorité « des personnes tuées [par arme à feu], le sont dans des rixes quotidiennes », rappelle Didier Combeau, qui insiste sur le fait de ne pas surinterpréter ce résultat de sondage : « Les Américains favorables à la réglementation souhaitent qu’on empêche aux gens dangereux d’avoir des armes à feu. Ils ne sont pas forcément “contre” les armes. Aux Etats-Unis, on se focalise sur les gens. Le fait d’avoir une arme pour un citoyen honnête n’est pas un danger en soi. En France, à l’inverse, ce sont les armes qui sont catégorisées. »
Cet attachement des Américains aux armes à feu est renforcé par le travail d’influence des lobbys proarmes, comme la National Rifle Association (NRA) of America, depuis les années 1960. Cette association, créée en 1871, a un grand poids politique. Elle finance par dizaines de millions de dollars des campagnes électorales, comme celle de Donald Trump en 2016, et attribue des notes (de A à F) aux responsables politiques en fonction de leur positionnement sur l’armement.
Cependant, la NRA traverse actuellement une période trouble. En 2020, la procureure générale de l’Etat de New York, Letitia James, a tenté de dissoudre l’association en intentant un procès pour fraude financière. Son ancien vice-président historique, Wayne LaPierre, a par ailleurs été contraint à la démission en janvier 2023, avant de comparaître dans un procès de détournements de fonds à des fins personnelles. Malgré ces déboires, la NRA compte toujours plus de quatre millions d’adhérents, et reste une véritable boussole politique pour nombre d’Américains.
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