Délivrés sur prescription médicale ou vendus au marché noir, les opioïdes sont responsables d'une hausse de la mortalité par overdose sans précédent. Les overdoses de médicaments dérivés de l'opium ont fait plus de morts que les armes à feu aux États-Unis.
Au pays du 11 Septembre, c’est une comparaison qui frappe les esprits : "Plus de 175 vies sont perdues chaque jour. Si une organisation terroriste tuait 175 Américains par jour sur le sol des Etats-Unis, que ferions-nous pour l’arrêter ? Absolument tout ce qui est en notre pouvoir."
L’hécatombe (63 000 morts en 2016) à laquelle Chris Christie, alors gouverneur républicain du New Jersey, faisait référence le 1er novembre dernier en remettant un rapport à Donald Trump est provoquée par des overdoses (tous produits confondus). Les deux tiers (42 200) des décès sont dus à une consommation abusive d’opioïdes, soit davantage que les morts par armes à feu (38 600 en 2016).
En 2017, 72.000 Américains sont morts d’overdoses, dont environ deux tiers en raison d'une surconsommation d’opioïdes. À titre de comparaison, ce nombre de morts est supérieur à celui des personnes tuées par armes à feu et lors d’accidents de la route réunis.
Les statistiques ont de quoi faire froid dans le dos. En 2016, révèle le Figaro, 64 000 personnes ont perdu la vie après avoir pris de trop fortes doses de ces médicaments. Cela représente 175 morts par jour. Près de 11 millions de personnes souffriraient d'addiction désormais. Depuis 1999, les hospitalisations et les décès par overdose provoqués par les opioïdes ont été multipliés par quatre.
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Dans le courant des années 1990, des médecins américains s’élèvent contre la prise en charge insuffisante de la douleur, alors que des moyens existent pour soulager rapidement les patients. Des laboratoires pharmaceutiques proposent alors de nouveaux médicaments opioïdes et affirment que, contrairement aux formules précédentes, leur composition et leur mode d’absorption réduisent très considérablement le risque d’addiction. Sans y regarder de trop près, des médecins avalisent ces conclusions.
"Les praticiens se plongent rarement dans la littérature scientifique, observe Bradley Stein, psychiatre et chercheur à la Rand Corporation. Résultat : les prescriptions d’opioïdes quadruplent entre 1999 et 2014. Alors qu’ils étaient réservés à des affections très graves, comme le cancer, ils servent désormais à soulager aussi les douleurs chroniques plus ordinaires (maux de dos, arthrite...)."
"A l’époque, certaines firmes comme Purdue Pharma, qui vend l’OxyContin, ont fait une promotion très agressive de leur produit. Mais en pratique, les médicaments qui se sont vendus le plus sont des génériques qui ne bénéficiaient guère de marketing", note Nabarun Dasgupta, chercheur à l’université de Caroline du Nord.
La grande majorité des patients auxquels les médicaments antidouleur sont prescrits ne devient pas accro, mais "comme le nombre d’opioïdes prescrits, l’ampleur des doses et la durée des traitements ont considérablement augmenté, le nombre total de personnes qui ont développé une addiction a explosé", analyse Bradley Stein. Certains malades se mettent à consommer des doses supérieures à celles que leur a ordonnées leur médecin, quitte à consulter plusieurs praticiens.
Parallèlement à celle de la douleur, la prise en compte de la satisfaction du consommateur se développe dans la société américaine. Des questionnaires sont soumis aux patients des établissements hospitaliers pour savoir s’ils sont contents de l’accueil et des soins reçus. De cette notation dépendent la réputation et donc la fréquentation de l’hôpital.
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De leur côté, les trafiquants de drogue s’aperçoivent que de nouvelles parts de marché s’offrent à eux avec l’augmentation du nombre de personnes dépendantes aux opioïdes, en quête de produits moins chers et plus faciles d’accès que les médicaments. Car après avoir atteint un pic en 2010, les prescriptions ont baissé sous l’impulsion tardive des autorités, même si elles restent à un niveau trois fois plus élevé qu’en 1999.
L’héroïne, produite surtout au Mexique, est la première à répondre à la demande. Son prix a été divisé par cinq au cours des années 1980-1990. Et les circuits de distribution se développent un peu partout, y compris en zone rurale. Puis à partir des années 2010, arrive le fentanyl. Ce produit de synthèse, 40 fois plus puissant que l’héroïne, peut être utilisé dans un cadre médical comme anesthésique chirurgical, mais la drogue qui arrive aux Etats-Unis est surtout fabriquée clandestinement. Résultat : les overdoses explosent aux Etats-Unis.
Aujourd'hui aux États-Unis, le Fentanyl représente la plus grande menace en matière de drogue opioïde. Cet analgésique de synthèse, très addictif, est 50 à 100 fois plus puissant que l’héroïne : 2 milligrammes peuvent tuer un homme, contre 200 milligrammes pour l’héroïne. Pour les trafiquants de drogue, le Fentanyl est plus intéressant, car moins cher à produire et plus lucratif.
En 2016, le nombre de décès liés au Fentanyl (20.100) surpassait ceux liés à l’héroïne (15.400).
Le fait que des antidouleur aient été détournés de leur usage et que par ailleurs un nombre croissant de victimes consomment désormais directement de l’héroïne et du fentanyl sans passer par les médicaments prescrits met en exergue le poids important d’autres facteurs que les ordonnances dans l’hécatombe. Et notamment les difficultés économiques et sociales que connaissent les Etats les plus concernés.
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De fait, les opioïdes ont fait davantage de ravages dans des régions qui ont subi de plein fouet les effets de la désindustrialisation, des coupes dans les budgets sociaux et de la crise de 2008 (Middle West, Appalaches, Nouvelle-Angleterre). Quant aux populations les plus touchées, il s’agit surtout de personnes peu qualifiées, aux revenus modestes, frappées par le chômage.
Des études soulignent en outre que la grande majorité de malades qui sont devenus accros aux opioïdes prescrits avait déjà consommé d’autres substances addictives (alcool, marijuana, tabac...).
Les ravages que font les opioïdes sont d’abord humains bien sûr, mais cette tragédie a aussi des effets économiques et sociaux. L’espérance de vie a reculé deux années de suite dans le pays, ce qui n’était pas arrivé depuis les années 1960. Le 19 mars dernier, Donald Trump a présenté son plan contre l’épidémie d’overdoses qui frappe les Etats-Unis.
Fidèle à son style, il a surtout mis l’accent sur les mesures répressives contre les dealers, à commencer par la peine de mort. Il ambitionne aussi, mais sans guère préciser la méthode ni les moyens, de réduire les prescriptions d’opioïdes d’un tiers en trois ans et de faciliter l’accès aux traitements de substitution, eux-mêmes à base d’opioïdes, pour les toxicomanes. Une urgence dans un pays où seulement 11 % des personnes souffrant d’addiction sont soignées.
En 2017, Donald Trump n'a pas hésité à parler d'« urgence de santé publique ». Pour faire face à ces produits, les autorités tentent d'utiliser un produit dérivé, moins nocif pour la santé, la naxolone. En alertant les médecins à chaque décès par overdose d'un de leurs patients, les doses et le nombre d'ordonnances d'opioïdes prescrites ont diminué.
Principal facteur qui explique ce phénomène : les overdoses de drogues et plus particulièrement celles liées aux opioïdes .
Dans un état des lieux publié mercredi 20 février, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) met en garde contre les risques de dépendance résultant d’une surconsommation des médicaments antidouleur contenant des opiacés ou des dérivés, qualifiée de « préoccupation majeure des autorités de santé ».
D’après les données de l’Assurance-maladie, près de dix millions de Français ont eu une prescription de ce type d’antalgiques en 2015. Avec un total estimé entre deux cents et huit cents décès chaque année (le haut de la fourchette inclut une consommation illégale de médicaments opiacés), les opioïdes constituent la première cause de morts par overdose en France. Par comparaison, l’héroïne a tué quatre-vingt-dix personnes en 2016, la méthadone cent quarante. Premiers responsables de cette mortalité : le tramadol, la morphine et la codéine.
Tout en reconnaissant l’intérêt des opioïdes dans la prise en charge de la douleur, notamment des cancers, l’ANSM souligne le risque de dépendance, qui se manifeste par des comportements de « doctor shopping » (nomadisme médical et pharmaceutique), comportements associés à un risque de décès beaucoup plus élevé pour ses pratiquants.
Certes, en raison d’un accès contrôlé à ces médicaments, la France n’est pas encore au niveau des Etats-Unis, où l’on compte plus d’une centaine de morts par jour, soit plus que par armes à feu et accidents de la route combinés. La France est même plutôt « raisonnable », si on la compare à ses voisins européens.
| Cause de Décès | Nombre de Décès |
|---|---|
| Overdoses d'Opioïdes | 42,200 |
| Décès par Armes à Feu | 38,600 |
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