Pour les aficionados du Far West, le nom de mitrailleuse Gatling est presque aussi reconnaissable que celui de Colt, Winchester, Remington ou Smith & Wesson, et il déclenche certainement l'imagination autant que n'importe quelle arme du Old West. En réalité, cet ancêtre de la mitrailleuse à canon rotatif a rarement été utilisé dans l'Ouest.
Dès l’apparition des armes à feu sur le champ de bataille, toutes les armées rêvent de posséder le lanceur de salves le plus meurtrier possible. A l’entame des années 1860, les progrès techniques réalisés sur le chargement par la culasse, la généralisation des âmes rayées et des projectiles ogivo-cylindriques, vont décupler l’imagination des inventeurs de tout poil, des plus farfelus aux plus sérieux.
L'histoire de la mitrailleuse Gatling remonte aux années 1860, lorsque l'inventeur Richard Jordan Gatling a conçu cette arme à feu révolutionnaire. Gatling, qui avait une fascination pour les innovations technologiques, cherchait à créer une arme capable de tirer rapidement et efficacement sur un grand nombre d'ennemis.
En 1861, Richard Gatling a breveté sa mitrailleuse, une arme qui utilisait plusieurs canons rotatifs pour tirer des projectiles à une vitesse étonnante. Cette conception novatrice a permis à l'arme de tirer plusieurs centaines de coups par minute, un exploit impressionnant pour l'époque.
La mitrailleuse Gatling tire parti d'une conception astucieuse qui repose sur la rotation de plusieurs canons. Chaque canon est chargé individuellement et, lorsque l'arme est activée, les canons tournent pour permettre le tir. Un autre élément clé de la mitrailleuse Gatling est son mécanisme d'alimentation automatique.
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Les projectiles sont chargés dans des boîtiers qui sont ensuite placés dans un tambour rotatif.
Beaucoup de personnes pensent que la première mitrailleuse inventée a été la fameuse Gatlin. Il n’en est rien. Le 29 juin 1861, un article paraît dans le Rochester Daily Union & Advertiser. Celui-ci relate qu’Albert Mack, employé du pénitencier du comté de Monroe, a suggéré au Dr Requa que l’armée unioniste avait besoin d’un fusil à tir rapide. L’article affirme que Requa s’est aussitôt penché sur la question, a dessiné un plan et l’a parfait avec son maître armurier William Billinghurst.
Dès le 11 juillet, malgré une activité dentaire chargée, Requa parvient à achever un modèle réduit. Après avoir reçu les félicitations des notables de Rochester, Requa et Billinghurst construisent un prototype de taille réelle dans l’armurerie dont le coût n’excède pas 500 dollars (Hyson & Requa De Francisco, 1999). La première mitrailleuse est appelée « Requa Rifle Battery (Batterie de fusils Requa) ».
Elle est constituée de 25 canons d’environ 65 cm montés sur une armature reposant sur un chariot à deux roues. Elle pèse 230 kg. Un chargeur de 25 cartouches est mis en place. Les 25 canons se déchargent d’une volée et trois hommes peuvent la recharger 7 fois en une minute, ce qui fait 175 coups par minute. L’ensemble peut être monté ou baissé pour ajuster la distance. Sa particularité est de faire osciller les canons sur un arc horizontal plus large, ce qui lui permet de couvrir une surface plus large. Placé sur un pont ou un chemin étroit, cette arme rend le passage impossible aux ennemis hypothétiques.
Après sa construction et les tests sur le prototype, Requa démarche auprès de l’armée de l’Union en se rendant à Washington D.C., le 22 avril 1862, dans l’espoir de rencontrer le responsable du matériel militaire. Il obtient une entrevue avec le général Ripley qui le congédie très vite en expliquant que cette arme consomme trop de munitions et qu’à ce titre, elle coûte une fortune. Requa ne renonce pas et rencontre Abraham Lincoln, le 1er mai 1862, grâce à une lettre d’introduction du Dr Edward Maynard, autre dentiste et inventeur du premier fusil à répétition déjà célèbre, le fusil Maynard. Le Président prend en charge l’affaire et assiste au test du fusil, le 12 mai 1862. Les résultats sont concluants (Riaud, 2006).
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Malgré les tests qui se sont tous soldés par des résultats positifs, les commandes tardent. Les deux inventeurs se tournent vers Smith et Bradley, deux financiers qui finissent par accepter de débloquer les fonds nécessaires à la conception de la batterie de fusils Requa. 30 unités sont fabriquées à Troy dans l’Etat de New York par Parmenter & Bramwell et 20 autres sortent de l’armurerie de Billinghurst à Rochester. La machine infernale prend le numéro de brevet US 36 448.
Albert Mack, devenu entre-temps capitaine de la 18ème batterie d’artillerie légère de New York, reçoit quelques modèles. Son unité opère de septembre 1862 à juillet 1865, engageant des actions en Nouvelle-Orléans, en Louisiane, à Port Hudson, à Mobile et à Montgomery en Alabama (Hyson & Requa De Francisco, 1999). En janvier 1863, le père du dentiste qui a quitté Rochester, James Requa, garde le cabinet ouvert. La mitrailleuse participe à la reprise de Fort Sumter en 1863.
Le Dr Requa est institué premier membre permanent de la Dental Society of the State of New York en 1868. En 1906, la Dental Society of the State of New York et le département dentaire de l’Université de Buffalo ont organisé un repas pour honorer la longue carrière du Dr Requa. Josephus est décédé après deux ans de maladie, le 21 novembre 1910. Son esprit inventif et sa persévérance ont joué un rôle important sur l’issue de la Guerre de Sécession.
À la demande de Napoléon III, un capitaine d’artillerie nommé Verchère de Reffye (1821-1881) met au point - en secret - une arme capable de tirer en rafale : un canon à balles. Le prototype est financé par la cassette de l’Empereur à partir de 1863. En parallèle - et toujours en secret -, une instruction (un mode d’emploi) est rédigée pour l’utiliser et des tirs d’essai sont réalisés.
On forme spécialement des soldats capables d’utiliser cette arme moderne. Le corps du canon, en bronze, comporte un carré d’acier contenant 5 x 5 rangées de tubes de calibre 13 mm, pouvant donc recevoir 25 cartouches qui seront tirées successivement à une cadence pouvant atteindre 125 coups par minute. La boîte contenant les projectiles est poussée vers l’avant avec une manivelle.
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Petite curiosité, on trouve, aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis, une justification de démarche humanitaire dans le développement des premières mitrailleuses. Ainsi, en France, la très réglementaire Instruction sur l’emploi du canon à balles précise « Le canon à balles fera peut-être, vu son emploi, plus de prisonniers que de victimes, et, malgré son apparence destructive, aura pour résultat de terminer la guerre avec moins d’effusion de sang. ».
L'introduction de la mitrailleuse Gatling a eu un impact profond sur la manière dont les guerres étaient menées. Auparavant, les combats se déroulaient souvent au corps à corps, mais la mitrailleuse a permis aux armées de maintenir une distance tout en infligeant des pertes massives à l'ennemi.
La mitrailleuse Gatling a été largement utilisée lors de divers conflits du XIXe siècle, notamment pendant la guerre de Sécession américaine et la guerre franco-prussienne. Son rôle dans ces conflits a été décisif, contribuant à influencer l'issue de batailles clés.
Dans le contexte du Far West, la mitrailleuse Gatling a été utilisée pour renforcer la défense des établissements isolés et des convois vulnérables. Les colons ont rapidement compris le potentiel de cette arme pour repousser les attaques et dissuader les bandits.
Malheureusement, la mitrailleuse Gatling a également été utilisée dans des conflits violents entre les colons et les peuples autochtones. Les armées américaines ont employé ces armes lors de campagnes militaires visant à affaiblir les nations autochtones et à les forcer à céder leurs terres.
Au début de la guerre de 1870, près de 200 pièces sont fournies à l’armée française. Les canons à balles sont utilisés dès le début du conflit, à Sarrebruck puis dans les combats d’août : leur efficacité est redoutable. Le Reffye tire à courte distance et prend l’infanterie pour cible.
Il acquiert rapidement une terrible réputation, semant la terreur sur les champs de bataille. Les témoins rapportent que le seul tac-tac-tac-tac suffit à épouvanter l’ennemi. L’artillerie prussienne prenait les canons à balles pour cible, pour les neutraliser le plus rapidement possible et éviter l’hécatombe dans ses lignes de fantassins.
À Spicheren, le 6 août, le général allemand Von François est atteint par une rafale et succombe à ses graves blessures. À Rezonville, le 16 août, la brigade Bredow est décimée par le Reffye et les fusils Chassepot. Un témoin écrit dans la presse, en août 1870 : « Bientôt, j’ai vu deux batteries françaises et une batterie de mitrailleuses s’établir sur la route un peu avant Sainte-Barbe […] À chaque décharge de nos mitrailleuses, les lignes prussiennes, dont le tir était très bien nourri et régulièrement maintenu, étaient coupées comme avec une faux ; de là, le feu cessait pour l’instant ».
Un autre témoin décrit l’effet de la mitrailleuse sur les Prussiens, dans Le Figaro : « On entend un bruit étrange, quelque chose comme un moulin infernal. C’est la première mitrailleuse qui fonctionne. L’effet a été terrible ; vous savez, celui que produit un rouleau dans une prairie, couchant l’herbe… ».
L’exemplaire du Reffye à voir au Musée de Gravelotte a été fabriqué à Meudon, pour le canon, et à Metz, pour l’affût.
Comme tout conflit, la Guerre Civile américaine va exacerber les génies inventifs. D’autant qu’aux Etats-Unis, à la différence d’une nation comme la France, la plupart des inventions à usage militaire sont issues du domaine privé et souvent produites « à compte d’auteur », avant d’être soumises aux services de l’Armée - plus de 80 brevets pour diverses mitrailleuses seront déposés, aux Etats-Unis, entre 1862 et 1883 !
La prise du pouvoir en mars 1871 par les communeux ne se traduit pas par une rupture en ce qui concerne les mitrailleuses - c’est le terme générique qui remplace désormais celui de canon à balles - aussi bien pour ce qui est de leur production que de leur utilisation sur le terrain.
Le 28 mars, au soir de sa proclamation, la Commune dispose de quelque 400 canons. La présence parmi eux de mitrailleuses, encore considérées comme des pièces d’artillerie, est avérée. Mais leur nombre, certainement minoritaire, est mal connu.
Concernant la fabrication des mitrailleuses, on peut citer en particulier trois sociétés : les ateliers Flaud, implantés près du Champ-de-Mars (on y avait transféré avant le premier siège la production de ceux de Meudon, où l’on fabriquait les canons à balles) ; Goüin, aux Batignolles (XVIIe) ; la société Cail, regroupée principalement dans le quartier de Grenelle (XVe), près de la Seine. Cail était devenue la plus grande entreprise d’armement.
L’armée versaillaise s’était équipée elle aussi de mitrailleuses. Au moment de sa formation, elle dispose de 4 batteries. Elle bénéficie ensuite d’une partie des commandes passées par le gouvernement de la Défense nationale.
C’est une guerre de position qui commence, particulièrement ingrate, faite d’attaques et de contre-attaques. Elle se déroule au-delà de l’enceinte, dans un grand arc de cercle qui va d’Asnières, au nord-nord-ouest, à Ivry, au sud. Au nord, dans le secteur de Neuilly, c’est une guerre de rues qui prédomine : les deux camps, parfois séparés seulement par la largeur d’une chaussée, bénéficient de l’appui de mitrailleuses.
Chez ces derniers, la mitrailleuse, arme antipersonnel, a ici une fonction défensive. Panachée souvent avec des canons, elle est utilisée pour défendre les approches des forts, des villages barricadés, voire une gare ou encore, comme à Issy, un cimetière, un séminaire, un couvent (celui des Oiseaux) transformés en forteresses.
Dans le renforcement des défenses, la mitrailleuse présente trois avantages. D’abord, sa puissance de feu : on a calculé que celle d’une batterie (six pièces) était supérieure à l’époque à celle d’un bataillon ; les versaillais progressant avec circonspection, une ou deux mitrailleuses couplées avec autant de canons utilisant des boîtes à mitraille suffisent ; sa facilité d’emploi, ensuite : alors que le canon, depuis toujours l’arme de prestige de la Garde nationale, nécessite des connaissances techniques, la mitrailleuse ne requiert qu’une formation sommaire sur le terrain (il suffit quasiment de savoir tourner une manivelle !) ; enfin, la mitrailleuse tirant par définition des gerbes de projectiles, sa mise en batterie est beaucoup plus sommaire que celle d’un canon qui utilise des obus explosifs, souvent à plus grande distance et sur un objectif précis.
De leur côté, les versaillais utilisent aussi leurs mitrailleuses, dans une moindre mesure, semble-t-il, puisque ce sont eux les assaillants. Mais ils en font un usage bien particulier que l’on ne rappellera jamais assez : les exécutions de masse, comme ce fut le cas au Luxembourg, place d’Italie, à la prison de la Roquette et ailleurs ; dans le Bois de Boulogne et probablement aussi un temps à la caserne Lobau, qualifiée parfois d’ « abattoir national » : les « moulins à café » prennent le relais des pelotons d’exécution au-delà de dix ...
La mitrailleuse Gatling a posé les bases de nombreuses innovations futures dans le domaine des armes à feu. Son concept de canons rotatifs et son mécanisme d'alimentation automatique ont inspiré le développement d'autres armes automatiques et de mitrailleuses modernes.
Au-delà de son utilisation sur les champs de bataille, la mitrailleuse Gatling est devenue un symbole de la révolution technologique qui a façonné le XIXe siècle.
La mitrailleuse Gatling demeure l'une des inventions les plus influentes de l'histoire militaire. Son design novateur et son impact sur les tactiques de combat en ont fait une arme révolutionnaire.
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