Serge Lama, figure emblématique de la chanson française, a marqué des générations avec ses textes poétiques et ses interprétations passionnées. Cependant, derrière le chanteur populaire se cache un artiste complexe, dont l'œuvre est souvent mal comprise. Cet article se propose d'explorer les différentes facettes de sa carrière, les thèmes récurrents dans ses chansons, et d'analyser certaines de ses œuvres les plus marquantes.
Quand on compile les paroles des plus de 330 chansons de Serge Lama, l'un des mots qui revient le plus est « seul ». Pour un chanteur de variété adulé par des millions de fans, cela peut surprendre. L'un des symboles ? « Seul, tout seul », titre brillant entre désespoir et lucidité : « Seul, tout seul. Pas plus que moi qui vis ma vie sous les lanternes pour cacher qu'il y a en moi un cœur gris comme une caserne. » On songe aussi aux « Ballons rouges », véritable coup de poing orgueilleux et revanchard. Fils unique, l'artiste a passé son enfance seul au milieu d'un conflit entre ses parents : sa mère autoritaire refusait que son père exerce son métier d'artiste. Tout est raconté dans « Le Temps de la rengaine » et « Maman Chauvier ».
Paris Match : Votre œuvre compte beaucoup de chansons tristes liées à la solitude, notamment. Serge Lama : J'aurais tendance à dire que beaucoup d'auteurs sont malheureux, quand même. Si vous regardez déjà la littérature, que l'on prenne Baudelaire ou d'autres, ce ne sont pas des types qui pètent la joie de vivre (rire). Il y a peut-être aussi une volupté. On se délecte aussi de ça. Il y a une tristesse qui vient de l'enfance et qui ne se guérit pas. Oui, mon père qui avait arrêté de chanter, ce combat permanent avec ma mère. En même temps, ça m'a donné de la force.
Dans la chanson « À 15 ans » (1964), vous déclarez : « À quinze ans, faudrait que l'on sache qu'on n'est jamais heureux qu'en soi. » Racontez-nous ce titre. Je l'ai écrite quand j'avais à peu près l'âge du personnage. Je ne me souviens pas si j'ai beaucoup travaillé, parce qu'il y a des fois où l'on écrit comme ça, d'un trait, et il y a juste quelques ajustements à faire. Et puis d'autres fois, on retravaille beaucoup. Vu comme elle est écrite, je dirais que c'est d'un jet. Il y a une montée dans cette chanson avec un peu de colère liée à mon adolescence et au problème avec les femmes. Elles ne me trouvaient pas beau, je ne les attirais pas et j'ai été dépucelé très tardivement. L'adolescence accompagne votre discographie. Il y a « Le Café du lycée » (1978)… C'est une chanson d'ado. Quand j'écris des textes, encore aujourd'hui, ce sont des textes d'un vieil adolescent. Sous d'autres angles, j'ai passé un cap, j'ai connu des expériences et de belles histoires d'amour, comme celle que je vis avec Luana. Quand j'avais 15 ans, je ne connaissais pas tout ça et j'avais aussi connu les femmes de romans, ce qui n'aidait pas, Merteuil par exemple (sourire). J'étais Valmont !
L'adolescence, est-ce pour vous un âge d'or ou une blessure fondatrice ? Une blessure fondatrice, oui. Mais si on me demandait si j'aurais préféré avoir une autre adolescence, je dirais non en tant qu'« homme d'affaires », parce que ça m'a permis de faire de bonnes chansons. Blague à part, je préférerais avoir été heureux, épanoui quand j'étais gamin, parce que je pense que j'aurais écrit quand même. On n'est pas obligé d'être toujours dans la souffrance pour écrire. Il y aurait eu, sans doute, une autre coloration qui aurait été plus rigolote, plus marrante.
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Finalement toute votre philosophie de vie, c'est « Et puis on s'aperçoit » (1970)… J'ai écrit ce texte très jeune. C'est une chanson sur la désillusion, la résignation. J'avais tout vu, tout compris d'un destin que je n'avais pas encore vécu. C'est ça qui est incroyable. C'est presque une chanson visionnaire. J'adore cette chanson. Au début, le public avait du mal avec ce titre. J'ai réussi à l'imposer à force de la chanter, de dire que c'était MA chanson. C'est une de mes chansons préférées avec « L'Esclave ». L'idée de montrer que l'on se prépare au pire pour ne vivre que le meilleur et se contenter des petits bonheurs. Sans cela, on se tire une balle.
Entre « Et puis on s'aperçoit » et « Seul tout seul », qui sont des chansons extraordinaires sur le plan littéraire, cela ne respire pas la gaîté. Quelle est votre préférée entre les deux ? Mes chansons drôles ont détourné l'attention de l'intelligentsia. J'étais l'homme des « P'tites Femmes de Pigalle ». Ce sont des choses qui vous collent à la peau. « Seul tout seul », ça dit la même chose, d'une autre manière, mais « Et puis on s'aperçoit » est ciselée. C'est un petit bijou. Il y a la musique d'Yves qui colle parfaitement aux paroles.
Parlons d'« Une Île » (1970) qui évoque Napoléon et la solitude d'avoir quitté la Corse, Joséphine… Je vous corrige. « Une Île », ce n'est pas que ça. « Une Île », c'est une espérance. C'est une île qui est battue en brèche, comme toujours chez moi, par des vagues qui la giflent. Une île entre le ciel et l'eau… on aspire à quelque chose. « Une Île » n'a rien à voir avec Napoléon. Il y a juste une petite référence. Je n'ai jamais pensé à Napoléon avant de faire Napoléon.
Dans le grand catalogue de vos chansons introspectives, l'une des plus fortes, un véritable monument, c'est « Les Ballons rouges » (1969) avec cette sentence : « Et je n'ai pas vu dans l'Histoire quelque guerrier ou quelque roi, assoiffé de règne ou de gloire, qui soit plus orgueilleux que moi. » Comment vous est venu ce cri ? J'étais jeune. Si j'avais dit ça dix ans plus tard, je me faisais insulter par tout le monde car cela aurait pu passer pour de la prétention. Ce titre a fait son chemin et a touché l'âme de mon public car, je pense, qu'il a vu l'authenticité. Je n'ai pas eu de ballons rouges. Je n'ai pas cherché un truc. C'est une chose qui parle à tout le monde. Puis après je bascule pour montrer comment je m'en suis nourri. Il ne vous aura pas échappé que le dernier couplet est souvent un coup : il détruit presque tout ce que j'ai dit avant.
La revanche sociale est un moteur… Évidemment. Il y a la volonté de prendre ce qu'on ne vous a pas donné. Le contrepoint de tout ça, c'est la chanson « Le Triomphe » (1977) où la revanche des « petites gens » devient arrogance avec ces vers : « Un démon sommeillait sous son visage d'ange et la gloire qui dit tout le révèle au grand jour. » En avez-vous été victime ? Personne ne peut aimer. Ni les journalistes ni le public, parce que tout le monde en prend pour son grade. On peut tous basculer dans l'hybris. J'ai dû basculer aussi au moment de Napoléon. J'étais là au sommet du sommet. J'avais tout eu. Et puis c'est un personnage qui vous pousse à ça, presque.
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Quand on écoute vos albums plus récents, on remarque que cette solitude a un peu disparu. Comment l'expliquez-vous ? Ce n'est pas un calcul. J'ai choisi les chansons qui me semblaient les meilleures dans celles que j'écrivais dans ces dix dernières années. Je n'ai pas d'explication logique. Mon histoire d'amour avec Luana m'a beaucoup calmé, m'a rendu heureux et c'est un bonheur de tous les jours. J'ai trouvé un équilibre que je n'avais jamais connu dans ma vie. L'âge qui passe et la plume doit se détendre aussi, mais je vous rassure, il reste du spleen (rires).
On a beaucoup parlé de la solitude et évoqué rapidement vos parents. La famille est une source d'inspiration également. Oui. Dans « Maman Chauvier » (1986), je parle à ma mère comme je ne lui ai jamais parlé. C'était difficile de lui parler. Elle était un peu méchante. Ma mère a été très dure. Elle me faisait des réflexions et trouvait toujours un angle pour faire mal. Comme « Le Temps de la rengaine » (1968), avec une musique plus gaie… C'est ce que je vous disais, derrière la légèreté il y a un texte plus sombre et profond. Le texte de départ était peu souriant. Yves a choisi une musique plus gaie. À la fin du titre, il y a une émotion quand je parle de mon père. « Papa viendra me chanter des chansons nouvelles ».
Et il a chanté avec vous puisque vous avez enregistré un album et chanté avec lui en concert au Grand Rex. Il était ravi, ému et stressé. Nous avons bien fait de le faire car il est décédé quelques mois plus tard. Il chantait comme les chanteurs de l'époque. Il faisait des gestes. C'était très émouvant pour le public. Et pour moi, encore plus. Patrick Bruel est fou du "Dimanche en famille" et voulait la reprendre. Il y a votre « vraie » famille et la fictive, tout aussi dysfonctionnelle. On entend ça dans « Le Dimanche en famille » (1980)... J'avais la musique d'Alice et je n'arrivais pas du tout à trouver. J'écoutais en boucle la mélodie. D'un coup, ça a démarré avec le mot dimanche. Les mots se sont précipités. C'est mystérieux, une chanson. On est tiraillé par le refrain et le couplet. C'étaient des choses en moi, en profondeur. La mélodie tourne, un peu comme une musique russe. Vous savez que Patrick Bruel, qui est fou de cette chanson, voulait la reprendre.
Et « Les Glycines » (1973) reprend cette idée aussi de la famille qui désunit. Celle-ci est vraie. C'est lié à ma cousine germaine Gisèle que j'aimais beaucoup et j'ai été privé d'elle à cause d'une brouille familiale. Il n'y a plus eu de cousin ni de cousine.
Paris Match : L'amour est la deuxième thématique de votre discographie. Quand on écoute vos disques, on s'aperçoit que l'image de macho qu'on vous a accrochée ne se traduit pas dans vos textes. Serge Lama : Je suis timide de base. C'est peut-être pour ça que les femmes ne venaient pas vers moi : elles ne s'intéressaient pas à quelqu'un qui se refermait sur lui-même. Elles sont venues quand j'ai eu du succès. Tout d'un coup, j'étais Serge Lama et je me disais « pourquoi vous n'êtes pas venues plus tôt ». Ça ferait d'ailleurs une excellente chanson (rires). Je suis impressionné par les femmes. Tous les timides vous le diront, c'est difficile. Vous êtes un grand sentimental au fond ? Bien sûr. Je n'aurais pas écrit toutes ces chansons si je n'étais pas un grand sentimental.
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J'ai dit à Alice, que j'avais rencontrée grâce à l'Eurovision 1971 et « Un jardin sur la terre », que je n'en pouvais plus. Michèle était partie. C'est une histoire compliquée. Elle m'avait dit qu'elle resterait et elle s'en va. Je me demande ce que je vais bien pouvoir faire. Je suis marié. Son départ m'a tué. J'écrivais des bouts de chansons. J'ai demandé à Alice de me faire une musique avec « Je suis malade » au refrain. Un jour qu’on attendait mon éditeur qui était en retard, elle s'est mise au piano. « Je t'ai fait ton truc "Je suis malade" » et elle a joué. J'ai écrit les paroles en une demi-heure, au fil de l'épée. C'est la plus grande chanson de ma vie. Comme « D'aventures en aventures », c'est venu d'un coup et Yves a fait la musique. Mais « Je suis malade » au début le public est passé à côté. Heureusement Dalida l'avait écoutée et a choisi de la reprendre. Elle m'appelle et me demande si elle peut la chanter. « Mais Dali, sers-toi. Les chansons sont faites pour être chantées. Est-ce une fierté d'avoir écrit cette chanson ou un carcan dans lequel on vous renvoie sans cesse ? C'est toujours un peu agaçant parce que j'ai écrit d'autres choses, mais je suis très content d'avoir écrit cette chanson. Je n'ai pas trop à me plaindre. Le grand public connaît 25 ou 30 de mes chansons.
Dans les chansons d'amour malheureux, il y a « Toute blanche » (1974) dédiée à Liliane Benelli, votre fiancée tuée dans un accident de voiture. Barbara avait chanté « Une petite cantate » à la mort de Liliane. Moi, j'étais à l'hôpital quand la chanson est sortie. Et derrière ça, qu'est-ce que vous voulez faire ? Alors, j'ai écrit « Toute blanche ». C'était mon hommage à Liliane. Évidemment que j'aurais peut-être préféré écrire « Une petite cantate », mais Barbara avait su dédramatiser. C'est grâce à Barbara que j'ai pu faire Bobino avec Brassens.
Autre chanson, « Je te partage » (1994). Serge Lama accepte de ne pas être exclusif ? J'ai regretté parce que, sur scène, j'avais trouvé une phrase qui était meilleure que « ça fait du bien à l'animal ». J'aurais dû mettre « ça fait survivre l'animal ». Les disques sont des prisons. C'est marqué dans la cire, c'est fini. Vous n'avez plus le droit de regard sur votre chanson. Et si vous le faites sur scène, c'est un scandale pour les gens.
Aimeriez-vous réenregistrer certaines de vos chansons en les réécrivant ? Pas les plus connues, mais certaines de seconde zone oui. C'est souvent une phrase qui cloche. D’ailleurs pour « Je te partage » je me suis quand même permis de la réenregistrer avec le nouveau texte en 2012, dans l’album « La balade du poète ».
Quelle est la chanson d'un autre chanteur qui parle d'amour que vous auriez adoré écrire ? « Les vieux amants » de Jacques Brel et « La non-demande en mariage » de Georges Brassens. Et si on prend mon quatuor de rêve, j'ajoute « Et maintenant » de Gilbert Bécaud et « Parce que » de Charles Aznavour (il se met à la chanter).
Vous nous expliquiez que derrière les chansons gaies, il y a souvent du tragique. Par exemple « Les p’tites femmes de Pigalle » que certains ont jugée bien trop rapidement lourde ou « Le gibier manque et les femmes sont rares » injustement critiquée… Les chansons du début de ma carrière m'ont desservi. Mais ces chansons faut quand même les écrire ! Derrière la légèreté supposée, il y a un deuxième sens. Dans « Le gibier », il y a une phrase qui a échappé à ces critiques c'est « On chante pour faire gai ». Cette scène de chasse est un peu pathétique et raconte le désarroi de ces chasseurs. Pourquoi on ne voit pas ce deuxième sens ? Sans doute à cause du poids de la musique et des mots dans le refrain.
Pourriez-vous chanter aujourd'hui « Chez moi » (1974) ? C'est d'abord une chanson vocale. Vous me faites un mauvais procès (sourire). Personne n'y voit malice. Mon public adore cette chanson. J'étais obligé de la chanter en concert alors que j'avais 75 ans (rires). « Laisse un peu tomber tes poupées », c'est une expression presque une idée psychologique pour dire qu'elle est grande.
On doit vous avouer que si on devait classer vos chansons, vos fans mettraient sûrement « Le 15 juillet à 5 heures » (1968). Racontez-nous. Un jour, des journalistes font un portrait de moi. Ils me demandent de m'installer et de faire comme si je travaillais. Et j'écris sur une feuille le 15 juillet à 5 heures pour faire la photo. La chanson était déjà quasiment écrite (rire). Quand vous trouvez LA phrase, vous écrivez la moitié de la chanson, ensuite il n'y a plus qu'à affiner. La grande difficulté, c'est de faire le premier couplet. Ici c'est l'histoire d'un couple qui va dans une résidence secondaire de quelqu'un. Il passe une journée merveilleuse, le soleil est là. L'homme est content et d'un coup, il faut rentrer. La musique d'Yves est merveilleuse. Comme « L'Esclave » (1974).
Chanson où vous inversez les rôles… L'homme devient même la femme c'est-à-dire que lorsque je l'ai chantée je me sentais devenir femme. Au fil de la chanson, je me féminise, sans excès. Je l'avais proposée à Juliette Gréco et elle m'avait dit que ce n'était pas pour elle, mais que je devais la chanter ! C'est pour cela que j'ai ajouté cette phrase : « dans un harem byzantin où pour trouver le paradis, je m'étais déguisé en chien, une esclave m’a dit… » Tous les chanteurs aiment surprendre. C'est le cas aussi de « Messieurs » où j'imagine que les femmes ont pris le pouvoir.
« Le dernier baiser » est une chanson méconnue. Elle a été la bande originale d'un film en 1977 puis vous l'avez reprise en 2017. Oui, je l'ai peu chantée, à tort. Quand vous avez beaucoup de chansons connues, vous hésitez à les remplacer par une chanson comme « Le dernier baiser ». En fait, vous ne pouvez pas les enlever. « Le dernier baiser » est une chanson intermédiaire.
Ce qu'il faut savoir sur mon personnage c'est que je me suis adossé à quatre génies : Brel, Brassens, Bécaud et Aznavour. Je voulais être un peu des quatre. Listez-nous les chansons qui se rapprochent de ces quatre-là ! « Les P'tites Femmes de Pigalle », c'est Bécaud, « L'Enfant d'un autre », peut-être Charles, « Et puis on s'aperçoit », Brassens et Brel c'est par à-coups, mais la fin des « Ballons rouges », cela lui ressemble. Ce qui est intéressant avec Brel c'est quand il est dans l'excès, quand il y allait, il y allait. Charles, c'est la sobriété. Bécaud c'est le rythme et la vie.
Serge Lama n’était pas compositeur, mais on l’a vu, il a su et sait toujours très bien s’entourer. Parmi ses compositeurs, deux noms essentiels : Yves Gilbert et Alice Dona. Yves Gilbert survient très tôt dans son parcours, au moment où il est alité et corseté, à la suite de son accident. Le compositeur lui rend visite tous les jours et, ensemble, ils écrivent les chansons des premiers albums de Serge. Ils ne se quitteront plus. Yves Gilbert sera son pianiste attitré sur scène pendant toutes les années de gloire. Alice Dona intervient à partir de 1971, à la faveur d’une chanson écrite pour le concours de l’Eurovision (Un jardin sur la terre).
La chanson française est-elle trop sérieuse aujourd'hui ? Sans doute, mais c'est l'époque. On attend toujours des chansons de Ray Ventura (« Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ») ou de Charles Trenet. Mais l'époque est plus triste. La chanson est un miroir de l'époque. Aujoud'hui, il y a quelque chose de gris qui n'incite pas à faire des chansons très gaies. Cependant, j'envisage, si Dieu me prête vie, d'en faire dans un prochain album. J'ai envie de revenir à la tradition de la chanson de revue (« Femmes femmes femmes »), que j'ai tant aimée. Tout le monde prend un ton sérieux et bien pensant, car on ne peut plus rien dire. On se censure. Il y a une paranoïa générale.
Et dans la génération actuelle, un coup de cœur ? Il y a moins de chansons d'amour. Je ne sais pas si c'est un effet du temps. J'aime bien Vianney qui écrit de belles chansons. Vous savez, aujourd'hui, le rap écrase tout.
Souhaitez-vous que la jeune génération de chanteurs reprenne vos chansons comme elle a pu le faire pour Johnny, Renaud ou Jean-Jacques Goldman ? C'est en projet. J'y pense sérieusement. J'ai des copains, dont Patrick Fiori, qui frappent à la porte et qui me disent : « Des jeunes aiment tes chansons. » Il paraît que Soprano ou les BB Brunes veulent reprendre mes titres. La postérité décidera ce qu'elle pourra... Je pense que « Napoléon » ressurgira. J'en suis très fier. C'est tout de même une œuvre sous-estimée aujourd'hui, mais qui peut-être revalorisée par un événement. Il y a quelques mois, un jeune a fait un spectacle à Orange en reprenant mes chansons (Napoléon symphonique) et ça a été un succès phénoménal. Mon fils ne jure que par « Napoléon ». Même si cela m'a marqué politiquement. On a considéré que j'étais un chanteur de droite alors que je ne le suis pas.
De quelles chansons êtes vous le plus fier ? « Je suis malade », « Les Glycines », « L'Enfant d'un autre », « Mon ami mon maître », « La Fiancée ».
| Chanson | Année | Thème |
|---|---|---|
| Seul, tout seul | Solitude, désespoir | |
| Les Ballons rouges | 1969 | Orgueil, revanche |
| À 15 ans | 1964 | Adolescence, solitude |
| Le Café du lycée | 1978 | Adolescence |
| Et puis on s'aperçoit | 1970 | Désillusion, résignation |
| Une Île | 1970 | Espérance, solitude |
| Le Triomphe | 1977 | Revanche, arrogance |
| Maman Chauvier | 1986 | Famille, relations maternelles |
| Le Temps de la rengaine | 1968 | Famille, relations parentales |
| Le Dimanche en famille | 1980 | Famille, dysfonctionnement |
| Les Glycines | 1973 | Famille, désunion |
| Je suis malade | Amour, souffrance | |
| Toute blanche | 1974 | Amour, deuil |
| Je te partage | 1994 | Amour, exclusivité |
| Le 15 juillet à 5 heures | 1968 | Couple, nostalgie |
| L'Esclave | 1974 | Identité, genre |
| Le dernier baiser | 1977 | Amour, séparation |
| Les P'tites Femmes de Pigalle | Société, moeurs | |
| Le gibier manque et les femmes sont rares | Société, critique sociale |
En conclusion, Serge Lama est un artiste aux multiples facettes, dont l'œuvre est riche et complexe. Ses chansons, souvent empreintes de mélancolie et de solitude, témoignent d'une sensibilité à fleur de peau et d'une profonde introspection. Au-delà des succès populaires, il est important de redécouvrir l'ensemble de son répertoire, afin de mieux appréhender la richesse et la profondeur de son talent.
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