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Cet article se penche sur le fonctionnement, les utilisations et les implications des roquettes, des mini-missiles et des armes nucléaires tactiques dans les conflits contemporains. Il aborde les aspects techniques, les capacités et les conséquences potentielles de ces armes.

Les Systèmes de Roquettes Modernes

Le Thundart de Safran et MBDA

Au salon du Bourget, Safran et MBDA ont présenté une nouvelle roquette, la Thundart, d’une portée de 150 kilomètres. Le premier apporte le kit de guidage de précision, le second fournit la charge militaire et le système de propulsion.

« La roquette a une portée de 150 km. Cela correspond aux besoins spécifiés par les armées françaises dans le cadre des frappes tactiques dans la profondeur », explique Paul Vassy, un des responsables commerciaux de Safran Electronics and Defense. Ce système d’artillerie, capable de tirer jusqu’à 12 roquettes par lanceur, est prévu pour mener des attaques par saturation. Emportant une charge militaire d’une centaine de kilos, la roquette vise notamment des entrepôts d’armes, des centres logistiques, des batteries de défense sol-air, des ponts…

Pour concevoir la roquette rapidement, Safran s’est associé à MBDA. Les deux partenaires se sont positionnés avec cette roquette pour remplacer à un prix comparable le système d’armes vieillissant LRU (lance-roquettes unitaire) des armées de technologie américaine qui a une portée deux fois moindre.

La branche Electronics and Defense de Safran a apporté son savoir-faire en matière de guidage de précision. Elle a adapté le kit de guidage des bombes AASM du Rafale produit à Montluçon (Allier) capables d’atteindre sa cible même quand le GPS est brouillé. Quant à MBDA, elle apporte la charge militaire de la roquette mais également le système de propulsion qui est fourni par sa filiale spécialisée dans ce domaine Roxel.

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Un premier tir de démonstration est prévu en avril de l’année prochaine pour des premières livraisons opérationnelles attendues en 2030. Pour baisser le coût de la roquette et livrer rapidement, les deux partenaires ont ré-exploité des technologies existantes (guidage, charge militaire…) tout en misant sur leur effort industriel réalisé dans le cadre de l’économie de guerre.

Face à la concurrence internationale sur ce segment (États-Unis, Israël, Corée du Sud, Inde), les deux partenaires insistent sur le caractère souverain de leur solution : « Les armées auront une totale autonomie d’emploi de ce système d’armes. Nous avons une sécurisation de notre chaîne d’approvisionnement. On est maître des évolutions futures de ce système », explique le collaborateur de MBDA en charge de ce projet.

Le tandem MBDA/Safran est engagé dans une compétition française notamment avec Turgis Gaillard qui propose également un nouveau lance-roquette installé sur un châssis de camion. Après des tests de manœuvre sur le terrain, Turgis Gaillard prévoit une première campagne de tirs en 2026.

Les HIMARS : Systèmes de Roquettes d'Artillerie à Haute Mobilité

Les Himars sont des lanceurs de roquettes qui font des ravages à l’intérieur des lignes russes en Ukraine. Les États-Unis ont promis de fournir 18 systèmes d’artillerie Himars à l’Ukraine dans les mois à venir. Depuis leur première apparition sur les champs de bataille ukrainiens en juin dernier, ces engins ont causé de lourds dégâts à l’armée russe. L’efficacité de ces appareils a été si importante que certains analystes militaires ont surnommé les Himars, les “armes miraculeuses”.

Derrière l’acronyme Himars se cache le nom technique M142 High Mobility Artillery Rocket System ou, en français, système de roquettes d'artillerie à haute mobilité. Il s’agit donc d’une technologie de lance-roquettes guidée et à longue portée. Cette dernière est placée sur un camion tactique de 5 tonnes. C’est le géant américain de la défense Lockheed Martin qui produit ces appareils pour un coût unitaire d’environ 5 millions d’euros, selon le site Military Today.

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Il faut aussi compter le prix de chaque roquette que transporte l’engin. Selon le constructeur, chaque Himars peut transporter un pack de six roquettes de type Gmlrs ou un seul missile Tacms. Chaque roquette Gmlrs individuelle coûte environ 100.000 euros supplémentaires.

Ce sont justement les roquettes Gmlrs (système de roquettes guidées à lancements multiples) et les missiles Tacms (système de missiles tactiques) qui rendent les Himars si redoutables. Les roquettes ont une portée d’environ 150 kilomètres alors que les missiles ont un rayon d’action de 300 kilomètres.

De plus, les Himars sont des véhicules très mobiles et peuvent donc exploiter plus facilement la grande portée de l’armement pour atteindre une cible lointaine et très vite se mettre à l’abri. Ces camions tactiques peuvent aussi être déployés par voie aérienne grâce à des avions transporteurs comme le C-130, ce qui renforce encore plus leur mobilité et la rapidité de leurs attaques.

Le général Mark A. Milley, président des chefs d'état-major interarmées, a déclaré que les frappes provenant des Himars avaient touché plus de 400 cibles russes, dont des ponts, des postes de commandement et des dépôts de munitions. Ces bombardements auraient empêché la Russie de réapprovisionner efficacement ses troupes sur le territoire ukrainien.

Jusqu’à présent, les États-Unis ont envoyé 20 Himars à l'Ukraine et ont promis d' envoyer 18 unités supplémentaires dans les prochains mois.

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Le GMARS : Une Évolution Avancée des HIMARS

Le GMARS (Guided Multiple Launch Rocket System), un système d'artillerie innovant conçu par Lockheed Martin et Rheinmetall, dépasse le HIMARS grâce à une capacité double et une portée atteignant 310 miles. Le GMARS serait capable de doubler la capacité de transport des HIMARS, pouvant emmener deux missiles à longue portée ATACMS, missiles Precision Strike Missile (PrSM) et 12 roquettes GMLRS.

Le GMARS combine donc les frappes à longue portée - il offre une portée jusqu'à 310 miles -, la précision et la flexibilité, tout en restant compatible avec les lance-roquettes HIMARS et d'autres systèmes, et augmentant ainsi la polyvalence et l'efficacité des forces armées américaines et alliées. Lockheed Martin a conçu ce système pour qu’il puisse être intégré aux plateformes de ses partenaires, notamment en Europe.

Le général Christopher Donahue, commandant de l'Armée des États-Unis en Europe et en Afrique, a récemment souligné pour Business Insider l'importance de rendre les systèmes d’armement plus compatibles entre eux, afin d’améliorer l’efficacité des interventions conjointes. Le GMARS, en facilitant la collaboration entre les armées américaine et alliées, offre une flexibilité et une efficacité accrues dans le cadre d’une guerre interconnectée et dynamique, où chaque seconde et chaque action comptent.

Les Missiles Nord-Coréens

La Corée du Nord a affirmé avoir tiré des « lance-roquettes multiples de très grande taille », qui constituent des « moyens d’attaque nucléaire tactique », ce qui a permis à « l’Armée populaire de Corée (de démontrer) sa pleine capacité de dissuasion et sa volonté de contrer » les exercices aériens conjoints américano-sud-coréens de dimanche, a annoncé la dictature. Selon la Corée du Nord, il s’agit d’une « attaque nucléaire tactique » pouvant détruire entièrement des bases aériennes ennemies.

L’armée sud-coréenne avait ainsi affirmé avoir détecté le tir de deux missiles balistiques de courte portée lundi entre 07H00 et 07H11 (22H00 et 22H11 GMT) qui ont parcouru une distance de 390 km pour l’un et de 340 km pour l’autre avant de tomber dans la mer de l’Est, en référence à l’étendue d’eau aussi connue sous le nom de mer du Japon.

Selon l’agence officielle nord-coréenne KCNA, l’« exercice » de lundi a été mené en réponse à ces exercices aériens, Pyongyang accusant les deux alliés d’être responsables de la détérioration de la situation sécuritaire dans la péninsule. C’est deuxième tir nord-coréen en 48 heures, après le lancement samedi d’un de ses missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) les plus puissants, en réponse à un exercice militaire prévu par Washington et Séoul.

Séoul a qualifié le lancement de « grave provocation qui porte atteinte à la paix et à la stabilité de la péninsule coréenne » et appelé Pyongyang à y mettre un terme « immédiatement ». A la demande du Premier ministre japonais Fumio Kishida, le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunira en urgence mardi après-midi à New York.

Dans une déclaration publiée lundi matin, la sœur du leader nord-coréen, Kim Yo Jong, a prévenu que Pyongyang continuerait à surveiller les initiatives de Washington et de Séoul pour déployer davantage de moyens stratégiques américains dans la région, promettant de prendre des « contre-mesures correspondantes » à toute menace perçue.

Pyongyang avait affirmé que son tir d’un ICBM effectué samedi relevait d’un exercice « surprise » qui, selon lui, a démontré ses capacités de « contre-attaque nucléaire meurtrière ». Le Japon a précisé que cet ICBM a volé pendant 66 minutes avant de retomber dans sa zone économique exclusive (ZEE).

L’utilisation de missiles de plus courte portée indique que la Corée du Nord « vise virtuellement les bases américaines et le centre de commandement sud-coréen dans la région », selon Hong Min.

Dès la fin des années 1970, la Corée du Nord a développé son arsenal de missiles en copiant des modèles soviétiques. Des années 1980 aux années 1990, Pyongyang n'a eu de cesse de tenter d'augmenter leur portée : Scud-B (300 km), Scud-C (500 km), Rodong-1 (1 300 km), Taepodong-1 (2 500 km), Musudan-1 (3 000 km) et le Taepodong-2 (6 700 km).

Les Différents Types de Missiles

Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ont mis en évidence l'importance des missiles dans la guerre moderne. Un expert de MBDA décrypte les différents types d’engins utilisés dans ces régions :

  • Missile Balistique : Propulsé par un moteur qui l’envoie à très haute altitude, suivant une courbe parabolique. Il existe différentes portées : courte (SRBM, moins de 1.000 km), moyenne (MRBM, entre 1.000 et 3.000 km), intermédiaire (IRBM, de 3.000 à 5.500 km) et intercontinentaux (ICBM, plus de 5.500 km).
  • Missile de Croisière : Conçu pour voler à basse altitude pour éviter les défenses adverses. Il est propulsé du début à la fin de sa trajectoire et est guidé pour frapper avec une grande précision.
  • Missile de Croisière Hypersonique : Engin réalisant la majeure partie de sa trajectoire dans l’atmosphère, à des vitesses comprises entre Mach 5 et Mach 8, et à des portées comprises entre 500 et 1.000 km.
  • Véhicule Hypersonique Planeur : Engin lancé dans l’espace qui évolue en planant et en rebondissant sur les couches de la très haute atmosphère, ce qui lui permet de changer de direction avant d’atteindre sa cible.

Les Armes Nucléaires Tactiques

Les missiles nucléaires tactiques sont considérés par le Kremlin comme des armes conventionnelles, utilisables sur le champ de bataille. Souvent éclipsées par leurs grandes sœurs les armes nucléaires stratégiques, les têtes tactiques sont de plus faible puissance. Elles ont été développées dans le but de détruire une armée ennemie sur le champ de bataille, plutôt que pour raser une ville ou un pays.

Embarquées sur des missiles à courte ou moyenne portée, les têtes nucléaires tactiques russes limitent leur effet immédiat à quelques kilomètres à la ronde, un peu à l'image des bombes larguées par les États-Unis sur Hiroshima et Nagasaki, qui font figure de « mini » bombes au regard de la puissance des bombes russes plus récentes comme la Tsar Bomba, trois mille fois plus puissante et capable de réduire en cendres l'équivalent d'un département français, sans compter les retombées radioactives.

Selon la doctrine du Kremlin, ces têtes nucléaires ne font donc pas vraiment partie du mécanisme d'escalade nucléaire mondial, même si les dirigeants russes sont bien conscients que cela pourrait déclencher une réaction en chaîne apocalyptique.

Les États-Unis sont aussi dotés de têtes nucléaires tactiques, que la Maison-Blanche juge toutefois non conventionnelles et n'utilisera - a priori pas en dehors d'un conflit nucléaire. Côté français, l'armée de terre a mis au rebut ses missiles nucléaires tactiques Pluton (en 1993) et Hadès (en 1997), qui étaient destinés à briser une offensive blindée soviétique traversant l'Allemagne.

Si ces pays font une distinction entre bombes tactiques et stratégiques, la France a cessé de le faire dès les années 70. Elle les considère toutes comme des armes "préstratégiques" qui font partie de la dissuasion.

Toutefois, l'emploi d'une bombe nucléaire, même tactique, serait considéré comme une attaque nucléaire par toutes les organisations d'état de l'ONU à l'Otan. La riposte serait immédiate contre l'agresseur.

Pour le général Jean-Paul Paloméros, ancien chef d’état-major de l’armée de l’Air et ex-commandant suprême de l’OTAN, cet usage provoquerait un désastre mondial. David Petraeus, ex-général quatre étoiles de l'US Army et ancien directeur de la CIA, est très précis sur les conséquences d'une attaque nucléaire par une bombe si petite soit elle : "Nous répondrions avec l'Otan qui éliminerait toutes les forces conventionnelles russes que nous pouvons voir sur le territoire ukrainien et en Crimée annexée et tous les navires russes en mer Noire seront coulés ".

Le Missile de Croisière Bourevestnik

La Russie a informé Washington de l’essai réussi de son nouveau missile de croisière, le Bourevestnik (« oiseau de tempête », en russe). Le caractère novateur du Bourevestnik réside dans son moteur, qui utilise de l’uranium comme carburant. À la différence de certains sous-marins, le réacteur nucléaire du missile russe réchauffe pour sa part brutalement l’air ambiant pour lui fournir une poussée.

L’uranium étant bien plus puissant que le kérosène, le Bourevestnik n’est pas limité par le poids de son réservoir de carburant, ce qui lui confère une autonomie et une endurance « infinie », ou du moins « record ». Lors du dernier essai, le missile aurait duré environ quinze heures, durant lesquelles il serait parvenu à parcourir 14 000 kilomètres. À l’inverse, les missiles de croisière peuvent modifier leur plan de vol à tout moment. Le Bourevestnik cumulerait ainsi la très longue portée, qui revenait jusqu’alors aux missiles balistiques, et la discrétion des missiles de croisière qui, capables de voler à basse altitude, peuvent échapper aux radars.

Le développement du Bourevestnik a connu plusieurs ratés. Le moindre dysfonctionnement du système de propulsion nucléaire entraîne en effet le rejet de matières radioactives. Les missiles représentent de véritables « Tchernobyl volants », selon l’expression utilisée par les médias occidentaux.

Tableau Comparatif des Systèmes de Roquettes

Système Portée Capacité Fabricant
Thundart 150 km Jusqu'à 12 roquettes par lanceur Safran et MBDA
HIMARS 150 km (roquettes GMLRS), 300 km (missiles TACMS) 6 roquettes GMLRS ou 1 missile TACMS Lockheed Martin
GMARS 310 miles (environ 500 km) 2 missiles ATACMS/PrSM ou 12 roquettes GMLRS Lockheed Martin et Rheinmetall

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