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Une chose est sûre cependant : Farid Berrahma en a fait fantasmer plus d'un tout au long de sa carrière et continue de le faire encore aujourd'hui, près de 11 ans après sa mort. Revenons donc sur le parcours criminel de cette figure du grand banditisme marseillais à travers un article en parfaite continuité avec le dossier Trois Marseillais plein d'avenir publié tout au long de l'année dernière sur ce blog et retraçant les parcours croisés de Tany Zampa, Jacky le Mat et Francis le Belge.

Véritable trait d'union entre le "Milieu tradi" dont il est issu et le "Milieu des cités" dont il a vu et accompagné la montée en puissance, "Fafa" est pour ainsi dire une figure à part à la trajectoire atypique dans le grand banditisme méridional, à cheval sur deux générations et sur deux modèles criminels, pas le seul dans cette position mais assurément le plus célèbre du côté de la région marseillaise, un peu à l'image d'un Nordine "Nono le Barge" Nasri en Ile-de-France - la comparaison entre les deux hommes s'arrêtant là.

Son parcours est ainsi tout à fait symptomatique des évolutions du Grand Banditisme sudiste dans les années 90-2000 et semble en embrasser tous les aspects, des guerres des machines à sous aux conflits des boîtes de nuit, de l'explosion du trafic de haschich et de cocaïne aux vols à main armé, de l'émergence du Milieu des cités à l'installation pérenne des équipes corses sur la région marseillaise et au-delà.

Jeunesse et Premiers Pas dans la Délinquance

Dernier rejeton d'une famille de neuf enfants, Farid Berrahma voit le jour le 20 mai 1966 à Marseille et grandit au Parc Kallisté, aujourd'hui l'une des cités les plus miséreuse de la ville bien que son nom signifie "la plus belle" en grec. Son père, ouvrier agricole algérien venant faire régulièrement les saisons de l'autre côté de la Méditerranée dans les années 30, participera aux combats de la Libération en 1944 avant de venir s'installer en métropole du côté de Lyon avec femme et enfants, puis déménagera à Aubagne et enfin à Marseille, où né le petit Farid au mitan des années 60.

Alors qu'il a 14 ans son père quitte les cités du nord de Marseille pour celles du nord de Salon-de-Provence, ville de 35 000 habitants située à 50 kilomètres de la cité phocéenne, et s'installe avec sa femme et son plus jeune fils (tous les autres enfants ont alors quitté le foyer familiale) dans le quartier HLM des Canourgues, alors fraîchement sortie de terre. Commencent alors les petits larcins, bien que le jeune adolescent continue d'accompagner son père de temps à autres sur les chantiers.

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Vols de voiture, vols à la roulotte et cambriolages sont au rendez-vous, dans la région salonnaise mais aussi du côté de Briançon et d'Annecy où vivent des membres de la famille. C'est d'ailleurs pour un vol commis dans cette ville qu'il connaîtra son premier séjour à l'ombre en 1988, quelques semaines, pour un vol à la roulotte alors qu'il est âgé de 22 ans.

Bref, en ses jeunes années Farid Berrahma reste encore confiné dans le domaine de la petite délinquance. Mais dans sa vingtaine son destin va basculer : il apprend à cette époque qu'il est atteint d'un cancer depuis ses 17 ans et doit suivre une chimiothérapie. Le choc psychologique est énorme.

Ascension dans le Grand Banditisme

C'est dans la même période qu'il fait opportunément la rencontre d'Eric Schöne, un ancien légionnaire de dix ans son aîné, fils de pieds-noirs né en 1954 à Sidi Bel Abbes, qui cherche à l'époque à s'entourer d'une jeune garde fidèle pour la bonne marche de ses affaires dans la région de Salon-de-Provence et dans le Vaucluse, principalement autour de Cavaillon (située à 25 kilomètres au nord de Salon).

Ancien associé de la famille Belayel, qui règne alors sur plusieurs discothèques du coin, Schöne se serait embrouillé avec eux autour du monopole sur certains établissements et mis dans la tête d'en finir une bonne fois pour toutes pour rafler leurs affaires. L'occasion pour Berrahma de mettre un pied dans le grand banditisme au sein de l'équipe, entre extorsions de fonds, braquages et machines à sous clandestines.

Le 19 mai 1990 Rachid-Robert Belayel se fait tirer dessus par un motard à travers la vitrine d'un bar de Salon et s'en sort sans plus de dommage. Le 3 septembre c'est cette fois Eric Schöne qui échappe à une tentative de meurtre. Il décide alors de mettre les bouchées doubles : Hacène "Cacou" Belayel, le père de Rachid, se sachant menacé et porteur de ce fait d'un gilet pare-balles, est abattu à Cavaillon dix jours plus tard, puis le corps de son frère Mustapha dit Michel est retrouvé dans le canal de Provence le 3 janvier 1991.

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Plusieurs protagonistes de la vendetta ayant été arrêtés dans la même période, les échanges de coups de feu ne reprennent que trois ans plus tard : Nicolas Belayel est alors retrouvé mort dans sa BMW à la Roque-d'Anthéron en juin 1994, puis son frère Rachid est abattu six mois plus tard devant des dizaines de témoins alors qu'il assiste à une vente aux enchères dans la salle des ventes d'Aix-en-Provence, lui-même porteur d'une arme à feu.

Enchristé dans la toute nouvelle maison d'arrêt de Luynes, Berrahma profite de son incarcération pour combler ses lacune scolaires et surtout pour étoffer considérablement son carnet d'adresse, se liant notamment à un grand nom du Milieu marseillais : Antoine Cossu dit Tony l'Anguille, un caïd quinquagénaire au CV long comme le bras, grand spécialiste du braquage et beau-frère de Francis le Belge, qui se prend d'affection pour le petit gars de Salon.

Qui, lui, trouve surtout là l'occasion de s'associer à une pointure du grand banditisme, un homme qui pourra lui faire rencontrer du très beau monde et lui laisse entrevoir des perspectives d'affaires pour le moins juteuses. En février 1995 c'est donc un Berrahma déterminé et affamé d'oseille qui sort de prison.

Guerre des Machines à Sous et Alliances Stratégiques

Dans les années 90 c'est l'embellie et le bizness rapporte de plus en plus gros tandis que les équipes commencent à sérieusement se marcher sur les pieds, surtout dans le sud... les choses basculent réellement dans le chaos après l'assassinat en mars 1997 de Jeannot Toci, le frère de Tany Zampa, dans une guerre interne à son équipe pour le contrôle des centaines de machines à sous qu'il tiendrait dans les villes du sud-est (voir le chapitre "Toci : une fin en feux d'artifice" de mon article Années 90, Grandeur et Décadence).

La machine s'emballe alors un peu partout, et le "Gang des Salonnais" - comme certains l'appellent - en profite pour récupérer de nombreux emplacements de baraques, notamment dans les villes industrielles de l'Etang de Berre, l'une des zones qui rapportent le plus en la matière, mais aussi autour d'Aix-en-Provence et dans l'ouest du Vaucluse (Cavaillon étant depuis ses débuts le deuxième fief de l'équipe dans la région), raflant également certaines affaires de tauliers opportunément incarcérés.

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Dans cette mouvance salonnaise Farid Berrahma se détache tout particulièrement de ses camarades, son charme dur et son mutisme à toute épreuve faisant impression, mais aussi sa violence froide et sa détermination, et ce regard sombre toujours plus obscur. "Un mec très intelligent" selon Tony Cossu.

Il se rapproche également à cette époque de figures des quartiers nord de Marseille alors en pleine ascension, notamment de Rexhep Topxhi dit Carlo ou le Tchétchène, un yougoslave arrivé en France en 1988 à l'âge de 26 ans et ayant combattu dans l'armée de libération du Kosovo, connu dans le Milieu pour son caractère pour le moins explosif, et surtout le mentor de ce dernier Saïd Tir dit Tintin. Cet "ancien" des cités marseillaises (il est né en 1951) venu du quartier Font-Vert dans le 14e, l'un des hauts lieux du trafic de drogue depuis les années 80 et sans doute le réseau le plus lucratif de Marseille avec ceux de la Castellane et de Bassens, s'est spécialisé dans la came et les machines à sous, emmenant avec lui quelques membres de sa gigantesque famille, aux profils très variés.

Son oncle Mahboubi Tir par exemple, un "bienfaiteur" des quartiers nord, a donné son nom à une rue de la cité phocéenne tandis que son neveu Karim a lui été le manager du rappeur Jul - il sera abattu en 2012 dans le cadre de la "guerre de Font-Vert", une terrible vendetta qui coûtera également la vie à Saïd le 27 avril 2011.

Expansion du Trafic de Drogue et Séjours en Espagne

Dans le même temps Farid goûte de plus en plus régulièrement aux douceurs du climat andalou, et tout particulièrement sur la Costa del Sol du côté de Marbella. La plage, le soleil, les boîtes, les cocktails et les belles filles, certes. Mais c'est surtout pour traiter des affaires que le tropisme espagnol a autant d'emprise sur lui.

Devenue depuis le milieu des années 80 la plaque tournante du trafic de shit et de cocaïne en Europe, la Costa del Sol est particulièrement prisée des voyous français en ces années 90 où le bizness explose et où tout le monde veut toucher sa part du gâteau. Fafa y retrouve son mentor Antoine Cossu et ses amis, noue des contacts et monte des parcours de came à destination des cités marseillaises et au-delà.

Fort de ce nouveau statut Berrahma serait notamment impliqué dans le réseau Topaze, un vaste trafic de drogue international (cannabis, cocaïne et héroïne) réunissant des ténors du Milieu hexagonal (voir le chapitre "Topaze et autres affaires" de l'article Années 90 : grandeur et décadence), et aurait également participé au réseau de cocaïne de Jean Ruimi et Jean Romera à destination notamment de la Camorra napolitaine, en association avec la famille Limiñana et des anciens de la French Connection (le chimiste "historique" André Bousquet et le trafiquant international William Perrin).

Influence et Garde Rapprochée

Vu comme un mentor par la nouvelle génération maghrébine des cités marseillaises qui reconnaît en lui un modèle de réussite criminelle, Berrahma jouit alors d'une aura très puissante dans les quartiers nord (plus ou moins les arrondissements 13 à 16 de la cité phocéenne) et les HLM de tout le département. S'associant à ces nouveaux venus au grès des affaires, il accompagne leur ascension avec bienveillance et s'entoure au tournant des années 90 et 2000 d'une garde rapprochée venue directement des cités afin de faire tourner le bizness et lui servir d'hommes de terrain dans le domaine des machines à sous.

Dans son giron on retrouve ainsi son beau-frère Djamel Merabet né quatre ans avant lui, les deux frères Lamine et Samy Adrar de la cité des Flamants dans le 14e, Hakim Benali dit Couscous, les frères Abderamid et Boumediene Rerbal de Vitrolles, Radouane Baha de Martigues, Didier Garcia dit Boule de la Solidarité, les frères Malik et Karim Boughanemi du Plan d'Aou, qui seraient d'ailleurs montés sur un braquage de fourgon blindé en décembre 2000 à Marseille avec Frédéric Gallus et Samir Oukkal, une affaire peut-être "drivée" par Fafa lui-même... Bref, autant de "gremlins" comme il les appelle lui-même (ce qui lui valut l'un de ses surnoms) prêts à tout pour leur chef.

Conflits et Règlements de Comptes

C'est qu'en cette fin des années 90 l'orage commence à gronder autour de Salon-de-Provence, et mieux vaut bien s'entourer. Le Gang des Salonnais est alors au faîte de sa réussite, gérant un large parc de machines à sous (on parle de plus de 300 baraques) en bonne entente avec les représentants de Francis le Belge dans le sud (son neveu Jean-Louis Marocchino et ses lieutenants Jean-Claude Zamudio et Jean-Marc Verdu notamment) et discrètement soutenus par l'équipe corse de Jacques Mariani, fils d'un baron du gang bastiais de la Brise de Mer, qui avance ses pions petit à petit dans le coin.

Et comme bien souvent lorsque les sommes en jeux augmentent et que de fortes personnalités sont obligées de composer ensemble les balles ne vont pas tarder à siffler, et les barbecues à s'allumer un peu partout (une technique de règlement de comptes consistant à assassiner sa cible dans une voiture avant d'y mettre le feu afin d'effacer toute trace ADN et de compliquer l'identification du corps par la police).

Le 25 juillet 1998 Eric Schöne, 44 ans, le mentor de l'équipe des Salonnais, est abattu de 15 balles à la sortie d'une discothèque en plein centre de Cavaillon, vraisemblablement victime de dissensions internes. Pour un temps, les choses en restent là.

Puis c'est une série de règlements de compte ratés mais non moins sanglants qui vont se succéder : le 9 février 1999 Raph Limiñana se fait tirer dessus par trois hommes armés de fusils à canon scié dans un bar des quartiers nord de Marseille, du côté du 16e arrondissement. Sauvé par son téléphone portable qui a dévié une balle potentiellement mortelle, c'est le patron de l'établissement Serge Laforgia qui est tué à sa place.

En mai suivant c'est cette fois Farid Berrahma qui est ciblé à la sortie de l'une de ses boîtes de nuit à Cavaillon, aux alentours de 3h du matin : ayant laissé sa voiture à son ami Bernard Martinez, c'est ce dernier qui recevra les 53 impacts de chevrotine qui lui étaient destinés. Cinq mois plus tard le 5 octobre 1999 Abdel Djendoubi, l'acolyte de Limiñana en liberté conditionnelle dans une grosse affaire de trafic de drogue, s'entraîne dans une salle de boxe de Bon-Secours au début des quartiers nord lorsque deux tueurs font irruption dans le local armes au poing.

Une série sanglante qui a poussé Berrahma à se montrer de moins en moins souvent dans la région, recherché avec opiniâtreté autant par ses ennemies mortels que par les inspecteurs de police. C'est qu'entretemps les dissensions internes au sein de l'équipe ont pris du poids, aggravées par le braquage raté d'un fourgon de la Brink's à Coudoux près d'Aix-en-Provence le 18 juillet 2000, les convoyeurs ayant réussit à prendre la fuite à bord de leur véhicule malgré les tirs nourris du commando, qui aurait été composé de Farid Berrahma lui-même, de Célestin Emma, Laurent Trichard et des frères Serge et Yvon Fuentes.

Le soir du 21 novembre 2000 ils auraient ainsi attiré Raphaël Limiñana, 42 ans, et Abdel Djendoubi, 30 ans, dans un guet-apens fatal : alors que les deux hommes sont armés et semblent attendre un rendez-vous visiblement tendu dans leurs voitures respectives sur le parking d'un hôtel de Vitrolles, un commando de quatre hommes les crible de balles avant de mettre le feu à leurs véhicules avec des cocktails Molotov. Deux semaines plus tard c'est un rival de Berrahma, Henri Tournel, salonnais de 34 ans notamment connu pour trafic de coke et lui-même fils de voyou, soupçonné d'avoir participé à l'offensive qui a faillit coûter la vie à Farid l'année précédente, qui est retrouvé mort dans le c...

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