Le 7 octobre 2023, le Hamas palestinien a lancé une offensive inédite contre Israël depuis la bande de Gaza. Cette attaque survient cinquante ans après la date anniversaire de la guerre israélo-arabe du Kippour de 1973. À l'époque, Israël avait également été attaquée par surprise. Des centaines de morts côté israélien et palestinien sont à déplorer, ainsi que des centaines d'otages israéliens vraisemblablement transférés dans la bande Gaza que le Hamas dirige depuis 2007.
Le précédent accord entre Israël et un pays arabe datait de 1978. À l'époque Israël signait pour la première fois un rapprochement avec un pays arabe : l’Égypte. C'est ainsi que le 17 septembre 1978, le président égyptien Anouar el-Sadate et le premier ministre israélien Menahem Begin signaient les accords dits de « Camp David ». C'est dans ce lieu de villégiature des présidents américains que s'étaient tenues des négociations bilatérales, sous la médiation du président américain Jimmy Carter.
L'archive relate la signature des deux accords-cadres qui venaient d'être négociés durant 13 jours (du 5 au 17 septembre 1978) dans le plus grand secret et la fébrilité. Elle est intéressante car elle montre à la fois la liesse générée par l'annonce de la signature, tout en pointant la relative fragilité de l'accord. L'archive débute par le lancement du journal de 13 heures de TF1 du 18 septembre 1978. Yves Mourousi y expliquait que jusqu'au petit matin, heure de la signature du traité, un certain pessimisme régnait parmi les observateurs. Il reprenait les propos tenus par Menahem Begin à l'issue des concertations : « Le sommet de Camp David est peut-être le plus important depuis la conférence de Vienne au XIXe siècle ».
Le sujet montrait ensuite des images de la signature exceptionnelle à la Maison blanche. Ces plans devenus célèbres dévoilaient les visages radieux et soulagés des trois négociateurs, puis l'entrée des trois hommes d’État sous des applaudissements nourris. Jimmy Carter, le premier à prendre la parole, annonçait que le président égyptien et le premier ministre israélien allaient signer un accord-cadre pour la paix au Proche-Orient et un second accord-cadre, pour la paix entre Israël et l’Égypte, cette fois. Le premier traité de paix devait être signé avant le 17 décembre 1978.
Dans la suite du reportage, Menahem Begin annonçait que les troupes israéliennes se retireraient du Sinaï entre mars et décembre 1979. Il était prévu qu'après cette date s’établiraient des relations diplomatiques entre les deux pays. L'heure semblait à l'espoir et à la confiance, comme le précisait Dominique Bromberger au début de son commentaire : « Mais enfin, la paix est là, vraiment à portée de la main ! ».
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« Un accord comme celui-là, un moment de ce genre, qui eut pu penser, il y a 36 heures seulement, qu'il eut pu être possible ce soir ? » S'interrogeait Dominique Bromberger qui depuis plusieurs jours insistait sur la tension inhérente aux négociations. Après l'optimisme, le journaliste soulignait que l'accord contenait quand même « un point d'ombre », celui du statut de la Cisjordanie [annexée après la guerre des Six Jours en 1967 par les Israéliens, avec installations de colonies], pour laquelle une période intermédiaire de cinq ans avait été décidée. Il était prévu qu'Israël cesse d'y installer des colonies et retire ses troupes. Les Palestiniens devaient, quant à eux, élire leurs représentants. Les négociations de paix devaient s'engager au terme de cette période entre la Jordanie, l’Égypte, les élus palestiniens d'une part et les Israéliens de l'autre.
Il y eut donc deux accords-cadres de Camp David en 1978. Le premier accord fixait un cadre pour la paix au Proche-Orient et se divisait en trois parties :
Le second accord concernait le traité de paix entre les deux pays. Il fut signé le 26 mars 1979 à Washington. Il permit à l’Égypte de récupérer le Sinaï en 1982 après le retrait complet de l'armée israélienne et le démantèlement de certaines implantations juives.
En contrepartie, Israël obtint une normalisation des relations diplomatiques israélo-égyptiennes et des garanties sur la liberté de circulation sur le canal de Suez. Chacun des deux pays acceptait de ne plus rassembler de troupes près de la frontière. L'accord de paix entre Israël et l’Égypte entrait en vigueur le 26 mars 1979, avec une signature à la Maison blanche.
Notre archive est extraite du 20 heures d'Antenne 2, elle relate cette avancée. Puis, dans son analyse, le journaliste Édouard Lor énumérait l'essentiel de l'accord de paix : la rétrocession progressive du désert du Sinaï occupé par Israël depuis la guerre des Six Jours, l'accès à 30% du pétrole découvert par Israël dans cette zone pour une durée de dix ans.
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Le journaliste terminait son sujet avec l'évocation des questions restées en suspens dans le premier accord et toujours pas résolues : le statut de la bande de Gaza qui devait recouvrer une forme d'autonomie à terme, le statut de la Cisjordanie, région devait rester dans le giron israélien, avec autorisation d'installer des « colonies sauvages » palestiniennes. Pas un mot en revanche sur Jérusalem qui restait possession d'Israël, soulignait-il, notamment Jérusalem-Est qui faisait partie intégrante des territoires conquis par les Israéliens depuis 1967.
Les événements qui se jouent dans la région du Sinaï constituent un défi pour l’Égypte. Le nouveau président et le parlement, issus des Frères Musulmans, sont attendus sur leur positionnement diplomatique, notamment vis-à-vis du voisin israélien. Les premiers discours et surtout les attaques menées contre les jihadistes sont symboliquement forts : empêcher des groupes religieux d'attaquer l'Etat israélien. Les autorités égyptiennes montrent ainsi leur détermination à éviter une escalade de la violence dans la région.
Après l'attaque meurtrière des jihadistes le 5 août dernier à un poste frontière égyptien, la réponse de l’armée a été immédiate et d'envergure. Dans la soirée du mardi 7 août, les militaires ont mené des raids dans tout le Sinaï, avec des moyens important. 20 personnes, présentées comme des jihadistes, ont été tués. Sur place la confrontation entre les extrémistes et l’armée a atteint un niveau de violence inquiétant .
Les groupes jihadistes du Sinaï ont profité du chaos de la révolution égyptienne de 2011 pour s'équiper, et s'implanter durablement dans la région frontalière avec Israël. L'attaque de l'armée égyptienne est intervenue très rapidement après l'assaut des jihadistes sur le poste frontière égyptien. De l'autre côté de la frontière, en Israël, on suit la situation avec attention.
Dans la soirée du dimanche 5 août, un commando de "jihadistes" a attaqué et tué 16 garde-frontières égyptiens. Les assaillants se sont ensuite emparés de véhicules blindés pour pénétrer en territoire israélien. Les cinq assaillants ont été tués par l'armée israélienne. Cette région frontalière est devenu très instable depuis la chute du régime de Moubarak au début de l'année 2011.
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Au lendemain de l’attaque, le président égyptien Mohamed Morsy a organisé une réunion d’urgence. L’une des premières décisions a été de fermer sine die le terminal de Rafah, à la frontière avec Gaza. Il s’agit de l’unique point de passage entre le territoire palestinien et le monde extérieur, contrôlé par le Hamas et non par Israël.
A l’issue de la réunion, le président égyptien a déclaré que "les forces de sécurité imposeront tout leur contrôle sur ces régions" et que des instructions ont été donnés pour pourchasser et mettre la main sur les auteurs de ces crimes De son côté, l’armée égyptienne a promis de "venger" les 16 gardes-frontière tués dans l’attaque.
Si la zone du Sinaï est sensible, c’est aussi parce qu’elle est officiellement démilitarisée depuis les accords de paix israélo-égyptiens de 1979.
La résistance à Israël sur des bases confessionnelles remonte à 1948, quand les Frères musulmans créent des camps de formation militaire pour les volontaires à Al-Arich et à Sad Al-Rawafaa. Malgré les liens historiques indissolubles du soufisme avec l’armée régulière, la population du Sinaï considère le traité de paix égypto-israélien, conclu en 1979 par Anouar El-Sadate et Menahem Begin (à la suite des accords de Camp David de 1978), comme une trahison. Israël demeure l’ennemi.
Les habitants de la région avaient bien accueilli les attaques contre des cibles israéliennes au-delà de la frontière, véritable défi lancé aux autorités du Caire. Ils étaient convaincus que les manigances de M. Moubarak avec les Israéliens avaient constitué l’obstacle principal au développement de leur région. Les tribus frontalières comptent des dizaines de détenus en Israël, arrêtés récemment et toujours considérés comme « prisonniers de guerre ».
En août 2012, un commando pénétrait en territoire égyptien pour assassiner Ibrahim Eweida, dirigeant bédouin d’ABM, dans le village de Khereza, à quinze kilomètres à l’ouest de la frontière. En mai 2013, un autre, Mahdou Abou Deraa, était tué dans le village de Goz Abou Raad, près de Rafah, dans le nord du Sinaï, par des éléments locaux qui coopèrent avec les Israéliens.
Cette escalade a incité l’armée égyptienne à attaquer, le 10 août 2013, deux villages où vivaient des militants d’ABM. Pour la première fois depuis 1967, un hélicoptère de combat égyptien a pénétré dans la zone C pour frapper Al-Toumah et Al-Moqataa. Les Frères musulmans n’ont aucune existence organisée à l’est d’Al-Arich, et ne sont pas parvenus à créer des liens avec les groupes armés du Sinaï durant la présidence de M. Mohamed Morsi (juin 2012 - juillet 2013).
En octobre 2013, un militant d’ABM précipite un camion chargé d’explosifs sur l’immeuble de la direction de la sécurité pour le Sinaï Sud. En novembre, le bureau de la sécurité militaire de la province d’Ismaïliyya est dynamité.
Après quatre mois de cette guerre ouverte, ABM a encore donné la preuve de sa vitalité avec trois opérations spectaculaires menées en janvier 2014. La première a consisté à tirer une roquette Grad sur la ville israélienne d’Eilat, le 21 janvier. La deuxième a été un attentat contre la direction de la sécurité en plein centre du Caire, au lendemain de l’avertissement lancé par le ministre de l’intérieur à l’intention de quiconque songerait à fêter l’anniversaire de la « révolution du 25 janvier » devant un poste de police ; la troisième - et la plus médiatisée -, la destruction en plein vol, le 25 janvier, d’un avion militaire égyptien, entraînant la mort de tout l’équipage.
Pourtant, toutes ces mesures, y compris la punition collective et arbitraire des populations, n’ont pas empêché ABM de tirer encore des roquettes sur Israël au cours de la guerre à Gaza, en juillet-août 2014. Lorsque l’armée égyptienne est parvenue à empêcher un second tir, le 13 juillet 2014, ABM a surenchéri en ciblant un campement militaire à l’est d’Al-Arich. Aujourd’hui, ABM s’est détourné d’Al-Qaida pour s’allier à l’Etat islamique (EI).
Le 5 octobre 1973, on pouvait lire dans Maariv, un quotidien du soir israélien, quelques heures seulement avant que les armées égyptiennes et syriennes ne se lancent à la reconquête du Sinaï et du Golan : « Les forces de l'armée israélienne surveillent de près tout se qui se passe du côté égyptien sur le canal de Suez. Toutes les mesures ont été prises pour éviter une attaque surprise. »
La victoire éclair de la guerre des Six Jours, en 1967, a endormi la vigilance des Israéliens, qui craignent davantage les attentats des fedayin palestiniens que les menaces militaires de leurs voisins arabes divisés. Les services de renseignement israéliens observent, pourtant, depuis le début du mois, d'importants mouvements de troupes syriennes au nord et égyptiennes au sud.
Le 6 octobre, le Mossad, le renseignement israélien, et son homologue américaine, la CIA, apprennent de façon certaine que les Égyptiens et les Syriens vont, ce 6 octobre, partir simultanément à la reconquête des territoires occupés, au nord et au sud, par Israël depuis la guerre de 1967. Selon leurs informations, les hostilités commenceront à 18 heures précises !
Quand les sirènes du pays hurlent annonçant les raids aériens de l'aviation syrienne sur le Golan , les généraux juifs sont surpris : ils étaient convaincus que les armées arabes attaqueraient à 18 heures. Dans le Sinaï, au sud, les Égyptiens lancent l'opération Badr à 14 heures par un bombardement massif de la ligne Bar-Lev du nom de son concepteur, suivi cinq minutes plus tard d'un intense pilonnage à coups de canons de campagne, d'obusiers, de mortiers et de canons sans recul.
Cette première ligne, constituée d'une trentaine de fortins, répartis le long de la rive orientale du canal de Suez, distants les uns des autres de cinq kilomètres et adossés à un rempart de sable, est doublée d'une seconde en retrait. Des murets, des champs de mines et des tranchées complètent le système défensif. Ce jour-là, seuls 600 hommes sont à leur poste. Les autres sont en permission pour fêter Kippour. La préparation d'artillerie égyptienne dure 53 minutes !
En même temps que tonne l'artillerie, des petits groupes de soldats franchissent le canal, pour se déployer à 1 kilomètre à l'intérieur du Sinaï. Ils sont aussi chargés de détruire les blindés de Tsahal contraction de Tsva Haganah Le'Israel, Forces de défense d'Israël, des Centurion de conception britannique, à coups de roquettes, de grenades et de missiles antichars.
Une première vague de 8 000 fantassins égyptiens du général Saad el-Chazli montent à l'assaut. Quelque 2 500 canots sont utilisés pour franchir le canal. La traversée est facilitée par le sabotage commis dans la nuit afin d'empêcher les Israéliens de déverser du mazout inflammable et de mettre ainsi le feu aux eaux du canal. Cette première vague commence la destruction, à l'aide de canons à eau, du rempart de sable édifié par Tsahal. Elle ouvre des voies dans les champs de mines et cisaille les barbelés entourant les défenses israéliennes. Pendant ce temps, la chasse égyptienne rentre à bon port. Mission accomplie : ses 200 chasseurs ont détruit les radars israéliens, rendant aveugle l'État hébreu.
Des soldats égyptiens hissent leur drapeau national sur la rive orientale, occupée par Israël depuis la guerre des Six Jours. Oubliée l'humiliation de 1967 ! Un quart d'heure plus tard, la deuxième vague d'assaut pose le pied sur la rive libérée. Les suivantes se succéderont toutes les quinze minutes.
Une première fortification, le fort Lahtzanit, tombe aux mains des Égyptiens. Les autres seront prises aux lance-flammes. Une première brèche est ouverte dans le rempart de sable. Cette ouverture permet aux Égyptiens de mettre en place leurs unités blindées et de se préparer à traverser.
Douze vagues sont déjà passées sur la rive est du canal. 32 000 soldats égyptiens, répartis entre cinq têtes de pont, sont maintenant solidement installés. L'armée égyptienne s'enfonce dans le désert du Sinaï à la rencontre des tanks israéliens.
L'armée égyptienne a installé huit ponts lourds et quatre légers. Les Égyptiens ont réussi à faire traverser le canal de Suez à 500 de leurs chars, des T-55 et T-62 d'origine soviétique ! Dans le nord, au pied du plateau du Golan, le scénario écrit par les troupes syriennes d'Hafez el-Assad est identique à celui qui se joue dans le Sinaï.
La situation inquiète les États-Unis. Pendant tout l'après-midi du 6, le secrétaire d'État Henry Kissinger a arpenté les couloirs de l'Onu à la rencontre des diplomates soviétiques, arabes et israéliens. La 6e flotte américaine a reçu l'ordre de prendre position au large de Chypre. Au cas où...
L'erreur des dirigeants israéliens n'est pas d'avoir laissé l'initiative aux Égyptiens et aux Syriens, mais de ne pas avoir su prévoir la guerre du Kippour.
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