À la confluence des rivières Cère et Dordogne, la bastide de Bretenoux nous plonge dans une histoire riche qui remonte au IXe siècle. Mais c’est en 1277 qu’elle prend véritablement son essor : le baron Guérin de Castelnau y fonde une « ville neuve », alors baptisée Villefranche d’Orlinde.
Les forteresses médiévales de Castelnau-Bretenoux, de Mercuès, mais aussi les châteaux Renaissance d’Assier, Montal et Cénevières, sont depuis longtemps des figures emblématiques de l’histoire du Lot. Les Turenne, Gourdon, Castelnau, mais aussi Lapopie, Cardaillac, Hébrard, ou encore les évêques de Cahors, pour ne citer qu’eux, ont inscrit leur puissance féodale dans la pierre, en bâtissant donjons, tours de défense ou résidences de plaisance.
Face aux ravages de la Guerre de Cent Ans, les habitants du Quercy ont dû s’adapter pour survivre. Aujourd’hui encore, ces fortifications témoignent des luttes acharnées qui ont façonné le Lot médiéval. Ces bastides et forteresses, autrefois au cœur des batailles, font aujourd’hui partie du patrimoine exceptionnel du Lot. Leur visite permet de mieux comprendre comment la région a traversé l’une des périodes les plus mouvementées de son histoire.
Dès le départ, on confie son administration à quatre consuls élus par les habitants : un bel exemple d’organisation urbaine médiévale ! Son plan en damier, typique des bastides, s’articule autour d’une place de marché centrale, encore aujourd’hui le cœur battant du village. Particulièrement bien conservé, le réseau de rues et de ruelles pavées de galets (qu’on appelait autrefois carreyras et carreyrous) invite à la flânerie.
La bastide conserve plusieurs vestiges de ses anciennes fortifications, notamment la porte dite « de la Guierle », témoin remarquable de l’époque médiévale. On y découvre aussi de nombreuses maisons datant des XVe, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, dont les façades élégantes témoignent de la prospérité d’autrefois.
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Sur la place, un seul côté de couverts (des galeries à arcades) a été conservé, mais l’ensemble reste très vivant. Les jours de marché, elle s’anime de couleurs, de parfums, de produits locaux et d’échanges conviviaux : un vrai moment de vie à ne pas manquer !
Et si on prolonge un peu la promenade, juste à la sortie de la bastide, l’île de la Bourgnatelle nous attend avec son atmosphère paisible. On peut s’y détendre à l’ombre des arbres, flâner en toute tranquillité ou même s’accorder une partie de pêche au bord de l’eau.
Par leur position stratégique, perchés en hauteur sur des éperons rocheux, ou accentuant les reliefs naturels, les châteaux inscrivent leur marque dans le paysage, comme autant de points de repères familiers. De dimensions souvent modestes, les nombreux donjons carrés, parfois ronds, qui parsèment la campagne, sont bien plus des symboles de la féodalité que de véritables édifices défensifs.
Les environnements urbains préservés favorisent l’appréhension des bourgs castraux, ces agglomérations qui se sont développées au contact direct des châteaux, à proximité ou en contrebas de leurs remparts ou des chemins d’accès. Nichées au creux des anfractuosités naturelles, les roques semblent faire corps avec les falaises calcaires. Edifiées semble-t-il pour la plupart aux 12e et 13e siècles, la tradition populaire leur a donné le nom de « châteaux des Anglais », souvenir légendaire de bastions pris et repris par des troupes ennemies.
L’inventaire des châteaux du Moyen âge, dressé depuis 2005 par le Département du Lot et la Région Occitanie dans le cadre de l’Inventaire général du patrimoine culturel, a recensé environ 350 édifices. Ce long et laborieux travail a permis en 2014 la publication de l’ouvrage "Donjons et châteaux du Moyen Âge dans le Lot".
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La plupart sont modestes, certains sont aujourd’hui ruinés et d’autres encore seulement connus par leur lieu-dit et les sources historiques.
Impossible de le manquer : depuis les hauteurs du charmant petit village de Prudhomat, le Château de Castelnau-Bretenoux domine l’horizon avec sa silhouette monumentale et sa pierre rouge flamboyante. Ce bastion médiéval, vieux de près de 900 ans, est un chef-d’œuvre d’architecture défensive : donjon imposant, remparts crénelés, douves sèches, canonnières, chemins de ronde… tout y est pour se croire au cœur d’une guerre médiévale.
C’est au XIXe siècle qu’on doit le salut de cette forteresse, tombée en désuétude, à Jean Mouliérat, un ténor fantasque de l’Opéra-Comique, qui en tombe amoureux et décide de lui redonner vie. Depuis, le lieu s’est métamorphosé en un château vibrant, où musique, art et histoire cohabitent harmonieusement.
Les croix de chemins sont indissociables de nos paysages quercynois. Mais des croix on en dressait aussi sur les places des bourgs et des hameaux comme au milieu des cimetières. Seules les croix de pierre retiendront ici notre attention. Indépendamment de leur signification symbolique, commune à l’ensemble des calvaires, elles présentent un double intérêt.
Il convient de noter que la majorité des croix de pierre ornées se situent sur les Causses de Limogne et de Gramat. C’est l’élément qui permet de situer l’objet dans le temps. Elle est presque toujours gravée, même si le décor est en relief. Pour certaines c’est le seul signe d’identification, à l’exclusion de toute inscription et de tout décor, telle une croix d’Issepts qui serait à notre connaissance la plus ancienne millésimée (1602). Du début du XVIIe siècle sont aussi des croix de Bio (1607), Montfaucon (1619), Cahors-La Rozière (1621), Limogne (1625).
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L’implantation de croix s’accélère vers la fin du XVIIe siècle, puis s’intensifie au cours du XVIIIe et jusqu’à la Révolution. On connaît même une croix de Belfort-du-Quercy datée de 1793, ce qui est un cas assez exceptionnel. En application des lois en vigueur, d’innombrables croix ont été brisées pendant la période révolutionnaire. Dans de nombreuses paroisses, elles ont été cachées et sont réapparues dès le rétablissement du culte. Tout au long du XIXe siècle on voit une intense floraison qui se tarit avec le début du XXe.
Quelques croix portent deux dates, celle de l’érection et celle de la restauration.
Abréviation de Iesus Nazarenus Rex Judaeorum (Jésus de Nazareth roi des juifs). Ce « sigle » figure sur la plupart de nos croix depuis le XVIIe siècle . Le titulus est généralement inscrit sur la partie supérieure du bras vertical, plus rarement au centre du croisillon. C’est dans certains cas l’unique inscription visible (Cremps, Francoulès, Lunegarde, Saint-Privat de Flaugnac).
Ces trois lettres résument la formule Iesus Hominum Salvator (Jésus Sauveur des Hommes). Le monogramme peut être associé au titulus (Limogne 1660, Beaumat 1676, Esclauzels 1683…). Il est alors tracé le plus souvent au centre du croisillon et se substitue à l’image du Christ.
Il se compose des lettres M et A, séparées ou entrelacées. Seul ou associé au monogramme du Christ, il est fort peu utilisé : Sarrazac (1666), Rocamadour (1762), Carennac (1861). Mais nom et prénom se résument souvent à des initiales.
Les longues inscriptions sont rares en raison de la surface disponible restreinte . Peut-être aussi parce que beaucoup de tailleurs de pierre, illettrés, éprouvaient des difficultés à graver un texte, même avec un modèle. Certaines inscriptions sont d’ailleurs absolument indéchiffrables. Dans la première hypothèse elles sont libellées sur le socle , mais elles restent exceptionnelles.
Les très rares croix commémorant un fait divers (crime ou accident), toutes du XIXe siècle, portent rarement une épitaphe. - A Crayssac (D 6) : 1855, Ici a péri M.
De facture souvent naïve, il est représenté de différentes façons. Les bras sont soit tendus horizontalement (à la manière des Christs romans), soit levés, plus ou moins écartés, parfois presque verticaux à la mode janséniste. Les pieds sont presque toujours séparés (là encore selon les modèles romans), mais ils peuvent aussi être posés l’un sur l’autre. Les doigts des mains et des pieds sont quelquefois dessinés. La tête est droite ou légèrement penchée. Les yeux, le nez, la bouche, la chevelure, sont parfois sommairement figurés.
Seule ou portant l’enfant Jésus, elle apparaît sur plusieurs calvaires, au dos de la croix, faisant pendant au Christ représenté sur l’autre face (Montvalent, Prangères, cne de Gramat). On la trouve également sculptée sur le fût, les mains jointes, dans un décor en forme de niche (Aujols, Belmont-Sainte-Foi, Cahors-Saint-Cirice, Cieurac, Lalbenque, Laramière).
Deux croix méritent une mention spéciale pour leur originalité. La première est à Prayssac (Meymes). Sur une face : le Christ. La seconde se trouve à La Masse (cne des Junies). D’un côté : un ostensoir. Là, le tailleur de pierre a voulu montrer une Vierge à l’Enfant, entortillée dans une longue robe aux plis obliques. Ces deux exemples sont à rapprocher d’une croix plus petite, sans doute une ancienne croix de chemin, conservée à Castelfranc. Sur une face est sculpté le Christ. Sur l’autre une Vierge à l’Enfant d’une facture identique à celle de La Masse, mais ici la tête de l’enfant est très logiquement plus petite que la tête de la mère. Castelfranc se situant à 2,5 km de Prayssac et à 3 km de La Masse, on est tenté de proposer un même « atelier » pour les trois œuvres.
Sur le fût de la croix, au lieu de la Vierge, on voit quelquefois un personnage debout, généralement vêtu d’une sorte de blouse paysanne qui pourrait aussi bien passer pour une chasuble (Belmont-Sainte-Foi 1733, Saint-Géry 1777…). A Cieurac, comme à Prangères (Gramat), deux petites silhouettes, très schématisées, se tiennent aux pieds du Christ. Ainsi trois têtes font partie du décor sur la base d’une croix de Lalbenque. Sur une croix de Laramière (1668) on n’en compte pas moins de cinq (une sur chacun des trois bras du croisillon, plus une sur chaque face latérale du montant). On ne sait exactement quelle signification attribuer à ces emblèmes « céphaliques ».
On peut signaler encore le thème de la « tête de mort » gravée au centre d’une croix de Varaire (1844) accompagnée de trois paires de tibias croisés. On la retrouve, sculptée sur deux croix, sans doute de la même main, à Carlucet (Graule-Basse) et à Saint-Projet.
Nous ne connaissons qu’une seule représentation de la main isolée, censée désigner la dextre bénissante du Seigneur (Baladou). On a là le signe le plus simple, figuré en principe au centre du croisillon, lorsque le tailleur de pierre ne se hasarde pas à façonner l’image du Christ. C’est le motif symbolique le plus répandu. Il apparaît vers 1740. On le voit au centre de la croix, à la place du Christ, ou sur le fût. Son dessin varie selon l’habileté du lapicide. Il peut se réduire à une gravure constituée d’une simple croix grecque inscrite dans un cercle et portée par une tige filiforme reposant sur un support triangulaire (Lalbenque, 1761).
Toujours stylisé mais plus élaboré, il se garnit de stries rayonnantes et se couronne d’une petite croix (Saint-Hilaire-Lalbenque, 1879). Au XIXe siècle le calice accompagne parfois l’ostensoir (Laramière, Saillac, Vidaillac…). C’est un motif assez fréquent. Il est quelquefois dessiné renversé, la pointe en haut, sans que ce détail ait une signification particulière. Sur les croix il est considéré comme le symbole de l’amour de Dieu ou la marque de la dévotion au Sacré-Cœur.
Ils ont la faveur des lapicides expérimentés. Les autres objets les plus fréquemment représentés sont le marteau et les tenailles.
Rosaces diverses, fleurs à six pétales (23), rameaux (24), fleurs de lis (25), gerbe de blé (26). Associés ou non à d’autres sujets, on peut rencontrer ici ou là des motifs variés, peu répandus, à connotation symbolique ou purement décoratifs. Citons les motifs circulaires (cercles simples ou concentriques, rouelles), la spirale, le triangle, emblème de la Trinité, la tiare et les clés, symboles du Saint-Siège . Il faut ajouter à cette énumération le motif de la « virgule ».
Il figure sur chacun des bras latéraux de la croix de Pissepourcel à Aujols, de part et d’autre de l’ostensoir. Des lions, visiblement inspirés du bestiaire héraldique, sont sculptés sur deux croix, également proches par leur style : une à Lalbenque, l’autre à Cieurac. Le serpent a inspiré les tailleurs de pierre de Carlucet et de Saint-Projet (il s’agit sans doute du même artisan), mais on le trouve aussi à Reilhac (1836) et à Montet-et-Bouxal (Bouxal, XIXe). A Douelle (1873), le serpent est symboliquement enchaîné, mis hors d’état de nuire par le sacrifice du Christ.
Le coq, plus ou moins bien dessiné, figure deux fois sur un calvaire de Pontcirq (Valdié, 1771). A Limogne (1755) et à Vidaillac (1832), il trône sur le bras vertical. A Cénevières (1826), il s’exhibe au milieu du croisillon, à la place du Christ et dominant l’ostensoir.
Compte tenu du nombre de croix disparues, et en se basant uniquement sur celles qui subsistent et sont bien datées, on peut constater que les exemplaires du XVIIe siècle portent peu d’inscriptions et n’offrent que de rares décors. Si la plupart des croix présentent un décor très sobre, certaines nous révèlent une iconographie particulièrement intéressante. Une croix d’Esclauzels (1761), une autre de Crayssac (1762) et une troisième de Felzins (1768) arborent chacune une belle collection d’instruments de la Passion.
Les superbes calvaires de Lalbenque et de Cieurac (1842) accumulent figures et symboles. Il en est de même des calvaires de Carlucet (Graule-Basse, 1788) et de Saint-Projet qui, avec le Christ et le Paraclet, mettent en évidence le serpent de la Genèse, associant ainsi le péché originel et la rédemption. La croix de Carlucet a de plus une curieuse particularité : sous chaque bras est suspendue une petite pierre polie.
On peut aussi mentionner, parmi les œuvres atypiques, le calvaire de Montanty à Gramat (1859) montrant sur la croix les instruments de la Passion et sur le socle un bas-relief représentant deux convives attablés se partageant un chevreau. Si on cherche un sens symbolique à cette scène inattendue, on peut imaginer une évocation de la Cène réduite à deux personnages.
Nous venons d’examiner un aspect particulier du travail de nos tailleurs de pierre. Ceux-ci, il faut le dire, ont aussi exercé leur talent sur des linteaux de portes, de fenêtres ou de cheminées que nous avons eu l’occasion d’étudier naguère. Là l’épigraphie est pauvre, mais les décors sont relativement fréquents et variés.
Certes la comparaison des croix du Quercy avec les calvaires bretons nous incite à la modestie. De même nous reconnaissons volontiers que l’activité des tailleurs de pierre-sculpteurs de l’Auvergne, du Rouergue, du Gévaudan… a dépassé en quantité, et souvent en qualité, la production de nos artisans quercynois.
Cela dit, les croix de pierre restent les témoins majeurs d’un art populaire disparu qui a su traduire simplement mais avec sincérité les croyances religieuses de nos aïeux. Nul ne contestera la nécessité de les recenser, de les entretenir et de les protéger du vol et du vandalisme.
Après plus d’un siècle de guerres, de pillages et d’instabilité, le Quercy sort exsangue de la Guerre de Cent Ans. Villages détruits, terres abandonnées, population décimée… Le conflit laisse des traces profondes sur le territoire et ses habitants.
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