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« Le fusil le plus populaire d’Amérique », selon la National Rifle Association, est aussi le fusil préféré des tueurs de masse. On peut citer par exemple les fusillades de Uvalde, Buffalo, Parkland (2018), Las Vegas (2017) et Sandy Hook (2012), où l'AR-15 a été utilisé.

Origine et développement de l'AR-15

AR signifie ArmaLite Rifle, du nom de la société qui en a conçu le premier modèle à la fin des années 1950, dans un but militaire. En 1959, elle le revend à Colt, qui le manufacture dès lors à grande échelle pour l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam : le fameux M-16 de Rambo, totalement automatique. Disons que l’AR-15 est une arme de semi-guerre.

Accessibilité et facilité d'acquisition

L'AR-15 est en vente libre. Un clic, un virement et hop !, à domicile en moins de 48 heures. C’est exactement la façon dont a procédé Salvador Ramos. Quatre jours après son anniversaire - 18 ans -, il en a acheté un exemplaire pour 1 870 dollars (1 737 euros), puis affiché son reçu sur le réseau social Yubo. Aussi simple qu’une commande de livres sur Amazon.

Marketing agressif et ciblage des jeunes

En 2016, une société a publié sur son site un article sur les « 10 raisons de posséder un AR-15 ». Dernier argument : « Posséder un AR-15 est aussi uniquement américain que le baseball, l’apple pie et le second amendement. À la liste des singularités américaines, on peut ajouter le « mass shooting ». De préférence donc avec un AR-15, dont 11 millions d’exemplaires sont en circulation, selon CBS News.

L’un d’eux, Daniel Defense, se distingue. Pas tant pour les qualités intrinsèques de ses armes, ni par sa part de marché (juste 1 %), que pour son agressivité commerciale et politique. Puis a développé une politique de publicités qui font le buzz, multipliant les références au jeu vidéo aussi populaire qu’ultraviolent Call of Duty, dont étaient adeptes Salvador Ramos comme Adam Lanza, le tueur de Sandy Hook (28 morts, dont 20 enfants en 2012).

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Rien n’arrête Marty Daniel, le fondateur de Daniel Defense, pas même la limite d’âge. « Un fusil qui tire comme l’arme de papa et de maman » : voilà le sous-titre d’une publicité pour le JR-15, réplique exacte du fusil semi-automatique à destination des enfants. Il pèse moins d’un kilo, mesure 80 centimètres et peut contenir jusqu’à 10 cartouches en calibre 22 Long Rifle. Sur le côté, une gravure affiche des os croisés et un crâne de bébé portant une tétine. Cette arme permettra « aux adultes d’introduire leurs enfants aux sports de tir ».

La version pour enfants pèse moins d’un kilo et peut contenir jusqu’à 10 cartouches en calibre 22 Long Rifle.

Politisation du business des armes

D’autant que Marty Daniel a un agenda politique. En 2013, un an après le massacre de Sandy Hook, il entend diffuser une publicité de 60 secondes à la mi-temps du Super Bowl, la finale du championnat de football américain, l’événement le plus regardé de l’année outre-Atlantique. Il connaît pertinemment la politique de la National Football League (NFL) en la matière : pas de publicité pour des armes.

Ces dernières années, son épouse et lui ont bruyamment manifesté leur soutien à Donald Trump, versant 300 000 dollars à sa campagne et rejoignant un groupe nommé 2nd Amendment Coalition, qui conseille le milliardaire en matière de politique publique sur les armes. En 2022, le couple a encore donné 70 000 dollars à des candidats républicains. Politiser le business, c’est aussi l’assurance de le faire fructifier.

Depuis une semaine, c’est silence radio du côté de Marty Daniel. Un communiqué adresse « pensées et prières » aux familles de victimes.

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Le rôle des armes à feu dans la violence au Mexique

Au moins 86 des 119 journalistes tués au Mexique depuis 2000 l’ont été par armes à feu. Pourtant, très peu d’affaires aboutissent à une arrestation et encore moins à une condamnation. Pendant 10 mois, Forbidden Stories a enquêté sur les ventes d’armes au Mexique et analysé des milliers de documents déclassifiés.

Le journaliste Israel Vázquez, assassiné le 9 novembre 2020 à Guanajuato. C’est la dernière photo prise de lui avant sa mort. La vague d’assassinats de journalistes s’inscrit dans un contexte général d’augmentation de la violence au Mexique que beaucoup attribuent, au moins en partie, à la politique sécuritaire du gouvernement.

En partenariat avec Global Exchange, Stop US Arms to Mexico et d’autres ONG en Europe et en Israël, les journalistes du Projet Cartel dévoilent les conclusions d’un rapport exclusif sur les ventes d’armes au Mexique. Publié aujourd’hui, ce rapport, qui s’appuie sur l’analyse de milliers de documents déclassifiés de l’armée mexicaine, dénonce un contrôle insuffisant des ventes d’armes au Mexique.

Dans la petite cabane en bois qui lui sert d’atelier dans la banlieue de Culiacan, la capitale de l’Etat de Sinaloa, Águila s’empare d’un pistolet Heckler & Koch P30L fabriqué en Allemagne, son modèle préféré. Dans la pièce: une douzaine d’autres armes trônent entre des outils de travail, des pièces détachées et une bouteille de bière.

Entre janvier 2010 et septembre 2019, 1 925 Beretta (Italie), 1 365 Romarm (Roumanie), 700 Glock (Autriche), 130 FN Herstal (Belgique) et 57 Heckler & Koch (Allemagne) sont retrouvés sur des scènes de crime au Mexique, selon les documents récupérés par l’ONG Stop US Arms.

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Parmi les armes qui se retrouvent entre les mains des réseaux criminels, beaucoup sont fabriquées par des entreprises européennes. Cette arme à feu est produite par la société belge FN Herstal, qui possède également une filiale aux États-Unis.

Certaines des armes européennes qui inondent le marché mexicain ont également été identifiées dans des affaires d’assassinats de journalistes mexicains. Selon l’ancienne procureure en charge de l’affaire au bureau spécialisé dans la prévention des crimes contre la liberté d’expression, le journaliste a été tué avec un pistolet Beretta.

Sur les 1 064 armes à feu FN Herstal vendues à la police mexicaine entre 2009 et 2013, seules 847 apparaissent dans les certificats d’utilisation finale. Selon les documents obtenus, pas un seul certificat n’aurait été soumis par l’entreprise Beretta entre 2013 et 2019.

Les certificats d’utilisation finale produits par l’armée mexicaine montrent que Benelli, un fabricant italien du groupe Beretta, FN Herstal en Belgique et Glock en Autriche, figurent parmi les entreprises qui ont vendu des armes et des munitions au Veracruz pendant cette période.

Entre 2000 et 2015, plus de 20 000 armes ont été perdues ou volées par la police fédérale, étatique et locale, selon les données de l’armée mexicaine publiées en réponse à une demande d’accès à l’information.

Selon les données commerciales consultées par Forbidden Stories, entre avril 2015 et avril 2020, le fabricant d’armes belge FN Herstal, propriété du gouvernement wallon, a envoyé 54 cargaisons au Mexique pour une valeur totale de près de 50 millions de dollars.

Le débat sur le contrôle des armes à feu aux États-Unis

Les États-Unis entretiennent une relation particulière avec les armes à feu, une relation qui se manifeste par un nombre impressionnant d'armureries sur le territoire. L'omniprésence des armes à feu dans la société américaine est un sujet de débat constant, exacerbé par la fréquence des fusillades de masse et la complexité des lois qui régissent leur vente et leur possession.

Un chiffre frappant illustre l'ampleur de la culture des armes à feu aux États-Unis : on dénombre 64 747 armureries, surpassant largement le nombre de supermarchés (38 015), de McDonald's (14 350) et de Starbucks (10 843). Cette statistique, mise en lumière par une infographie interactive, souligne la facilité avec laquelle les Américains peuvent accéder aux armes à feu.

En incluant les collectionneurs d'armes, les fabricants et les importateurs, le nombre total d'acheteurs/revendeurs d'armes atteint 138 659, un chiffre à comparer aux 67 000 pharmacies et 98 328 écoles publiques du pays.

La question de l'accès aux armes à feu est d'autant plus sensible en période de crise. Lors du confinement lié à la pandémie de COVID-19, le débat sur la qualification des armureries comme commerces essentiels a fait rage. Ils ont argumenté que les vendeurs d'armes autorisés sont des commerces essentiels pour garantir le droit, protégé par le deuxième amendement de la Constitution, de porter des armes.

Une innovation récente suscite la controverse : les distributeurs automatiques de munitions, appelés Automated Ammo Retail Machines (AARM), sont désormais disponibles dans certaines épiceries américaines. Grant Magers, le patron de la société American Rounds qui commercialise ces distributeurs, se décrit comme "très pro-second amendement".

Un membre de l'association Everytown for Gun Safety estime que la présence de distributeurs de munitions dans les mêmes magasins où les familles font leurs courses contribue à la "normalisation" des armes à feu, alors que les États-Unis seraient le seul pays au monde à compter plus d'armes à feu que d'habitants.

Le nombre de fusillades de masse ne cesse d'augmenter aux États-Unis, un phénomène qui alimente le débat sur la nécessité d'un meilleur contrôle des armes à feu. Dans les États les plus permissifs, comme l'Alabama, certains prônent une solution radicale : toujours plus d'armes à feu.

Une partie de la presse américaine veut y voir un symbole d’espoir. Cette fois-ci, après une fusillade qui a frappé un lycée aisé, c’est la jeune génération américaine qui mène le combat pour éviter un nouveau drame. « Les lycéens de Parkland disent ce que les politiciens ne diront jamais », titre Teen Vogue, magazine qui a pris une nouvelle tournure politique remarquée depuis l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche.

« Presque immédiatement après la fusillade, les survivants du drame sont allés sur les réseaux sociaux pour fustiger les réactions prévisibles et insuffisantes des responsables politiques », juge la rédactrice en chef adjointe De Elizabeth.

Cette génération, poursuit le magazine, a grandi avec les tueries, récurrentes dans les écoles, et son militantisme est aujourd’hui celui du deuil et du ras-le-bol. Le New York Times ne dit pas autre chose, dans son éditorial du 20 février : « Ces enfants en ont assez. Ils en ont assez des expressions de sympathie vides dans la foulée de toutes les atrocités avec lesquelles ils ont grandi. »

« La routine choc-colère-frustration des fusillades nous est affreusement familière. Nous la répétons sans cesse depuis la tuerie de l’école élémentaire de Sandy Hook, en 2012 », raconte le site américain Vox, qui déplore un blocage politique à chaque proposition de loi pour renforcer le contrôle des armes, et notamment des fusils d’assaut, en raison de l’influence au Congrès de la National Rifle Association (NRA), le lobby des fabricants d’armes.

John Romano, chroniqueur pour le Tampa Bay Times, argumente ainsi pour une interdiction des fusils d’assaut, tels l’AR-15, une arme au cœur de tous les débats : « A un moment dans notre histoire, nous avons laissé le lobby des armes nous convaincre qu’il était anti-américain de mettre des limites à notre capacité à tirer vite et de façon répétée. La vérité, c’est qu’interdire un fusil d’assaut n’est pas une atteinte au deuxième amendement. C’est décider où l’on place la limite entre la légitime défense ou la chasse et des armes de destruction militaire. »

Le deuxième amendement de la Constitution américaine, qui garantit aux citoyens le droit de posséder une arme afin de se protéger, et le lobbying de la NRA ont toujours constitué un puissant frein à une réforme pour plus de contrôle sur la vente et la possession d’une arme.

Lors d’une cérémonie d’hommages aux enseignants et lycéens tués, à Parkland, le 15 février. Un tireur de 19 ans a ouvert le feu, mercredi 14 février, dans le lycée Marjory-Stoneman-Douglas de Parkland, dans le sud-est de la Floride, faisant 17 morts. Il était armé d’un fusil d’assaut de type AR-15 et avait de très nombreuses munitions.

C’est par la diatribe anti-armes à feu de cette lycéenne, rescapée de la tuerie, que tout a commencé. « A tous les hommes politiques ayant reçu des dons de la NRA, honte à vous », ont scandé des lycéens, dont certains rescapés de la fusillade.

Dans la foulée de ces rassemblements, Jaclyn Corin, à droite de l’image, organise un voyage en bus à Tallahassee. Succès immédiat : trois autocars et une centaine de jeunes partent, mardi 20 février, en direction de la capitale de Floride, située à presque 500 kilomètres de Parkland, dans le nord de l’Etat.

Tyra Hemans, 19 ans, a perdu deux amis dans la fusillade. L’an passé, elle était dans la classe du meurtrier. En pleurs, elle exige des réponses : « J’ai besoin de comprendre pourquoi leurs armes valent plus que ma vie. »

Dans un des bus pour Tallahassee, deux lycéens écrivent une lettre ouverte aux législateurs, le 20 février. A leur arrivée, les élèves de Parkland sont accueillis et applaudis par des lycéens de Tallahassee.

Mercredi 21 février au matin, après avoir rangé leurs sacs de couchage, les adolescents prennent le chemin du capitole, encadrés par des éducateurs, avec pour slogan « Plus jamais ça ». Mélange d’excitation, d’émotion mais aussi de traumatisme.

Dans le capitole, les étudiants se déplacent pancartes en main. Ils se sont divisés en plusieurs groupes pour discuter avec les législateurs et autres les dirigeants de l’État au sujet du contrôle des armes à feu. Le gouverneur de l’Etat, le républicain Rick Scott, qui affronte une jeunesse aisée, plutôt blanche et surtout unie a convoqué, en catastrophe, trois séminaires pour faire des propositions, avec des policiers, des éducateurs et des médecins, juste avant l’arrivée des lycéens. Avec un mot d’ordre : « Protéger nos enfants ».

Minute de receuillement en mémoire des victimes du 14 février, au Sénat, le 21 février. Des rescapés de la tuerie de Parkland interrompent une audience du comité législatif, au capitole, demandant aux législateurs d’agir pour une réforme du contrôle des armes à feu, le 21 février. Devant le capitole, les jeunes de Tallahassee rejoignent les lycéens de Parkland. La ville est devenue l’espace d’une journée le centre de l’Amérique, suivie par tous les médias. Aux cris de « Protégez les enfants, pas les armes ! » et de « Résistance », ils étaient près de 3 000 à exiger des actes de leurs élus. D’autres manifestations ont également eu lieu dans plusieurs villes de Floride et du reste des Etats-Unis, souvent menées par des lycéens, le 21 février. Des boîtes de pétitions pour la réforme du contrôle des armes à feu, sont entassées devant le bureau du gouverneur de Floride, Rick Scott, après la manifestation.

Statistiques sur les armes à feu aux États-Unis

Voici un tableau récapitulatif des statistiques mentionnées dans l'article concernant les armes à feu aux États-Unis :

Type Nombre
Armureries 64 747
Supermarchés 38 015
McDonald's 14 350
Starbucks 10 843
Pharmacies 67 000
Écoles publiques 98 328

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