Cent ans après la Première Guerre mondiale, il est crucial de se souvenir de l'horreur de ce conflit, et la bataille de Verdun en est un des exemples les plus marquants du point de vue de l’intensité des combats.
La guerre de 1914, initialement prévue comme rapide, s'est embourbée le long d’une ligne du front de la mer du Nord à la Suisse, impliquant des tranchées fortifiées et protégées par des mitrailleuses et des mortiers de tranchée (Crapouillot). Des systèmes de défense passive, comme des barbelés et des sacs de sable, ont également été installés.
Pendant dix longs mois, du 21 février au 18 décembre 1916, des milliers de soldats français et allemands se sont affrontés et ont résisté aux différents assauts à Verdun. Le bilan marquera à jamais les esprits : 305.000 morts et disparus, 400.000 blessés, français et allemands confondus. Cette bataille marquera à jamais la topographie des lieux.
La campagne de bombardements massive se traduisit par le tir chaque jour de 150.000 obus, provoquant un remaniement considérable des sols. Un déluge de feu s'abat sur la région pendant des mois, laissant des cicatrices encore visibles sur le terrain - un million d'obus sont ainsi tirés le premier jour de l'offensive. On sent parfois la terre trembler plus de 100 kilomètres à la ronde. Un quart des munitions n'aurait pas explosé pendant la bataille.
Au total, 50 millions d'obus ont été tirés pendant la bataille de Verdun. Les Allemands rassemblent face à Verdun quelque 1 225 pièces d’artillerie de tous calibres dont 542 obusiers lourds. On peut compter un obusier rapide de 210 mm tous les 150 m.
Lire aussi: Sécurité Bataille d'Eau
L'ouvrage de Thiaumont, bien que soumis dès le 21 février 1916, début de l’attaque de Verdun, à de très fréquents bombardements d’obus de tous calibres, aurait pu, dans une certaine mesure, contribuer à la lutte aux environs du fort de Douaumont au moyen des canons de sa casemate. Chaque jour, l’ouvrage a été violemment bombardé, soit par les uns, soit par les autres. Il a reçu non seulement d’innombrables projectiles de campagne, mais encore une très grande quantité d’obus de gros calibres.
L’invention de nouvelles armes lors d’une guerre n’est pas, en soi, un fait novateur. Ainsi, en raison du type de conflit, de la géographie, de sa durée dans le temps, toute l'armée va devoir concevoir ou adapter ces systèmes d’armes.
Ces innovations ont obligatoirement des répercussions dans d’autres domaines, et notamment celui de la médecine. La mort est l’élément central d’une guerre, mais ce premier conflit du 20èmesiècle sera marqué par la quantité phénoménale de blessés.
Sur les huit millions de soldats mobilisés par la France, on dénombrera trois millions de blessés, 40 % d’entre eux le seront au moins une fois, mais une majorité le seront deux fois, voire à plusieurs reprises. L’exemple le plus connu est celui du jeune lieutenant Charles de Gaulle qui sera blessé à la jambe le 15 août 1914 à Dinant, puis à la main gauche à Mesnil-les-Hurlus le 10 mars 1915, et enfin à la cuisse, lors de la bataille de Verdun à Douaumont, le 2 mars 1916 où il sera même laissé pour mort...
Ces blessures sont très souvent profondes, obligeant souvent à réaliser des amputations. Il faut dire que le pilonnage incessant des tranchées, l’emploi d’obus à balles, puis d’obus chargés d’explosifs très puissants engendre de lourdes séquelles. En explosant, ces obus projettent des centaines de billes ou se fragmentent venant tout faucher sur leur passage.
Lire aussi: Construire des fortifications pour l'airsoft
Au début de l’année 1916, le bilan de l’introduction des munitions chimiques sur l’année 1915 paraissait médiocre. Un renversement se produisit fin 1915 suite à l’introduction des obus français emplis de phosgène et de leur efficacité jugée comme « surprenante » par les allemands.
Cela incita l’Artillerie allemande à demander de grande quantité d’obus chimiques ; le général allemand Von Demmling, dans un rapport à sa hiérarchie, exprimait ainsi ses regrets : «pour répondre aux dangereux projectiles français, j’ai seulement des obus remplis d’eau de Cologne[1] » .
En juin 1915, L’usine chimique Bayer de Leverküsen avait commencé la mise en place d’une installation grandiose pour la fabrication d’un nouvel agressif, le Perstoff (ou SurPalite, chloroformiate de méthyle trichloré) en vue d’une fabrication mensuelle de 300 tonnes. Fin 1915, l’usine Fabwerke de Meister Lucius et Brüning à Höechst am Main avait suivie la même voie et construisait une installation pour produire également le Perstoff (dont elle livra 3616 tonnes au total).
C’est naturellement vers cette nouvelle substance, rapidement disponible, que l’OHL s’orienta. Ainsi, probablement au tout début de l'année1916, sa mise en service fut décidée.
Dans un premier temps, l’utilisation de ces nouvelles munitions (7,7cm et 10,5cm) fut peu fréquente et le nombre d’obus utilisés peu important. Les calibres utilisés durant l’été 1916 furent les 7,7cm et 10,5cm, qui permettaient des cadences de tir plus élevées que le calibre de 150. La première tentative eu lieu le 9 mars 1916 près de Douaumont, reconduite les 4 et 5 avril. Puis, le 7 mai à Tavannes, 13 000 obus K2 (appellation conventionnelle pour les obus emplis de Perstoff) furent tiré, comme le 19 à Chattancourt.
Lire aussi: Bataille de Char Paintball : Détails
Les 22 et 23 juin, lors de l’assaut de Souville, les allemands utilisent plus de 110 000 de ces munitions. Le tir fut effectué sur un front de un kilomètre de large, entre bras et le fort de Tavanne, et sur une profondeur de cinq kilomètres entre Souville et les forts devant Verdun. Le bombardement commença le 22 au soir vers 10h00 et fut poursuivi jusqu’au lendemain matin à 6h00 ; le nuage formé dans la vallée ne devait se disperser qu’au soir vers 6h00. Dans certaines unités, les pertes s’élevèrent à près de 30% de l’effectif ; au total, on dénombra environ 1600 intoxiqués et près de 90 morts. L’opération fut reconduite dans la nuit du 10 au 11 juillet, dans le même secteur. Le bilan fut aussi lourd, près de 1100 intoxiqués et 95 morts.
Pour la première fois, les Allemands utilisèrent une technique de bombardement massif et prolongé, bien différente de celle pratiquée quelques mois auparavant. Le nombre de projectiles utilisés était bien supérieur et à l’objectif initial de neutralisation de l’ennemi s’ajoutait maintenant celui de lui provoquer le plus de pertes possibles. Cette technique, dont nous évalueront l’intérêt plus tard, fut nommée tir sur zone et devait bientôt se développer.
Il semble que les scientifiques allemands étaient alors convaincus de l’inefficacité des appareils de protection français contre ce nouvel agressif. Il présentait l’intérêt, en comparaison à la palite utilisée depuis juin 1915, d’avoir des propriétés persistantes plus importantes. Ainsi, il imprégnait pendant plusieurs heures les vêtements, l’équipement, les cheveux et même le masque des combattants qui pouvaient en ressentir l’effet même soustraient de l’atmosphère toxique.
Devant le succès des nouvelles munitions, et pour satisfaire à ces besoins imprévus, l’administration de la guerre se décida ainsi à créer par ses propres moyens, une installation spéciale pour la fabrication intensive des obus croix verte à la palite[2]. Le premier parc de munitions de campagne fut établi à Mancieulle, près d’Audun-le-Roman (En 1917, il fut transporté à Saulne et baptisé dépôt de munitions de campagne de l’Ouest. Le parc de Mancieulles expédia aux armées, au cours de l’année 1916, 848 000 obus à crois verte. Cela paru nettement insuffisant aux militaires allemands.
L’étude des premiers obus français emplis de phosgène, fut certainement une véritable surprise pour les chimistes allemands, qui décidèrent rapidement d’adopter les techniques utilisés par leur ennemi. Ainsi, le calibre de 7,7 cm, jugé comme inadapté auparavant en raison de sa faible contenance, fut finalement introduit.
La faible quantité de toxique chargée dans le projectile était finalement contre balancée par la cadence élevée de tir de la pièce (plus importante pour une pièce de 7,7 que pour celle de 15cm). Le contenu liquide était ainsi dispersé de façon optimal.
Les déchets de guerre sont des munitions larguées ou tirées qui n’ont pas explosé à l’impact ou au moment voulu par leur horlogerie interne. Pendant les deux guerres mondiales, il est estimé qu’entre 10 et 20% des bombes et obus n’ont pas fonctionné.
Ces UXO (Unexploded Ordnance) ou « Duds » (ratés) ont en temps de guerre épargné des vies. Mais après la guerre, ils tuent encore, ils aggravent insidieusement les pollutions environnementales et provoquent des perturbations sociales.
Aujourd’hui encore, des projectiles bourrés de poudre noire datant de la guerre franco-prussienne donnent des sueurs froides aux démineurs de la Sécurité Civile en Ile-de-France et ailleurs. La diversité des munitions conventionnelles et chimiques est telle que les services officiels de déminage se sont dotés au fil du temps d’un manuel d’identification. Il est régulièrement mis à jour.
L’identification préalable à la neutralisation des munitions est d’autant plus difficile qu’elles sont souvent déformées, amputées, rouillées, recouvertes d’une gangue de terre ou de vase ou colonisées par des mousses végétales. Les vestiges de guerre sont des monstres de mimétisme. Ils ont une étonnante capacité à se fondre dans la géologie ou l’hydrologie locale et dans les couleurs de la saison.
L’Aisne a été crucifiée par la Première Guerre mondiale. Il y a dans ses sols plus encore de munitions ou de fragments que de soldats morts. Par un étrange mouvement d’évitement, le risque « engins de guerre » n’est pas intégré dans le DDRM par les services de l’Etat.
Cependant, une fiche réflexe « Découverte de munitions anciennes » mise à jour le 26 octobre 2018 est consultable sur le site Internet de la préfecture. Il faut, pour les novices et les nouveaux arrivants aller sur le site de la préfecture du Nord pour apprendre que l’Aisne est « particulièrement exposée aux risques induits par les vestiges de guerre.
| Catégorie | Chiffres Clés |
|---|---|
| Morts et Disparus | 305 000 (Français et Allemands) |
| Blessés | 400 000 (Français et Allemands) |
| Obus Tirés | 50 millions |
| Nombre d'obus tirés le 21 février 1916 (Allemands) | 2 millions |
tags: #la #bataille #de #verdun #quantité #de