Il est plus important d'avoir une arme fiable entre les mains d'un soldat que la meilleure arme au monde entre les mains de l'ennemi. - Mikhaïl Timofeïevitch Kalachnikov (1919-2013).
Les fusils d'assaut automatiques vont apparaître au cours de la Seconde Guerre Mondiale, plus particulièrement pendant le développement du Strumgewehr 43, en 1943, par l'armée Allemande. Un concept de carabine semi automatique avant-coureur, qui sera officiellement adopté par la Wehrmacht dans une version améliorée en 1944, sous le nom de Sturgewehr 44, plus communément appelé STG-44. Le STG-44, considéré comme le père des fusils d'assaut modernes.
Face aux défis du combat en zone urbaine, particulièrement dans la poche de résistance de Smolensk durant la bataille de 1941, les soldats de la Wehrmacht notent l'avantage des armes automatiques telles que les PPD 40 ou le PPSh-41, utilisées en masse par les Soviétiques dès le début du conflit, par rapport au fusil à levier KAR 98 et à la MP40 en service du côté allemand. Bien que les soldats du Reich disposent du MP40, cette arme chambrée en 9mm manque de puissance comparativement au PPSh-41 soviétique, et rapidement les militaires de l'Axe s'approprient ces armes sur le champ de bataille.
À l'apparition du StG44 sur le front Est, les militaires soviétiques entreprennent alors le développement d'une arme similaire qui utiliserait des munitions en 7,62 x 39 mm M43. En s'inspirant de l'arme allemande, l'ingénieur en armement Alexey Sudayev conçoit le fusil d'assaut AS-44. Testé en 1944, il se révèle trop lourd pour être efficace en service. Ce revers de conception amène l'Armée rouge à suspendre temporairement son programme de recherche sur le fusil d'assaut.
Mikhaïl Timofeïevitch Kalachnikov vient au monde le 10 novembre 1919 à Kouria, en Sibérie. Issu d'une famille de Koulak (terme qui désignait, de manière négative, dans l'Empire Russe, un fermier possédant des terres, du bétail, des outils... et qui faisait travailler des ouvriers agricoles salariés), il est le 17ème enfant d'une fratrie de 19, dont seulement 8 ont survécu. Il est âgé de seulement 11 ans lorsque sa famille est déportée au sein de l'oblast de Tomsk, dans le cadre de la révolution Stalinienne au début des années 1930, Staline souhaitant supprimer les Koulaks, qu'il juge contraire aux idées révolutionnaires. Mikhaïl Kalashnikov en 1949.
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Enrôlé dans l'Armée Rouge en 1938, Kalachnikov va très rapidement montré ses capacité en mécanique, en apportant des améliorations au pistolet semi automatique Tokarev TT-33 et à différentes parties des chars d'assaut, poussant ses supérieurs à l'envoyer en cours de mécanique spécialisée dans les chars. Grièvement blessé lors de la bataille de Briansk en 1941 lors d'une tentative de stopper les troupes allemandes se dirigeant vers Moscou, il est contraint de suivre une longue convalescence en hôpital. C'est durant cette période qu'il va dessiner des modèles de pistolets et autres armes à feu, ayant constaté la supériorité technique de l'armement des soldats allemands. Au début de l'année 1942, il est ainsi transféré au sein d'une unité de conception d'armes légères. Après une première arme conçue en 1942 mais écartée par l'Armée Rouge au profit du PPS-43, son prototype de carabine semi automatique de 1945 échoue face au SKS, adopté en 1946.
Ayant conçu de nombreux modèles de fusils d'assaut entre 1945 et 1949, jugés plutôt intéressant par l'armée Soviétique, il quitte l'armée pour rentrer chez le fabricant d'arme Izmash. C'est au sein de cette entreprise que Mikaïl va concevoir un modèle d'arme d'une simplicité remarquable, qui sera finalement adopté par l'armée Soviétique, après de nombreux tests dans des conditions extrêmes. Conçu d'après une étude de 1947, son fusil d'assaut est adopté en 1949 sous le nom de : AK-47 (Автомат Калашникова, « Avtomat Kalachnikova » modèle 1947).
Malgré le succès incontestable du fusil d'assaut Kalashnikov AK-47, celui-ci entre en perpétuelle évolution pour corriger des défauts existants. C'est à partir de 1955 que de grosses modifications sont apportées à l'arme, principalement sur le corps du fusil et le système de récupération des gaz, ainsi que l'ajout d'une baïonnette. Tous ces changements vont conduire, en 1959, à une nouvelle version nommée AKM. Adopté et fourni à l'armée Soviétique à partir de 1961, l'AKM va donner naissance à plusieurs versions, possédant chacune des spécificités comme le AKMS avec sa crosse pliable ou encore l'AKMSU, version compacte. L'amélioration principale des AKM est leur fabrication en tôle emboutie pour la carcasse et en contreplaqué de bouleau, pour la crosse, la poignée et le garde-main. Ces caractéristiques vont permettre la fabrication de plusieurs millions de fusils d'assaut à des coûts réduits.
Dans la continuité des évolutions du fusil d'assaut Kalashnikov, les ingénieurs de chez Izmash vont se pencher sur le remplacement de la RPD (Routchnoï Poulemiot Diegtiariova) mitrailleuse légère en service dans l'armée Soviétique. C'est ainsi qu'au début des années 1960 entre est mis en service la Kalashnikov RPK, basée sur la conception de l'AKM. D'une composition plus lourde, le modèle RPK est équipé d'un bipied pliable, d'un canon plus long et plus épais afin d'allonger la portée de tir mais également la durée de tir possible sans que l'arme ne chauffe.
Depuis le début de la conception des armes Kalashnikov, celle-ci s'élabore autour d'un élément majeur : la cartouche 7,62x39 mm.
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Cette munition, développée en 1943 par l'armée Soviétique, est composée d'une ogive de calibre 7,62 mm montée sur un étui de 39 mm de longueur. Possédant une capacité de pénétration supérieure aux munitions de combats de l'OTAN, à savoir le 5,56x45 mm et le 7,62x51, grâce à sa balle en acier chemisé, elle bénéficie cependant d'une portée moindre que ses concurrents américains. Dans l'optique de pouvoir tirer une balle avec une haute vitesse initiale, une trajectoire plus tendue et permettre aux soldats d'emporter plus de munitions sur le terrains, un groupe d'ingénieurs soviétique va travailler à la conception d'une nouvelle munition : la 5,45x39 mm M1974.
Conservant la même longueur d'étui que la 7,62x39mm, la 5,45x39mm monte une ogive de calibre 5,6mm d'un poids de 3,43g. Le concept de balle de petit calibre propulsé à grande vitesse avait déjà été étudié en Russie, au début de l'année 1915, par Vladimir Fedorov, célèbre ingénieur dans l'industrie de l'armement Soviétique, concepteur de l'Avtomat Fedorov, considéré comme le tout premier fusil d'assaut de l'histoire. Son modèle de fusil semi automatique tirait une balle de petit calibre 6.5mm. Seulement, entre un poids trop élevé pour être porté continuellement par des soldats (le fusil de Fedorov pesait 5,2Kg) et l'impossibilité de produire à l'époque une nouvelle munition, l'arrivée de la Première Guerre Mondiale mettra fin au développement de ce projet. Il faudra attendre les années 1960 pour que l'idée d'une balle de petit calibre à haute vitesse revienne dans les esprits de l'armée Soviétique.
Suivant le même principe que la cartouche de l'OTAN 5,56x45mm, la cartouche 5,45x39mm va cependant se révéler plus efficace en terme de pénétration grâce à son ogive propulsé à haute vitesse, ce qui lui permet de perforer les gilets pare-balles.
Et c'est justement cette nouvelle munition qui va amener à la fabrication d'un nouveau fusil d'assaut Kalashnikov au début des années 1970 : l'AK74. Aujourd'hui, les deux munitions sont encore largement fabriqués en URSS.
Bizarrement, l’Union soviétique a beaucoup tardé à imiter l’Occident dans son adoption des cartouches de petit calibre. Peut-être le nombre considérable de AK-47 et de AKM déjà en circulation rendait-il peu urgent un tel changement ; en tout cas ce n’est pas avant le début des années soixante-dix qu’on se préoccupa de concevoir une nouvelle cartouche pour les pays du pacte de Varsovie. Le AK-74 n’est rien d’autre qu’un AKM modifié afin d’accepter la nouvelle cartouche. Il a gardé la même allure d’ensemble (poids, dimensions), en dépit de certains changements : le chargeur est en plastique, le cache-flammes est de grandes dimensions. Il faut noter tout particulièrement la balle qu’il utilise. Afin de tirer le meilleur parti possible de son petit calibre, les concepteurs ont eu recours à un procédé extrêmement efficace, mais interdit par les conventions internationales. Le projectile, à noyau d’acier, est à pointe creuse, ce qui rejette le centre de gravité vers l’arrière : lorsqu’il atteint son objectif, la pointe se déforme, tandis que la masse de la balle conserve sa vitesse d’impulsion, ce qui déséquilibre la balle et entraîne des dégâts importants, qui ne se limitent pas à la zone d’impact. Cet effet redoutable s’observe avec certaines cartouches à haute vélocité, mais là plupart du temps (ainsi dans le cas de la 5,56 mm utilisée avec le M193) il s’agit d’une conséquence qui n’a rien d’intentionnel.
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Mikhaïl Kalachnikov, souvent décrit comme un patriote dévoué à son pays, a légué au monde l'une des armes les plus emblématiques de l'histoire, l'AK-47. Dans son esprit, cet engin de guerre était conçu pour défendre la mère patrie contre toute menace extérieure. Cependant, au fil des années, il a été confronté à une réalité troublante : son invention, au lieu de rester un instrument de défense nationale, est devenue un symbole de conflit et de violence à l'échelle mondiale. La diffusion massive de l'AKM dans les conflits régionaux et son utilisation par des groupes terroristes ont profondément attristé Kalachnikov, qui a exprimé à plusieurs reprises son regret quant à la manière dont son génie technologique avait été détourné de son intention originelle.
Je suis fier de mon invention, mais je suis triste qu'elle soit utilisée par des terroristes. ... Je préférerais avoir inventé une machine que les gens pourraient utiliser et qui aiderait les agriculteurs dans leur travail, par exemple une tondeuse à gazon. - Mikhail Kalashnikov - The Guardian (July, 29th 2002).
Vieille de plus de cinquante ans, l'arme russe AK-47 (initiales d'Avtomat Kalachnikova obrazet 1947), continue de proliférer. La première Kalachnikov a été assemblée à Ijevsk, en URSS. «J'ai conçu cette arme lorsque j'étais blessé durant la guerre en octobre 1941. Les Allemands tuaient les Russes avec des armes Schmeisser. Je me suis dit que je devais absolument inventer une arme automatique. Et c'est devenu le but de ma vie» raconte l'ingénieur russe Mikhaïl Timofeievitch Kalachnikov. L'AK-47, cette arme robuste, alliant la cadence de tir élevée du pistolet mitrailleur à la précision d'un fusil, voyait le jour six ans plus tard, en 1947, en plein contexte de guerre froide. Mikhaïl Kalachnikov lui donna son nom. Mais jamais cet inventeur n'aurait pensé que son arme se disséminerait partout dans le monde. Il l'avait conçu «avant tout pour défendre les frontières de [son] pays» affirme-t-il après plus de cinquante ans. Resté secret jusqu'à la perestroïka, cet ingénieur de 80 ans à la retraite n'a jamais enregistré son invention, ni touché de royalties. En revanche, il a reçu une multitude de médailles.
Légère, la Kalachnikov est facilement transportable et dissimulable. Elle coûte très peu cher. Elle est aussi efficace et très simple d'utilisation. Son mécanisme de verrouillage par rotation de la culasse fait de l'AK-47 un fusil d'assaut fiable, capable de tirer en rafales trente cartouches. Sa conception d'origine n'a été modifiée que deux fois au fil des ans. La première fois, en 1959, l'AKM (M pour Modernizirovaniy) s'allège d'un petit kilo. Sa crosse en bois massif est remplacée par de l'acier laminé. Le deuxième changement date de 1974. Il est plus important que le premier. Cette fois, le calibre change. Il passe de 7,62 à 5,45 millimètres. L'arme est désormais plus légère et plus rapide. Le nouveau modèle se fait officiellement appeler l'AK-74.
| Modèle | Année d'Adoption | Calibre | Principales Améliorations |
|---|---|---|---|
| AK-47 | 1949 | 7.62x39 mm | Premier modèle, boîtier fraisé, garnitures en bois massif |
| AKM | 1959 | 7.62x39 mm | Boîtier en tôle emboutie, crosse modifiée, plus légère |
| AK-74 | 1974 | 5.45x39 mm | Nouveau calibre, cache-flammes modifié, chargeur en plastique |
Outil de libération des peuples opprimés A ses débuts, la Kalachnikov a équipé les soldats du Pacte de Varsovie, gardiens du mur et du système stalinien. L'AK-47 a été utilisée pour asphyxier les aspirations démocratiques dans les nouveaux Etats alliés de Moscou. Sa diffusion ne dépassait pas Pékin. Les rébellions naissantes dans un Tiers-Monde en voie de constitution préféraient le Tommy Gun, une mitraillette distribuée par les Américains au lendemain de la reddition de l'Axe. Les Etats-Unis ont en effet alimenté de leurs surplus d'armes les maquis des djebels d'Algérie jusqu'aux pitons de la Sierra Maestra. L'image du Che, mort en Bolivie, ne se conçoit pas sans son Colt. De même, les castristes n'ont détenu des Kalachnikov qu'une fois au pouvoir, en 1959.
C'est en fait en Asie que l'AK-47 a pris son essor. D'abord en Corée. Puis, au Vietnam, où Ho Chi Minh a privilégié l'arme russe plutôt que le Colt américain. La Kalachnikov s'est peu à peu imposée comme l'outil de libération des peuples faibles et opprimés, militants ou militaires, en uniforme ou en haillons. Elle est l'héroïne des luttes anticoloniales des années 1960. Elle a accompagné le terrorisme des années 1970 et le mouvement islamiste naissant des années 1980. La Kalachnikov a servi d'emblème au drapeau burkinabé. Le Hezbollah libanais arbore l'AK-47 dans la représentation symbolique de son mouvement. De même, le Fatah de Yasser Arafat orne ses communiqués d'une Kalachnikov.
D'après Chris Smith, spécialiste des armes légères au King's College de Londres, un véritable flot d'armes venues de Russie inonde l'Europe depuis la chute du mur. Les Tigres Tamouls ont constitué leur propre flottille. Ils se fournissent en Birmanie. Des trafics d'armes s'opèrent au Cachemire, au Pakistan, en Afghanistanà Chris Smith a également dressé le schéma des trafics de Kalachnikov. Il explique qu'en Angola, le long de la frontière namibienne, des femmes xhosa achètent des AK-47 à des combattants désargentés de l'Unita (rébellion armée) pour environ huit dollars pièce. Celles-ci les cèdent ensuite à une chaîne de revendeurs qui sévissent jusque dans la province du Cap, en Afrique du Sud. Là, les AK-47 s'achètent pour moins de 20 dollars. Les munitions, pour un dollar. Plus d'un demi-siècle et des millions de morts plus tard, l'ingénieur Kalachnikov se défend : "Ce n'est pas ma faute si des hommes meurent à cause de cette mitraillette. Les coupables sont les politiciens.
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