Le Yémen est un pays déchiré par un conflit complexe et prolongé. D'un côté, le président Hadi, élu en 2012 et reconnu par la communauté internationale, bénéficie du soutien de l'Arabie Saoudite. De l'autre, les rebelles chiites Houthis, qui ont pris le contrôle de la capitale Sanaa en 2014, ont contraint Hadi à l'exil et continuent de contrôler la ville.
Dans ce contexte de guerre et d'instabilité, les armes sont omniprésentes au Yémen. Marib, une ville riche en pétrole et en gaz, principal fournisseur d'électricité du pays, est devenue la cité la plus armée du pays. Pas un habitant qui ne se promène sans son fusil en bandoulière. De leur propre aveu, les Yéménites considèrent qu’avec moins de trois armes à feu sur soi, on n’est pas protégé. Le marché de Marib regorge de Kalachnikov, de pistolets et de grenades.
La prolifération des armes au Yémen a des conséquences désastreuses pour la population civile. Selon l'Unicef, trois enfants sont tués chaque jour, et 500 000 souffrent de malnutrition aiguë. Le blocus organisé par la coalition arabe, soupçonnée de crimes de guerre, empêche l'acheminement de l'aide humanitaire.
Depuis mars 2015, plus de 100 000 Yéménites se sont réfugiés dans les pays voisins.
Dans le nord du Yémen, la "guerre de Saada" se joue dans le silence. Bien avant que le Yémen ait été atteint par la contagion du "printemps arabe", cette guerre a fait, depuis 2004, des milliers de victimes et jeté sur la route une foule de déplacés. Le conflit dans cette contrée perdue du Yémen des hauts plateaux est un cocktail explosif. Il concentre tous les ingrédients d'une crise politique et confessionnelle, tant à l'échelle nationale que régionale.
Lire aussi: Avignon : Retour sur la vague de tirs
Dans le nord du Yémen, des rebelles armés chiites ont peu à peu pris possession de la totalité de la province de Saada. On les appelle les "houthis", en référence à leur chef, Abd Al-Malik Al-Houthi. Ils livrent maintenant, dans ces territoires, un combat contre les salafistes sunnites établis depuis longtemps dans la zone. Cette bataille se superpose au chaos qui règne déjà dans le pays et menace d'attiser des querelles confessionnelles entre chiites et sunnites, ces derniers étant à peine majoritaires (55 %) parmi les 24 millions d'habitants du Yémen.
La doctrine d'Abd Al-Malik Al-Houthi règne partout, synthèse de la vulgate des mollahs iraniens, du Hamas palestinien et du Hezbollah libanais. Dans les campagnes flottent des centaines de petits drapeaux verts, emblèmes du mouvement rebelle. Chaque mur de maison, chaque citerne d'eau et chaque chargeur de kalachnikov sont marqués de ces sentences brèves : "Dieu est grand !" "Mort à l'Amérique !" "Mort à Israël !" "Maudits soient les juifs !" "Victoire pour l'islam !"
Le porte-parole des houthis, Mohammad Abdul Salam, assume tous ces slogans : "Les Américains interviennent dans toutes les affaires des musulmans et ils soutiennent Israël." Il assure cependant que son mouvement est "contre la violence".
Aux accusations portées par le régime yéménite et les Etats-Unis d'un financement du mouvement par l'Iran, Abdul Salam répond : "C'est de la propagande, nous n'avons pas de lien avec l'Iran, et aucune preuve n'en a été apportée. C'est juste un moyen pour l'Etat yéménite de récolter de l'argent de l'Arabie saoudite ! Mais notre idéologie est proche de celle du Hamas ou du Hezbollah, car nous sommes solidaires des Palestiniens."
Mohammad Abdul Salam préfère insister sur l'"harmonieuse" cohabitation avec le pouvoir local, incarné par le gouverneur. Aux houthis les questions de sécurité, au conseil local (désigné par le pouvoir central) les affaires financières, éducatives et de santé.
Lire aussi: Évolution et performances des AK-47 et AK-74
Les autorités yéménites, comme les Saoudiens, soupçonnent les houthis de viser la sécession. Mensonges, répond leur porte-parole : "Nous ne recherchons pas l'indépendance, nous sommes yéménites et favorables à l'unité du pays. Nous verrons bien si le nouveau président a du bon sens." Et le porte-parole d'avertir que la guerre "n'est pas encore terminée. Elle le sera lorsque l'Etat sera fort, sans discriminations entre doctrines religieuses ni interventions étrangères."
Depuis que les houthis contrôlent Saada, tous les magasins de musique ont été fermés. Celui qui écoute des chansons sur son téléphone portable prend le risque de se faire arrêter. Seules sont autorisées les cassettes de prêches religieux. En revanche, le souk ne compte pas moins de 32 cafés Internet où on peut consulter la "propagande" américaine en toute liberté.
Face à l'hôpital Al-Salam, le bureau de propagande du mouvement n'attire pas les foules. Des hauts parleurs crachent la parole du "Sayyed", le titre honorifique que portent les descendants du Prophète. C'est ainsi que les combattants appellent avec respect leur chef, Abd Al-Malik Al-Houthi.
Les houthis ont mis en place une liste de produits que le mouvement conseille de ne pas consommer, de la barre chocolatée au shampoing en passant par des chaussures de sport. Tous "fabriqués aux Etats-Unis", suspectés de "financer Israël" ou de "contenir du porc".
Al-Qaïda a annoncé avoir établi une nouvelle branche au Yémen pour frapper les pays de la péninsule arabique. Deux anciens prisonniers de Guantanamo, ex-pensionnaires du programme de réinsertion saoudien, apparaissent assis en tailleur, kalachnikov en bandoulière, dans l'un de ses derniers messages vidéo diffusé sur Internet. Ils appellent à la mobilisation générale.
Lire aussi: Kalachnikov : découvrez le stand de tir
Al-Qaïda revendique le recrutement de 300 jeunes Yéménites partis faire le djihad au cours de l'année 2008. Plus de 60 ex-détenus de Guantanamo auraient repris les armes.
| Acteurs du conflit | Soutiens | Objectifs |
|---|---|---|
| Président Hadi | Communauté internationale, Arabie Saoudite | Restaurer son pouvoir |
| Rebelles Houthis | (Accusations) Iran | Contrôler le Yémen, défendre les intérêts chiites |
| Al-Qaïda | - | Mener le djihad, frapper les pays occidentaux et leurs alliés |
tags: #kalachnikov #bandouliere #yemen #utilisation