Le conflit israélo-palestinien, souvent mal compris, est avant tout un conflit territorial entre deux peuples. Depuis le 7 octobre 2023, les discours politiques et médiatiques parlent de « guerre Israël-Hamas », mais c’est avant tout une phase du « conflit israélo-palestinien ». Il est donc indispensable d’analyser la situation en prenant en compte la réalité historique et celle du terrain pour comprendre ce qui se passe à Gaza.
Pour comprendre comment un enfant palestinien en arrive à la violence politique, il faut considérer l'histoire de sa vie, de sa famille et de son peuple. L'enfant palestinien grandit avec les humiliations et les frustrations qui ont marqué la vie de ses ancêtres, au rythme des drames qui secouent sa famille et ses proches. Il est condamné à être partie prenante des événements non seulement à cause de son « roman familial », mais par le simple fait qu'il est palestinien et que perdure ce qu’il est convenu d’appeler le « problème palestinien ».
L’enfant palestinien se socialise dans un vécu individuel et collectif traumatisant. Ses jeux mêmes sont une symbolique d’assimilation d’une conjoncture dans laquelle se mêlent agression étrangère et déconsidération de l’encadrement social proche. Mais il trouve dans un engagement politique élémentaire et violent le moyen de s’adapter à un contexte agressif et frustrant.
Tous les ingrédients sont là très tôt pour contribuer de façon informelle, latente, continue, à sa socialisation politique. Depuis son plus jeune âge, il est confronté à l'occupation israélienne, d'abord par personne interposée, puis plus directement. Tout petit, il a perçu intuitivement les angoisses et les révoltes de ses parents face aux tracasseries de l'administration militaire israélienne et à la violence des soldats.
Une étude épidémiologique conduite en 1993 par le Gaza Community Mental Health Programme sur un groupe de 2797 enfants de 8 à 15 ans donne les chiffres suivants :
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Rappelons aussi que dans la période qui va du début de l'Intifada au 31 octobre 1994, 257 enfants ont été tués par l'armée israélienne en Cisjordanie et à Gaza : 68 avaient moins de 13 ans et 189 avaient de 13 à 16 ans.
Alors, au lieu de jouer aux cow-boys et aux indiens, les enfants de Gaza et de la Cisjordanie se sont mis à jouer aux « Israéliens et aux Palestiniens », avec des scénarios reprenant les scènes dont ils avaient été les témoins ou dont ils avaient entendu parler par les adultes ou les autres enfants.
D'une façon générale, « la plus grande importance du jeu est le plaisir immédiat que l'enfant en tire et qui se prolonge en joie de vivre. Mais le jeu a deux autres faces, comme le Dieu Janus : l'une qui est orientée vers le passé, l'autre vers l'avenir. Il permet à l'enfant de venir à bout, sous une forme symbolique, des problèmes non résolus du passé, et d'affronter, également d'une manière symbolique ou directement, les conflits du moment. Il est aussi pour l'enfant l'outil essentiel qui le prépare pour les tâches à venir. »
L'observation du jeu des enfants de la guerre permet bien de saisir ce passage très progressif du ludique au sérieux, voire au grave. D'abord, l'enfant qui joue emprunte bien évidemment les éléments de son jeu à la réalité qui l'entoure : les manifestations, les arrestations, les enterrements et les confrontations violentes avec les soldats étaient la réalité quotidienne de l'enfant palestinien. Ensuite, un épisode de jeu ordinaire constitue bien souvent une « thérapie » improvisée : l'enfant rejoue les conflits et les scènes angoissantes dans lesquels il a été impliqué dans une tentative d'assimiler le monde extérieur, de mieux comprendre et de contrôler ce qui se passe en lui et autour de lui. Il se plaît à répéter la scène, à lui imposer des variantes, à l'apprivoiser, à la retourner, jusqu'à ce qu'elle lui procure un sentiment de maîtrise : pour tenter de faire face à l'accumulation des traumatismes quotidiens auxquels il est confronté, l'enfant dans le jeu troque son rôle passif contre un rôle actif. Ce n'est plus le soldat israélien qui a tout pouvoir, mais lui l'enfant qui, l'espace d'un instant, s'identifie à lui ou met en scène sa défaite dans un « combat » sans merci dans l'aire transitionnelle du jeu.
Dans le même temps, ce qui est en jeu c'est un processus d'acculturation : le scénario est expression de la socialisation politique de l'enfant tout autant qu'il la nourrit, la renforce. Le jeu participe au développement de l'identité palestinienne de l'enfant : par son identification aux héros de l'Intifada il proclame qu'il se situe dans la continuité d'une ligne définie par sa famille et par le peuple palestinien.
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Vient alors un moment où tout peut basculer : lorsque l'enfant transforme son jeu en protestation et lance à son tour un défi dans l'arène de la réalité, l'acte devient violence politique. C'est que, contrairement à ce qui se passe pour les enfants dans certains pays du monde, la socialisation politique de l'enfant palestinien n'est pas seulement « une mise en relation de concepts entre eux » : elle passe par le support de l'expérience.
Les enfants décrivent et dessinent une vie quotidienne envahie par les soldats israéliens : ils sont partout, dans leurs écoles, dans les terrains vagues qui étaient leurs terrains de jeux, dans leurs maisons, dans leurs cauchemars. A des degrés divers, l'occupation est une réalité tangible. On retrouve à plus forte raison chez les plus grands (les 13-17 ans) cette compréhension de la cause palestinienne et l'adhésion à la lutte de libération, en particulier à travers l'analyse du contenu d'un questionnaire d'identité (« Qui-Suis-je ? ») et d'un essai sur le Moi-idéal.
Cette « précocité » de la socialisation politique entraîne des réactions variées de la part des adultes, suivant qu'ils sont ou non sympathisants de la cause que défendent les enfants et suivant qu'ils sont ou non concernés par ce que l'on appelle maintenant « l'intérêt supérieur de l'enfant ».
Les parents des enfants palestiniens engagés dans des « jeux militants » sont, d'une façon générale, écartelés entre des sentiments contradictoires. Lorsque l'enfant passe du « jeu militant » à l'engagement politique ou à la violence politique, lorsqu'il assume des responsabilités d'un autre âge, les points de repère habituels des jeunes et des adultes eux-mêmes sont remis en question.
C'est en effet un modèle autoritaire qui caractérise au départ les relations parents-enfants ainsi que parents-adolescents dans la société palestinienne, modèle qui laisse très peu d'autonomie, en particulier en ce qui concerne les filles. Ce jeu traditionnel de l'autorité a commencé à être mis à mal depuis un certain nombre d'années :
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| Date | Événement |
|---|---|
| 1917-1948 | Immigration massive de juifs en Palestine suite à la déclaration de Balfour. |
| 29 novembre 1947 | Adoption du plan de partage de la Palestine (résolution 181) par l'ONU. |
| 1948-1949 | Première guerre israélo-arabe. Israël récupère 78% du territoire. |
| 28 mai 1964 | Création de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP). |
| 5 juin 1967 | Guerre des Six Jours. Israël conquiert la Cisjordanie, la bande de Gaza, le Golan, la péninsule du Sinaï et Jérusalem-Est. |
| 6 octobre 1973 | Guerre du Kippour. |
| 1978 | Accords de Camp David entre l'Égypte et Israël. Israël se retire du Sinaï. |
| 1987 | Début de la première Intifada - « la guerre des pierres ». |
| 13 septembre 1993 | Accords d’Oslo. Reconnaissance mutuelle entre Israël et l'OLP. |
| 28 septembre 2000 | Début de la seconde Intifada après la visite d'Ariel Sharon sur l'esplanade des Mosquées. |
| 2006 | Victoire du Hamas aux élections législatives en Palestine. |
| 2007 | Le Hamas prend le contrôle de la bande de Gaza. |
| 7 octobre 2023 | Attaques du Hamas contre Israël et riposte israélienne à Gaza. |
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