Les États-Unis se déchirent depuis des décennies sur la question de la possession des armes à feu. Régulièrement, des fusillades font des victimes, mais le nouveau président, Donald Trump, refuse d’interdire les armes dans son pays. C’est dans la Constitution, la loi suprême du pays, qui s’applique dans chacun de ses cinquante États.
Le deuxième amendement de ce texte, rédigé en 1791, le garantit : « Le droit du peuple de détenir et de porter des armes ne doit pas être transgressé. » Il est précisé que cela permet de pouvoir constituer des milices pour défendre, si nécessaire, la sécurité de l’État. En effet, peu de temps auparavant, les Américains avaient fait la révolution pour chasser les Anglais et fonder une démocratie. Le droit à porter des armes pour se défendre est donc, pour beaucoup d’Américains, une garantie de leur liberté.
C’est aussi un symbole d’héroïsme dans la culture populaire américaine. Le problème, c’est qu’avec des millions d’armes en circulation, il se produit régulièrement des fusillades meurtrières. Certains États ont donc pris des mesures sur leur territoire, en interdisant par exemple les armes de guerre. Mais il est beaucoup plus difficile de faire passer des lois sur ce sujet au niveau du pays tout entier.
Rédigé à une époque où la police n'existait pas et où les citoyens s'organisaient en «milice» pour se défendre, cet amendement est sujet à interprétation. Concerne-t-il un droit individuel (celui de s’armer pour se défendre soi-même) ou bien un droit collectif (celui de s’armer mais uniquement dans le cadre d’une milice) ? En 2008, la Cour suprême a jugé que «le deuxième amendement protège le droit individuel de posséder une arme à feu sans pour autant servir dans la milice, et d'utiliser cette arme dans la limite des dispositions prévues par la loi».
La semaine dernière, la Cour suprême a étendu cette interprétation à tous les Etats. Ce qui remet en question les lois locales, notamment celle en vigueur à Chicago (Illinois), qui interdit depuis près de trente ans les armes à feu.
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Un juge fédéral a déclaré contraire à la Constitution des Etats-Unis l'interdiction des ventes d'arme en vigueur dans la ville de Chicago. La décision prise lundi 6 janvier par le juge Edmond E. Chang, saisi par l'Association des détaillants d'armes à feu de l'Illinois, ne s'appliquera pas immédiatement, la municipalité ayant la possibilité de faire appel.
En juillet dernier, Chicago a durci l'encadrement de la vente des armes à feu, élargissant l'interdiction qui frappait jusque-là les armes automatiques à d'autres types d'armes à feu et augmentant le tarif des contraventions. « Des armes qui ont été conçues pour les champs de bataille n'ont rien à faire dans les rues de Chicago », expliquait alors le maire de la ville, Rahm Emanuel, ancien conseiller de Barack Obama à la Maison Blanche.
Dans un communiqué diffusé à la suite de la décision du juge Chang, l'édile a exprimé son « fort désaccord » et annoncé que les conseillers juridiques de la ville travaillaient sur toutes les options possibles. « Nous avons besoin de lois renforcées sur les armes à feu, et non pas d'un accès accru à des armes à feu dans notre ville », a-t-il ajouté.
Rahm Emanuel et ses équipes ont fait de la lutte contre la criminalité une priorité. La troisième ville la plus peuplée des Etats-Unis est particulièrement touchée par la violence par arme à feu. En 2012, le nombre d'homicides y est repassé au-dessus des cinq cents pour la première fois depuis 2008, nuisant à la réputation de la ville et de son maire.
C'est la raison pour laquelle la métropole est appelée « Chiraq », en référence à la violence qui règne dans le métropole de l'Illinois, où les affrontements entre gangs ont fait 4 265 morts entre 2003 et 2011, un bilan comparable à celui de la guerre en Irak durant la même période (4 422 morts), rapporte HBO dans un programme consacré à la guerre des gangs à Chicago.
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De son côté, le Huffington Post rapportait en juin 2012 que le nombre d'homicides à Chicago dépassait celui du nombre de soldats américains tués en Afghanistan. En 2013, les meurtres ont chuté pour s'établir à 422 homicides, mais ce chiffre reste bien supérieur aux situations constatées dans les deux seules villes plus peuplées, New York (333) et Los Angeles (246).
Le financement des programmes de prévention de la violence et d'intervention auprès des enfants et de la jeunesse va être porté à 67 millions de dollars en 2014, contre 20 millions en 2011, à la prise de fonction de Rahm Emanuel.
D’autant qu’une puissante association en faveur des armes, la NRA, finance de nombreuses personnalités politiques.
Plus que jamais, démocrates comme républicains, à qui la NRA décerne des notes, la courtisent assidûment. Celle-ci est d'ailleurs parvenue à bloquer, au nom du sacro-saint 2e amendement, un projet de loi qui interdirait aux suspects de terrorisme de pouvoir acheter une arme à feu.
Mais elle doit compter avec d'autres organisations encore plus extrémistes comme OpenCarry.org, qui milite pour " le droit de porter ouvertement dans la vie quotidienne des pistolets dans leur étui " et envoie ses membres dans les cafés Starbucks pour forcer ces établissements à accepter les consommateurs armés.
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L'influente National Rifle Association (NRA) arrive en tête des pro-armes et fait régulièrement du lobbying auprès des hommes politiques, en très large majorité des candidats Républicains au Congrès. Créée en 1871 par deux anciens combattants de la guerre de Sécssion, la NRA avait pour raison originelle d'améliorer l'adresse au tir, car le conflit avait révélé à ses fondateurs que les tireurs n'étaient pas assez précis.
Vers le milieu des années 1970, la NRA a pris une ampleur médiatique importante, à mesure que les lois fédérales tentaient de limiter l'accès aux armes : ardente partisane du droit de posséder une arme, l'association a perçu les nouvelles lois comme une tentative d'empêcher à terme les citoyens d'acquérir des armes. A travers des campagnes publicitaires et des interviews à la radio et à la télévision, la NRA a cherché à ancrer dans la culture américaine le droit d'être armé pour se protéger des intrus, voire d'un éventuel gouvernement tyrannique.
Après avoir soutenu Ronald Reagan à l'élection présidentielle de 1980, la NRA a obtenu du gouvernement d'alors une loi protégeant les droits des détenteurs d'armes en 1986; dotée d'une budget annuel d'environ $ 250 000 000, en grande partie versés par les cotisations de ses près de 5 000 000 d'adhérents, la NRA reçoit aussi des fonds provenant des fabricants d'armes, dispose de revenus de placements financiers et profite du fait qu'elle n'est pas une association politique pour s'affranchir d'un plafond de dépense imposé pour les campagnes électorales.
Un adolescent de 18 ans a ouvert le feu dans une école primaire du Texas, mardi 24 mai 2022, tuant 21 personnes dont 19 enfants de moins de 10 ans. Cette nouvelle fusillade a rouvert aux États-Unis le débat sur les armes à feu, avec peu voire aucune perspective de débouchés.
"Quand, pour l'amour de Dio, allons-nous affronter le lobby des armes ?", lance le président américain Joe Biden, ému,"écœuré et fatigué" après une nouvelle fusillade dans une école, l'une des pires depuis plusieurs années.
Accentuer la chasse aux ghost guns (armes sans numéro de série, à assembler chez soi ou à imprimer en 3D) et les vérifications d'antécédents (les «background checks»): telles sont les premières mesures annoncées par le président des États-Unis Joe Biden après les fusillades successives survenues à Boulder (Colorado), Acworth (Géorgie) et Allen (Texas).
Dans l’État de Géorgie, aux États-Unis, une ville de 35 000 habitants appelée Kennesaw est connue pour un fait particulier. Depuis 1982, ses habitants ont une obligation légale de posséder une arme à feu et des munitions.
Dans la ville de Kennesaw, dans l’État de Géorgie aux États-Unis, une loi municipale de 1982 oblige légalement les résidents à posséder des armes à feu et des munitions. Elle stipule que : « Afin d’assurer et de protéger la sécurité et le bien-être général de la ville et de ses habitants, chaque chef de famille résidant dans les limites de la ville est tenu de posséder une arme à feu, ainsi que des munitions ».
Toutefois, les résidents souffrant d’un handicap mental ou physique, de condamnations pour crime ou de croyances religieuses contradictoires sont exemptés de la loi. Si la ville compte environ 35 000 habitants aujourd’hui, elle en comptait sept fois moins au moment de l’instauration de la loi.
« En 1982, il s’agissait d’une communauté rurale d’environ 5 000 habitants. La ville entière était très conservatrice et environ 95 % des habitants possédaient des armes à feu, c’était donc une loi très symbolique », soulignait dans un article de 2010 du Financial Times Robert Jones, alors président de la Société historique de Kennesaw et propriétaire d’un pistolet Magnum 357.
Interrogé par la BBC , Derek Easterling, l’actuel maire de la ville, tient le même discours : « Je ne fais pas ça pour le spectacle », assure-t-il au sujet du maintien de la loi. Un point de vue partagé par Pat Ferris, membre du conseil municipal de Kennesaw en 1984, soit deux ans après l’adoption de la loi. Selon lui, la loi est « plus une déclaration politique qu’autre chose ».
D’ailleurs, il est vrai que la loi ne prévoit aucune sanction en cas d’infraction et personne n’a jamais été poursuivi pour ne pas avoir possédé d’arme.
Pour Cris Welsh, habitante de la ville et mère de deux adolescentes, « c’est juste une vieille tradition de Kennesaw à laquelle on s’accroche ». Elle possède d’ailleurs des armes à feu et s’en sert pour chasser ou lorsqu’elle pratique le tir au club de tir local avec ses filles. Dans son inventaire, elle compte un pistolet semi-automatique Ruger, un Beretta, un Glock et environ une demi-douzaine de fusils de chasse.
« Je souhaite que lorsque les étrangers pensent à la ville, ils pensent aux parcs, aux écoles et aux valeurs de la communauté, et non à la loi sur les armes à feu qui met les gens mal à l’aise », s’attriste-t-elle.
Selon un article du Courrier international , cette loi est avant tout une « réaffirmation du deuxième amendement de la Constitution américaine », qui garantit le droit de posséder une arme. Cette loi aurait été appliquée en « réaction » à la réglementation adoptée en février 1981 par la ville de Morton Grove, dans l’Illinois, qui interdisait les armes à feu sur le territoire de la commune.
Près de 40 ans après son adoption, la loi est toujours en vigueur et toujours populaire, notamment parce que le taux de criminalité à Kennesaw est resté disproportionnellement bas. Selon les données du département de police de Kennesaw, il n’y a eu aucun meurtre en 2023.
En 2021, la vente d'armes à feu et de munitions a généré $ 70 520 000 000 et soutenu 375 819 emplois, avec notamment 52 799 boutiques dans tout le pays.
Dans les 48 830 décès dûs aux armes à feu en 2021 aux États-Unis, 15 290 victimes étaient afro-américaines, 5741 hispaniques, 576 asiatiques, 556 étaient métisses, 466 amérindiennes et 68 étaient natives du Pacifique.
| Origine Ethnique | Nombre de Décès |
|---|---|
| Afro-américains | 15 290 |
| Hispaniques | 5 741 |
| Asiatiques | 576 |
| Métisses | 556 |
| Amérindiennes | 466 |
| Natives du Pacifique | 68 |
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