En signant un contrat d'armement record avec l'Australie, la France a confirmé son statut de troisième exportateur mondial dans ce secteur.
Au lendemain de la signature du "contrat du siècle" scellant la vente de 12 sous-marins à l'Australie pour 34 milliards d'euros, Jean-Yves Le Drian pouvait se féliciter d'avoir été au cœur du plus gros contrat jamais conclu entre la France et un pays étranger. Selon le ministre de l'Économie, cette bonne nouvelle pourrait permettre la création de 3.000 à 4.000 emplois pérennes.
La France exporte ses armes depuis longtemps, qu'il s'agisse d'hélicoptères, d'avions de chasse Rafale ou de chars Leclerc, et de plus en plus depuis 2012. Alors que le montant des exportations s'est élevé à 4,8 milliards d'euros l'année de l'élection de François Hollande, elles ont atteint 16 milliards l'an dernier et ce chiffre a déjà plus que doublé pour 2016 avec l'annonce du contrat passé avec l'Australie mardi. Jean-Yves Le Drian n'a pas ménagé sa peine.
Spécialiste de la géopolitique, Bruno Tertrais évoque dans Libération "la qualité de l'offre" française en matière d'armement. La France se classe aujourd'hui troisième sur le podium des plus gros exportateurs d'armes, derrière les Etats-Unis et la Russie. La hausse depuis 2012 de ses ventes est aussi le fruit d'une conjoncture particulièrement bénéfique, entre un cours de l'euro bas et une géopolitique marquée par l'intensification des tensions au Moyen-Orient notamment. C'est déjà de cette région que provenait plus d'une commande sur trois entre 2010 et 2014.
En 2014, l'Arabie Saoudite est devenue le premier importateur mondial d'équipements militaires. Pas étonnant que le royaume wahhabite soit le premier client de la France sur la période 2010-2014. Mais Paris dispose d'autres partenaires dans la région, eux aussi peu connus pour leur respect des droits de l'Homme. En mai 2015, l'armée qatarie a passé commande de 24 avions de combat Rafale pour 6,3 milliards d'euros. En février 2015, après des années d'insuccès, Dassaut Aviation a signé des contrats export pour 24 Rafale avec Le Caire ainsi qu'une frégate multimissions pour un montant de 5,2 milliards d'euros.
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L'Inde a conclu en janvier 2016 un accord avec la France pour l'acquisition de 36 Rafale, mais les négociations sur ce contrat estimé à plus de 5 milliards d'euros achoppent sur le prix et le niveau de sophistication des appareils, ainsi que sur le montant des investissements sur le sol indien. Même chose pour un important contrat passé avec le Liban (2,2 milliards d'euros), aujourd'hui à l'arrêt en attente d'un don promis par l'Arabie Saoudite. En avril 2015, la Pologne s'est engagée pour l'achat de 50 hélicoptères multirôle européens Caracal d'Airbus, estimés à plus de 3 milliards d'euros. Outre les enjeux géopolitiques et le cours des monnaies, d'autres risques pèsent sur l'avenir de l'industrie française de l'armement : le cours du baril de pétrole notamment. Certains pays "risquent de devoir réduire leurs dépenses ou étaler leurs commandes", assure Bruno Tertrais.
L'Europe compte de nombreuses entreprises spécialisées dans la défense et les équipements militaires : BAE Systems, Airbus, Leonardo, Thalès, Rheinmetall, Dassault... 27 d'entre elles figurent parmi les 100 plus grandes entreprises productrices d'armes et de services militaires au monde, d'après le classement établi par l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI). En 6e position de ce classement largement dominé par des entreprises américaines (41 sur 100), BAE Systems fait figure de leader européen de l'industrie de défense. Avec près de 30 milliards de dollars de recettes liés à la défense en 2023, cette entreprise britannique est l'un des plus grands fournisseurs mondiaux de systèmes de défense et de sécurité. A la 12e place du classement, Airbus a enregistré 12,9 milliards de dollars de recettes liées à la défense en 2023 - ce qui constitue 18 % des recettes totales du groupe. Le groupe industriel italien Leonardo est lui considéré comme l'un des premiers constructeurs au monde d'hélicoptères civils. Il est aussi spécialisé dans l'électronique de défense et de sécurité, qui constitue près de la moitié de son chiffre d'affaires, en produisant des missiles, torpilles, radars et systèmes de communication. Avec cinq entreprises dans le top 100, l'industrie de défense française est plutôt bien représentée dans ce classement (sans compter Airbus, considérée comme paneuropéenne). On retrouve ainsi Thalès (16e), Naval Group (32e), figurant parmi les leaders mondiaux de la construction de navires militaires, Safran (33e), spécialisé dans la propulsion aéronautique et spatiale, Dassault Aviation (46e) et ses Mirages et Rafales, parmi les meilleurs avions de combats au monde, ainsi que le Commissariat à l'énergie atomique (50e). Parmi les 27 entreprises européennes de ce classement, on retrouve également 7 sociétés britanniques, 4 allemandes, 3 paneuropéennes et 2 italiennes.
| Entreprise | Pays | Recettes liées à la défense en 2023 (en milliards de dollars) | Part des recettes liées à la défense en 2023 | Position dans le top 100 du Sipri |
|---|---|---|---|---|
| BAE Systems | Royaume-Uni | 29,8 milliards $ | 98 % | 6 |
| Airbus | France 🇫🇷, Pays-Bas | 12,9 milliards $ | 18 % | 12 |
| Leonardo | Italie | 12,4 milliards $ | 75 % | 13 |
| Thales | France 🇫🇷 | 10,3 milliards $ | 52 % | 16 |
| Rolls Royce | Royaume-Uni | 6,3 milliards $ | 33 % | 22 |
| Rheinmetall | Allemagne | 5,5 milliards $ | 71 % | 26 |
| MBDA | Trans-européen | 4,8 milliards $ | 99 % | 30 |
| Naval Group | France 🇫🇷 | 4,6 milliards $ | 99 % | 32 |
| Safran | France 🇫🇷 | 4,5 milliards $ | 18 % | 33 |
| Saab | Suède | 4,4 milliards $ | 90 % | 35 |
| Babcock | Royaume-Uni | 4 milliards $ | 74 % | 38 |
| KNDS | Pays-Bas | 3,3 milliards $ | 95 % | 45 |
| Dassault Aviation | France 🇫🇷 | 3,2 milliards $ | 62 % | 46 |
| CEA | France 🇫🇷 | 3 milliards $ | 44 % | 50 |
| Fincantieri | Italie | 2,8 milliards $ | 34 % | 51 |
| Serco | Royaume-Uni | 2,3 milliards $ | 34 % | 57 |
| Atomic Weapons Establishment | Royaume-Uni | 2,2 milliards $ | 99 % | 59 |
| Ukrainian Defense Industry | Ukraine | 2,2 milliards $ | 100 % | 60 |
| PGZ | Pologne | 2 milliards $ | 90 % | 64 |
| ThyssenKrupp | Allemagne | 2 milliards $ | 5 % | 66 |
| QinetiQ | Royaume-Uni | 1,8 milliard $ | 78 % | 72 |
| Hensoldt | Allemagne | 1,8 milliard $ | 92 % | 73 |
| Kongsberg | Norvège | 1,5 milliard $ | 39 % | 78 |
| Diehl Group | Allemagne | 1,3 milliard $ | 32 % | 83 |
| Navantia | Espagne | 1,2 milliard $ | 77 % | 88 |
| Czechoslovak Group | Rép. | - | - | - |
Lors d’une visite à la Réunion, le président français François Hollande a confirmé que la France a livré des armes à « des rebelles syriens » pris « en tenaille » entre l’armée régulière et l’Etat islamique. Le chef de l’Etat a aussi affirmé que des armes françaises ont été acheminées jusqu’en Irak pour appuyer les forces kurdes qui combattent les djihadistes de l’Etat islamique, précisant que la France a été le premier pays à prendre cette initiative.
En 2012, les ventes d'armes de la France avaient rapporté 4,9 milliards d'euros. Depuis 2012, les ventes d’armes sont passées de 4,9 milliards à 7,5 milliards pour l’année 2014.
En 2015, la France a battu un record de ventes d'armement à l'exportation, totalisant 16 milliards d'euros, soit le double du chiffre réalisé l'année précédente. Voici quelques gros contrats d'armement conclus par la France dans les dix dernières années:
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L'INDE a conclu en janvier 2016 un accord avec la France pour l'acquisition de 36 Rafale, mais les négociations sur ce contrat estimé à plus de 5 milliards d'euros achoppent sur le prix et le niveau de sophistication des appareils, ainsi que sur le montant des investissements sur le sol indien.
Avec un chiffre d’affaires annuel de 15 milliards d’euros, l’industrie d’armement représente plus de 200 000 emplois en France, selon les statistiques du ministère de la Défense. Entre 2013 et 2017, les ventes d’armes dans le monde ont augmenté de 10 %, selon le Sipri. Les exportations françaises, elles, ont crû de 27 %. Depuis 2012, les ventes d'armes sont multipliées par deux, environ, chaque année. Jean-Yves Le Drian prédit que l'industrie de l'armement, avec ses 165 000 salariés, devrait créer 40 000 emplois d'ici à 2018. En début d'année, il rappelait que 1 € investi dans la défense représente une retombée de 2 voire 3 € dans le civil. L’armement a généré un solde commercial positif de 6,6 milliards d’euros en 2016. L’impact social est estimé à 34.000 emplois directs et 40.400 indirects, soit 74.400 emplois en tout. "A chaque million exporté de matériel de guerre correspondent environ 9 emplois directs et indirects", résume l’Observatoire économique de la défense.
Depuis le début de son quinquennat, les commandes à l’exportation sont passées de 4,8 milliards d’euros en 2012 à 8,2 milliards en 2014. Elles dépassent même les 12 milliards sur les premiers mois de 2015. A ce rythme, si elle franchit la barre des 18 milliards d’euros, la France, habituellement quatrième exportateur d’armements derrière la Chine, pourrait ravir la deuxième place à la Russie.
Avec une panoplie de guerre complète, sur terre, dans les airs, dans l'espace -- avec les satellites espions --, sur et sous l'eau, mais aussi de haute technologie, et surtout éprouvée sur le terrain, comme au Mali et en Libye, les matériels français séduisent de nombreuses armées du monde.
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