Des manifestants gravement blessés par les forces de l'ordre, dont la plupart lors du mouvement des "gilets jaunes", se sont constitués en collectif pour dénoncer le traitement dont ils ont fait l'objet.
Ils appellent par ailleurs à une grande manifestation nationale à Paris le 26 mai.
"On a décidé de constituer un collectif, 'Les mutilés pour l'exemple', en référence aux fusillés pour l'exemple", a déclaré lors d'une conférence de presse Robin Pagès, handicapé depuis sa grave blessure au pied en 2017 à Bure (Meuse), où est prévu un site d'enfouissement de déchets nucléaires.
Dix-neuf personnes, toutes blessées par des tirs de lanceur de balles de défense (LBD) ou de grenades, ont présenté ce collectif qui souhaite entre autres choses faire interdire "l'utilisation de ces armes de guerre".
"Vous avez 19 personnes devant vous et vous n'avez que 26 yeux qui vous regardent. Faites le compte, il y a un petit problème", a asséné Jérôme Rodrigues, gilet jaune éborgné lors d'une manifestation fin janvier à Paris.
Lire aussi: Pistolets et Gilets Laser Game
Chacune des personnes présentes a raconté cette "vie qui a basculé" ou l'impossibilité "de pouvoir se regarder dans une glace".
"La nuit, c'est des insomnies, des cauchemars. C'est l'horreur au quotidien pour essayer de se démerder comme on peut avec une main. Les choses vous demandent beaucoup de temps et il y a un impact psychologique sur votre entourage et vos proches", a expliqué Patrice Philippe, ex-chauffeur routier de 50 ans blessé à l'oeil par un tir de LBD le 8 décembre 2018.
"De nombreuses personnes ici présentes ont des plaques en titane et des vis dans le visage", a ajouté Robin Pagès.
Le collectif de 38 membres écrit : "L'enfer de nos vies est tel que nous réclamons urgemment justice et la fin de l'utilisation des armes sublétales"
Tous ont de lourdes séquelles physiques mais aussi psychologiques.
Lire aussi: Flashball et Gilets Jaunes
Pour Antoine, c'était à Bordeaux, il a ramassé une grenade qui lui a arraché la main.
"Moi je demande une interdiction de ses armes et qu'on reconnaisse la responsabilité de l'État et de la chaîne de commandement. Beaucoup ont peur de manifester, cette violence est un moyen de dissuasion."
"On réclame la vérité, la justice et l'interdiction des armes dites sublétales", a souligné Robin Pagès.
Selon lui, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner "ment" quand il parle de "seulement dix personnes touchées à la tête par des tirs de LBD".
Plusieurs associations militent pour l'interdiction de cette arme lors des manifestations.
Lire aussi: Policiers armés : un tournant dans les manifestations ?
Jérôme Rodrigues sera lui aussi présent, blessé place de la Bastille, il reviendra manifester là où il a perdu un œil.
Il a saisi avec son avocat un juge d'instruction sans attendre la décision du procureur de la République de Paris et espère que pour tous les enquêtes se traduiront par des poursuites des policiers et gendarmes.
Au rond-point de Chevigny-Saint-Sauveur, les "Gilets Jaunes" affichent leur soutien à l'un des leurs, blessé par un tir de Flash-Ball lors de la dernière manifestation.
Cet homme, Éric, 53 ans a une incapacité temporaire de travail (ITT) de sept jours.
À Dijon, un gilet jaune porte plainte contre les forces de l'ordre.
Ce mardi, il a déposé une plainte contre X au commissariat de police de la place Suquet. Une plainte pour "violence par personne dépositaire de l'autorité publique" transmise au procureur de la République.
Son Incapacité temporaire de travail (ITT) a été estimée à sept jours par le médecin légiste qui l'a examiné.
"Nous sommes partis de la place de la République, on chantait, tout se passait bien et tout d'un coup on s'est fait gazer deux, trois fois sans raison. On s'est donc dispersé avec tout le chahut qu'il y a eu. Il m'a regardé, je l'ai regardé. Et tout à coup il m'a tiré dessus. Je suis le seul à avoir reçu un coup de flashball" déplore Éric.
Cet homme qui se décrit comme quelqu'un de "non-violent", "pacifique" a peut-être une explication. "Pendant qu'ils lançaient la lacrymogène, des personnes ont donné des coups de pieds dans l'un des projectiles mais c'est tout. Il n'y a pas eu de menaces, il n'y a rien eu" assure t-il.
"Quand j'ai reçu le flashball dans les parties génitales, je me suis retrouvé à terre, c'est une douleur horrible, les pompiers m'ont emmené au CHU de Dijon où j'ai attendu plus de quatre heures. J'ai porté plainte parce que je pense qu'il faudrait enlever les armes qu'il porte à ce fonctionnaire."
Parce qu'Éric en est persuadé, ce tir n'est pas une erreur, il était intentionnel. "Il a bien pris son temps. Il s'est accroupi, il m'a visé, il m'a tiré dessus alors qu'on était bien, qu'il n'y avait aucune violence. Je me demande ce qui lui a pris. Je veux que cette personne soit condamnée et je souhaite qu'elle me fasse des excuses aussi".
Au lendemain de l’acte 13 des « gilets jaunes », au cours duquel un manifestant a eu la main arrachée par une grenade de désencerclement à Paris, le député de La France Insoumise Alexis Corbière a jugé « intolérable » une « mutilation à vie ».
Interrogé samedi par france info, le député de Seine-Saint-Denis a demandé la démission de Christophe Castaner qu’il juge « indigne de la fonction de ministre de l’Intérieur ».
« La violence vient parfois des gens qui manifestent, c’est une évidence, je la condamne », indique dans un premier temps l’élu.
Toutefois, il dénonce « le matériel utilisé par les forces de l’ordre » et rappelle avoir « déposé un projet de loi pour arrêter (l') utilisation du LBD, le Flash-Ball qui éborgne souvent et des grenades dites GLI-F4, des "grenades de désencerclement" ».
« Quel que soit ce qu’a fait ce manifestant, même s’il a fait des choses condamnables, une mutilation à vie ne me semble pas tolérable », lance Alexis Corbière.
Et le député de Seine-Saint-Denis de condamner l’action de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, qui « continue à fermer les yeux » et « est indigne de la fonction de ministre de l’Intérieur ».
« Un ministre de l’Intérieur doit défendre l’intérêt général. Je ne comprends pas cette obstination de la part du gouvernement », indique Alexis Corbière, qui appelle de nouveau à la démission du locataire de la place Beauvau.
« Je pense qu’il doit démissionner parce que le bilan est très mauvais. L’ordre n’est pas garanti, les manifestations se passent avec des troubles, il y a des provocateurs qui viennent dans les manifestations et ceux qui sont blessés sont généralement des gens innocents. Quel terrible bilan !
D’après le collectif, 22 personnes ont perdu un œil et cinq ont été amputées d’une main depuis le début du mouvement des « gilets jaunes ».
Début mars, l’intérieur comptabilisait 13 095 tirs de LBD depuis le premier acte de ce mouvement social inédit et 83 enquêtes pour des tirs potentiellement problématiques.
Début mars, les inspections générales de la police (IGPN) et de la gendarmerie (IGGN) ont été saisies de 209 enquêtes portant sur des soupçons de violences policières lors de manifestations des « gilets jaunes », dont 199 pour la seule police des polices.
| Type de Blessure | Nombre de Cas |
|---|---|
| Perte d'un oeil | 22 |
| Amputation d'une main | 5 |
| Tirs de LBD comptabilisés | 13 095 |
| Enquêtes pour tirs problématiques | 83 |
tags: #gilets #jaunes #acte #13 #flashball #blessés