Le fusil Chassepot modèle 1876, plus communément appelé "Gras", est une arme emblématique de l'histoire militaire française. Contemporain des revolvers modèles 1873 et 1874, il marque une étape importante dans l'évolution des fusils réglementaires. Cet article explore l'histoire et les caractéristiques de ce fusil et de ses variantes.
Après la guerre de 1870-1871, la réorganisation de l'Artillerie française est entreprise et peut être considérée comme accomplie en 1880. La tâche noire, Albert Bettannier. Le réarmement de l’armée devient donc un sujet d’importance. Une commission fut chargée d’évaluer le meilleur système de conversion, c’est au final celui proposé par le capitaine Basile Gras (polytechnicien) en 1873 qui fut adopté en 1874.
Le fusil Chassepot (et ses dérivés supra) est le 1er fusil français à chargement par la culasse, il tire une munition dont l'amorce, la poudre et la balle sont enveloppés dans du papier. L’arme reste au calibre 11 mm.
Le modèle 1874 est une évolution du fusil modèle 1866 Chassepot. Les anciens Chassepots mle 1866 seront modifiés et deviendront des fusils, mousquetons ou carabines Gras modèle 1866-74 (1 700 000 exemplaires), les armes longues construites neuves (2 250 000) porteront la référence 1874 (fusils, carabines ou mousquetons Gras modèle 1874).
Les armes du type 1866-74 (Chassepot transformé Gras) seront soit modifiées au niveau de la chambre pour recevoir la nouvelle cartouche métallique (alésage puis insertion à force d’un cône de raccordement aux rayures), soit équipées d’un nouveau canon. La date de la modification est rajoutée sur le côté droit du canon à la suite de la date d’origine ou figure seule dans le cas du canon changé.
Lire aussi: Recommandations concernant les fusils turcs
Les armes du système Gras, tout comme les revolvers modèles 1873 et 1874, utilisent une cartouche de calibre 11mm, dans un soucis d'harmonisation des calibres des armes portatives légères réglementaires. La cartouche 1874 est une munition d’un diamètre de 11.25 mm calepinée (papier fin enroulé autour de balle pour éviter le plombage), la balle en plomb pur pèse 25 g elle est propulsée par 5.25 g de poudre noire. Entre les deux se trouve une rondelle de feutre gras.
La planche mobile comporte des crans de mire fixes pour les distances de 200, 350 et 1.300 mètres. Le curseur, quand à lui, porte le cran de mire mobile servant pour les distances de 400 à 1.200 mètres, et la rallonge (qui porte le cran de mire mobile) pour les distances de 1.400 à 1.800 mètres.
Au niveau de la finition, toutes les armes du système 1874 (Gras) reçoivent un bronzage noir sur le canon et la boîte de culasse. Embouchoir et grenadière de fusil modèle 1874 dans leur finition d'origine, noircie au feu. Le fusil mle 1874 est équipé d’une nouvelle baïonnette droite: l'épée-baïonnette modèle 1874. La lame est en forme de "T", et la poignée est en bois et laiton.
Trois autres types de marquages apparaissent régulièrement sur le dos des lames d'épées-baïonettes modèle 1874. Tout d'abord "Usine de Steyr " suivi de la date, qui correspond à une commande de plus de 200 000 baïonnettes à l’usine de Steyr en Autriche (contrat avec le Ministère de la Marine et des Colonies), en 1878 et 1879. Ensuite, on trouve les marquages "Paris Oudry" ou "L.Deny", suivi d'une date (année de fabrication). Il est également à noter que la baïonnette destinée au fusil modèle 1878 de marine Kropatschek ressemble fortement au modèle 1874 Gras. Lame et fourreau sont similaires, c'est principalement le profil du dos de la poignée (droit, sans le décrochement de la Gras), et la largeur de bague qui est plus grande. Enfin, le dos des lames des baïonnettes modèle 1878 pour fusil Kropatschek est marqué "Mre de Steyr Mr de Werndl" (pour la manufacture de Steyr, en Autriche), suivi de l'année de fabrication (pas de mois).
Plusieurs variantes du fusil Gras ont été développées pour répondre à des besoins spécifiques :
Lire aussi: Fusil Darne Calibre 12 : Détails Techniques
Les hausses sont adaptées à la balistique de chaque modèle.
Bien que n'ayant pas connu de conflit majeur, les armes modèle 1874 du système Gras firent régulièrement le coup de feu dans les colonnies françaises, par nos militaires. Les armes du système Gras ne constitueront pas l’armement principal des armées lors de conflits majeurs, le Lebel 1886 et les Berthiers l’auront remplacé lors de la grande guerre bien qu’il équipa encore les troupes de l’arrière (territoriaux) qui, dans certains cas eurent à combattre.
La Grèce (commande spécifique à Steyr) et l’Ethiopie (armes réglementaires Françaises) l’utiliseront au combat, de même que la Russie qui en recevra un grand nombre au début de la Grande Guerre pour pallier les énormes pertes de son armée. Le Chili en utilise aussi (armes fabriquées à Steyr) lors de la Guerre du Pacifique (1879 - 1884), l'opposant au Pérou et à la Bolivie. Une commande de 20 000 armes (avec leurs baïonnettes) aurait été faite à l'usine de Steyr (Toutefois, Il se pourrait, en réalité, qu'il s'agisse d'armes rachetées à la Grèce, et non commandées neuves à Steyr). Ces fusils sont fabriqués par Osterreichische Waffenfabriks Gesellshaft (OEWG), à Steyr (Autriche-Hongrie). La commande de fusils modèles 1874 du contrat Grec porte sur 57 000 fusils et 6 000 carabines. Cartouche de 11mm pour le fusil Gras Grec, fabriquée par Georges Roth à Vienne (Autriche). En effet, en août 1914, il existe dans les dépôts et unités 1.260.000 fusils d'infanterie modèle 1874 gras. En décembre 1915, le Ministère de la Guerre est obligé d'informer les autorités gouvernementales sur la situation réelle du stock des fusils modèle 1874 qui est pratiquement épuisé.
Le fusil Gras a également connu des adaptations pour un usage civil et éducatif :
Les bataillons scolaires sont institués en France, par le décret du 6 juillet 1882. Mais ce décret ne fait que valider une pratique qui se répand de plus en plus dans le pays depuis la fin de la guerre de 1870. De nombreuses communes ont déjà développé la pratique de la gymnastique et des exercices militaires dans leurs établissements d'instruction publique primaire ou secondaire.
Lire aussi: Calibre 16: Le Fusil Nemrod
La défaite cinglante de la France en 1871 et la perte de l'Alsace et de la Lorraine ont engendré un vif sentiment de revanche. Le pays est exsangue et l'armée humiliée à beaucoup perdue de sa crédibilité. Mais aux initiatives du gouvernement pour restaurer le potentiel militaire du pays, s'ajoutent de nombreuses initiatives privées dont le seul but est de ranimer la flamme des bataillons de l'espérance, qui ont vu le jour sous la Révolution française. L'espoir de la revanche appartient aux enfants, et les adultes ont désormais le devoir de préparer la jeunesse au prochain conflit qui rendra son honneur à la France.
La loi de 1882, qui comprend de nombreux articles, prévoit une préparation dès l'école primaire afin d'incorporer les enfants dès l'âge de douze ans au sein des bataillons scolaires. Ces bataillons sont organisés de façon militaire. Aucun modèle particulier n'est décrit dans les différents textes qui régissent l'organisation des bataillons. Mais à l'instar de la ville de Paris, dans la majorité des cas l'uniforme adopté par les bataillons scolaires des grandes villes est constitué d'une veste de drap bleu, d'un pantalon gris fer et d'un béret de marin, marqué du nom de la ville.
L'armement est beaucoup mieux décrit, il évolue suivant l'âge de l'enfant, allant du simple fusil de bois, tout juste bon au maniement d'arme, au fusil de cadet, tirant une cartouche réduite du fusil réglementaire Mle 1874, en passant par divers modèles d'armes de manœuvre ou de tir réduit. Les instituteurs assurent l'instruction. Ils sont souvent assistés dans cette tâche par d'anciens militaires de carrière et aidés par la lecture de nombreux ouvrages de théorie qui apparaissent au début des années 1880.
De nos jours ce magnifique fusil se rencontre quelquefois dans nos stands de tir, c’est tout de même assez rare car la munition n’étant plus fabriquée depuis longtemps, seuls les tireurs disposant des compétences nécessaires pour recharger les cartouches pourront l’employer. Pour confectionner les munitions, il faut tout d’abord trouver des étuis. Certains fabricants en proposent, comme Bertram ou Horneber (à commander en Allemagne), voire H&C (car ils sont fragiles), on peut aussi reformer des étuis en 348 Winchester ou en 10.3x60R qui est un calibre encore employé à la chasse en Suisse. Restera à définir quelle poudre employer et quelle charge. En poudre noire, une charge d’environ 3 g, complétée par de la semoule pour ne pas laisser de vide dans l’étui, suffira pour propulser la balle avec suffisamment de précision. Pour ceux qui préfèrent les poudres modernes, la Vectan AO convient très bien avec une charge de 0.8 à 1 g.
En terme de législation, les différentes armes du système Gras (armes non "modifiées chasse") sont aujourd'hui classées en catégorie D§e ("Armes historiques et de collection dont le modèle date d'avant janvier 1900, sauf celles classées dans une autre catégorie en raison de leur dangerosité"), et peuvent donc être détenus par toute personne de plus de 18 ans.
| Modèle | Calibre | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Fusil Gras Modèle 1874 | 11mm Gras | Fusil d'infanterie standard |
| Carabine de cavalerie Modèle 1874 | 11mm Gras | Garnitures en laiton, plus courte que le fusil |
| Mousqueton d'artillerie Modèle 1874 | 11mm Gras | Version courte pour l'artillerie |
| Fusil Gras Scolaire | Cartouche réduite | Pour l'entraînement des jeunes |
tags: #fusil #chassepot #modele #1876 #histoire #et