Qui n’a pas sorti de terre, provenant d’un sous-bois, ou des sillons de quelque champ, une balle de Chassepot, tirée par ce fameux fusil français datant de la fin du 19ème siècle ! Le fusil Chassepot modèle 1866 incarne le génie industriel du Second Empire. Premier fusil moderne de l'armée française, il représente une étape cruciale dans l'histoire de l'armement français. Son adoption marque une transition significative vers les armes à chargement par la culasse, influençant profondément l'équipement de l'infanterie française entre 1866 et 1890. Ce fusil militaire français Chassepot à aiguille et chargement par la culasse fut mis au point par Antoine-Alphonse Chassepot de Châtellerault. Ce fusil apparait dans un contexte d’innovation et d’industrialisation croissante.
Dans les années 1860, le paysage militaire européen était en pleine mutation. De 1861 à 1865, la Guerre de Sécession américaine et les conflits entre la Prusse et le Danemark avaient mis en évidence la supériorité des armes à chargement par la culasse. Ces systèmes permettaient aux soldats de recharger plus rapidement, même en position couchée, augmentant ainsi considérablement la cadence de tir.
Dès 1840, la Prusse s’est équipée d’un fusil à aiguille se chargeant par la culasse, le fusil Dreyse. Face à la menace grandissante d'une guerre franco-prussienne, le Ministre de la Guerre français prit la décision de doter l'infanterie d'une arme équivalente, utilisant une cartouche à amorce. Suite à cette bataille, les études pour équiper l’armée française d’un fusil moderne vont s’accélérer et donnent naissance à un nouveau fusil : le fusil Chassepot ou fusil d’infanterie modèle 1866.
Antoine-Alphonse Chassepot, né d'un père réviseur d'armes, a joué un rôle déterminant dans cette modernisation. Après un apprentissage dans les manufactures d'armes de Mutzig et de Klingenthal, puis un poste de contrôleur d'armes à Saint-Étienne et à l'état-major de l'artillerie de Paris, il consacra ses efforts à l'amélioration du fusil à aiguille.
Entre 1857 et 1863, Chassepot conçut trois modèles de fusils de plus en plus perfectionnés. En 1866, il présenta un quatrième modèle, jugé supérieur au fusil prussien Dreyse et aux autres propositions françaises.
Lire aussi: Recommandations concernant les fusils turcs
Le camp de Châlons, créé par Napoléon III, joua un rôle essentiel dans l'adoption du fusil Chassepot. Ce camp, conçu pour former les états-majors et tester de nouvelles tactiques, permit d'évaluer les performances du fusil Chassepot dans des conditions réelles.
Les essais réalisés au camp de Châlons en 1866 furent déterminants pour la sélection du fusil Chassepot. Une commande de 500 fusils fut passée à la Manufacture de Châtellerault pour une évaluation concurrentielle avec les fusils Favé et Plumerel. C'est à l'issue de ces tests que le fusil Chassepot fut officiellement adopté le 30 août 1866 sous l'appellation de "fusil d'infanterie Mle 1866".
Le fusil Chassepot modèle 1866 représentait une avancée technologique significative pour l'époque. Voici ses principales caractéristiques :
Il permet de tirer des balles en plomb capables d’atteindre une cible à 1 000 mètres, avec une portée maximum de 1 600 mètres, et ce à une cadence de tir de 7 à 14 coups par minute ; portée et cadence de tir devenant ainsi deux fois supérieures à celles de son homologue allemand, le Dreyse. Le développement des machines-outils permet de généraliser la production de canons rayés plus précis. Afin de réaliser l'obturation et empêcher les gaz de s'échapper vers l'arrière la tête de culasse comporte un joint en caoutchouc vulcanisé, une première en cette période d'innovation technologique.
Le fusil Chassepot utilisait une cartouche à étui en carton enveloppé de gaze vernie, une solution économique en raison des limitations budgétaires. Il était équipé d'un canon rayé de quatre rayures et d'une culasse mobile à verrou avec levier d'armement droit. Une innovation majeure du fusil Chassepot était son système d'obturation à l'aide d'un joint en caoutchouc vulcanisé placé sur la tête de culasse. Ce joint permettait d'empêcher les gaz de s'échapper vers l'arrière, améliorant ainsi la sécurité et la précision du tir.
Lire aussi: Fusil Darne Calibre 12 : Détails Techniques
Tous ces éléments présentent le fusil Chassepot comme un fusil fiable, avec une portée utile de 300 à 350 mètres, bien que l’utilisation de la poudre noire et de la cartouche en papier facilite un encrassement rapide.
Doté d’une cartouche en papier, le Chassepot est un « fusil à aiguille ». La culasse mobile dite « à verrou » voit son avant s’emboîter dans l’arrière de la boîte de culasse, l’absence d’un obturateur assurant l’étanchéité fait que des crachements de gaz vers l’arrière, sont inévitables. Le génie de Chassepot consiste à remédier à cet inconvénient de la manière la plus simple qui soit : une rondelle de caoutchouc placée en tête de la culasse mobile s’écrase sur le pourtour de la boîte de culasse quand la tête de culasse recule sous la pression des gaz au départ du coup.
La culasse comporte une position de sûreté ; après chargement, il suffit de remonter le levier de manœuvre à 45°, puis de raccompagner la partie arrière vers l’avant tout en pressant la détente, l’arme chargée est alors dans l’incapacité de faire feu.
La cartouche modèle 1866 se compose essentiellement d’une balle de plomb de 25 grammes, d’une charge de 5,5 grammes de poudre noire et d’une amorce au fulminate. Un étui à poudre, en papier recouvert de gaze de soie, porte l’amorce à sa base. Une rondelle en carton ferme l’étui à la partie supérieure ; la balle maintenue dans sur un cône en papier roulé et collé, est placée sur l’étui de façon à ce qu’elle repose sur la rondelle. La munition ainsi réalisée était, bien entendu, très fragile. Afin de pallier à cela, les cartouches étaient soigneusement empaquetées par 9 dans de petites boites en carton.
Après son adoption, la fabrication du fusil Chassepot fut lancée en série. La Manufacture de Mutzig produisit 180 000 fusils entre 1866 et 1869. Devant les énormes besoins en armes de cette époque l'industrie privée sera également mise à contribution. La firme Cahen Lyon et Cie, détentrice du brevet, ne pouvant assurer seule et dans les temps la fourniture de milliers d'armes commandées par l'Etat, fera appel à de nombreux sous-traitants dans toute l'Europe.
Lire aussi: Calibre 16: Le Fusil Nemrod
La première unité à être équipée du fusil Chassepot fut le bataillon des Chasseurs à pied de la Garde en septembre 1866.
Le fusil Chassepot fit ses premières preuves au combat lors de la bataille de Mentana en Italie, le 3 novembre 1867. Les troupes françaises, envoyées par Napoléon III pour défendre le Pape contre les Garibaldiens, utilisèrent le fusil Chassepot avec succès. Selon le général de Failly, le fusil Chassepot "a fait merveille" lors de cette bataille.
Cette victoire eut un impact significatif en Europe, démontrant la supériorité des fusils à chargement par la culasse sur les fusils à chargement par la bouche.
Le fusil Chassepot présentait plusieurs avantages par rapport aux fusils antérieurs :
Cependant, le fusil Chassepot avait également des inconvénients :
Malgré ses avantages, le fusil Chassepot ne permit pas à la France de remporter la guerre de 1870-1871 contre la Prusse. Plusieurs facteurs expliquent cette défaite :
Après la guerre de 1870-1871, le fusil Chassepot fut progressivement remplacé par des modèles plus modernes. L’équipement de l’infanterie française subit de profondes modifications entre 1866 et 1890. La Troisième République poursuivit la modernisation de l'armement avec le fusil Gras en 1874, le Kropatschek en 1884, le fusil Châtellerault en 1885, puis le Lebel de 1886 à 1893.
Le fusil Gras, en particulier, représentait une amélioration significative par rapport au Chassepot, grâce à l'utilisation d'une cartouche métallique plus fiable et à un système de culasse amélioré. Le Chassepot finira ses jours en arme de surplus vendues par St-Etienne.
L’équipement de l’infanterie française subit de profondes modifications entre 1866 et 1890. Le fusil Chassepot, modèle 1866, vient révolutionner l’armement et s’impose comme une arme de premier plan, dès 1867, à la bataille de Mentana. Fusils réglementaires français à cartouche : 1 - Le CHASSEPOT Dès 1814, avec le Sieur PAULY, il y eu en France des travaux portant sur des armes d’épaule à chargement par la culasse. L’Empereur Napoléon III décide que la comédie a assez durée, et qu’il faut que l’armée française se modernise sans plus de délai. La toute dernière version du fusil mis au point par CHASSEPOT convainc enfin les responsables du « Comité de l’Artillerie ».
Dès mars1867, toute la Garde Impériale est équipée du nouveau fusil. L’Empereur ordonne que 400 000 armes soient livrées aux troupes avant le 1er Janvier 1868 ! Cette arme est arrivée à tirer jusque 40 coups en 4 minutes aux essais ! Elle peut tirer jusque 1000 mètres, et plus. Sa munition de 11mm se révèle très précise. Elle a une vitesse initiale de 436 m/seconde. L’arme fait 1,30 m de longueur totale, et presque 1,88 m avec sa baïonnette, dans sa version « standard ». La hausse est graduée jusque 1200m. Elle est déclinée en plusieurs versions, de longueurs différentes, comme c’est l’usage dans l’armée française, en fonction des différentes « armes » qu’elle doit équiper : cavalerie, gendarmerie à cheval, à pied, dragons, infanterie, artillerie, etc… Son efficacité par rapport aux armes équivalentes de l’époque (dont le DREYSE) est due entre autre à son système d’étanchéité de la culasse, obtenu par l’adjonction d’une « rondelle » de caoutchouc vulcanisé.
En 1865, alors que la commission permanente de Versailles avait choisi un fusil se chargeant par la bouche pour remplacer le fusil réglementaire, l’empereur Napoléon III émet le souhait de l’adoption d’un fusil se chargeant par la culasse. En effet, les récentes victoires de la Prusse obligent à un choix plus moderne. Sous l’influence Suisse, la tendance de l’époque tend à la diminution du calibre.
Finalement, la commission est chargée de se prononcer sur trois armes : le fusil Chassepot, le fusil Chassepot modifié par Mr Plumerel et un fusil se chargeant par la bouche. Le créateur du fusil mle 1866 est l’auteur de trois brevets : l’obturateur en caoutchouc, le mécanisme à verrou dérivé du Dreysse prussien, la cartouche. En juin 1866, 400 fusils sont réceptionnés.
Les crachements vers le visage du tireur (synonyme de manque d’étanchéité) sont les raisons du retard d’adoption et de propagation des armes à chargement par la culasse. Mr Chassepot se sert d’un matériaux récent pour l’époque : une rondelle en caoutchouc pour réaliser cette étanchéité qui au passage réduit le recul de l’arme. La pièce se détériore de diverses manières. Elle se craquelle, elle fond et obture le canal de l’aiguille, elle perd son élasticité. Les crachements augmentent de manière croissante lorsqu’en fondant elle perd de son diamètre. Le soldat dispose dans sa giberne d’une pièce en remplacement. L’emploi de cette matière est un choix audacieux. A ce jour, très peu d’arme ont utilisé le caoutchouc pour cette fonction.
Il semblerait que des munitions de mauvaise qualité aient été livrées par des ateliers civils lors du conflit de 1870-1871. Suite à la modification des usages militaires et l’allongement de la portée des armes la consommation en munition explose. En 1873, une lois militaire programme 1 200 000 hommes sous les drapeaux. Peut on dire pour autant que 100 cartouches à l’année suffisent pour éduquer et entretenir les connaissances d’un tireur, d’un soldat ?
Pressée par les victoires Allemandes, dont celle du 03 juillet 1866 à Sadowa, la France décide à la hâte d’équiper son armée. Elle choisie une arme moderne pour l’époque : le fusil mle 1866 Chassepot. Elle en profite pour créer de nouvelles manufactures. Le choix fait par la France est audacieux. Les ingénieurs modernes n’ont pas clairement résolu et donc pas ou peu commercialisé ce type d’arme. En effet, l’utilisation des étuis combustibles est amenée à se heurter à des problématiques difficiles à résoudre aujourd’hui encore. Notamment l’encrassement de la chambre et l’étanchéité.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Calibre | 11 mm |
| Poids | 4,1 kg |
| Portée Utile | 300-350 mètres |
| Portée Maximum | 1600 mètres |
| Cadence de Tir | 7-14 coups/minute |
| Vitesse Initiale | 436 m/seconde |
| Longueur Totale | 1,30 m |
tags: #fusil #chassepot #histoire #et #fonctionnement