L'histoire des fusils et baïonnettes fabriqués à l'armurerie de Châtellerault est riche en évolutions et en adaptations aux contextes militaires et industriels de leur époque. Cet article explore certains de ces aspects, en mettant en lumière des modèles spécifiques et les transformations qu'ils ont subies.
Le fusil français modèle 1822, initialement fabriqué avec une platine à silex sous Louis-Philippe, a été modifié en 1841 pour adopter une percussion durant le même règne. Plus tard, en 1860, sous Napoléon III, son canon a été rayé, améliorant ainsi sa précision et sa portée.
Soucieux de modernité, le Second Empire décide, en 1862, de remplacer la production artisanale des armes militaires individuelles par la fabrication mécanique, grâce à l’emploi systématique des machines-outils, qui garantit l’interchangeabilité des pièces. De 1863 à 1868 est construite à cet effet, à Saint-Etienne, une usine ultramoderne, tandis que les autres manufactures (notamment Châtellerault) sont partiellement modernisées. Parallèlement, les expériences destinées à choisir un nouveau fusil pour l’armée française aboutissent à retenir le Chassepot modèle 1866.
La construction de ce dernier par voie mécanique débute aussitôt et ne cesse de croître jusqu’en 1870, concrétisant le franchissement d’un seuil technologique dans l’armurerie militaire nationale.
De même conception que celle de l’An IV, mais plus longue, ce type de baïonnette a été fourni à de nombreux pays européens et a servi de modèle à beaucoup d’autres. La douille à triple fente et virole médiane est reliée à la lame par un long coude de section ronde sujet à la rupture lors des combats à la baïonnette encore assez courants à l’époque.
Lire aussi: Recommandations concernant les fusils turcs
Le modèle 1847 est une amélioration du M-1822 qui l’a précédé, le M-1822 de conception antérieure était pourvu d’un long coude de section ronde qui était sujet à la rupture lors des combats à la baïonnette encore assez courants à l’époque. Comme le M-1822, le M-1847 a été fabriqué par divers pays étrangers. La douille à triple fente et virole médiane est reliée à la lame par un court coude de section ovale.
Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en 1939 en Europe, un inventaire démontre qu’il y avait 581 000 baïonnettes M-1905 en état de service, ce nombre n’incluait pas celles des troupes en activité.
Les baïonnettes de (type I) produites à environ 950 000 exemplaires avant 1917, avaient les parties métalliques de la poignée bleuies et la lame polie brillant. En 1917, il a été reconnu que la lame polie brillant beaucoup trop visible ne convenait pas au combat, elles ont donc systématiquement été bleuies jusqu’à la fin de la guerre, la même année son polissage en arsenal inutile a été abandonné. A la fin de 1918, les arsenaux RIA et SA ont commencé à utiliser le procédé Rust-Proof de Parker (communément appelé Parkerizing), et ce fini gris-noir terne a été utilisé jusqu’à la fin de la production en 1922.
Les baïonnettes de (type III) produites de 1918 à 1922 étaient identiques aux deux premiers types, mais étaient de finition entièrement phosphatée au lieu d’être bleuie.
A la mi-1943, une nouvelle baïonnette nommée M1 fut commandée avec une lame courte de 10 pouces (254 mm). Elle était de conception identique au M-1905-42, à l’exception de la lame de 10 pouces. La lame avant raccourcissement comportait une gouttière de forme carrée. Cette méthode de coupe en pointe de lance est la plus courante, le profil de l’extrémité est du même type que les lames M1 nouvellement fabriquée. Cette méthode de coupe avec extrémité en diagonale est un peu moins courante, elle évite tout simplement de mettre en avant le point faible de la lame dû à son amincissement assez prononcé. Pour information l’épaisseur de la gouttière carrée est d’environ 2,4 mm, celle de la gouttière ronde 3,4 mm.
Lire aussi: Fusil Darne Calibre 12 : Détails Techniques
Après avoir épuisé les stocks restants de baïonnettes M-1917 de la Première Guerre mondiale, les États-Unis ont passé des commandes pour l’achat de nouvelles baïonnettes neuves M-1917, émises pour les fusils à pompe «de tranchée». La lame de finition phosphatée avec un profil légèrement plus affiné à son extrémité que le M-1917 de première génération, est dépourvue de tous marquages.
Le fourreau nommé M-1917, utilisé pour ce modèle a été fabriqué par Beckwith Manufacturing Co’s.Division Victory Plastics. Le corps est conçu de bandes de toile de coutil imprégnées de résine phénolique, qui seront formées dans une presse à haute pression. Une chape en tôle d’acier phosphatée, avec un double crochet pour le maintien au ceinturon est fixée sur le corps par sertissage sur les côtés. Cette rare baïonnette est indispensable pour tous collectionneurs de matériel US.
Pendant cette période, deux variantes de baïonnettes ont été utilisées de manière interchangeable, le M-1863 et 1869-71, qui sont difficiles à distinguer sans avoir des exemples en mains permettant de les comparer. Les baïonnettes étaient toujours livrées à l’arsenal sans numéro, après l’attribution à un fusil, le matricule de l’arme était frappé sur la croisière et le tout livré à l’armée. La douille à triple fente et virole médiane, elle est reliée à la lame par un court coude de section ovale.
Lors de la fabrication de la baïonnette, la douille et la lame sont fabriquées indépendamment et ensuite soudées ensemble. Sa finition est généralement bronzées comme le reste des autres parties métalliques de la baïonnette.
La baïonnette P-1903 était critiquée par ses utilisateurs à cause de la portée de la lame jugée trop courte (300 mm). Adopté en 1907, le nouveau fusil Lee-Enfield (N° 1 MK. Lorsqu’elle était combinée avec le fusil Lee-Enfield Mark 1, l’ensemble mesurait 1,45 m. En 1906-1907, l’armée Britannique mena des essais pour trouver une nouvelle baïonnette standard plus longue. Plusieurs modèles de baïonnettes étrangers furent expérimentés, notamment une version modifiée de la baïonnette américaine M-1905 et de la baïonnette japonaise type 30.
Lire aussi: Calibre 16: Le Fusil Nemrod
La production de cette épée-baïonnette, officiellement nommée Sword Baïonnette, modèle 1907, a débuté le 30 janvier 1908 à la Royal Arms Factory d’Enfield et dans les usines privées de cinq sous-traitants : Wilkinson, Sanderson, Chapman, Vickers et Mole. La poignée comporte un pommeau de forme droite démuni de trou de nettoyage (parfois appelé à tort trou huileur) alors que le modèle P-1903 qui l’avait devancé en comportait un. Les plaquettes généralement en noyer sont fixées entre elles par vis et écrous fendus.
Lors du début de la Première Guerre mondiale on s’est vite aperçu que la lumière se reflétait, révélant ainsi clairement la position du soldat, suite à cela la majorité des lames fut noircie. A partir de 1919 les baïonnettes nouvellement construites ont été livrées avec des lames polies brillant, celles noircies durant la grande Guerre ont à nouveau été polies.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, seul le constructeur Wilkinson (WSC) fabriqua à nouveau, pour remplir un contrat pour la Royal Navy en partie équipée de PM Lanchester MK 1. Ces baïonnettes seront les dernières à avoir été fabriquées en Grande-Bretagne avec seulement 122 307 produites. Le S294 généralement inscrit au dessus du WSC était le code de l’usine Wilkinson à Acton dans l’ouest de Londres. Toutes les parties métalliques de la baïonnette y compris les vis et écrous sont chromées.
Au début de la Première Guerre mondiale, la France, confrontée à une pénurie d'armes, signa des contrats avec des entreprises étrangères, dont Remington, pour la production de fusils et de baïonnettes. Un contrat fut signé au printemps 1915 entre le gouvernement français et Remington Arms -Union Metallic Cartridge Company of Bridgeport, Connecticut, USA. Il prévoit 250 000 (certains disent 200 000) fusils 1907-15 avec baïonnette et fourreau pour un prix unitaire de 30$.
C’est ainsi qu’un contrat est signé au printemps 1915 entre le gouvernement français et Remington Arms -Union Metallic Cartridge Company of Bridgeport, Connecticut, USA. Il prévoit 250 000 (certains disent 200 000) fusils 1907-15 avec baïonnette et fourreau pour un prix unitaire de 30$. Une production moyenne de 200 fusils par jour est prévue (soit peu ou prou celle des Rolling Block). Les 1 000 premiers doivent être livrés pour le 12 juin 1916. Si cette condition n’est pas tenue, le contrat est annulé. Si 20 350 ne sont pas prêts (et non pas livrés) le 1er Août 1916, le contrat est annulé.
Malheureusement, des difficultés de production, des grèves et des problèmes d'interchangeabilité des pièces ont entravé la production. Seulement 9 444 ont été acceptés par les français entre juin 1916 (lot de 1000 matriculés en J) et 1918. Un exemplaire est connu avec un numéro de série en E 6000 (soit pris parmi les séries de Châtellerault et antérieur à août 1917). Les 3 000 derniers sont jugés si mauvais qu’ils doivent repasser en manufacture en 1918 et être stockés au lieu d’être distribués.
Finalement, le contrat fut réduit à 10 000 exemplaires, mais même ce nombre ne fut pas entièrement atteint en raison de problèmes de qualité et de délais. Les armes qui ne sont pas réceptionnées par les français n'ont pas les habituels poinçons de réception et ne sont pas numérotées (en tous cas, pas "à la française").
Au XIXe siècle, la fabrication des armes militaires légères (fusils et pistolets) ne peut demeurer en dehors des progrès de la Révolution industrielle. Elle fait donc l’objet d’un processus de mécanisation qui est également une aventure humaine. En fait, de 1850 à 1870, soit quasiment au cours du Second Empire, les responsables militaires et politiques sont confrontés à un double défi. Il importe d’une part de doter l’armée d’un fusil moderne, car l’on est dans une période d’intense innovation technique. Il faut, parallèlement, passer d’une production essentiellement manuelle, assurée par des armuriers qualifiés, à une production mécanisée, fondée sur un recours systématique aux machines-outils.
Normaliser la production en recourant à des machines pour assurer l’exacte reproduction des pièces (et donc leur parfaite interchangeabilité) est une idée déjà ancienne, mise en avant par Honoré Blanc 14, mais alors très incomplètement, et surtout très imparfaitement réalisée. Le processus retenu porte en effet seulement sur la platine du fusil modèle 1777 et exige une finition manuelle à la lime. Désireux de mettre le plus largement possible ce concept en pratique, les États-Unis décident en 1814 de réaliser une arme individuelle dont les pièces seront réellement interchangeables 15. Ils y parviennent finalement avec le fusil modèle 1842. En France, en revanche, le procédé d’Honoré Blanc, d’un coût plus élevé que la fabrication artisanale, est abandonné, si bien que la production demeure, pour l’essentiel, manuelle. Les ouvriers armuriers réalisent des parties d’armes, voire des armes complètes, selon des gabarits. Toutefois, les cotes restent assez larges, eu égard au mode de fabrication, ce qui exige des ajustements en cas de réparation.
Par sa situation stratégique en zone occupée, à proximité de la ligne de démarcation et non loin du littoral atlantique, la manufacture d’armes de Châtellerault est un cas significatif de l’ordre nouveau qui s’installe après le 22 juin 1940, dans une usine à la fois prise de guerre et laboratoire de la collaboration d’État. Si la gestion du travail hérite des temps de guerre antérieurs, elle témoigne des méthodes autoritaires de la double direction allemande et française pour répondre aux commandes du Reich. Les contraintes imposées au personnel incitent une minorité à résister.
La réquisition des usines d’armement françaises par l’armée d’occupation durant plus de quatre ans, du 22 juin 1940 à la fin de 1944, a provoqué un tel bouleversement qu’il convient de s’interroger sur la mise en place d’un ordre nouveau. Le concept de New Order tel qu’il a été élaboré par Allan Steele Milward recouvre les retombées économiques de la guerre.
Dès le 22 juin 1940, les Allemands s’installent dans l’usine. Comment se sont opérées les transformations induites par le changement de statut de la manufacture placée d’une part entre les mains de la Wehrmacht, du ministère de l’Armement nazi et d’un grand groupe industriel allemand, d’autre part sous les feux de la collaboration économique de l’État français ? La restructuration qui s’ensuit bouleverse à l’évidence les méthodes de travail, la gestion du site et des hommes, des effectifs, des statuts professionnels, des rémunérations et des conditions de travail, introduisant tous les paramètres d’une organisation scientifique du travail.
La collaboration industrielle entre la direction allemande et la direction française confère à la situation un caractère particulier. L’impact qu’elle exerce sur la gestion des ateliers et des différentes catégories de personnels ainsi que sur les conditions de travail justifie une analyse détaillée. Au-delà de la mise en œuvre de l’organisation scientifique du travail et de ses résultats au regard des objectifs de productivité du Reich et de l’industrie privée allemande, on peut s’interroger sur l’intégration de ces pratiques au projet nazi de contrôle du travail et des travailleurs et sur les formes de résistance de l’ouvrier à l’ingénieur.
Durant la campagne de 1939-1940, la MAC a produit 19 500 armes automatiques dont le fusil mitrailleur (FM) 7 mm 5 24/29, des mitrailleuses de chars 1931, des mitrailleuses d’aviation de 7mm 5 1934 et 1934-39. Cette accélération de la demande a nécessité une refonte totale de l’établissement.
Dans le cadre des préparatifs de guerre, le ministère de l’Armement a demandé à chaque établissement militaire d’établir un plan prévisionnel de recrutement. Ainsi, la direction a envisagé le 1er août 1939 de passer de 1 749 à près de 8 000 salariés au 15 juin 1940, en moins d’un an, une évolution comparable à celle de la Première Guerre mondiale, selon un rythme encore plus soutenu. Certes, les effectifs réels restaient très éloignés de ces prévisions, ils atteignirent toutefois 4 700 employés, ce qui correspond à un doublement pendant la campagne 1939-1940.
De même que pendant la Première Guerre mondiale, l’établissement a eu recours au personnel féminin. Au début de 1940, il comptabilisait 847 femmes récemment embauchées, en majorité des épouses de mobilisés (344), 12 mères et 8 filles de mobilisés.
Le tableau suivant résume l'évolution des effectifs à la Manufacture d'Armes de Châtellerault pendant la période de préparation à la guerre :
| Date | Effectifs prévus |
|---|---|
| 1er août 1939 | 1 749 |
| 15 juin 1940 | 8 000 |
| Effectifs réels (1939-1940) | 4 700 |
Les américains donnent deux livraisons en janvier et février 1871 de 1700 fusils grecs sur le "Ville de Paris" et 6960 sur le "Washington" ( soit 8660 armes) mais avec seulement 1760 sabres baïonnettes( modèle non précisé). Il est donc probable que l'on ai fait faire des baïonnettes pour appareiller les fusils livrés sans baïonnettes.
En voici une, dont la lame a été fabriquée à Châtellerault en janvier 1871. C'est un type simplifiée d'urgence , sans vis d'ajustage sur la croisière et pas de rivet de renfort au troisième cordon de la poignée. Elle est du type Remington, sans le chanfrein en bout de la coulisse de directrice. L'alésage du passage de canon est bien de 18 mm pour les armes Remington, mais il comporte aussi, comme les Chassepot, le petit passage pour le tenon situé à l'opposé de la directrice alors que les fusils egyptiens n'en ont pas. Or, le fusil Remington grec est monté ainsi En plus du numéro présent au fond de la coulisse il y a la lettre G, à rapprocher avec la lettre G marquée sur le plat de la crosse des fusils grecs livrés à la France ?
Dans " Les armes à feu de la Défense Nationale et leurs baïonnettes" Christian Mery dit que s'est peut-être un poinçon de moulage, sans certitude. Mon hypothèse n'est certainement pas bonne, en tous cas, la coïncidence est frappante... D'après George Layman, grand spécialiste du rolling block, des canons au standard egyptien ( sans le petit tenon) ont pu être montés directement sur la fin de fabrication du lot grec. Ce qui les rends difficile à identifier, si ce n'est qu'ils étaient certainement bronzés, mais sans le G sur la crosse.
tags: #fusil #baionnette #armurerie #de #chatellerault #histoire