Jusqu’à relativement récemment, l’histoire universelle s’est écrite dans l’invisibilité des femmes. Une des raisons de cette invisibilité était qu’elles ne prenaient pas part, traditionnellement, à l’activité humaine virile par excellence, la guerre : l’histoire ne connaissait, ne reconnaissait, que ce qui constituait l’activité des hommes.
Parler des femmes en guerre, dans la guerre, face à la guerre, c’est donc passer par-dessus non pas un mais deux effacements : celui de la différence sexuelle et de sa construction, celui des femmes dans un temps où elles sont présumées rester à l’écart.
Bien sûr les femmes prennent le deuil, pleurent leurs maris et leurs fils, mais elles ne connaissent pas les champs de bataille où l’héroïsme se déroule.
La réalisatrice Gina Prince-Bythewood y prend certaines libertés avec l’histoire du royaume et son passé esclavagiste, souligne l’historienne Sylvia Serbin, autrice de Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora noire (MeduNeter, 2018) et coautrice de The Women Soldiers of Dahomey (« les femmes soldats du Dahomey », Unesco-Collins, 2015).
Mais le blockbuster, spectaculairement filmé, apporte aussi une visibilité bienvenue à un pan de l’histoire africaine encore peu représenté à l’écran.
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Une partie de l’analyse du rôle dévolu aux femmes dans la Grande Guerre rencontre ce stéréotype : restées à l’arrière, le front de la maison, (home front) ou front domestique, elles participent pleinement à la guerre culturelle et économique mais ces tâches ne présentent pas l’aura de l’héroïsme guerrier, même si sans elles la guerre nouvelle-industrielle et totalisante-est impossible à mener.
Bien sûr, la mobilisation sociale de la Grande Guerre a permis aux femmes de faire la preuve de leur bravoure spécifique : dans les usines de guerre, dans les écoles, et partout où elles ont remplacé les hommes, prouvant leur appartenance aux différentes nations.
D’ailleurs, contrairement à un lieu commun encore très ancré, ce rôle des femmes en Grande Guerre a été reconnu très tôt, dès la période de la guerre : on a pris dès lors conscience de la subversion-au moins temporaire-de l’ordre établi quand les femmes conduisaient les tramways, tournaient des obus ou en recevaient dans les hôpitaux du front où elles étaient infirmières.
Ainsi une infirmière écossaise disait en 1917 que « le Kaiser donnait aux femmes britanniques une opportunité que leurs propres pères, frères, mères et maris leur avait toujours refusée.
Les femmes avaient donc amplement prouvé que grâce à elles et par elles les pays en guerre avaient pu continuer à fonctionner.
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Ainsi, le droit de vote leur fut enfin accordé en Angleterre, comme suite logique de leur pratique hautement citoyenne, mais pas en France, à cause du refus du Sénat, même si la reconnaissance symbolique leur avait été offerte.
Mais l’activité politique ne résume pas toute l’histoire des femmes en Grande Guerre ; on peut réfléchir à leur place économique et sociale, pendant et après, au retour du bâton quand les hommes reviennent prendre toute leur place, voire toute la place, on peut tenter de conceptualiser les cultures de guerre à travers les discours sur la construction du genre en guerre.
On s’entend désormais sur le double bind, dans tous les domaines, politiques, sociaux, culturels : avancées et reculs concomitants, les longues heures de travail sous-payées dans l’angoisse du nonretour des siens n’étant pas forcément très libératrices.
Et quand, après les combats, les femmes pleurent des hommes dans des situations qu’elles n’ont pas connues, elles oublient leurs propres expériences.
D’ailleurs, elles ne portent pas les cicatrices de leurs propres blessures, même si elles les ont « gravées dans le cœur », comme le disait Vera Brittain.
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Pourtant, la singularité de l’activité guerrière au xxe siècle est justement fondée sur la destruction d’un double paradoxe : plus on avance dans le siècle et plus les civils deviennent cible majeure.
Or ces civils sont massivement des femmes, des enfants, des vieillards.
C’est dans la Première Guerre mondiale, envisagée ici comme laboratoire des horreurs et des tragédies du siècle qu’est née cette situation paradoxale, et singulièrement dans les territoires occupés par les divers ennemis : Nord de la France et Belgique, Serbie, Prusse orientale, Galicie, auxquels il faut rajouter la spécificité de la chasse à « l’ennemi interne » dans l’Empire ottoman en 1915 qui se termine par l’extermination-rétrospectivement génocide-du peuple arménien, accompagné du viol massif des Arméniennes.
Évoquer une différence sexuelle face à la situation de guerre n’explique pas comment elle s’est formée et maintenue.
Les différences de genre quant aux émotions, aux traumas, et à leur mémoire sont particulièrement difficiles à saisir pour les historiens tant les stéréotypes dans ce domaine sont codés selon le genre, ainsi que la façon de les expérimenter et de les exprimer.
L’histoire de la Commune est riche en eaux-fortes. L’une d’elles nous prend littéralement à la gorge : en pleine agonie du pouvoir révolutionnaire, 120 femmes se retranchent, fusil en main, derrière une barricade, aux pieds de Montmartre, pour s’opposer à l’armée de l’Ordre.
Cet épisode de la guerre civile de 1871 s’est imposé à la mémoire, indiscutablement.
Des barricades, lors de cette bataille tragique, on en a compté par centaines. Pourquoi pas une « barricade des femmes » ?
J’ai longtemps admis ce « fait », mais l’étude de l’histoire des femmes sous la Commune m’a conduit à l’analyse de certains clichés.
Les uns n’avaient-ils pas inventé des « pétroleuses » ? La barricade des femmes, telle qu’on l’a imaginée, m’a semblé relever de ces images où finissent par se confondre représentation et donnée historique.
Dans l’iconographie, l’image de la femme sur la barricade n’est pas celle d’une combattante. C’est, la plupart du temps, un personnage rappelant la Marianne de la République, une femme féconde et nourricière, coiffée d’un bonnet phrygien, plutôt dénudée dans ses drapés, qui trouve son inspiration dans l’Antiquité.
Quelquefois, devenant plus spectrale, elle se superpose aux fédérés dans leur lutte à mort.
Ces figures emblématiques représentent davantage la Commune, une belle idée qui ne peut mourir, que des barricadières.
Cette peinture morbide, pour être un peu plus réaliste que les allégories citées plus haut, est pourtant de la même veine.
C’est une belle image qui, en aucun cas, ne vise à représenter la réalité du combat des communardes, mais bien à donner une vision esthétique et dramatique de la Révolution de 1871.
Ce personnage de femme sans armes - faut-il le préciser ? - ne saurait être Louise Michel, que l’on voit mal exhibant avec insolence sa gorge aux Versaillais.
Sur le plan de l’iconographie réaliste, il y a fort peu de dessins montrant des femmes sur les barricades.
L’iconographie favorable aux Communards n’a donc cherché qu’à inscrire la Commune dans une tradition allégorique.
Du côté versaillais, l’absence de réalisme caractérise aussi, mais pour d’autres causes, les images de la communarde, qui est volontiers figurée comme une mégère vêtue de rouge qui fait brûler Paris. Un monstre.
Le discours, tout comme l’iconographie, produit des représentations qui transforment la réalité.
Si des femmes se sont effectivement battues sur les barricades en mai 1871, leur combat a pris aussitôt la forme d’un mythe : la barricade des femmes.
On le retrouve chez les historiens du xxe siècle, chacun y ajoutant, selon ses déductions et ses passions, des détails contradictoires.
Paradoxalement, cette cacophonie s’inspire pour l’essentiel d’une source unique : le récit de Lissagaray dans Les huit journées de mai derrière les barricades, publié dès 1871.
C’est dans ce livre que celui-ci nous laisse entendre qu’il a vu, le 22 mai au soir, cette barricade défendue par 120 femmes, qu’il y décrit leur combat de 4 heures place Blanche, leur repli sur la barricade de la place Pigalle, qui lutte 3 heures, et enfin sur la barricade Magenta, où elles sont toutes tuées.
En fait, dans sa grande Histoire de la Commune de 1871, parue en 1876, Lissagaray cite sa source : un article de Gustave Maroteau publié dans le Salut public, en pleine semaine sanglante, et aussitôt recopié à gauche et à droite.
Révisant son récit initial, Lissagaray y raconte la prise du XVIIIe arrondissement « sans la moindre résistance », ajoutant que la barricade de la place Blanche n’a tenu que « quelque temps » et que celle de la place Pigalle est en réalité tombée vers 14 heures, le 23 mai.
Les conseils de guerre versaillais ont daté la dernière réunion de L’Union des femmes pour la défense de Paris et les secours aux blessés du 21 mai.
C’est là qu’on aurait pris la décision de concourir à la défense sur les barricades.
Rebelle, reine, guerrière, veuve, mère, femme : Boadicée endossa de nombreux rôles tout au long de sa vie... et pourtant, elle n'est citée que dans deux sources historiques, toutes deux écrites par des historiens romains.
En 60 après J.-C., elle aurait pris la tête d'un soulèvement qui lui a non seulement assuré une place de choix dans l'Histoire, mais a aussi révélé les complexes relations des Romains envahisseurs avec le peuple breton (Britannia en latin), habitants de la province romaine qui, du 1er au 5e siècle, couvrait une partie de l'île de Grande-Bretagne.
L'œuvre de l'historien romain Tacite (début du 2e siècle) est l'une des deux seules sources écrites connues sur Boadicée.
L'autre est l'œuvre de l'historien Dion Cassius (3e siècle).
Chacun fournit des détails sur le soulèvement breton : les causes, les personnages principaux, les victoires et les défaites.
Ces événements sont traditionnellement datés de 60 à 61 après J.-C. Des recherches récentes suggèrent cependant que la révolte a peut-être pris fin à la fin de l'an 60, car les informations contenues dans les tablettes romaines récemment mises au jour indiquent que Londinium (Londres moderne) était à nouveau un carrefour commercial florissant.
Les deux auteurs offrent à leurs lecteurs des perspectives bien différentes sur cette révolte. Tacite présente les deux côtés de l'histoire en décrivant les provocations endurées par les Bretons.
Bien que lui-même membre de l'élite romaine, Tacite n'était pas un fervent défenseur de la dictature et la rébellion lui servit de prétexte pour remettre en question la manière dont la province était gérée.
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